Joyeux Noël

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Joyeux Noël

Tout est effervescent, tout plie sous l’excitation et tout mise sur la surprise de la fête.  Les lutins et les anges se baladent en se dandinant. Les rires sont prédominants, hauts et forts. La musique, des cantiques de Noel, retentissent dans les haut-parleurs faisant vibrer l’atmosphère. La joie explose et ravit tout le monde. Des décorations roses  et dorées posées à la vitesse de l’éclair  donnent une échevelure étincelante aux contours des fenêtres et aux encadrage des portes. De petites lumières multicolores scintillent dans l’antre  de la nuit. Elles  sont magnifiques et bienvenues.

J’entends les voix heureuses  s’approcher en esclaffes .Je distingue celle de  Marie-Thérèse avec ses expressions bon-enfant, elle est gentille  Marie-T, elle vient d’un pays lointains, en Afrique je pense qu’elle disait l’autre jour, souvent elle porte un foulard, comme le mien mais elle, le sien, est religieux, ce qui lui va bien. Elle tient des conversations de rêveries d’animaux sauvages et de paysage de jungle et de désert, elle est très colorée dans son discours, elle rassure et se montre très humaine. Sa compagne, Selma, est musulmane. Elle aussi porte un tchador, souvent de couleurs vives, mais jamais le même .Elle réconforte. Je remarque les minuscules lumières brillant dans l’obscurité de l’extérieur. L’extérieur où la neige trône.

Nous en sommes, déjà, rendus à Noël, et il me semble que l’année est passée comme un train  à pleine vapeur. Malgré ce qui m’arrive. Il me vient dans les narines une odeur succulente de gâteau aux fruits, j’ai toujours aimé les gâteaux aux fruits ; c’est exquis mais je dois en manger qu’un peu à la fois. Je suis assise et sur ma table, à côté de moi, il y a une petite crèche toute discrète. Jésus, malgré l’heure, se trouve dans son petit berceau dans l’étable. Je le regarde tendrement et je prie. Le cantique de Noël  de : Sainte Nuit résonne dans les haut-parleurs à ce moment là.

Je  joins mes mains et une larme vient se hasarder sur ma frêle joue. Je me transporte il y a  deux milles ans et je suis une bergère à qui on vient d’annoncer la naissance du Sauveur; le Christ. Avec ma famille on se dirige vers cette étable d’où, couché dans une mangeoire, un enfant nouveau-né dort. Près de lui sa mère et son père semblent exténués et de leur voyage, ils viennent de Nazareth et la mère vient d’accoucher; quelle épreuve. Mais c’est de voir l’extrême pauvreté de ces gens. Pourtant le Christ est Dieu, c’est le Fils de Dieu et il n’est pas venu au monde dans un palais ou un château ; non il est venu dans ce monde habillé de haillons et est couché sur la paille. Il est venu nous dire, comme le dit les Écritures, qu’il est le Sauveur de l’humanité et que tous nos péchés nous sont pardonnés. De toute sa vie, pourtant, il sera rejeté par plusieurs et plusieurs chercheront à le faire mourir. Il ne prêche que la Paix et l’Amour  ce monde le repoussera, mais ils vont y perdre au change. Je contemple la figure de l’Enfant et il semble sourire, me sourire ; j’en suis ravie  et pleine d’émotions.

Je reviens de mes rêveries d’enfant dans l’atmosphère féérique du moment à laquelle il faut bien profiter, les gens me le disent :

« Profites-en beaucoup « .

C’est ce que je fais. Je veux que tous les enfants sur cette terre soient heureux ce soir et profitent, eux aussi de ces bonheurs. Mon amie Judith me lance un clin d’œil car elle a aperçu le gros monsieur habillé tout en rouge avec sa grande barbe blanche immaculée. Nous attendons impatiemment son arrivée. Marie-T. vient me voir et s’assoie sur le pied de mon lit. Elle me sourit de toutes ses belles dents blanches et de son air innocent elle me tend un petit paquet qu’elle veut que j’ouvre immédiatement. C’est ce que je fais en écoutant mon cœur battre la chamade. Quel geste charmant de sa part. Délicatement je déchire le papier d’emballage et furtivement je jette un regard curieux à l’intérieur du petit colis. Je vois comme une statuette en bois avec une minuscule corde pour se mettre autours du cou. Je suis si contente qu’en remerciant Marie-T. je l’embrasse tendrement sur les deux joues. Elle me dit :

« C’est un talisman qui vient de mon pays, il te portera chance et t’accompagnera où tu iras ma belle petite blondinette. Tout comme ton Jésus il ne partage que l’Amour.
Marie-T. m’aide à me l’attacher au cou. Je le serre dans ma petite main en fixant Marie T. dans les yeux en lui disant :

«  Merci« 

Elle me répond :

« Je suis heureuse que tu l’aime, tu vas me manquer tu sais « 

Je ne sais plus comment contenir mes larmes mais l’instant est à la joie parce que le bonhomme rouge vient d’arriver. Avec des Ho! Ho! Ho! Il s’approche de moi et s’assoie sur le rebord de mon lit et me demande si j’ai été une petite fille sage tout au long de l’année, il regarde un semblant de document  et dit mon nom :

