Méditation.

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Méditation.

La vie spirituelle est la vie. Je ne vois aucune raison de passer toute sa vie à ne goûter qu’un seul fruit.

Nous autres, êtres humains, pouvons nous nourrir des meilleures valeurs de nombreuses traditions.

Si nous pratiquons le regard profond et l’écoute profonde, nous deviendrons libres et pourrons voir la beauté et les valeurs de notre tradition et des autres traditions.

Nous devons nous laisser transformer par ce qui est bon, beau et positif dans la tradition de l’autre…

Je voudrais partager avec vous mon expérience et ma compréhension de deux belles fleurs du monde, le bouddhisme et le christianisme.
Dans le bouddhisme, la foi signifie la confiance que nous avons en notre pouvoir et celui des autres de nous éveiller à notre plus profonde capacité d’aimer et de comprendre.

Quand nous sommes calmes, quand nous regardons profondément en touchant la source de notre vraie sagesse, nous touchons le Bouddha vivant et le Christ vivant en nous-mêmes et en chaque personne que nous rencontrons.
Le cœur de la méditation bouddhiste est la Pleine Conscience : l’énergie qui nous aide à savoir ce qui se passe dans le moment présent.

Quand l’énergie de la Pleine conscience est présente, la transformation a lieu. Quand l’énergie de l’Esprit est en vous, la compréhension, l’amour, la paix et la stabilité sont possibles. Dieu est là.

Vous êtes, bien que vous ne soyez pas, mais Dieu est en vous. C’est cela l’inter-être, le non-soi. J’aime beaucoup l’expression « demeurer en Dieu ».
Le terme bouddhiste vipasyana signifie compréhension, regard profond. « Regarder profondément » veut dire observer quelqu’un ou quelque chose avec une concentration telle que la distinction entre celui qui observe et celui qui est observé disparaît.

Le résultat c’est la compréhension de la vraie nature de l’objet. Quand nous contemplons le cœur d’une fleur, nous pouvons y voir les nuages, le soleil, les minéraux, le temps, la terre et tout le cosmos. Sans les nuages, il ne pourrait y avoir de pluie et la fleur ne pourrait pas exister. Sans le temps, la fleur ne pourrait pas éclore. En réalité, la fleur est entièrement faite d’éléments non-fleur ; elle n’a pas d’existence indépendante, individuelle.

Elle « inter-est » avec tout ce qui est dans l’univers.
Inter-être est un nouveau terme qui devrait à mon sens bientôt figurer dans les dictionnaires tant ce mot est important. Quand nous voyons la nature de l’inter-être, les barrières entre nous et les autres disparaissent, et la paix, l’amour et la compréhension sont possibles.

Chaque fois qu’il y a de la compréhension, la compassion est possible.
La meilleure façon de pratiquer, c’est avec une Sangha, un groupe : l’énergie collective de la pleine conscience approfondit alors la pratique. La présence du groupe nous protège et nous donne de la force.
Quand nous pratiquons la respiration consciente, attentifs à chaque pensée et à chaque acte, nous renaissons, pleinement vivants, dans le moment présent. Le puits est en nous.

Si nous creusons en profondeur dans le moment présent, l’eau en jaillira.
Dans le bouddhisme, on parle « d’entrer dans le courant ». Tout ce à quoi l’on est confronté une fois entré dans le courant devient objet de méditation : un nuage qui flotte dans le ciel, un cadavre et même sa propre peur.

Le fait qu’on soit profondément concentré aide à toucher et à pénétrer les objets de notre méditation pour en révéler la vraie nature. L’éveil est la prise de conscience de la vraie nature de la réalité.
Bouddha vivant, Christ vivant (J.C.Lattès -1996)

THICH NHAT HANH

(http://www.tnh2005.com/html/FrHome.html)

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Archive pour septembre, 2008

Donner au suivant .

                                               Donner au suivant . dans Liens blizzard2

Donner au suivant ! 

Sans précipitation,  je roule,  prudemment sur la route mal éclairée, cahoteuse et sinueuse. Je ne prends pas de chance avec des gestes imprudents.

Le ciel  est gavé de nuages chargés de pluie ; les éclairs ne demandent qu’à se frayer quelques  zigzags dans cette obscurité.  L’orage n’attends que le signal pour déclancher les enfers. Je sens monter en moi cette frayeur  mais je la calme avec de bonnes respirations saccadées. Je me répète que je suis prêt a affronter ce monstre. Je ralentis mon véhicule afin de bien voir les bordures de la route. Au bout de quelques minutes, des gouttes de pluie viennent  s’écraser sur mon pare-brise. -Ça y est !
Me dis –je  en gardant l’œil  bien ouvert et sur la ligne blanche , effacée par endroits,  au milieu du chemin. Mes essuies glace fonctionnent à pleine capacité.

Une buée  chaude et humide s’étiole sur mon pare-brise à l’intérieur de l’auto. Je fais fonctionner  le système d’air et abaisse ma fenêtre  de quelques centimètres.  Le déluge commence  aussitôt après. Les éclairs s’en donne à cœur joie et, son compagnon, le tonnerre ne lui cède aucunement la place. Je stoppe l’auto sur les rebords de la route pour ne pas  dévaler le petit ravin  qui semble si invitant pour les imprudents. Je vois déambuler des autos, quand même, sur la route,   et ce, à grande vitesse. Je ne me sens pas du  tout  effronté de me lancer sur cette surface glissante. J’attends  que l’orage passe  tout en laissant mes feux de signalisation clignoter pour les autres automobilistes  afin d’éviter un accident. Je prie. 

Le firmament, d’une couleur mauve,   lors de  la décharge électrique de l’éclair donne des frissons. La pluie tombe  telle des cordes et mes essuies glace ne fournissent simplement pas; je me félicite de ne pas avoir continuer dans cette tempête  fantastique. Ce manège dure depuis quelques minutes et soudain une accalmie se fait entrevoir. La pluie diminue  ainsi que les éclairs et le tonnerre qui semblent s’éloigner pour se perdrent on ne sait ou.
Je regarde autours de moi, sur la route, et aucun véhicule en vue  j’embraye pour reprendre  ma direction. Lorsque  je touche à nouveau au bitume je sens  que ma roue droite, à l’avant  roule  en sautillant. Je me dis alors : 
-Ah non ! Pas une crevaison ? Ah non, ce n’est pas du tout le temps. 

Je  me  gare sur  le côté du chemin  et arrête mon  moteur. Je descends de voiture pour aller inspecter mes pneus avant. En effet mon pneu  avant droit est à plat. La pluie fine et douce me dégouline sur le  cou, je remonte non collet de coupe-vent. J’examine l’endroit ou je suis stationné et ne voit aucune âme qui vive. Un lampadaire solitaire projette une lumière blafarde à environ trois ou quatre cents mètres.

