Coincidence.

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Les feuilles du pommier en bourgeonnant au printemps sont aussi douces et bienfaisantes
que des jeunes filles. (La chasteté)

Hildegarde de Bingen  o.s.b.( 1098-1179)

 

Coïncidence ?

Le bus roule, en pleine campagne verdoyante,  depuis une petite heure. Sa routine  des  pneus chevauchant  les subdivisions de la route finit par nous assoupir. Tout comme le balancier d’une horloge grand-père, son rythme nous hypnotise dans les ailes du temps. Les yeux mi-clos j’observe  la scène champêtre défiler inlassablement et infiniment. Les vitres teintées mentent sur la beauté du paysage ; le soleil en est offusqué. Installés épars, ici et là, les passagers flirtent avec leur solitude et leur éloignement des uns des autres. Personne ne se regarde ni se fixe mais jette des coups d’œil à la sauvette sur l’un ou l’autre des congénères voyageurs. Situation familière dans les transports en commun; même là l’hétéroclite  devient  intime .À quelques bancs  du mien un jeune homme écoute de la musique quelques peu bizarre, j’entends comme un sifflement qui émane des ses écouteurs. Un peu plus loin une vieille dame, recroquevillée sur son siège, lit et relit une lettre qu’elle a du recevoir d’un de ses enfants lui demandant de se rendre à leur domicile ou d’une amie suppliant de venir à son secours .Je  regagne   ma vue campagnarde et y remarque que les labours vont bon train.

Une myriade de sillons est là, la greule toute grande ouverte prête à recevoir la semence  du cultivateur.

Comme les scouts : toujours prêts. De biais d’avec, moi sur le banc  arrière, une jeune fille, tout de blanc vêtue, lorgne de son côté l’orée de la forêt  en pleine croissance printanière. Elle a de magnifiques cheveux ébène, des yeux bleus profonds. Elle exhale une douceur transcendante. Son visage  décrit la sérénité d’un instant sublime .Mon regard l’immortalise dans mon esprit  et je reviens à la succession  d’images routières. À  l’horizon un fermier infatigable  fait régurgiter à son tracteur la terre que sa sarcleuse ouvre pour les futures récoltes. L’astre du jour donne aux champs l’effet d’une petite mer houleuse sans fin. Quelques ilots d’arbustes et de roches pointent au beau milieu des champs comme des minuscules iles désertes peuplées d’oiseaux aussi  colorés et tout en acrobates de vol. Les sillons semblent rire de toutes leurs dents. Je souris à ce spectacle enfantin. Dans l’autobus  le vrombissement  suit les hauts et les bas de la route vallonneuse .

Le mastodonte, tout à coup,  émet un craquement  sourd. Le chauffeur diminue peu à peu sa vitesse et fini sa course sur l’accotement du chemin. Tous, les passagers, nous nous regardons avec  des yeux surpris et un tantinet inquiets. Avant que la question ne fuse le conducteur nous déclare dans son micro :

-Mesdames et messieurs  je m’excuse pour le contretemps  mais nous avons des difficultés mécaniques. Je vais contacter la compagnie et ils nous enverrons un autre bus. Soyez patients s’il vous plaît et si vous voulez vous dégourdir les jambes  je  laisse  la porte ouverte. Nous en aurons pour environ une heure à attendre  avant qu’arrive la relève. Encore une fois je suis désolé de l’inconvénient.

Quelques passagers récriminent en sourdine mais la majorité reste silencieuse. Je réfléchis et me dis :

-Allons prendre l’air.

Comme  un seul homme je me lève de mon siège et me dirige à l’avant du bus. Je m’appuie sur les sièges pour me sécuriser et sors au grand jour.