« Sophie, c’est bien cela, ma grande ?« 

Je lui réponds par l’affirmative  et cherche à voir sur sa feuille mon nom mais il la cache me disant que c’est un secret et que seulement lui doit avoir accès  à ce document, il continue et lance :

« Oui tu as été bien sage cette année, toi. J’ai un beau présent pour toi. Mais avant je veux que tu prennes connaissance de cette carte que toutes tes amies t’ont dédicacée seulement à ton intention  à toi. Tu le mérites. Tes amies t’aiment beaucoup tu sais. « 

Je prends la carte de Noël  avec un paysage féérique et à l’intérieur une multitude de signatures emplissent les deux côtés de la carte ouverte. Un minuscule mécanisme fait entendre «  Sainte Nuit’’. Je suis confuse mais aussi  très heureuse, Je pleure de joie. Marie-T. me serre dans ses bras et me console, je lis les signatures avec les commentaires. J’en suis abasourdie et je veux donc que cet instant reste  éternel.
Le Père Noël pour égayer l’atmosphère me tend une grande boîte enveloppée d’un papier couleur bleuté. Il me dit de l’ouvrir et de ne pas faire attention aux rubans. Tout le monde se met à rire. Je déchire, en vitesse, le papier et y découvre ce que j’ai toujours voulu depuis des années : une ferme miniature avec tous les animaux, Chevaux, vache, bœuf, poules, coq, poussins, moutons, canards et tous les autres. Un tracteur pour les travaux dans les champs et pour terminer une girouette pour aller sur le toit. Le bâtiment est d’un rouge vif avec des clôtures pour en faire le tour. Je suis si contente que je remercie le Père Noël et ses lutins qui l’accompagnent.

Et Hop ! Il continue sa tournée vers mon amie Judith, qui elle aussi, s’attend à du fameux. J’ouvre ma boîte et sors la ferme et les animaux Je les baptise à chacun leur tour. Je place le tout sur mon lit. En déballant les choses mon foulard s’est déplacé quelque peu. Selma vient le replacer gentiment, je continue mon installation. Entoure la ferme de sa clôture et y place les animaux un peu partout pour qu’ils aient l’impression d’être libre malgré tout .J’installe la girouette sur le toit et me voilà fermière d’un jour. Je m’assure que les petits sont avec leurs parents respectifs et fais exprès pour placer un petit mouton dans l’enclos du cheval et de sa jument. Je le replacerai en faisant semblant de chercher et le trouve  perdu, et lui dis :
«  Pauvre petit mouton, viens on va retrouver ta maman.« Je contemple ma ferme et je suis fière.je demande à Judith ce qu’elle a eu et elle me dit que son cadeau ne lui faisait pas plaisir mais qu’elle s’en contentera.

La musique s’est tue et les lumières se tamisent graduellement. Les bruits s’estompent dans la mince noirceur. Selma vient me voir pour jaser un peu avant le repos. Elle me dit :

« Tu es chanceuse d’avoir ce que tu voulais, beaucoup d’enfants ne sont pas aussi choyés que toi, ma belle. « 

Je ne dis rien et j’écoute et je me décide à parler. Un torrent de larmes vient dégouliner sur mes joues, Selma  me prends dans ses bras et me dit de me laisser aller, je dis :

« Beaucoup d’enfant ne sont pas aussi choyés que moi tu penses ? Beaucoup d’enfants ne sont pas aussi heureux que moi ce soir mais Selma je suis si malheureuse et profondément, je vous remercie de vous occuper de moi de la sorte, j’ai beaucoup de gratitude envers vous. Mais vois-tu je suis ici au pavillon des cancéreux et je n’ai que dix ans et je vais mourir. Ma vie va s’achever dans deux mois c’est irrémédiable que m’ont dit les médecins. Je souffre d’une leucémie et j’arrive en phase terminale. Je ne pourrai pas connaître les expériences de la vie que tous les enfants et jeunes adultes connaîtront. Je n’irai pas au secondaire ou à l’université, je ne tomberai pas en amour, je ne voyagerai dans des pays lointains et même dans deux mois je ne pourrai pas jouer avec ma ferme miniature. J’emporte rien.« 
Je pleure et Selma me dit :

«  Tu sais c’est la naissance du Christ ce soir. Même si moi je n’y crois pas mais toi tu y crois, demande lui de t’accueillir  dans son paradis. Demande-Lui de t’accompagner pour le reste de jours qu’il te reste ici sur terre. Et, si cela peut te consoler, je vais m’en occuper de ta ferme, de tes animaux et surtout ton petit mouton perdu,- j’esquisse un léger sourire-. Maintenant tu dois dormir  .Tu as passé une belle journée et tes parents vont venir demain pour te voir. Bonsoir ma grande et fais de beaux rêves. « 
Elle m’embrasse sur le front et quitte la pièce.
Les lumières sont éteintes maintenant et les bruits et éclats de voix ont cessés.