Je décide donc de m’y rendre pour, au moins, avoir un peu de lumière et si par chance quelqu’un s’adonne a passer;  il me verra. Je  monte dans mon auto et me dirige très lentement vers cette lumière d’espoir ,pour ne pas briser mon pneu et ma roue. Arrivé sous le parapluie de lumières je me gare  près  de ce géant des routes  bienfaisant. J’ouvre mon coffre arrière, sors ma roue de secours, mon cric et ma  barre de métal pour défaire les boulons. Je place  le cric sous la voiture et la soulève doucement.

Avant que la roue ne puisse tourner j’essaie, mais  en vain,  de  desserrer  les boulons ; j’en suis incapable. La pluie s’est remise  de la partie et  commence  a tomber drue. Un grand soupir de découragement sort de mes poumons. Je retourne m’asseoir  dans la voiture et essaie  de tirer des plans pour me sortir de ce pétrin. L’ondée redouble  ainsi que ses joyeux compagnons ; les éclairs et le tonnerre. Je suis assis, en silence, en contemplant ce spectacle inouï. Je me dis : -J’aurais dû écouter mon fils qui me disait de prendre une clé en croix pour les crevaisons. Mais tout ça  n’arrive qu’aux autres jamais  à moi et pourtant je suis bel et bien dans cette situation.
Je redémarre le moteur pour ne pas décharger ma batterie  car les feux d’urgence clignotent toujours. La  pluie tombe toujours aussi abondamment  et par gros flots. Je me blottis la tête au creux des épaules et attends. Je lève les yeux, je vois des phares de voiture s’approcher. C’est un petit camion qui ralentit  rendu à ma hauteur ; il me dépasse, arrête et reviens vers mon auto. Un jeune homme, dans la trentaine,   descends et vient frapper à ma fenêtre. 

-Avez-vous des problèmes monsieur ? Puis-je vous aider ? Ses grands yeux bleus  enfouis sous sa casquette  dégagent une lueur  apaisante. Il fait le tour de ma voiture et  regarde ma roue et mon pneu à plat. Je sors de mon abri.  -Oui, s’il vous plaît, vous pouvez m’aider. Je  n’ai pas  de clé en croix pour défaire les boulons et je n’ai pas la force  de les défaire avec la barre de métal que  je possède. Il me regarda et me dit : 

-Pas de problème je vais vous arranger cela en deux temps trois mouvements. Arrêtez votre moteur  et je vais aller à mon camion chercher ce que j’ai besoin. La pluie, tenace, ne  cesse de tomber. Je sors de la voiture et vois revenir mon mécanicien en herbe apporter ses propres outils. Un cric spécial de garage et une clé en croix, comme j’aurais dû posséder. Et comme il l’avait prédit, en deux temps, trois mouvements la roue  était changée. Il  va  remettre son équipement dans on auto; je le rejoins. Je sors  un billet de vingt dollars de ma poche et lui tends tout en le remerciant. Il me regarde avec compassion et me dit : 

-Merci monsieur mais je ne veux pas d’argent. Je vous ai rendu service  et ça m’a fait plaisir de le faire .Ce que je vous demande par contre  c’est de donner au suivant .Si quelqu’un vous demande un service c’est de le lui rendre sans rien exiger en retour. C’est ce qui m’est arrivé  la semaine passé quand mon épouse a accouché. Un bon samaritain nous a amené à l’hôpital parce que, justement, mon camion était  en panne. Il m’a demandé seulement  alors de donner au suivant; c’est ce que je fais ce soir pour vous.

Bonne route monsieur. Mon jeune homme s’éloigne dans son camion et moi je reprends mon volant. La pluie a cessé et le ciel se dégage. Je remercie  mon Créateur pour avoir placé cet homme sur  mon chemin ce soir. Le sol détrempé fait reluire les étoiles maintenant; la tempête est  loin. Je m’arrête dans  un restaurant pour y prendre un café. Attablée au  comptoir   de ce petit bistrot  un jeune homme   me  fixe. Je lui rends son regard et un sourire. Il se lève et viens me voir . 

-Bonsoir monsieur, dans quelle direction allez-vous ? Il  attend ma réponse et je lui  indique que je m’en vais vers la grande ville  et que j’y serais dans quelques heures. 

-Pouvez-vous me prendre avec vous, s’il vous plaît,  j’ai raté mon autobus et mes parents vont être inquiets  Je pourrais vous donner le prix  du billet. Me rappelant mon jeune homme de la route je lui réponds :  -Bien sûr que je vais vous amener et je ne vous demande rien, garder votre argent. Ce que je vais vous demander en retour, seulement, c’est  de donner au suivant. Si quelqu’un vous demande un service c’est de lui rendre sans rien demander en retour. Êtes-vous d’accord? -Bien sûr monsieur  et merci. 

Ce soir là  je suis allé reconduire ce  tout jeune homme en face de la maison paternelle et  j’ai  mis en application  à plusieurs reprises  le : donner  au suivant. 

Pierre D© Laval, Québec

L’attrait plutôt que la réclame.

L'attrait plutôt que la réclame. dans Liens propre

 

L’attrait plutôt que la réclame.



En cette belle matinée de septembre, douce et accueillante, je me retrouve dans mon endroit préféré sur les bords de la rivière. Le soleil vient me caresser la peau comme une plume d’oisillon encore tout chaud. La fraîcheur de l’air réconforte. Les canards sur les abords de l’eau font leurs acrobaties pour aller chercher au travers des algues leur pitance.

Tout est calme et serein. Le silence enterre les bruits du pont, au loin, avec son trafic lourd du quotidien.

Une légère brise se balance au dessus des petites vagues de la rivière. Je suis a regarder les palmipèdes se vautrer le postérieur dans les airs lorsqu’ils s’enfoncent la tête dans l’eau pour explorer la végétation aquatique; ils en sont comiques et ridicules à la fin.

Mais quel beau spectacle. Un couple de goéland s’agace mutuellement pour savoir qui aura quoi. Leurs cris fendent l’air supportant le silence.

Je suis bien.

Je remercie le ciel de me permettre de vivre ces instants.
L’endroit, lieu privilégié pour bien des gens, semble avoir été beaucoup fréquenté depuis les derniers jours; il a fait une chaleur torride et les promeneurs ont dû en profiter.

Un peu partout sur le gazon et sous les arbres on y voit des déchets de toutes sortes. Des bouteilles d’eau vides, des papiers, du carton, des sacs de friandises jetés à tout hasard et une multitude de détritus que seuls les humains ont amenés avec eux et abandonnés là.