Une brise douceâtre vient me caresser le visage et mes narines se gonflent de cet air printanier juvénile. Mes yeux se regorgent de ce spectacle inondé de rayons généreux  du soleil. J’hume les effluves de la terre retournée sur elle-même. Un parfum suave vient m’envoûter et, comme une boussole, me donne la direction à suivre. Je traverse la route non achalandée et suis un fugace  chemin de terre  vers un verger. Les pommiers explosent, à leurs branches, de tendres fleurs blanches et roses. Un arc en ciel  de coloris glisse sur le ciel bleu azur. La fragrance  enivrante me transporte. Je me demande  si ce n’est  pas ça  le paradis  terrestre. Je m’aventure un peu plus en avant, regarde ma montre et m’affirme que j’en ai le temps. Je stoppe devant un vénérable pommier tout de fleurs roses vêtu. Il dégage une sagesse de centenaire  autant qu’un arôme sublime. Je prends mes aises et m’assois sous cet illustre producteur du fruit défendu d’antan. Des mésanges gourmands se gavent des  rejetons du noble vieillard. Je ferme les yeux et écoute les ailes du  silence du temps. J’aperçois des voyageurs  qui ont fait comme moi  et déambulent, maintenant sur les rebords de la route. L’ange blanc aux yeux bleus est du nombre. Deux grives orangées  viennent se dandiner  à portée de main. Je ne fais aucun geste et les laisse agir à leur guise. Je respire à fond cet air si régénérateur d’énergie. L’osmose entre la nature et mon moi intérieur se fond et se soude comme de l’acier. Le silence sert d’ambassadeur au fond de toile  paisible. Je me dis  secrètement :

-Un mal pour un bien. Bonne idée ça !   Une panne en plein champs, réfléchir sous un vieux pommier; je n’aurais surement pas fait mieux. Dieu est bon. Il nous place parfois dans des situations que nous ignorons totalement le sens. Son temps n’est pas le nôtre….

Le  chant des grives m’extirpe de mes pensées et mes yeux me dévoilent une présence  à quelques mètres de moi. Je crois rêvasser. Une silhouette s’approche  furtivement à pas calfeutrés.

 De ses yeux bleus de mer émanent   une lumière que seule l’âme peut exhaler. Elle s’immobilise  au bout de la branche la plus basse du pommier et y sent l’arôme parfumeuse. Beauté  magique saisie sur l’entrefaite.

Elle  doit avoir vingt ans, encore  l’âge  de l’innocence. Elle se joint à moi sous le pommier et s’installe de l’autre versant du tronc. Nous pouvons converser sans se voir. Elle  dit :

- Quelle belle journée que nous avons, qu’il est doux  de se trouver ici. En des moments comme celui-ci je me sens transportée dans un autre monde. Quelle Paix et quel silence .Comment peut-on imaginer tout le travail caché que fait un arbre avec ses racines. Nous en avons le résultat avec ce que nous y apercevons. Quelles bonnes exhalaisons aussi.

Elle prend plusieurs respirations profondes et continue :

-La nature nous donne tout ce que nous avons besoin pour vivre et exister. Pourquoi l’homme s’acharne-t-il à la détruire ? En  la détruisant il se détruit lui-même. Pourquoi  l’homme se sent –il aussi suicidaire avec lui-même. Le suicide  est contre nature ; la nature ne se suicide pas, les animaux non plus. Dieu a créé tout ça pour nous pour y vivre en harmonie et heureux. Nous devons tous faire notre part pour conserver ce que nous avons et y vivre convenablement et en Paix.

Elle regarde par-dessus son épaule et de ses yeux en obliques et rajoute :

-Qu’en pensez vous ?

Mais ne me laisse pas le temps d’ouvrir la bouche et lance :

-C’est dans ces moments, comme celui-là, que nous apprécions à sa pleine capacité et sa valeur cette nature si bienfaitrice. Mais, nous dans nos villes, nous en sommes à des années lumière de ces cadres enchanteurs. Il y a toute une éducation à faire auprès des gens pour qu’ils en prennent conscience et mettent cela en pratique. Nous devons le faire par tous les moyens à notre disposition, par les paroles, par les écrits et par tous les moyens de communication que nous connaissons.

Nous devons devenir des exemples pour cette jeunesse montante. D’ailleurs tout ceci va vous nous appartenir, à nous  et à nos semblables.

Une bande de joyeux  jaseurs de pommiers, petits oiseaux cousins des jaseurs des cèdres, investit l’honorable vieil arbre. Ils créent une diversité amusante. Ils montent et descendent les branches comme pour un jeu. Leurs petits cris et glapissements réchauffent  l’air encore un peu frais. Je prends la parole :

-Charmant spectacle ne trouvez-vous pas ?

Je n’attends pas la réponse et continue :

-Merci de venir me dire que vous apportez l’espoir des années futures. Oui cet avenir vous appartient ici et maintenant. Quel est votre  prénom  si ce n’est trop vous demander ?