 

Je suis sous mes couvertures tout en séchant mes larmes et je parle à Jésus :
« Jésus aides les gens qui sont autours de moi d’accepter mon départ; ils vont en avoir de besoin car ils vont avoir  beaucoup de  peine . Amen« 

leucémie

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

13 décembre 2016

St-Benoît du Lac

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Contre vents et marées…..!

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Deux mondes…

2mondes

Deux mondes…

Il me semble, cette fois, que le tunnel du métro n’en finit plus d’être interminable. D’une station à l’autre toujours la même rengaine. Lorsque la rame démarre, le train émet un son de notes de musique qu’avec le temps on le sifflote . Lorsque le convoi entre à nouveau dans le tunnel noir éclairé seulement par des faibles lumières blafardes à distances calculées,blanche….blanche…..blanche….blanche…..bleue.
Au  rythme des ces ondes lumineuses je laisse divaguer mon esprit à toutes sortes de pensées, de phantasmes et d’imagination. Le convoi ralentit à nouveau, une nouvelle station. Les wagons sont à moitié plein et un va et vient s’opère en toute quiétude. Les gens , tout comme dans tous les métros du monde, semblent las et ennuyés. Est-ce le manque de lumière , d’air ou de joie tout simplement ?

La rame s’arrête à la station centrale de Berri-Uqam . Plusieurs personnes descendent sans trop de conviction et d’autres y montent pour s’agripper aux poteaux qui aident à garder l’équilibre . Une odeur de pneus chauffés nous parvient aux narines. Je regarde  au plafond et y voit que la ventilation fonctionne . Les portes sont sur le point de se fermer qu’arrivent en trombe  deux jeunes filles. Elles s’accrochent au poteau central du wagon. De mon siège je les observe, que peut on faire de plus  dans le métro avec son espace si restreint. Je n’ai aucune intention maladive ni obsessionnelle je remarque c’est tout. Les deux filles sont, faut le dire très jolies. Elles portent de beaux vêtements à la mode mais un tantinet provocants, c’est de notre temps me dis-je . Elles sont maquillées, toutes les deux de façon à faire ressortir leurs beaux yeux et une peau lisse et délicate . Un rouge à lèvres leur rend ,justement , ces lèvres saillantes et désirables. Elles  sont  , le duo , étincelantes d’une beauté certaine.

Blanche……blanche…..bleue  me rappellent les lumières du tunnel . Je fixe la ligne imaginaire que trace ces néons de fond de tunnel. L’ennui du trajet me reprend et je repose mes yeux sur les deux jeunes filles toutes souriantes. Elles ont de très belles dents bien entretenues. Il y en a une qui porte ce qu’on appelle une camisole bedaine , c’est à dire que l’on peut voir son nombril ,et elle, elle a un anneau qui la transperce, toujours de nos jours. La seconde, pour sa part porte des boucles d’oreilles d’un style africain, elles sont mirifiques. Elles portent ,toutes les deux , des jupes style écolières carottées courtes. Je me demande:

-Et si c’était tes filles ? Que dirais-tu ? Les aurais-tu laissé aller tel quel ? T’aurais-tu poser des questions? Les aurais-tu repris ? Sans les vexer, les choquer ,les insulter ou les réprimander ? Sans avoir de jugement arriéré ou vieux jeu ?

-Je ne sais pas. Les jeunes femmes , aujourd’hui pas toutes, s’habillent provocant car c’est ce qui est à la mode et cela fait l’affaire des bonzes de la mode, des magasins et des compagnies de tissus . Nous vendons qu’ils disent.

Mes réflexions m’ont ramené dans le tunnel ou je vois défiler, encore et encore , les lumières blanches et bleues. Nous croisons une autre rame de l’autre côté qui file à toute allure À nouveau le train ralentit, nous arrivons à une nouvelle station. La rame s’immobilise quelques secondes et repart. J’essaie de m’imaginer quelles sont les notes de musique qui ressort lors du départ. Sol…la…si…do…..je ne sais pas n’étant pas un expert en musique je n’ai pas suffisamment l’oreille . Encore cette odeur de pneus chauffés et nous sommes repartis. Le trajet entre les deux stations est court cette fois . Nous arrivons subito presto à l’autre arrêt . Sur le quai beaucoup de gens attendent. Ils entrent dans le wagon et se tassent vers les portes du fond. C’est à ce moment que je vois embarquer deux autres jeunes filles  elles sont musulmanes. Elles portent le tchador. Pas le niquab mais bien ce genre de foulard qui leur recouvre la tête. Elles sont sobrement vêtues et discrètes. Elles n’ont pas de maquillage ni bijoux étincelants . Elles ont à la main le petit chapelet musulman, le tesbih, qu’elles égrènent tout doucement . Pour moi , évidemment c’est une curiosité mais je m’arrête là dans mes préjugés, car on en a tous . Elles me rappellent les religieuses de mon temps, elles ont l’air de saintes . Mais il est fini ce temps -là. Les deux jeunes filles du départ les regardent avec un air de mépris. Les deux musulmanes n’en font pas de cas , elles doivent être habituées aux sarcasmes et aux  regards désapprobateurs. Elles continuent leurs prières, c’est ce que je pense. Elles ne sont ni provocantes  ni arrogantes, en fait ,tout le contraire des deux autres.

