Un jour dans la vie .

 

Un jour dans la vie . dans Liens al

Un jour……dans la vie…!

 

-Mais qu’est ce que je vais lui dire ce soir ? Je me le demande. Va-t-elle m’écouter ou bien rester dans l’indifférence que je lui connais depuis quelques temps ? Qu’est ce que je pourrais bien lui dire ?Marchant d’un pas assuré et évitant les flaques de glace qui risquent de me faire tomber à chaque pas je me dirige vers l’entrée.

Mon collet, remonté jusqu’à mes oreilles, ne me réchauffe plus. J’ai hâte de sentir la chaleur bienfaisante de l’établissement. J’y vais seul ce soir car les autres sont occupés, du moins c’est ce qu’ils m’ont affirmé.

J’y vais, à reculons. Je ne me sens pas à l’aise et rabaissant mon encolure je me dirige droit vers l’ascenseur qui va me monter aux étages.

Déjà il y a une odeur d’éther qui flotte lourdement dans l’atmosphère.

Des infirmières sont occupées ici et là avec les patients .La soirée débute dans l’effervescence car un malade a fait un arrêt cardiaque et les hauts parleurs geulent le nom de quelques médecins inconnus.

Les employés s’affairent comme des abeilles à l’entrée d’une ruche. Le calme revient quelque peu; et, on ne saura pas la fin de l’histoire .

J’arrive, enfin, à la salle commune.

Un groupe de malades, silencieux, sont assis en cercle et ne se regardent pas; ne se regardent plus .

Il y a dans leurs yeux une absence démesurée; vide.

Aucune expression ou émotion ne viennent trahir leurs gestes. Je me crois sur une autre planète dans une autre dimension.

Une impression d’intuition, de sixième sens, vient me morfondre et m’étourdir.

Je vais prendre siège sur la droite de ma mère .

Elle ne m’a pas encore vu car elle fixe les portes de l’élévateur à sa gauche qui sont hermétiquement fermées. Je ne parle pas et ne bouge pas.

Elle a soudé son regard sur les portes de métal teintes en vert. Je respire doucement pour ne pas la surprendre.

Je l’observe du coin de l’œil et attends sa réaction lorsqu’elle s’apercevra que je suis là. En face de nous un vieillard éberlué, probablement par la prise des ses médicaments, marmonne des choses inaudibles et je me dis tout bas, pour ne pas que ma mère m’entende:
-C’est malheureux de terminer ses jours de cette façon. Et je me tais.
Ma mère m’a entendu et elle me dit :
-Qu’est ce que vous avez dit monsieur ?
Elle ne me reconnaîtra pas non plus ce soir me dis-je avec amertume. Les larmes me sont montent aux yeux. Je prends mon courage à deux mains et lui dis :
-Bonsoir maman, comment vas-tu ?

Comment a été ta journée ?
Je sais qu’elle ne me répondra pas ou qu’elle va me répondre tout autre chose mais je lui demande quand même. Elle détourne le regard pour fixer, encore une fois, les portes de l’élévateur qui ne s’ouvrent toujours pas.

Et, avec un profond soupir, elle lance :
-Bon mes enfants ne viendront pas ce soir; encore une soirée a attendre. Attendre toujours attendre.
Elle se mit a fredonner une vieille chanson de Trenet qu’elle nous murmurait lorsque nous étions petits pour nous endormir.
-J’attendrai le jour et la nuit ; j’attendrai toujours ton retour…….
Elle fit silence et d’un regard inquiet me dévisage.

Dans ses yeux se retrouve tout l’univers, tout le ciel bleu et toute la sécurité même si elle est absente physiquement. C’est ma mère. Je la contemple dans toute son innocence ; elle est redevenue comme une enfant qui cherche le chemin, la direction et l’orientation.

Elle ne sait plus .Je me sens connecté à elle car moi aussi je cherche ces sentiers :
-Mais comment vais –je les entreprendre maintenant?

Elle n’est plus là.
Elle me parle intérieurement et j’ai des difficultés a saisir ce qu’elle exprime. Mes émotions, toutes bouleversées, s’agitent en tempête et je n’entend que la cacophonie de mes sentiments qui déboulent en vrac.

Je me ressaisi et lui demande :
-Comment sont les infirmières avec toi ? Et les médecins ?
Comme si elle venait de reconnaître ma voix parmi la myriade de voix qu’elle entend tous les jours elle me dit :
-Pierre ! Comment vas-tu ? Il y a longtemps que je ne t’ai vu. Comment vont tes enfants ?
Je suis si surpris que j’en tombe, presque, en bas de ma chaise. Je reste bouche bée sans locution devant elle.