Elle se retourne quelque peu vers moi et me dit :

-Agnès. Je m’appelle  Agnès. Ma mère voulait que je porte ce prénom et mon père  celui de Hildegarde mais, selon ma mère, faisait trop ancien. Sa grand-mère s’appelait Hildegarde ; comme la sainte. Et moi j’aurais voulu avoir ce nom car je sens en moi les racines profondes de cette  femme sage du douzième siècle.  Et vous quel est votre prénom ?

À mon tour  je détourne le regard vers elle et l’y plonge dans ses magnifiques yeux de couleur ciel et lui dis en soupirant doucement :

-Je me nomme Pierre.

Le silence, étendu de tout son long, règne à présent. Une symphonie de couleurs, de chants d’oiseaux s’exécute à nos yeux et oreilles. Immobile les yeux ancrés sur la vallée qui s’ouvre devant moi j’écoute les ailes du vent m’amener les sons familiers de ce paysage. Oiseaux, tracteur au loin, criquets et bourdons. Ma respiration bat la chamade de la mélodie divine. Je m’adresse à Agnès :

-Les coïncidences  n’existent pas. Que nos chemins se soient croisés ce matin n’est pas d’aucun hasard. Dieu fait bien les choses…

-Je le crois Pierre.

-Vous me parlez d’Hildegarde de Bingen et, cette semaine, j’ai parcouru ses œuvres. Elle était bien en avance sur son temps cette sœur bénédictine. Médecine, herboriste, écrivaine, peintre et compositeur de musique céleste. Elle a même élaboré  son propre dictionnaire de mots composés de ses propres lettres d’alphabet. Ici et maintenant  nous la retrouvons en plein dans  ses éléments. Les éléments de Dieu.

Je  regarde Agnès dans les yeux et j’y vois comme une  lumière révélatrice  et je continue :

-L’homme est associé à part entière  à ce monde. Il y est une partie prenante et un des éléments  clef  .Mais en est il vraiment conscient ?

Sur ce je reste muet et observe un couple d’amoureux qui ont élu domicile sous un autre pommier en fleurs. Au loin on voit s’agiter le chauffeur de notre bus nous faisant de grands signes des bras .Nous en concluons que l’autobus de secours arrive. Nous nous levons et nous dirigeons vers la route encombrée ici et la de voyageurs en quête de réponses tout comme nous. Agnès me demande :

-Puis-je vous prendre la main jusqu’au chemin Pierre ?

Je lui tends ma main droite et elle s’empresse de l’enserrer dans la sienne. Je sens la douceur veloutée de sa peau. Arrive le nouveau car et nous nous y engouffrons. Chacun à sa place comme au départ ; Agnès  sur ma droite à l’arrière, la vieille dame relisant sa lettre et le jeune homme aux écouteurs  avec sa musique bigarrée. Le bus démarre et le train-train continue.  La route redevient notre leitmotiv du moment .Il fait beau et l’été s’en vient. Je regarde une dernière fois les yeux d’Agnès et me perd dans ma contemplation.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 20 janvier 2012

 

 

 

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Stagner…ou…changer !

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Stagner…ou… changer !

Mes pas, en cadence légère, me mènent aux abords de la rivière d’un calme éclatant et enivrant. Le silence se balance au gré des ailes de la sérénité. Je sens et ressens une symbiose torsadée m’enticher. La surface de l’eau, digne d’un miroir de télescope, s’imprègne du ciel bleu profond. Un goéland, tel un ange, enrichit le spectacle. Son vol doucereux sécurise. Le temps s’immobilise en contresens. Les idées foisonnent dans mon esprit; elles se bousculent. Le signal d’une pause s’impose. Je fais halte à la cacophonie des opinions. Subtilement le cœur prend position dominante sur le raisonnement. Mon esprit fusionne d’avec la ligne d’horizon qui délimite la voute céleste et l’abîme de l’eau. Le reflet, lui aussi, est en contemplation. Je me dialogue :

-Et si la Lumière brille et que les ténèbres ne l’ont pas arrêtée …cela veut-il dire que la Lumière a préséance sur les ténèbres ? Je le crois. La Lumière peut subjuguer les ténèbres mais non réciproquement ; il y  aura toujours la Lumière. Au fait comment en arrivons –nous à cette Lumière ? Par quel mécanisme en arrivons-nous à voir cette clarté ?