Blanche…..blanche…blanche…..bleue…et le petit train va loin. Nous arrivons à la prochaine station toute éblouissante de lumière. Maintenant j’ai le portrait dans son ensemble, je vois les deux couples si différents l’un de l’autre. Tout comme sur un côté le désert et de l’autre la mer. Le jour et la nuit .

Sol….la…..si…..do….la rame repart inlassablement avec son refrain de solo. Nous pénétrons dans le tunnel envahit de noirceur avec les lumières blanches-bleutées.  Il ne me reste plus beaucoup de stations à faire avant mon arrivée. Je regarde les deux couples de jeunes filles et me demande:

-Lesquelles préfères-tu? Auxquelles est-ce que tu t’identifies-tu le plus ? Avec lesquelles tu aimerais avoir une conversation ?

Une myriade de questions me viennent à l’esprit. Aujourd’hui je n’ai plus trente ou quarante ans. Je suis d’un âge avancé et les valeurs avec les années ont changées et évoluées.

Le premier couple sont jolies et désirables, il faut le dire  par leurs attraits et leur allures. Elles sont belles et attrayantes. Attirantes aussi le sont-elles . Évidemment elles sont jeunes et vont à avoir à passer leurs expériences et vivre ,peut-être ,plus sobrement avec le temps . Toutes modes passent avec le temps . Nous aussi nous avons été jeunes et fou-fou. Elles sont un attrait ,faut le dire .

Le deuxième couple, malgré ce qu’on l’on pense, respirent le respect et la simplicité. Leur prestance n’est pas déplacé et elles ne veulent pas attirer l’attention , ce qui dans notre société est de plus en plus rare . Entre les deux couples il y a comme un équilibre qui s’installe. Ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous avons été. Un jour les deux feront fusion pour en arriver à une sobriété saine et respectable -Alors lesquelles préfères-tu ?

-Je dirais les deux. Les deux sont humaines et ce sont des sœurs, en terme de famille. La famille humaine .Le train s’immobilise en station. Les lumières de néon aveuglent et le bruit devient plus strident. La rame repart avec les mêmes notes et s’engage au plus profond de l’antre. Le tunnel avale le serpent de métal et de plastique. Les deux jeunes musulmanes s’échangent entre elles quelques mots. J’aime les regarder, sans les dévisager. Je les trouve très belles. Il est vrai qu’avec leurs vêtements et leurs signes religieux il y a toute une panoplie de remises en question chez nous . Elles vivent dans une société où l’homme dirige. Elles sont séparées, en fait lors de cérémonies religieuses ,des hommes. Ont-elles une voix ?  Est-ce un choix  profondément de leur part ? Je le crois.Ils vivent leur spiritualité.Voilà le genre de questions auxquelles je me suis confronté. Mais  si j’y pense sérieusement les deux autres jeunes filles ont leurs choix aussi mais ont-elles vraiment le choix de s’habiller comme elles veulent ? Oui me dis-je mais qui fabrique ces vêtements, qui leur dit de porter ceci ou cela. Qui leur dicte leur apparat ? Qui leur dicte, il y en a qui vont dire suggère, mais ont-elles vraiment le choix. Ces valeurs qu’elles démontrent viennent -elles d’elles ou bien de quelques penseurs pervers assis dans des bureau de compagnies de guenille qui exploitent une main d’œuvre à bon marché dans les pays du tiers monde?

Leurs allures , avec les années , sont de plus en plus provocantes suite aux soubresauts de leurs idoles tout aussi dévergondées. Exprimez-vous, faites vous valoir, montrez-vous et on vous remarquera . Portez ceci ou cela, montrez ce qui est caché mais n’en dévoilez pas trop , laissez l’imagination prendre sa place . Agacez et provoquez, vous aurez du succès. À qui cela plaît-il ? La superficialité est à l’honneur.

La rame entre à nouveau dans l’avant dernière station. Les deux musulmanes sortent tout doucement du train . Avant de dépasser la porte une des deux filles musulmanes me sourit et me fais un signe de tête, comme si elle m’avait entendu réfléchir. Je lui rend son sourire. Ma journée est faite me dis-je .

Arrivés au terminus ,je me lève pour sortir du wagon presque vide. Les deux jeunes filles du début sont debout face à la porte . Je suis à l’arrière d’elles . La rame s’immobilise et les portes s’ouvrent pour vomir les restes des passagers. Je m’engage sur le quai tout en suivant les filles ,les hommes et les gars se retournent à leur passage, elles en sont fières. Je ralentis le pas et elles disparaissent dans la foule bigarrée. Le train entre dans le tunnel pour virer de côté pour reprendre son voyage dans l’autre sens . Sol….la…..si…..do….