À certains endroits le coup d’œil choque. J’en suis a réfléchir sur le respect et le manque de respect lorsque, au fond du sentier sur ma gauche, arrive un quidam vociférant. Il s’exprime haut et fort.
Tout en déambulant sur le sentier il donne des petits coups de pieds aux déchets qui se trouvent sur son chemin et les repousse vers le milieu de la pelouse.

Tout en s’exclamant en homme en colère; il continue de tasser les bouteilles, sacs vides, papiers mouchoirs pour ne pas les voir ; il me regarde et me dit :
-Les gens sont négligents n’est ce pas ?
Je ne réponds pas.
Tout irrité, mon personnage un peu loufoque, s’acharne sur les débris par terre en les éparpillant encore plus abondamment.

Il continue son chemin et j’en suis bien soulagé. Je retourne à mes méditations lorsqu’il est loin mais il a réussi a me déranger ; il m’a fallu plusieurs minutes pour reprendre le fil.
Je fixe le scintillement des reflets du soleil sur l’eau lorsque je détourne la tête et y voit un autre individu qui arrive à l’autre bout du sentier sur ma droite.

Celui –là ne semble pas du tout agité, mais calme, et je le vois se penchant pour ramasser les déchets et les mettre dans un sac de plastique qu’il tient dans ses mains.

Un petit pas une bouteille, un petit pas un papier et ainsi de suite. Lorsqu’il arrive à ma hauteur ; il me sourit. Je lui rends son sourire.

Aucun mot n’est échangé entre nous sauf l’approbation de moment. Il me dépasse et croise l’autre monsieur hargneux.

Je le regarde, comme un danseur de ballet, faire ses entrechats pour rafler les dégâts par terre. Il semble si agile en toute simplicité. Je vais le rejoindre pour engager la conversation. Le quidam est à bonne distance.
-Monsieur, excusez moi.
Il me regarde avec étonnement et arrête sa cueillette.
-Oui, bonjour.
-Est-ce que ça vous arrive souvent de ramasser des choses que les gens ont laissées traînées comme ici en ce moment ?
Il me regarde, comme si je venais de trahir un grand secret.
-À toutes les fois que je viens ici je le fais, et ce, pour plusieurs raisons.

La première est que lorsque, moi aussi, j’étais plus jeune je ne portais pas attention à mon environnement et je manquais carrément de respect envers ce qui m’entourait; alors je compense aujourd’hui et je paye une vieille dette, façon de m’exprimer.

La deuxième raison en est que lorsque je viens me reposer ici j’aime que l’endroit soit propre et bien entretenue ; je ne suis pas le seul a faire ce que je fais là.
-Une troisième raison ?

Si l’endroit est propre et qu’il n’y ait pas de déchets par terre ou autours des bancs ; lorsqu’une personne viendra se promener et se reposer, comme vous, elle ne verra pas des choses qui ne sont pas sensées se retrouver dans cet endroit et il y aura un beau rayon de soleil dans sa vie, car si elle y voit toutes sortes de cochonneries étalées partout ses pensées seront orientées vers le positif.

De cette façon je rends service et je suis sûr d’avoir fait ma bonne action de la journée.

Mais…! Chut ! Ne le dites à personne.
Je suis surpris de sa réponse que je trouve sensée et sage.

Il repart à la conquête de la propreté des lieux et m’entraîne dans son sillage.

Je trouve un sac de plastique vide et fais comme lui.

Au bout d’une quinzaine de minutes l’endroit redevient partie de la nature.

Mon sage me dit :
-Alors ! Comment vous sentez vous maintenant ? Mieux ?

Vous savez, nous aurions pu critiquer comme notre monsieur rageur de tout à l’heure mais qu’est ce que cela nous aurait donné; je vous le demande.

Je ne veux pas savoir qui a jeté ces déchets.

Je les ramasse , c’est tout, je ne juge personne .

Nous ne le savons pas ; peut-être ces personnes étaient si malheureuses; c’est de leur rendre service sans qu’elles s’en aperçoivent l’acte est d’autant plus anonyme !

Bonne journée mon bon monsieur.
-À vous aussi monsieur et merci.
Je retourne sur mon banc de prédilection et continue ma méditation, maintenant, plus lumineuse. Je viens de recevoir une belle leçon de vie.
A tous les jours ,lorsque je m’installe à cet endroit, avant de m’asseoir, je fais le tour du petit sentier à l’affût de déchets a ramasser; pour n’y voir que la nature .

Pierre D. (C)
Laval,Québec,Canada

 

Les enfants de la nuit .

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Au Secours ! (Des autres)

Avez-vous vu le film Titanic ? Quel merveilleux film n’est-ce pas ? Quel beau roman d’amour.

Pour moi , une scène, qui m’a littéralement glacé le sang , est celle ou Rose venant de perdre son amoureux Jack,(qui s’est noyé) se retrouve seule sur un radeau de fortune dans l’obscurité sous un ciel froid et étoilé , dans l’eau glacée de l’Atlantique Nord, l’espoir n’y est plus .

Couchée et a demie gelée, elle lutte pour sa survie.

Et au moment de se laisser complètement aller, une barque avec des secouristes arrive, non loin d’elle et c’est alors qu’elle utilise un sifflet encore accroché sur une veste de sauvetage d’ une victime gelée flottant près d’elle .Elle trouve encore la force d’expirer dans ce petit instrument qui va lui sauver la vie. Et, effectivement, elle aura la vie sauve.

Je suis travailleur au téléphone à Montréal, sur la Rue Rachel, et nous sommes plusieurs. A toutes les fois que je fais mon petit quart de quatre (4) heures j’ai comme l’impression d’être dans une barque qui va s’aventurer dans le noir avec, comme instrument de sauvetage, le téléphone. On ne sait jamais d’où l’appel va venir et qui va le faire. Mais mieux; la personne qui appelle ne sait pas non plus à qui elle parle. Une voix dans l’obscurité de la souffrance ; un appel au secours pour trouver la lumière .Et nous donnons les renseignements comme en pointant un faisceau de lumière pour indiquer la sortie : Un Mouvement d’Entraide.

Nous avons l’impression que nous naviguons sur un océan sombre et tumultueux mais nous, nous nous sentons en sécurité abord notre barque qui est un Mouvement d’Entraide et le Mode de Vie, et pour vraiment en jouir nous le transmettons ce message d’espoir et nous essayons de sortir de ce gouffre les victimes de l’alcool et ses affres. Dieu agit en la Lumière.