Mes idées se chamboulent en une série d’interrogations à élucider. L’amplitude de la surface de l’eau  me  renvoie une image d’un petit nuage fluctuant au faîte du firmament.  Le goéland se glisse dans cette image en traversant la petite boule d’ouate. La quiétude approfondit la sérénité :

-Quelle beauté ce matin. Il y a des jours semblables à celui-ci ou tout devient limpide et  tellement simple. 

Me dis-je :

-Est-ce cela de vivre profondément l’instant présent mais aussi parcelle d’éternité  et momentum vivifiant ? Vivre cet instant, ce moment, précis d’amour. Respirer l’étincelle volontairement allumée dans une noirceur ténébreuse pour en faire une lumière éclatante.

Un gaie bleu vient se percher à la première branche qu’il aperçoit au bout de son œil vif. Son cri rauque et glauque retentit comme la trompette qui sonne la charge. Son ombre dans l’onde détonne. Je repose mon regard sur la scène dédoublée dans l’eau :

-Et dire que les gens s’arrêtent aux bienfaits des biens matériels et des peccadilles. Ils accumulent richesse sur richesse et ne voient pas  la sublime et somptueuse richesse de toute la richesse ; les œuvres de Dieu et son Amour pour nous. Ils misent sur leur confort et sur leur vie facile qui ne l’est pourtant pas. Ils ne veulent pas souffrir mais pourtant ils souffrent dans leurs peurs et leurs insécurités à s’en rendre extrêmement malades; encore de la souffrance. Mais ils ne veulent pas souffrir, disent –ils. Il y a un grand penseur qui disait :

-Quittez tout et vous retrouverez tout !

-Il s’agit de  se détacher de tous ces biens matériels, temporels et physiques de ce monde terrestre. Nous pouvons les utiliser mais non les accumuler ni s’y attacher. Notre voyage, ici sur terre n’est que passager, C’est comme une traversée d’un désert. Au départ, l’équipement qu’on juge nécessaire devient, avec les pas, superflu et inutile. Tout au long du périple nous nous débarrassons de choses encombrantes et lourdes. À la fin il ne reste que le nécessaire à l’extrême limite, mais oh ! Combien   léger nous sentons nous.

-Les  seules choses utilitaires que nous possédons ce sont nos bonnes actions et notre Amour des autres ainsi que nos dons de création. Nous aurons appris à vivre en harmonie et en fraternité avec nos frères et sœurs.

Le goéland vient exécuter des virevoltes et des tonneaux sur le ciel azuré. L’air, pour lui, devient sa voile magnifique. Le bout de ses ailes scintille. Sa grâce alimente doucement les jets de silence. Silence qui  s’impose quelque fois :

-Le silence de nos murmures jaillit de nos idées.

Me dis-je en sourdine :

-Quelques fois vaut mieux garder le silence que de déverser un torrent de paroles, qui souvent, s’avèrent futiles et inutiles. Retenir sa langue demande plus de concentration, et d’humilité. Tiens une autre pensée me met le grappin sur moi :

-Nous sommes les fils et les filles de Dieu mais pour vraiment le vivre et l’être nous devons le vivre et l’être en toute humilité; sans orgueil et sans vanité. Le vivre et l’être profondément en nous disant que nous ne le sommes pas .Donc en détachement total de ce qui pourrait être un titre ou une gloire. Et cela n’est pas facile. Comme Mère Térésa disait : ‘’ Être personne pour personne ‘’ dans un anonymat total et en étant inconnu sauf aux yeux de Dieu. Ce qui demande des efforts constants et soutenus.

-Parfois les efforts constant et soutenus demandent aussi de changer les perspectives de notre vue et de notre vie sinon nous risquons la stagnation. Le changement s’impose. Cette stagnation peut avoir à sa source nos peurs de l’inconnu  ou de l’immensité tout comme ce paysage que j’admire depuis un bon moment.

Cette stagnation, aussi, peut nous procurer un certain réconfort des acquis mais ce n’est pas le terminus; seulement une gare comme une autre. Il est sublime d’avancer et progresser. Dans la Lumière il n’y a pas de fin de l’infini mais des jalons extraordinaires à découvrir à chaque étape. Tout vient à point à qui sait attendre et apprécier. Et, on ne sait jamais d’où viendront le message et les messagers. Il n’y a pas de feu sans flamme et de lumière sans rayonnement  ni de pluie sans nuage. La beauté se retrouve dans tout. La laideur n’existe pas ; seulement la beauté sous toute ses formes. Il faut s’efforcer à la chercher cette beauté.