Je monte l’escalier sans me presser et arrive à l’extérieur où il fait un soleil éclatant. Je respire à fond et je me dis :

-Enfin !

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe des Monts

6 février 2016


Ce que tu fuis….te suit, ce que tu fais face s’efface.

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Ce que tu fuis te suit…ce que tu fait face s’efface .

Les pommiers éblouissants de leur parure printanière, roses et d’un parfum étincelant  bordent l’allée du parc. Des pétales jonchent le sol ,elles forment un tapis tout doucereux et moelleux . Nos pas , à Naoko et moi nous amènent vers l’étang ou trônent des oies blanches vêtues de leurs plus beaux duvets.  Leur ballet aquatique enchante et émerveille . Qu’il est suave de les voir se dandiner  sur l’onde miroir. Un banc ,tout de bois , nous attend. Nous nous y installons et laissons le soleil nous caresser tendrement . Qu’il est bon et merveilleux de se trouver ici aujourd’hui surtout en si bonne compagnie .

Naoko vient d’Osaka  du Japon, elle est de passage  pour quelques jours. Une très bonne amie correspondante rencontrée sur internet. Elle parle un excellent français , tant qu’à moi , je ne connais que quelques mots en japonais , les plus essentiels. Nous nous comprenons parfaitement . Une bonne entente règne entre nous et nous connaissons nos limites et notre honnêteté. Nous ne discourons pas beaucoup en admirant la scène de l’étang et des oiseaux . J’aborde:

-En fait comment a été ton voyage ? Long et fatiguant ?

Naoko  me regarde et me dit :

-Non ,ça bien été au contraire. J’ai pu dormir un peu .

Ce qui est le plus long  ce sont les arrêts un peu partout et on a hâte d’arriver, en plus je savais que j’étais pour être ne bonne compagnie .

Elle me sourit et je reprends:

-La prochaine fois c’est moi qui vais te rejoindre au Japon. Tu me montreras tout ce que j’ai envie de voir depuis des années.

Elle me sourit ,encore , et me dit :

-Mais avec plaisir mon ami , mais maintenant c’est toi qui va me guider ici à Montréal  et me montrer ce que je veux voir depuis des années.

Nous acquiesçons  tous les deux en chœur.

Un silence complice s’installe entre nous . Un silence de repos et de sérénité. Des pigeons viennent pigosser  près de notre banc à la recherche de quelques graines ou d’arachides, dommage nous n’en avons pas. Nous les laissons flirter avec nous pour nous amadouer . Une troupe de mésanges vient investir un bosquet d’arbustes  à l’arrière du banc. leur petits cris fascinent  et enchantent nos oreilles. Le soleil s’est mis de la partie et ,aussi derrière nous ,un érable immense nous couvre de son ombre protectrice .Une brise douce et soyeuse nous couvre la peau. Une journée de printemps magnifique . Naoko  dit :

-Comment vas-tu  mon ami depuis notre dernière conversation ?

Je regarde ses yeux en amande et adorables et lui répond:

-Ça va bien , très bien même . Ma santé est en constante amélioration suite à mon opération et je vais mieux. Et toi ? Tu m’avais parlé de ton Maître Spirituel …

Naoko, pensive et sérieuse me fixe et me dit :

-Oui mon Maître Spirituel Monsieur Juro il est très profond et je l’aime bien . La dernière fois que je l’ai vu il m’a raconté une fable. As-tu envie de l’entendre ?

Je  fais signe oui de la tête et me calle sur le banc tout en contemplant mon amie si jolie et délicate .

Elle commence par me dire :

- Tu sais j’ai des problèmes avec une voisine. Elle fait tellement de bruit le soir, la nuit et à toute heure du jour . Quelques fois je n’arrive pas à m’endormir ou bien je me réveille en pleine nuit et incapable de dormir.

 

J’ai raconté ceci à Monsieur Juro , un matin ou j’ai à peine sommeillé pendant la nuit. C’était très embarrassant et épuisant . Alors c’est là qu’il m’a conté la fable . Il emploie toujours des images de la sorte pour nous faire comprendre notre réalité. La fable va comme ceci…

ll était une fois , beau commencement d’histoire n’est ce pas ?

Naoko sourit de toutes ses belles dents  et continue :

-Il était une fois  un papillon qui adore se poser sur des fleurs dans un énorme champs. Se croyant seul au monde, il va et vient comme  bon lui semble .Il est libre de ses coups d’ailes, de ses effleurements et de ses repos sur les fleurs. Par une belle journée débordante de soleil , notre papillon virevolte de fleurs en fleurs en exécutant un ballet que seul lui connaissait . Il entend de la musique céleste et s’adonne à ses effluves  de danse. Insouciant il gambade d’une fleur à l’autre toutes aussi mirifiques les unes que les autres.