Bill W.( Un des Fondateurs de AA ) en 1937 avait écrit une phrase pleine de signification :
‘’ Bob and I saw for the first time that a new light had begun to shine down upon us alcoholics, had begun to shine upon the children of the night. (1937).’’
Traduction : ‘’Bob et moi avons constaté, pour la première fois, qu’une nouvelle lumière avait commencé a briller pour nous les alcooliques, avait commencé a briller sur les enfants de la nuit.’’

Cette phrase prend toute sa signification de notre travail au téléphone.
Nous répondons aux enfants de la nuit.
Je suis arrivé chez AA par ce moyen et j’étais bien content qu’une voix me réponde au bout de la ligne lorsque j’ai appelé à l’aide .Le travail au téléphone est de la 12e Étape et devient un travail très valorisant .Il nous permet, entre autre, de rester les deux pieds bien plantés au sol et d’aider l’alcoolique qui souffre encore ou celui et celle qui arrive chez les Mouvements d’Entraide. Il nous permet, aussi, de pratiquer notre tolérance envers ceux et celles qui souffrent et qui appellent à l’aide. Nous les écoutons souvent pendant plusieurs minutes pour leur transmettre le message . D’alcoolique à alcoolique; de dépendant en dépendant.
Ce travail de 12e Étape rend l’implication dans les Mouvements très utile. Nous nous demandons souvent comment se fait –il que les gens ne s’impliquent presque plus.
Personnellement je me dit et me redit encore :
Et de cette façon j’essaie de maintenir une sobriété heureuse. Je ne sais pas si mon travail a servi, je ne sais pas si ça aidé quelqu’un ; chose certaine ça m’a aidé moi a comprendre encore plus profondément le Mode de Vie et a voir qu’il y a beaucoup de souffrances autours de nous. Ceux que nous pouvons aider c’est toujours ça de pris.
Ce travail de 12e, aussi, me fait comprendre le vrai sens de l’Anonymat, donner sans attendre de recevoir, ni gloire ; ni blâme mais bien un travail bien fait et utile. Je remets ce que j’ai reçu et j’ai reçu la Vie.
Je vais retourner m’asseoir dans la barque de l’Intergroupe au téléphone avec ma petite étincelle d’espoir pour essayer de guider ceux et celles qui ont besoin d’aide et j’encourage tous ceux et celles qui voudraient en faire autant.

Bon 24 heures,

Pierre D.
Laval, Québec

Lumière !

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Lumière

Dans un semi sommeil , encore entre chiens et loups, j’entrouvre les yeux , qu’à peine. Une lumière blafarde mais éclatante m’aveugle . Je ne sais si je suis encore campé dans un rêve ou bien, ancré dans la réalité. Il me semble que mon appartement crasseux soit bien agréable tout à coup. Je n’entends plus le vacarme de la rue et de son va et viens d’autos dans la neige mouillée. Ma fenêtre est dissimulée par cette lumière éblouissante je ne vois plus les maisons de l’autre côté je n’entrevois que cette scène saisissante .

Je sens , pressens, une présence il y a quelqu’un j’en suis sûr. J’ouvre un peu plus les yeux et j’y aperçois trois personnages sans les voir . Je les sens , l’atmosphère est imprégnée d’une douceur et d’une franche camaraderie . Tout comme des soldats assis autours d’un feu en pleine forêt lors d’une halte .Ce sont les miens , mes frères d’arme , mes compagnons .Mes frères soldats de la Lumière . Je ressens leur solidarité nous ne faisons qu’un . Je suis arrivé à destination après toutes ces années. Ils sont venus me retrouver parce que ma mission était sur le point de s’achever ;mais quelle mission ? Ils le savaient, eux , que j’aurais a passer par beaucoup de choses pour redevenir fonctionnel.

Les coups endurés et les blessures quasi-mortelles furent nombreuses. Ma mission finissait je devais réapprendre La Lumière , ce sera long , douloureux et pénible quelques fois . Je suis prêt.
Le samedi soir ( 15 décembre 1979) je décidai d’arrêter de boire et de fumer de la mari. Après 20 ans .
‘’ Nous savons que tu as pris ta décision hier soir , nous sommes venus aussitôt ‘’

Ces paroles résonnent encore dans ma tête ‘’ je vous attendais ‘’ leur dis-je . Tout comme le soldat blessé je n’avais plus de force pour lutter contre les assauts des Ténèbres et ils ne l’ignoraient pas .

‘’Je n’ai plus d’emploi, je n’ai plus d’argent, je n’ai plus de standing social en fait je n’ai plus rien .’’ J’ai tout perdu en cours de route .

‘’Ne t’inquiète pas de ça , nous nous en occupons ‘’ me dit un des ‘’ Frères d’Armes’’ .

Laisses-toi aller et nous sommes là et serons toujours là. Va faire ce que tu as a faire ( les toilettes),recouches-toi et reposes-toi demain tu as des pas a faire .
Je reste couché encore plusieurs minutes, paralysé , tout comme lorsque l’on fait un rêve et on veut en analyser le contenu avant qu’il disparaisse .J’avais peine a y croire ,c’est ce que j’attendais depuis belle lurette ; j’ai 33 ans .

Je me lève et va aux toilettes. Je reviens me coucher , la Lumière a disparue tout comme elle est arrivée . Je regarde éberlué mon salon presque vide , la fenêtre avec son carreau brisé est bien là et le bruit est revenu mais la présence est toujours là mais sous une autre forme .Je ne suis plus seul. Je le sais .

Je m’emmitoufle dans mes couvertures pour me protéger du froid et ferme les yeux pour les ouvrir à nouveau pour vérifier s’Ils ne sont pas là. Je m’endors comme un enfant dans les bras de son père .
Le lendemain matin j’appelle AA.

Pierre D.(C)

Laval, Québec

De Père…au fils.

De Père...au fils. dans Liens petf

Lettre d’un père à son fils !

 

C’est ce que tu te dis : ‘’ Je veux vivre ! ‘’ C’est ce qui tu te motive a faire et vivre à 100 kilomètres à l’heure. Tu veux tout voir , tout sentir et tout vivre .Tu as 18 ans .
Tu as commencé a boire et tu as commencé a fumer de la marijuana. La vie t’appartient et les autres, bien , tu les ignore. Tu veux vivre, vivre et vivre.
Enfoui dans des paradis artificiels tu ne vis pas; tu te détruit . Tu ne vois pas et tu ne vois plus le beau spectacle de la vie .Quel paradoxe. Tu veux vivre et tu te tue à petit feu.