L’astre du jour se dandine copieusement sur la surface réverbérante de la rivière. Lui et le goéland jouent à cache-cache. Le minuscule nuage s’est dissipé; disparu. Aucun autre de ses congénères ne fait d’apparition. L’ailé monte et remonte tout en s’amusant .Il teste ses capacités et réussit très bien. Son vol tout en cascade de vrilles dessine, dans les cieux et dans l’âme de l’eau, une aquarelle d’arabesques digne des plus grands peintres. Il se pose, enfin, à la surface du miroir provoquant  une minuscule montée de vagues dégoulinantes sur le rivage. L’onde de choc s’estompe sur l’onde. Je réfléchis tout haut en sourdine :

-Comme dans notre vie, les changements nous font évoluer. Nous subissons des mutations, suite à des bouleversements, et souvent, parfois, pour le mieux .Nous n’en prenons pas conscience sur le coup mais après mures réflexions nous pouvons trouver la parcelle de lumière qui se trouve dans les évènements et les expériences. Tout comme la chenille devient papillon. De rampante elle devient volant.

Mes pas reprennent  leur cadence au rythme de mes pensées ; lumineuses et suaves. Le spectacle s’imprègne dans mon cerveau et se soude à ma tranquillité.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

13 janvier 2012


Rappel

En rappel …

Deux hérons, en grande pompes et princiers, déambulent dans les hautes herbes aux rebords de la rivière, projettent une image de diplomates en pleine conférence de la Paix. La douce mélodie des grillons et cigales mêlés aux exclamations joyeuses des pinsons et des gais bleus articulent une symphonie arabesque accompagnée d’une gentille brise veloutée se balançant aux branches ondulantes des érables. Le soleil se joue de ses harmonies camarades avec les quelques ouatés épars ici et là. Fin août une odeur de retour à l’école plane dans l’atmosphère. Souvenirs inaltérables d’écolier. Dans le parc, au bout de l’Ile Jésus à Laval  à l’est, je me retrouve en pleine discussion d’un pigeon et d’un goéland probablement pour savoir et affirmer de qui de l’un ou de l’autre était en premier. Le débat s’émoustille  mais  joyeux. Des mésanges, sans gêne viennent caquasser au travers les buissons ; remparts de la rivière.  Ce parc se situe aux affluents de deux rivières et s’écoulent dans une troisième qui va se jeter dans le fleuve. Je m’installe sur la pointe de l’Ile,  de cette façon j’ai l’impression d’être debout sur la proue d’un navire qui vogue vers l’immensité. J’examine minutieusement les hautes végétations espérant d’y voir des tortues d’eau douce. Peine perdue.

Je viens m’installer confortablement sur un banc qui m’honore d’une magnifique vue sur le pont au loin et sur la croisée des trois rivières.

Je ferme les yeux et écoute religieusement les hymnes des ailés à proximité. La charmante brise me frôle le visage avec son duvet de rayons de soleil. Temps de quiétude, de paix et de sérénité. Une question me vient à l’esprit :

-Ou étais-je il y a  dix, vingt, trente ou quarante ans ?

Les souvenirs et la remémoration se chamboulent dans mes neurones. Le chant doucereux du merle me berce et le parfum des herbes sauvages me transportent. J’ouvre les yeux et l’éclat des reflets de diamants de l’eau viennent couler sur moi.  Je médite sur mes expériences passées et en conclut tous les bienfaits  qu’elles m’ont apportés dans ma vie. Profondément  enfouis  dans mes rappels je note qu’un monsieur, respectable, d’un certain âge s’est installé sur un banc  à quelques pas. Je le regarde du coin de l’œil et, de sa part, c’est réciproque. Il me semble le connaître mais  je ne sais de où et de quand .Je me dis :

-Cela va me revenir.

Une talle de marguerites sauvages  se dandine au gré du vent. Elles battent la mesure de toute cette douce mélodie de la nature. Un petit voilier tergiverse sur la rivière  aux accrocs des minuscules vagues. J’entends une voix me dire :

-Quel calme  n’est ce  pas ? J’ai une prédilection pour cet endroit si reposant. Et vous ?