Arrivé sur un lys ,tout de blanc vêtu, il laisse aller son imagination et sans se rendre compte qu’un peu plus loin un colibri aux couleurs extraordinaires quête le nectar de quelques fleurs sur son passage . Le moment fatidique arrive enfin. Les deux , le colibri et le papillon se rencontrent . Oh! quelle surprise et étonnement de voir un intrus dans le domaine du papillon , car il pense que le champs lui appartient. Tous les deux fuient , de peur, vers des endroits sécuritaires.
Le papillon réfléchit et se dit :

_ Mais c’est qui cet espèce de voleur qui vient prendre mon espace ? Pour qui se prend-t-il ? Et d’ailleurs d’où vient-il ? je ne l’ai pas vu venir ?

Et le papillon ne pense qu’à ce colibri de malheur et s’imagine toutes sortes de scénarios pour s’en débarrasser . Mais un colibri c’est un oiseau et il possède un bec lacéré. Et les colibris se délectent des papillons. Alors que faire ?

Tout en faisant sa tournée des ses fleurs, notre ami le papillon surveille du coin de ses antennes l’intrus. cette journée il ne le vit pas mais reste sur ses gardes.

Par un beau matin ,après avoir fait le tour de son jardin champêtre , le papillon vient se reposer sur une rose tout en parfum. Il ne se doute pas que de l’autre côté du rosier l’oiseau mouche gobe du nectar. Le papillon entend les battements d’ailes et prends la poudre d’escampette . Le colibri, pour sa part le voit détaler et n’y fait aucun cas. Le lépidoptère va se cacher dans son antre habituel. Haletant et tout tremblant il se dit qu’il l’a échappé belle . Il se met à imaginer toutes sortes de choses abracadabrantes et plus ça va plus le problème devient une énorme montagne qui en fait n’est qu’une minuscule colline .

 

Un jour, après plusieurs déblatérations, le papillon décide de parler , du moins  d’essayer de dialoguer avec le colibri et de prendre une entente avec lui pour sa sécurité. Si le colibri accepte. Le papillon se bâtit toutes sortes de trames toujours en camouflant sa peur :

-Je vais attendre l’occasion  et je lui parlerai.

Le jour fatidique arrive et le papillon armé de son courage se risque en quelques coups d’ailes et se retrouve près de l’oiseau;

Monsieur le Colibri, est-ce que je peux vous parler  s’il vous plaît ?

Le Colibri, surpris , fixe le papillon et lui dit :

-Bien sur que l’on peut se parler . Je sais  ce que tu  penses, tu crois que  je suis dans ton champs mais il est à tout le monde  ce champs ne trouves-tu pas ? Veux -tu le partager avec moi. Il y a tellement de jolies fleurs appétissantes ici. Je te promet que je ne veux aucun mal et  que nous pourrons nous entendre . Le colibri se pose, lui aussi sur une rose et attend la réponse du papillon. Ce dernier dit :

-Bien sur que nous pouvons partager, les fleurs sont pour tous . J’ai vu de très beaux chrysanthèmes un peu plus loin vers le bas de la pente, je vous monterai l’endroit si cela vous intéresse. Le colibri reprend son vol tout en disant :

-Oui cela m’intéresse ce sont ces fleurs que je préfère le plus ; quel délice .

Depuis ce jour les deux comparses ne se séparent plus jamais .

Monsieur Juro m’a regardé et m’a dit:

-Ce que tu fuis te suit et ce que tu fais face s’efface . Le papillon a vaincu sa peur et s’est libéré. Vois -tu ma belle petite Naoko ta voisine a peut-être besoin de parler avec quelqu’un, tu ne sais pas .Elle fait du bruit pour signaler sa présence . Fais comme le papillon et essaye de dialoguer.

Naoko reste silencieuse quelques secondes et me dit:

-C’est ce que j’ai fait et je suis allé parler avec la voisine. Nous avons eu une très bonne conversation et elle m’a raconté ce qu’elle vit . Son mari est décédé et elle se sent tellement seule depuis son départ. Depuis ce temps c’est ma meilleure amie et nous sommes toujours ensembles. Tiens je vais te montrer une photo d’elle.

Naoko me montre la photo et notre attention se dirige vers l’étang où une envolée d’outarde vient d’arriver. Qu’elles sont gracieuses et flamboyantes. Nos yeux s’émerveillent . Je prends la main de mon amie et lui dit:

-Merci pour cette histoire et merci d’être venue me voir.

Quelques jours plus tard Naoko s’envole vers sa terre natale le Japon. Je lui ai fait visiter Montréal qu’elle a apprécié au plus haut point. Elle est partie en emportant ma promesse que l’an prochain ce sera mon tour .

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Ste-Agathe des Monts

4 février 2016


Synchronicité

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Synchronicité

À tout hasard de ma déambulation je me retrouve sur une artère principale et importante de la ville . Mes pas m’ont menés jusque là. Je ne porte pas attention d’où je suis et je me retrouve mêlé à une foule bigarrée et de tous acabits. Des hommes et des femmes avec leurs enfants marchent, les uns en courant ,presque ,les autres nonchalants  traînent devant les vitrines emplies de belles chose toutes illuminées de Noel. Je me sens toujours envahi, en ces temps de réjouissance pour certains , d’une nostalgie et d’une tristesse incommensurable . Plusieurs participeront à un réveillon ce soir et la nourriture sera en abondance . Il y aura des échanges de cadeaux et des Joyeux Noel à ne plus finir. Depuis quelques années je ne peux pas vivre ce temps là en toute plénitude et gaieté. J’ai toujours hâte que ce temps s’écoule et en arriver , enfin , en janvier où les arbres s’éteignent et les guirlandes reprennent la route des garde-robes. Heureusement  qu’il y a les enfants.