Et, plus t’avance , plus tu te coule ; plus tu descends dans de sombres galeries interminables de la dépression. Les autres te voient, te le dise et t’avertissent ; mais toi , révolté, tu fais fi de leurs dires, tu vis .
Tu vis ton autodestruction ,il n’y a rien de beau, de bon et d’excitant quand tu ne bois pas ou que tu ne fumes pas .La vie est tout simplement plate .
Tu as essayé ,par tes propres moyens : ( exercices physiques, vélo, marche, natation) de te remettre sur tes pieds mais ce fût peine perdue tu es retombé encore plus bas .Les fumées de la ‘’marijeanne’’ et les brumes de l’alcool t’attirent ,comme un immense aimant. Tu ne veux pas voir cette réalité qui t’explose en pleine figure . Il te semble que ta vie ,remplie de déceptions , ne te plaise pas du tout , c’est ce que tu ne veux sûrement pas voir . Tu le sais et tu te dis : ‘’ C’est ma vie après tout ! Laissez moi donc tranquille ; je veux vive ma vie comme je l’entend.‘’
Et vogue la galère .
D’une petite bière avec les amis accompagnée d’un petit joint ça n’a pas pris beaucoup de temps que les quantités ont augmentées .Tu suis les autres et , pour toi, la vie est belle.
Maintenant , plus souvent qu’à ton tour, tu te retrouve seul a boire cette bière et fumer ce joint qui te font relaxer et oublier ta condition et tu te fais accroire que c’est ça Vivre !
Mais que s’est –il donc passé pour que tu en sois rendu là ? Quels évènements sont venus te frapper en pleine figure pour tu te sente si démotivé, dévalorisé et renfermé sur toi-même ? Tu cherche et tu ne trouve pas et tu n’ose pas demander à qui que ce soit de peur de faire rire de toi et de te faire traiter d’alcoolique ou de toxicomane ou de quoi que ce soit ;tu ne pourrais pas le prendre .

Pourtant quand tu étais petit tu souriais à cette vie , tu étais toujours le premier a dire oui à une activité tu trouvais cela excitant et emballant. Tu étais inventif et créatif . Tu aimais te promener dans les bois , à vélo et nager. Tu avais beaucoup d’amis qui t’appréciaient

Maintenant aujourd’hui tu reste des heures et des heures hypnotiser devant ta télévision ou ton jeu Nintendo , ‘’ gelé’’ de marijuana et sous l’effet de l’alcool. Rien ne te tente, tu ne vois plus la vie comme tu la voyais , tu descends et tu es extrêmement déçu de presque tout .
Tu es prêt a attendre ton ‘’ pusher’’ de ‘’mari’’ des heures sous la pluie pour qu’il me procure ta petite dose tout en sirotant une bière que tu cache dans un sac de plastic. Je le sais parce que ton frère t’a vu . Tu as commencé a mentir à ton père, ta mère ,tes frères et tes amis .Tes résultats scolaires étaient désastreux et tu ne fini plus ce que tu commence .Ton rire éclatant d’enfant n’est plus qu’un vague souvenir lointain .Tu n’as plus d’ambition ni encore moins de projet. Tu as choisi cette vie; mais quel choix douloureux.
Et moi dans tout cela que puis-je te dire ? Que puis-je faire ? J’ai connu les affres de l’alcool et des drogues et j’ai arrêté de consommer depuis belle lurette. Mais te voir descendre comme ça , je suis totalement impuissant devant cette situation. Les parents, dans un sens , sont toujours les plus mauvais conseillers car on ne les écoute pas .
Comment te faire comprendre que tu te dirige vers un fiasco, je le sais j’ai passé par là. Mais tu dis ,encore souvent, je fais comme mon père ! Mais justement ton père s’est écrasé totalement et sa vie a été a rebâtir d’un bout à l’autre grâce aux bons soins de l’alcool et de la ‘’ marijuana’’.

Je souhaite ardemment ,maintenant, que tu fasses comme ton père……abstinent et essayant de vivre une vie remplie de joies et de petits bonheurs. Je prie pour toi.
Ton père.

Pierre D.(C)

Laval,Québec

L’oiseau.

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À vol d’oiseau !

Un certain jeudi soir , je suis allé transmettre le message .
Avant d’aller m’installer en avant à la tribune , pour parler, je me suis bien concentré et une pensée est venue m’effleurer l’esprit .Je vais transmettre ce message là comme si je devenais un oiseau en vol et dire aux gens… : ‘’ regardez , regardez vous pouvez faire la même chose tout en vous sentant libre; libre comme un oiseau.
Je me voyais sur le pic d’un rocher au bord de la mer . J’entendais le roulis des vagues et je sentais la douceur de la brise. Je gardais silence et je regardais les gens dans la salle. Et lorsque j’ai prononcé mon nom et de dire :’’ je suis alcoolique ‘’ je venais de prendre mon envol vers le bas de la falaise les ailes toutes déployées. Je descendais à pleine vitesse et au moment opportun je me laissai glissé sur le dos du vent et tout de go je remontais vers le zénith. Les gens , autant que moi , en étaient tous éberlués et admiraient le vol. Je ne le dit pas en fonction de l’orgueil du ‘’ regardez-moi’’ ;non , mais en fonction que eux aussi pouvaient faire la même chose et même en mieux.
Tourniquets, cercles , demi-cercles, descentes fulgurantes, remontées tout aussi enivrantes ,planer au dessus des vagues, toucher le sommet de la vague avec le bout de l’aile ; tout en douceur et en accord avec le vent et la chaleur de soleil. Je transcendais ce magnifique oiseau savourant à pleines ailes sa liberté en Dieu . ‘’ Je ne suis pas le message, dis-je , je suis le messager et ce que je peux faire vous pouvez le faire vous aussi ; s’agit d’essayer ‘’.
Ce partage là m’a amené a voir ma condition que je recherchais depuis 1983 depuis que j’avais vu la première fois le film de Jonathan Livingstone le Goéland. Quel beau film qui nous touche droit au cœur.
Je me sentais comme Jonathan qui découvre ,lui-même, son vol et ses prouesses. Lorsqu’il s’aperçoit qu’il vole la nuit , car aucun goéland ne vole la nuit , il venait de prendre conscience qu’il n’y a rien d’impossible et que Dieu nous permettrait de le faire sans obstacle. Je me sentais , dans mon corps et dans mon Esprit comme cet oiseau qui virevoltait et se promenais au gré des vents et des techniques de vol. Quelle belle sensation, quel engouement et quelle ivresse .
Les paroles que je prononçais étaient les différents coups d’ailes et les différentes figures que je dessinais dans un ciel d’un beau bleu azuré et ensoleillé.
C’était vraiment la première fois que j’avais ce Contact Conscient avec Dieu et le faire voir et valoir auprès de d’autres humains.
Aimer c’est de faire prendre conscience aux autres qu’ils peuvent dépasser leurs limites , leurs peurs, sans rien exiger d’eux ni de Dieu en retour .
Je ne suis pas dans AA pour me faire aimer , mais bien apprendre a aimer et aimer et , moi aussi , dépasser ces limites et le montrer aux autres.
C’est ce que j’ai démontré ce soir là. Une grande Paix ,un Calme immense s’est accaparé de moi ce soir là et me suit encore .