Mon sang ne fait qu’un tour et je profite de l’occasion pour, enfin, lui exprimer ce que je veux lui dire depuis des années. Les disputes, les prises de bec sont loins maintenant.
-Maman comment vas-tu ?
Elle me répond par une question :
-Quand allez-vous me sortir d’ici j’en ai assez d’attendre dans cet hôpital , moi. Pierre sors moi d’ici et ramène moi à la maison.
Je ne sais quoi lui dire. Elle était dans un centre d’accueil pour gens âgés et a fait une rechute de déshydratation.

Alors je change le sujet pour contourner l’affrontement.
-Tu te souviens quand nous étions petits et que tu disais toujours que j’étais le brise-fer de la maison ? T’en souviens –tu maman ?
-Oui Pierre je m’en souviens ; je me souviens quand tu es né, tu étais tellement chétif que je me demandais ce que je ferais avec toi et je sais que tu avais et que tu as a faire quelque chose de bien .

Tu n’as pas été bien chanceux mais tu as réussi surtout avec tes enfants ; prends en bien soin.
Je ne pouvais empêcher les larmes de couler sur mes joues et je pris la parole et dit en lui prenant la main :
-Maman merci pour ce que tu as fait et tout ce que tu nous a donné. Je t’aime maman.
-Moi aussi je t’aime mon Pierre.
La conversation prit fin abruptement lorsque les portes de l’élévateur s’ouvrirent en attirant les regards des malades qui étaient là et, aussi, lorsque la garde de service nous annonçait que les heures de visites étaient terminées.

Les hauts parleurs annonçaient le même refrain.
Ma mère, le regard vide, était retournée dans son monde ; plus rien n’existait autours d’elle. Je me levai et l’embrassée et lui dit :
-Je te laisse et vais revenir demain soir.
Son regard froid d’acier me dévisageait elle me dit :
-Monsieur je ne vous connais pas.

Pourquoi me dites vous bonsoir ; allez donc faire votre travail de nettoyeur comme vous faites d’habitude. Elle était repartie.
Je quitte l’étage des gens atteint de la maladie d’Alzheimer, je m’engouffre dans l’élévateur et attache bien mon manteau pour ne pas que le froid me saisisse mais déjà je le sens à l’intérieur de moi ce froid.

Ce soir il y a eu un moment de lucidité ; rare. Je sors dans la rue et le froid sibérien règne en empereur dans les chemins. La neige, fraîchement tombée crépite sous mes pas.
Une autre journée ……….. dans la vie.
Ma mère est décédée de la maladie d’Alzheimer quelques années plus tard.

Pierre D(C)

Laval,Québec

 


Archive pour 21 septembre, 2008

Perle.

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Perle .

 

Hélène s’affaire minutieusement dans ses livres comptables personnels lorsqu’elle entend la porte claquer et quelqu’un monter rapidement l’escalier vers l’étage supérieur.

Elle finit d’aligner ses chiffres et pousse un léger soupir :
-Enfin terminer ; au mois prochain. Voilà.
Elle se sent inquiète et songe immédiatement à sa fille Anne qui a dû aller s’enfermer dans sa chambre.

Elle range ses livres et sa calculatrice, se verse un verre de jus et un autre pour Anne, elle se dirige vers la chambre d’Anne dont la porte est close hermétiquement. Elle y glisse une oreille attentive pour écouter furtivement.

Elle perçoit quelques petits sanglots étouffés et frappe trois petits coups sur la porte en bois .

Elle attend; pas de réponse. Elle refrappe et prononce le nom de sa fille avec amour et douceur.
-Anne. Est- ce que ça va ? Puis-je entrer ma chouette ?
N’attendant plus la réplique elle entrebâille la porte et voit Anne étendue de tout son long sur son lit, la tête enfouie dans son oreiller, effectivement elle pleure à gros sanglots.

Hélène s’approche tout en douceur, comme seules les mères savent le faire, et caresse les cheveux de sa fille qui a beaucoup de peine.
-Que se passe-t-il mon petit rayon de soleil ?

Tu veux m’en parler ?
Anne sanglote encore quelques soubresauts et se tourne vers sa mère. Des grosses larmes lui dégoulinent sur les joues et son souffle saccadé se calme.

Elle se blottit chaleureusement dans les bras de sa maman.

Elle la serre d’une bonne étreinte.
-Maman qu’est ce qu’on fait lorsqu’une personne qu’on aime beaucoup nous fait de la peine ?