Par une veille de Noel, il y a de ça plusieurs années ,mon père est partit disant à ma mère qu’il allait chercher de la bière au dépanneur et n’est jamais revenu. Tout un émoi et un désarroi s’est implanté dans notre maison et la tristesse s’est emparé de nous comme une sangsue s’accroche à la peau. Nous l’avons cherché partout et fait chercher par la police et les voisins . Nous le croyions mort , il est traumatisant de ne rien savoir .Je me souviendrai toujours de ce Noel dramatique.

Je marche ,traînant des pieds, sur le trottoir enneigé et froid , Je me suis emmitouflé dans mon parka les deux mains bien calées dans mes poches. Je me sens donc indifférent à ce qui m’entoure . Les gens , la musique, les lumières et les décorations m’énervent . Je ne regarde même plus .

 

Je marche et marche pour oublier. Je pense à mon père et me demande où peut-il bien être .Je n’en ai pas la moindre idée. Cette pensée me poursuit, maintenant, depuis des années et des années; depuis son départ. Cette situation a créé en moi un vide  que je ne peux pas combler. Tout en marchant je rencontre des itinérants qui quêtent pour leur survie. Probablement pour se payer une petite bouteille de bière ou un fond de flasque de bagosse . J’en ai pitié et leur donne ce que je peux trouver dans le fond mes poches. Une petite compensation pour ce jour de Fête. Ils sont heureux de recevoir cette maigre aumône . Je ne leur pose pas aucune question je leur donne sans espoir de retour pour eux et pour moi . Je me sens un peu mieux tout en aidant le prochain. Je ne me préoccupe plus de la peine qui me cisaille le fond du cœur.

Arrivé à une intersection mouvementée j’attends la lumière verte pour passer. Elle brille enfin cette lueur verdâtre et je m’engage sur le passage à piétons . Rendu de l’autre côté je regarde à gauche et ensuite à droite me demandant de quel bord irais-je . Je regarde ma montre et me dis que j’ai le temps . Je tourne à droite  et suis la foule qui se dirige vers un immense sapin de Noel tout illuminé de lumières multicolores. C’est magnifique . Je reste là à admirer ce petit chef-d’œuvre d’humains . Sous le sapin une crèche ,avec les personnages, représente bien le sens de la Fête; la naissance de Jésus . Je me dis:

-L’aurais-tu oublier ,lui ?

Je me joins à la foule qui chante avec le quatuor à cordes des airs de Noel. Un chagrin  profond m’envahit. Je continue ma marche tout en essuyant une larme sur ma joue. Je prie le petit Jésus qu’il vienne me consoler. Tout en zigzaguant sur le trottoir, entre les gens, j’arrive à un autre coin de rue achalandé. Dans le portail d’un magasin fermé pour l’occasion , un homme s’y est installé avec un verre de café vide et mendiant . Ses vêtements sont tachés d’huile d’auto et ils sont extrêmement sales. Il me lance:

-Un petit vingt-cinq cents ,monsieur s’il vous plaît ! Pour un café et manger un peu. Je cherche au fond de mon manteau et y touche un deux dollars . Je lui tend et le regarde dans les yeux. Ces yeux là me sont familiers ; il me semble le connaître. Je n’en suis pas sûr. Ou bien c’est moi qui m’illusionne ou bien je fabule . Je continue mon chemin mais m’arrête près d’un réverbère pour surveiller de plus proche ce robineux.  Au bout d’un certain temps il se lève et se dirige vers le dépanneur le plus proche . Sa démarche ne mens pas.

Je le suis et arrive à sa hauteur, je le regarde et lui dis:

-Papa, est-ce que c’est toi ? Je suis Jean-Paul, ton fils !

Il me regarde et me dit:

-Vous vous trompez ,monsieur , je n’ai pas de fils, ni de famille .

Des autos passent tout en écrasant la neige fraîchement tombée. Mon itinérant essaie de s’esquiver à l’anglaise. Je le retiens par la manche de son manteau défraîchit et lui dit:

-Papa, que fais-tu ici ? Papa nous te croyions mort. Pourquoi nous as-tu quitté cette vieille de Noel il y a plusieurs années ? Qu’es-tu devenu ?