Le message était transmis .

Pierre D.(C)

Laval, Québec

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La neige ,encore fraîchement tombée, dégouline sur mon pare-brise. Une odeur suffocante m’entoure dans la voiture . Les lampadaires reflètent de manière rigolote leur lumière blafarde dans cette neige virevoltante .

Je venais de me stationner devant le dépanneur et, juste devant la vitrine, qui arbore un étalage de caisses bières, toutes aussi appétissantes les unes que les autres.

Oui j’ai soif. Et , pour moi, boire c’est mourir.

Mon moteur d’auto presque surchauffé en avait assez des efforts a fournir,;je le laisse se reposer pendant que je sombre dans des pensées envahissantes.

Cette journée de février pénible avec tous ses lots d’accros me hante. Je relis mentalement la lettre que ma patronne m’a écrite. Évidemment après son larcin elle se faufile pour disparaître sans laisser d’adresse aux secrétaires. Impossible de lui parler ou de la rejoindre.

Elle s’est évanouie dans les rues étroites de la ville. Lorsque j’ouvre cette lettre c’est comme si je recevais une tonne de briques sur les épaules. Pourquoi m’avait –elle écrit cette lettre, juste avant mon départ pour une semaine de vacance que je méritais et à laquelle j’avais le droit .Je ne le saurai jamais.

Jamais me dit le vent dans la neige.

Sa missive contient un ramassis d’humiliations et de désapprobations. Elle a eu son effet. Elle m’a avoué qu’eux, les patrons, ne donnent pas ça trois semaines de vacances aux employés et que ça ne s’est jamais fait .

Mais moi je l’ai fait, j’en avais le droit, d’où découle la lettre. Elle voulait gagner, avoir raison et démontrer qui était ‘’le patron’’. Je l’ai défiée quand même.

Écrasé dans ma voiture, fatigué, face au magasin, je me remémore ce qui s’est passé depuis un an à ce travail. Il y a eu l’incendie ou quatre personnes ont perdu la vie et les millions de dollars de dommage……l’enquête et les assurances et, on en cachait des choses, beaucoup de choses. Mais le silence était de mise. Ces gens là prépare leur sortie et ça se voit .Mais avant de partir ils vont faire le ménage.

Perdus dans mes rêveries, une pensée en particulier vint m’ébranler, je m’en vais à notre chalet pour finir les travaux commencés quelques semaines auparavant. Et si je m’achète une caisse de bière, tout en reluquant les cartons amoncelées devant mes yeux, personne ne le saurais, ni vu ni connu.
Cet éclair diabolique me traverse l’esprit que quelques secondes, sept secondes. Sept secondes qui fait d’un être humain une bête sans scrupules.

Pour moi boire signifiait la mort à coup sûr et sûrement la mort de d’autres .Cette idée de folie me traverse le cerveau à la vitesse de l’éclair.

Je goûte, en pensée, le liquide que entre dans ma bouche et l’euphorie qui s’en suit, tout une machination maléfique commence a se bâtir dans mes pensées; comment expliquer mon geste , quels mensonges employer, quelles raisons invoquer, quel, quel, quel !
Sept secondes d’irrationalisme, sept secondes de dépassement du point de non retour, sept secondes dans le monde la folie irréversible .

Tout en fixant d’un regard hypnotique les cartons de bières au travers la vitrine les essuies glaces font leur travail.
J’ai une conjointe qui ne me soutient plus depuis belle lurette ,au contraire elle approuve même le geste de celle qui m’a écrit cette lettre, et, ce n’était pas la première fois qu’elle agissait de la sorte, elle était mue par un monde de négativisme a me faire perdre ,sont lot était la haine , sa haine qu’elle a pour moi . Le couple est dysfonctionnel. Je ne demande pas l’impossible, l’irréel, je demande qu’un peu de compassion, d’amour, de fraternité et de solidarité mais c’est peine perdue.
Je me retrouve seul ,ce soir –là , en face d’un dilemme effrayant que j’ai déjà connu dans ma vie .Quelle déception d’entendre ces paroles d’une femme si malheureuse et si maligne .Mon désarrois est au comble .

Je fixe encore mon regard à la vitrine et ma vie s’y déroule translucidement .

La radio lance ses inepties comme à l’habitude mais je n’entends plus.
Je ne souhaite plus vivre.
Qu’est-ce qui m’a sorti de ma torpeur est-ce l’image de mon fils Sacha, le plus jeune, qui m’appelle ? J’entends sa voix dans ma torpeur.

- Papa ! Papa !
Ou est-ce la fin d’une chanson à la radio ou bien est-ce que le froid qui vient me saisir ? Toujours est-il que d’un grand coup de soubresauts je revins les deux pieds sur la planète et je commence a pleurer.

Réalisant mon emportement je pense à mon fils Sacha qui vient en courant, lorsque je revenais de travailler, vers moi en me sautant dans les bras et en me disant : ‘’ Papa, papa je me suis ennuyé’’ et moi de répondre :
- Mais Sacha ça ne fait que quinze minutes que je suis parti.
Et lui de rajouter :
- Ça fait rien ; c’était long…….!
Les larmes me coulent le long des joues. Je me sentais donc seul, isolé et solitaire. Je pense à mes trois enfants avec qui je n’aurais plus de contacts si je bois et, surtout, plus aucun contact avec Dieu.
Je crois que Sacha ne réalisera jamais à quel point, ce soir –là, il m’a sauvé la vie et sauvé la vie à beaucoup de gens.
Car je sais que si moi je bois de l’alcool, ça faisait quinze ans à cette époque que je ne buvais plus, j’aurais déclanché l’apocalypse pour moi et bien d’autres personnes.

Dix-huit mois plus tard j’ai perdu cet emploi; restructuration disaient-ils.

Et je n’ai pas bu.

Pierre D. (C)
Laval,Québec,Canada

 

Un jour dans la vie .

 

Un jour dans la vie . dans Liens al

Un jour……dans la vie…!