Je détourne mon regard  vers le monsieur inconnu qui veut engager une conversation. Je glisse :

-Oui c’est calme et délassant  comme vous dites. Et il n’y a jamais foule ici. C’est ce que j’aime aussi .Vous venez souvent ?

Toujours en fixant l’horizon il me répond :

-À toutes les fois que je peux. Je suis à la retraite et j’ai le temps. Et vous, retraite aussi ?

Je  dis :

-Oui depuis quelques années et j’en suis bien ravi. Je me suis dit : ‘’ J’en ai assez fait ; maintenant profitons de ces merveilleux moments.

Il me regarde et me lance :

-Mon nom est Louis.

Il me tend la main que je m’empresse de la lui serrer :

-Mon nom est Pierre, enchanté Louis.

Un visage familier, le sien, flotte dans mes souvenirs mais je ne peux cerner. Nous entamons une conversation sur des sujets banals, il reprend :

-Oui je viens ici le plus souvent possible. J’ai enseigné pendant plus de quarante ans et je viens me reposer les oreilles dans ce majestueux silence des prés et de la rivière. Je crois que, moi aussi, j’ai beaucoup  donné avec mes capacités et mes dons.

Je lui demande :

-Vous avez enseigné dans quel domaine ?

Il me dit :

-Je suis architecte et j’enseignais à l’Université de Montréal à l’École Polytechnique .Pendant  toute ces années mon cher monsieur. J’en ai rencontré des gens.

Surpris je dis tout de go :

-Polytechnique ? Mais j’ai suivi des cours à la Polytechnique, en préventions des incendies,  il y a de ça  quarante et un an exactement  et en architecture en plus.

Il  répond :

-Bien nous avons dû nous croiser car j’y étais et j’étais  le responsable de ces cours  tout en enseignant. Je me rappelais tout à l’heure que lorsque nous enseignons nous dépassons souvent notre rôle d’enseignants et de pédagogue. Nous pouvons insérer des entrefilets de savoir vivre et d’éducation aux gens qui nous écoutent. Et combien de fois l’ai-je fait. Nous le faisions pour aider  les gens à s’améliorer et à dépasser leurs limites, souvent, sclérosées par les peurs de l’échec.

Et comme dans  un éclair vivifiant je me souviens de lui. Il avait été mon professeur en architecture  cette année là il m’avait fait couler un cours de dessin de plans  en me disant que je ne m’étais pas appliqué.  J’avais eu beaucoup de rancune à son égard. Son verdict m’avait frappé directement  droit au front et j’avais failli lâcher tout rondement ces cours. Mais j’ai persévéré. Je lui en parle ? Non. Je  l’écoute.

-Combien de fois n’avons-nous pas, nous les professeurs, été les souffre-douleur  des étudiants ? Combien de fois y a-t-il eu des prises de bec et pas toujours dans l’harmonie ? Enseigner c’est une vocation, pas un travail ou un job mais bien une vocation. Et souvent les élèves dépassaient leur professeur ou leur maîtres. Mais je suis très  satisfait aujourd’hui de mon cheminement  malgré mes difficultés du temps présent. Je vis présentement le deuil de mon épouse et  croyez-moi je le vis très durement. Je me retrouve comme face à un immense vide  incommensurable. La vie m’a toujours souri et  voilà qu’il me tombe sur le dos cette épreuve.

Me rendant compte que Louis  sombre peut à peu dans un puits presque sans fond je lui tends une corde; la corde de la compassion et de la compréhension :

-Mais mon cher Louis, avec toute votre expérience surtout en architecture vous pouvez vous construire ou reconstruire une très admirable maison confortable. Vous connaissez de tout et partout l’architecture tracez vos plans mon ami et appliquez vous !  Vous avez la vie devant vous comme ici dans ce magnifique parc. La beauté vous appelle et vous le rappelle.

Louis me regarde et me  dit :

-Il me semble que je me souviens de vous mais  je n’en suis pas bien certain.

Ne voulant pas ressortir le passé je change de sujet :

-Quelle belle après-midi n’est ce pas ? Vous savez je crois que Dieu nous mets des gens sur notre chemin pour avancer dans la bonne voie et souvent il nous les envoie une deuxième ou une troisième fois pour nous le rappeler.