Il continue à dire qu’il n’avait pas de famille ni de fils Jean-Paul mais je vois dans ses yeux  remplis de larmes qu’il fuit et me fuit . Nous restons tous les deux silencieux .Je voudrais le prendre dans mes bras et l’amener avec moi. Je sens sa réticence. Il ne s’ouvre pas ce qui me blesse encore plus . Je reste avec lui et l’accompagne sur sa route . Ce qui ne semble pas lui déplaire . Arrivés dans une arrière-cour il me montre son habitat, sa maison faite de carton. Il continue à me dire qu’il ne me connaît pas et qu’il n’a pas de famille, ou du moins c’est un souvenir lointain et effacé de sa mémoire .Je prends ma patience à deux mains et essaie de lui parler de sa famille. Son épouse Marie-Claire, moi et mon frère Sébastien ainsi que ma petite sœur Andrée. Il me dit:

-Non je ne me souviens pas de ça ,monsieur . Ça ne me dit rien du tout .

Je vois que ce que je lui dis le met mal à l’aise et il cherche à éviter mon regard et ma présence . Un long et pénible silence s’est installé entre nous . Il sort de sa poche un flacon de Rhum rempli d’une boisson quelconque et y boit goulûment. Comme s’il voulait faire disparaître  ce que ses yeux voient. Je le sens devenir enivré je lui demande:

-Comment en êtes vous arrivé ici ,vous monsieur ?

Il me réponds évasivement avec des balbutiements:

-C’est une bien longue histoire ça monsieur …

Je lui dis:

-J’ai le temps ,vous savez.

Il reprends encore une bonne lampée de sa mixture tout en caressant sa barbe moutonnée  et continue:

-Il y a de ça plusieurs années j’ai eu beaucoup de déceptions avec mon  travail. Travail que j’ai perdu.

J’étais marié je crois – tout en me lançant un regard de biais pour ne pas se trahir- et là-dedans aussi j’ai eu des déceptions. ma femme a eu un enfant qui ne venait pas de moi et je l’ai su la vieille de Noel.

Alors je suis parti de chez moi et plus personne n’a entendu parler de moi . Mais vous monsieur ,je ne vous connais pas , Je ne sais pas qui vous êtes. Je suis bien dans ce que je vis c’est mon monde et ma vie . Vous n’en faites pas partie !

Il prenait un ton plutôt agressif et je prends un petit recul. Je suis abasourdi parce qu’il vient de me dire. Ma mère nous a toujours caché son secret et ne voulait jamais en parler .  Ma petite sœur est venue au monde pas tellement longtemps après son départ. Donc, elle savait . Je suis tout confus et les larmes me coulent abondamment. Que devrais-je faire ? Je ne savais pas. Je sais que c’est mon père mais je me sens impuissant devant son geste . Il est devenu une loque humaine et seul Dieu va pouvoir l’y en sortir. Je ne peux rien faire . Alerter la police ? Les services sociaux? La famille ? Je ne sais que penser .Je le regarde et je me dis que je l’aime. Comme j’aimerais qu’il s’en vienne avec moi mais je sais qu’il sera réticent et rébarbatif. Je lui dis alors:

-Je sais que tu es mon père- il m’écoute attentivement mais n’approuve toujours pas- et je voudrais faire quelque chose pour toi. Si jamais tu veux revenir avec nous je te laisse mon adresse et mon numéro de téléphone .Tu seras toujours le bienvenu et nous te pardonnons ce qui a pu se passer .

Sur ce je me lève et avec le cœur gros, comme on dit, je le quitte avec désarroi et amertume . Je pense que je ne le reverrai jamais .Je laisse le reste à Dieu . Je sors de l’arrière cour et me dirige vers chez moi tout en pleurant . Mais au moins j’ai retrouvé mon paternel disparu depuis beaucoup d’années. Je revois encore son image ,sa physionomie . Un bonhomme barbu vêtu de guenilles.  Nous somme la veille de Noel et chez moi tout est illuminé et les enfants m’attendent depuis un bon moment. Je les prends dans mes bars et les serre très fort. Ma petite fille ,Sandrine, me dit:

-Papa, tu as pleuré toi ? Encore l’histoire de ton père ?

Je lui réponds tout en douceur :

-Oui mais ça va aller .

Je me joins à mon épouse et mes trois enfants pour le repas de Noel toujours en ayant en tête l’image de mon bonhomme en haillons dans la rue . Vers onze heures c’est l’heure des cadeaux . Je dis aux enfants :

-Tout à L’heure il va y avoir un gros bonhomme habillé en rouge qui venir  et aura des choses pour vous .

Les enfants s’exclament tous en chœur:

-Youppie, on a hâte . Qui va en avoir le premier ? Moi  dit  Sandrine je suis la plus petite .

Vers onze heure trente on frappe à la porte et je dis :

-Ah ! tiens qui ça peut être ? Le Père Noel? On va aller voir ,viens-tu avec moi ma petite Sandrine ?

Nous nous dirigeons vers l’entrée et en ouvrant doucement la porte ce que je vois me renverse; c’est mon père qui est devant la porte. Il semble hésitant je m’exclame:

-Papa tu es venu ? Papa viens que je te serre dans mes bras . Papa!

Ce Noel fut , est et restera mémorable !

 

Pierre Dulude

Ste-Agathe des Monts.

7  décembre 2015.

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