 

-Mais qu’est ce que je vais lui dire ce soir ? Je me le demande. Va-t-elle m’écouter ou bien rester dans l’indifférence que je lui connais depuis quelques temps ? Qu’est ce que je pourrais bien lui dire ?Marchant d’un pas assuré et évitant les flaques de glace qui risquent de me faire tomber à chaque pas je me dirige vers l’entrée.

Mon collet, remonté jusqu’à mes oreilles, ne me réchauffe plus. J’ai hâte de sentir la chaleur bienfaisante de l’établissement. J’y vais seul ce soir car les autres sont occupés, du moins c’est ce qu’ils m’ont affirmé.

J’y vais, à reculons. Je ne me sens pas à l’aise et rabaissant mon encolure je me dirige droit vers l’ascenseur qui va me monter aux étages.

Déjà il y a une odeur d’éther qui flotte lourdement dans l’atmosphère.

Des infirmières sont occupées ici et là avec les patients .La soirée débute dans l’effervescence car un malade a fait un arrêt cardiaque et les hauts parleurs geulent le nom de quelques médecins inconnus.

Les employés s’affairent comme des abeilles à l’entrée d’une ruche. Le calme revient quelque peu; et, on ne saura pas la fin de l’histoire .

J’arrive, enfin, à la salle commune.

Un groupe de malades, silencieux, sont assis en cercle et ne se regardent pas; ne se regardent plus .

Il y a dans leurs yeux une absence démesurée; vide.

Aucune expression ou émotion ne viennent trahir leurs gestes. Je me crois sur une autre planète dans une autre dimension.

Une impression d’intuition, de sixième sens, vient me morfondre et m’étourdir.

Je vais prendre siège sur la droite de ma mère .

Elle ne m’a pas encore vu car elle fixe les portes de l’élévateur à sa gauche qui sont hermétiquement fermées. Je ne parle pas et ne bouge pas.

Elle a soudé son regard sur les portes de métal teintes en vert. Je respire doucement pour ne pas la surprendre.

Je l’observe du coin de l’œil et attends sa réaction lorsqu’elle s’apercevra que je suis là. En face de nous un vieillard éberlué, probablement par la prise des ses médicaments, marmonne des choses inaudibles et je me dis tout bas, pour ne pas que ma mère m’entende:
-C’est malheureux de terminer ses jours de cette façon. Et je me tais.
Ma mère m’a entendu et elle me dit :
-Qu’est ce que vous avez dit monsieur ?
Elle ne me reconnaîtra pas non plus ce soir me dis-je avec amertume. Les larmes me sont montent aux yeux. Je prends mon courage à deux mains et lui dis :
-Bonsoir maman, comment vas-tu ?

Comment a été ta journée ?
Je sais qu’elle ne me répondra pas ou qu’elle va me répondre tout autre chose mais je lui demande quand même. Elle détourne le regard pour fixer, encore une fois, les portes de l’élévateur qui ne s’ouvrent toujours pas.

Et, avec un profond soupir, elle lance :
-Bon mes enfants ne viendront pas ce soir; encore une soirée a attendre. Attendre toujours attendre.
Elle se mit a fredonner une vieille chanson de Trenet qu’elle nous murmurait lorsque nous étions petits pour nous endormir.
-J’attendrai le jour et la nuit ; j’attendrai toujours ton retour…….
Elle fit silence et d’un regard inquiet me dévisage.

Dans ses yeux se retrouve tout l’univers, tout le ciel bleu et toute la sécurité même si elle est absente physiquement. C’est ma mère. Je la contemple dans toute son innocence ; elle est redevenue comme une enfant qui cherche le chemin, la direction et l’orientation.

Elle ne sait plus .Je me sens connecté à elle car moi aussi je cherche ces sentiers :
-Mais comment vais –je les entreprendre maintenant?

Elle n’est plus là.
Elle me parle intérieurement et j’ai des difficultés a saisir ce qu’elle exprime. Mes émotions, toutes bouleversées, s’agitent en tempête et je n’entend que la cacophonie de mes sentiments qui déboulent en vrac.

Je me ressaisi et lui demande :
-Comment sont les infirmières avec toi ? Et les médecins ?
Comme si elle venait de reconnaître ma voix parmi la myriade de voix qu’elle entend tous les jours elle me dit :
-Pierre ! Comment vas-tu ? Il y a longtemps que je ne t’ai vu. Comment vont tes enfants ?
Je suis si surpris que j’en tombe, presque, en bas de ma chaise. Je reste bouche bée sans locution devant elle.

Mon sang ne fait qu’un tour et je profite de l’occasion pour, enfin, lui exprimer ce que je veux lui dire depuis des années. Les disputes, les prises de bec sont loins maintenant.
-Maman comment vas-tu ?
Elle me répond par une question :
-Quand allez-vous me sortir d’ici j’en ai assez d’attendre dans cet hôpital , moi. Pierre sors moi d’ici et ramène moi à la maison.
Je ne sais quoi lui dire. Elle était dans un centre d’accueil pour gens âgés et a fait une rechute de déshydratation.

Alors je change le sujet pour contourner l’affrontement.
-Tu te souviens quand nous étions petits et que tu disais toujours que j’étais le brise-fer de la maison ? T’en souviens –tu maman ?
-Oui Pierre je m’en souviens ; je me souviens quand tu es né, tu étais tellement chétif que je me demandais ce que je ferais avec toi et je sais que tu avais et que tu as a faire quelque chose de bien .

Tu n’as pas été bien chanceux mais tu as réussi surtout avec tes enfants ; prends en bien soin.
Je ne pouvais empêcher les larmes de couler sur mes joues et je pris la parole et dit en lui prenant la main :
-Maman merci pour ce que tu as fait et tout ce que tu nous a donné. Je t’aime maman.
-Moi aussi je t’aime mon Pierre.
La conversation prit fin abruptement lorsque les portes de l’élévateur s’ouvrirent en attirant les regards des malades qui étaient là et, aussi, lorsque la garde de service nous annonçait que les heures de visites étaient terminées.

Les hauts parleurs annonçaient le même refrain.
Ma mère, le regard vide, était retournée dans son monde ; plus rien n’existait autours d’elle. Je me levai et l’embrassée et lui dit :
-Je te laisse et vais revenir demain soir.
Son regard froid d’acier me dévisageait elle me dit :
-Monsieur je ne vous connais pas.

Pourquoi me dites vous bonsoir ; allez donc faire votre travail de nettoyeur comme vous faites d’habitude. Elle était repartie.
Je quitte l’étage des gens atteint de la maladie d’Alzheimer, je m’engouffre dans l’élévateur et attache bien mon manteau pour ne pas que le froid me saisisse mais déjà je le sens à l’intérieur de moi ce froid.