Réfléchissant profondément, Louis,  avec un grand et large sourire me lance :
-Vous avez raison, je vais m’y mettre, dès mon retour à la maison, sur de nouveaux plans. Voilà le secret pour sortir du marasme : créer. J’ai toujours affirmé ce dicton à mes étudiants : Soyez créatif et créez! Merci Pierre de me le rappeler.

Il se lève et me resserre la main et je le remercie de tout cœur. Car je me souviens que durant toutes ces quarante et une années c’est ce dicton qui m’avait toujours motivé et qui m’avait empêché de sombrer dans des gouffres innommables.

La douce brise se balance nonchalamment entre les feuilles vertes argentées des peupliers. Elles ondulent comme les vagues de la mer en avance et en ressac. Les hérons se sont envolés vers des endroits plus prometteurs des abords de la rivière. Je ferme les yeux et me dit :

-C’est là que j’étais il y a quarante ans.

‘’Je prends les ailes de l’aurore
et me pose au-delà des mers :
même là, Ta main me conduit,
Ta main droite me saisit.’’

Psaume 138,1

 

Pierre Dulude

Les Ailes du  Temps

Laval, 22 décembre 2011

 


Voeux

Silent Night

 

Voeux Noel 2011

Année 2012

Merci.

Merci de venir lire . Merci de retransmettre le message d’Amour ,de Paix  et de Lumière .

2012 sera une année d’optimisme de joie et de belles récoltes.

Gardons à l’esprit l’espoir d’un monde meilleur.

Joyeux Noel dans la Traditon de la Nativité de Jésus.

Heureuse année ponctuée  de gestes généreux envers les autres et soi-mêmes.

Que Dieu vous bénisse.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps .


À l’ombre des ailes de la Lumière

« La pupille se dilate dans la nuit et finit par y trouver du jour, de même que l’âme se dilate dans le malheur et finit par y trouver Dieu. » 

‘’Victor Hugo, Les Misérables.’’ 

 

À l’ombre des ailes de la Lumière.
(décembre 1994) 

Il neige doucement, les flocons s’étendent silencieusement sur la poussière de givre matinale. Les fêtes s’en viennent à grands pas  de course et la nostalgie s’installe peu à peu. Dans quelques semaines nous allons célébrer Noel, le cœur et l’enthousiasme n’y sont pas du tout au rendez-vous. Les enfants, eux, sont heureux car ils sont en congé et vont pouvoir jouir des présents que nous allons leur offrir. Je ne me sens pas dans cet esprit de Noel; le Noel commercial qui nous envahit comme une vieille chanson à la radio et à laquelle nous ne croyons pas, ou plus, dont nous nous sommes lassés avec le temps. Les mêmes ribambelles, encore une fois, les mêmes vieilles traditions répétées sans conviction et avec une pointe de : ‘’ on a bien hâte que ça finisse’’. Je suis concierge dans un complexe d’habitation depuis six ans déjà. Les heures, les jours me sont lourds à porter et à assimiler. Je travaille dans ce complexe immobilier d’une quinzaine d’étages qui abritent environ cent vingt cinq locataires à desservir. 

Cette petite foule bigarrée et hétéroclite, avec leurs habitudes de vie, est mon lot depuis toutes ces années; on s’y fait à la longue .J’arrive, avec peine et misère, à garder l’endroit propre et convenable .Les gens sont tellement inconscients de leur propre environnement qu’ils ne voient pas ou plus le travail que nous accomplissons pour leur rendre la vie agréable. Souvent l’ingratitude devient notre lot et les critiques sont acerbes. Qu’à cela ne tienne j’ai des responsabilités familiales et, pour moi, vaquer à ces occupations est primordial. Oh! J’ai déjà songé à fuir, à m’évader. Mais il y a les enfants. 

Par ce magnifique matin de décembre  je suis à faire ma routine. Balais, vadrouille et aspirateur que je pousse sans conviction aucune. Les locataires déambulent dans le passage pour aller s’engouffrer dans leur auto et démarrer leur journée. Certains me voient et m’ignorent ; je les bénis du bout des lèvres .Je monte à l’étage, la terrasse, je recommence le même manège avec les mêmes gestes ennuyants .Depuis plus d’un an ma motivation s’est retrouvée sous la barre du zéro. Je ne trouve simplement pas l’énergie pour amorcer un changement ; mes gestes en sont machinaux et mécaniques. Je prends une  courte pause entre les portes de l’entrée.  D’un côté l’hiver y fait son ballet dans les grandes branches dénudées des peupliers  où quelques feuilles courageuses s’accrochent désespérément et de l’autre côté des portes cette chaleur sécuritaire et invitante du hall d’entrée. Réfléchissant sur mon sort, je regarde les tourbillons de neige dansant et serpentant sur les dalles de ciment .J’entends le sifflement du vent qui cherche à s’immiscer à l’intérieur. En silence je soupire profondément et une idée me jaillit de l’esprit et je me l’exprime tout haut : 

-C’est Noel bientôt ! Qu’est ce que cette fête représente avant tout ? N’est ce pas  la naissance de Jésus et pourquoi en oublie-t-on l’essence même ? Pourquoi nous acceptons de se faire casser les oreilles, chaque année, par toute cette musique, qui est belle oui, mais qui nous ramène constamment au commerce, aux cadeaux, à l’argent et à la bouffe pour s’empiffrer ? Oui il y a les enfants, la joie des réunions de famille mais …je n’y crois plus à tout cela. Qu’est ce que je pourrais faire pour changer et y voir autrement ? 

 

Ancré profondément dans mes pensées une idée lumineuse surgit : 

Appliquer ce qu’on nous a toujours enseigné lors de cette fête. Accueillir tous les gens de façon égales et humainement. Revenir à nos Noel d’antan lorsque nous étions enfants. Redevenir des enfants. De faire de mon travail un jeu. D’exécuter mes tâches pour faire plaisir et de ne rien demander en retour. 

Ceci dit, et d’un pas décidé, je redescends au premier plancher. Je me débarrasse de l’eau sale de mon sceau et le remplit de nouveau avec de l’eau chaude et propre. Je rajoute deux hémines de savon plutôt qu’une. Je ressors mon balais et mon aspirateur mais aussi de la cire à plancher et me remets à la tâche. Je me dis : 

-Aujourd’hui je vais recevoir le Christ ; je vais recevoir quelqu’un de très important. 

Et frotte et lave et astique, planchers, murs et vitres. Je passe l’aspirateur avec vigueur et détermination. Enfin j’étale une couche de cire sur les parties de plancher apparents pour les rendre miroitants et propre comme un sou  neuf. Je  suis fin prêt à recevoir un ou une  VIP. Le travail terminé, je redescends au garage et exécute les mêmes tâches. La vadrouille, comme par magie, en est des plus légère et souple. Vitres, portes et planchers rien ne m’échappe. Mon œil inquisiteur examine et réexamine pour cerner les taches rebelles. J’applique là aussi une couche de cire bienfaitrice. Les planchers reluisent et se sont affublés de leurs plus beaux atouts. Je suis fier de mon travail. Certains locataires entrent et ne remarquent rien; encore des bénédictions et un grand sourire cette fois. 

Tout en rangeant mes instruments de travail je me sens léger et heureux. Je prends un linge et enlève la fine poussière accumulé sur les rebords des fenêtres. La porte d’entrée s’entrouvre doucement, une jolie petite fille de huit ou neuf ans se montre la frimousse, garnie de beaux yeux bleus,  dans le cadre. Elle pénètre  et  d’un sourire lumineux me lance : 

-Bonjour monsieur le concierge .Je suis la fille de madame Fournier au douzième vous me reconnaissez ?   

Je lui réplique : 

-Oui, oui je te reconnais .Comment vas-tu ? Tu es en congé de l’école ? 

Elle rajoute : 

-Oui et je suis bien contente qu’il neige. 

Promenant son regard elle rajoute : 

-Mais c’est donc bien propre ici ; ça fait du bien de voir cela. 

Je la remercie du fond du cœur, elle a fait ma journée. Elle se dirige  vers l’ascenseur et s’y engouffre; la porte se referme sur elle. Je viens d’avoir la plus belle réponse de toute ma vie. Changer les ténèbres en Lumière. 

Noel ne s’est pas passée comme les dernières années et sera  dans cet esprit les années suivantes. 

Pierre Dulude 

Les Ailes du Temps 

13 décembre 2011 

 

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