Ce soir il y a eu un moment de lucidité ; rare. Je sors dans la rue et le froid sibérien règne en empereur dans les chemins. La neige, fraîchement tombée crépite sous mes pas.
Une autre journée ……….. dans la vie.
Ma mère est décédée de la maladie d’Alzheimer quelques années plus tard.

Pierre D(C)

Laval,Québec

 

Perle.

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Perle .

 

Hélène s’affaire minutieusement dans ses livres comptables personnels lorsqu’elle entend la porte claquer et quelqu’un monter rapidement l’escalier vers l’étage supérieur.

Elle finit d’aligner ses chiffres et pousse un léger soupir :
-Enfin terminer ; au mois prochain. Voilà.
Elle se sent inquiète et songe immédiatement à sa fille Anne qui a dû aller s’enfermer dans sa chambre.

Elle range ses livres et sa calculatrice, se verse un verre de jus et un autre pour Anne, elle se dirige vers la chambre d’Anne dont la porte est close hermétiquement. Elle y glisse une oreille attentive pour écouter furtivement.

Elle perçoit quelques petits sanglots étouffés et frappe trois petits coups sur la porte en bois .

Elle attend; pas de réponse. Elle refrappe et prononce le nom de sa fille avec amour et douceur.
-Anne. Est- ce que ça va ? Puis-je entrer ma chouette ?
N’attendant plus la réplique elle entrebâille la porte et voit Anne étendue de tout son long sur son lit, la tête enfouie dans son oreiller, effectivement elle pleure à gros sanglots.

Hélène s’approche tout en douceur, comme seules les mères savent le faire, et caresse les cheveux de sa fille qui a beaucoup de peine.
-Que se passe-t-il mon petit rayon de soleil ?

Tu veux m’en parler ?
Anne sanglote encore quelques soubresauts et se tourne vers sa mère. Des grosses larmes lui dégoulinent sur les joues et son souffle saccadé se calme.

Elle se blottit chaleureusement dans les bras de sa maman.

Elle la serre d’une bonne étreinte.
-Maman qu’est ce qu’on fait lorsqu’une personne qu’on aime beaucoup nous fait de la peine ?

Stéphanie est ma meilleure amie et elle m’a blessée profondément cet après-midi. Je ne sais pas comment réagir et c’est pour cela que j’ai de la peine.
-Mais qu’est ce qu’elle a bien pu te faire ?

Je le sais que vous êtes d’excellentes amies et que rien au monde ne viendrait briser ce pacte par lequel vous êtes liées, toutes les deux, depuis votre enfance .Racontes moi, ça ne peut que te faire du bien.
-Tu sais que Stéphanie a un handicap avec ses jambes.

Elle marche mais ne peut cheminer beaucoup rapidement.

Alors cet après midi je marchais un peu vite, un peu en avant d’elle, et d’un ton sec elle m’a lancé :
-Tu n’as donc pas de pitié pour les infirmes toi ? Pourquoi tu marches si vite ? Tu ne penses pas à moi ; tu n’as jamais pensé qu’à toi.
-Je suis demeurée si surprise que je ne savais que dire .

Elle venait de faire une égratignure vive sur notre belle amitié et sur mon cœur.
Anne se remit a pleurer et pour la consoler sa mère la ramena dans ses ailes.

-Pleure ma grande, la douleur va s’atténuer et ensuite je vais te conter quelque chose.
Anne se moucha à quelques reprises et lança tendrement un regard vers sa mère en guise de gratitude; elle savait qu’elle pouvait toujours compter sur elle pour l’accueillir et la consoler.
Hélène attendit un peu et prit les mains d’Anne en lui disant :
-Tu sais ma grande, nous les humains, nous sommes comme des huîtres, parfois notre extérieur est rugueux mais l’intérieur est doux et magnifique.

De belles couleurs blanches et rosées. Quelques fois, aussi, au fond de l’océan une huître sera à l’affût de sa nourriture ; tout en gardant ses écailles entrouvertes – Hélène mime ce qu’elle voulait dire ce qui fit rire Anne – et c’est là qu’arrive un phénomène extraordinaire.

Un grain de sable déplacé, soit par d’autres mollusques ou des poissons, s’infiltre à l’intérieur de notre amie le mollusque.

Ce grain de sable devient donc un visiteur gênant et un hôte indésirable. L’huître, pour sa part, essaie tant bien que mal de se débarrasser de ce gêneur.

Par des efforts, souvent incommensurables elle n’y parvient pas.

Ce grain de sable la blesse, l’irrite et la meurtrit. C’est alors que dame huître, avec la nature, commence a envelopper ce petit indiscret, d’une substance qui s’appelle le nacre dont sa coquille est recouverte à l’intérieur.

Mais plus le grain de sable est recouvert de nacre plus il devient lourd et plus il tourne sur lui-même. L’huître ne peut plus s’en débarrasser. Le petit grain de sable, avec le temps, devient une belle perle.

Elle doit donc accepter son invité, indésirable pour le reste de ses jours. Tu te souviens du beau collier de perles que papa et moi t’avons amené des Iles l’an passé ?

Ce sont de ces perles que je te parle.
Nous les humains nous venons tous au monde avec notre caractère, nos défauts et nos qualités et d’autres, en plus, avec un handicap physique comme ton amie Stéphanie.

Au fil des ans nous forgeons notre caractère et surtout nos belles qualités. Lorsque des épreuves surgissent nous avons le choix : ou bien nous refusons ce qui arrive ou bien nous acceptons les faits.

Si nous refusons; nous nous blessons encore plus.
Nous acceptons notre fardeau, notre perle.

Elle peut devenir très belles, soyeuse et radiante ou bien terne et sans éclats. Tous les humains possèdent une perle, une magnifique qualité ou une très admirable force. A nous de les découvrir chez les autres et de le voir.

Ton amie, je la connais, s’avère une fille généreuse de sa personne et disponible.
-Peut-être que tantôt tu étais préoccupée et tu ne songeais pas a ralentir le pas et c’est peut-être pour cette raison que Stéphanie avait des difficultés a te suivre ;remarque je ne le sais pas .C’est à toi de voir .

Et, je sais pour toi, que la plus belle perle que toi tu possède se trouve justement dans l’aide que tu lui apporte souvent et, elle l’apprécie j’en suis sûre.

J’ai lu, il y a quelques temps, de faire la Paix avant le coucher du soleil , avant que ne tombe la nuit.

Ne laissez pas votre amitié se détériorer pour une peccadille.
Anne se rapprocha de sa mère et l’embrassa :

-Tu as raison maman je vais lui téléphoner et lui dire que je l’aime. Merci.

 

Pierre D. (C)
Laval,Québec,Canada

 

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