Stéphanie est ma meilleure amie et elle m’a blessée profondément cet après-midi. Je ne sais pas comment réagir et c’est pour cela que j’ai de la peine.
-Mais qu’est ce qu’elle a bien pu te faire ?

Je le sais que vous êtes d’excellentes amies et que rien au monde ne viendrait briser ce pacte par lequel vous êtes liées, toutes les deux, depuis votre enfance .Racontes moi, ça ne peut que te faire du bien.
-Tu sais que Stéphanie a un handicap avec ses jambes.

Elle marche mais ne peut cheminer beaucoup rapidement.

Alors cet après midi je marchais un peu vite, un peu en avant d’elle, et d’un ton sec elle m’a lancé :
-Tu n’as donc pas de pitié pour les infirmes toi ? Pourquoi tu marches si vite ? Tu ne penses pas à moi ; tu n’as jamais pensé qu’à toi.
-Je suis demeurée si surprise que je ne savais que dire .

Elle venait de faire une égratignure vive sur notre belle amitié et sur mon cœur.
Anne se remit a pleurer et pour la consoler sa mère la ramena dans ses ailes.

-Pleure ma grande, la douleur va s’atténuer et ensuite je vais te conter quelque chose.
Anne se moucha à quelques reprises et lança tendrement un regard vers sa mère en guise de gratitude; elle savait qu’elle pouvait toujours compter sur elle pour l’accueillir et la consoler.
Hélène attendit un peu et prit les mains d’Anne en lui disant :
-Tu sais ma grande, nous les humains, nous sommes comme des huîtres, parfois notre extérieur est rugueux mais l’intérieur est doux et magnifique.

De belles couleurs blanches et rosées. Quelques fois, aussi, au fond de l’océan une huître sera à l’affût de sa nourriture ; tout en gardant ses écailles entrouvertes – Hélène mime ce qu’elle voulait dire ce qui fit rire Anne – et c’est là qu’arrive un phénomène extraordinaire.

Un grain de sable déplacé, soit par d’autres mollusques ou des poissons, s’infiltre à l’intérieur de notre amie le mollusque.

Ce grain de sable devient donc un visiteur gênant et un hôte indésirable. L’huître, pour sa part, essaie tant bien que mal de se débarrasser de ce gêneur.

Par des efforts, souvent incommensurables elle n’y parvient pas.

Ce grain de sable la blesse, l’irrite et la meurtrit. C’est alors que dame huître, avec la nature, commence a envelopper ce petit indiscret, d’une substance qui s’appelle le nacre dont sa coquille est recouverte à l’intérieur.

Mais plus le grain de sable est recouvert de nacre plus il devient lourd et plus il tourne sur lui-même. L’huître ne peut plus s’en débarrasser. Le petit grain de sable, avec le temps, devient une belle perle.

Elle doit donc accepter son invité, indésirable pour le reste de ses jours. Tu te souviens du beau collier de perles que papa et moi t’avons amené des Iles l’an passé ?

Ce sont de ces perles que je te parle.
Nous les humains nous venons tous au monde avec notre caractère, nos défauts et nos qualités et d’autres, en plus, avec un handicap physique comme ton amie Stéphanie.

Au fil des ans nous forgeons notre caractère et surtout nos belles qualités. Lorsque des épreuves surgissent nous avons le choix : ou bien nous refusons ce qui arrive ou bien nous acceptons les faits.

Si nous refusons; nous nous blessons encore plus.
Nous acceptons notre fardeau, notre perle.

Elle peut devenir très belles, soyeuse et radiante ou bien terne et sans éclats. Tous les humains possèdent une perle, une magnifique qualité ou une très admirable force. A nous de les découvrir chez les autres et de le voir.

Ton amie, je la connais, s’avère une fille généreuse de sa personne et disponible.
-Peut-être que tantôt tu étais préoccupée et tu ne songeais pas a ralentir le pas et c’est peut-être pour cette raison que Stéphanie avait des difficultés a te suivre ;remarque je ne le sais pas .C’est à toi de voir .

Et, je sais pour toi, que la plus belle perle que toi tu possède se trouve justement dans l’aide que tu lui apporte souvent et, elle l’apprécie j’en suis sûre.

J’ai lu, il y a quelques temps, de faire la Paix avant le coucher du soleil , avant que ne tombe la nuit.

Ne laissez pas votre amitié se détériorer pour une peccadille.
Anne se rapprocha de sa mère et l’embrassa :

-Tu as raison maman je vais lui téléphoner et lui dire que je l’aime. Merci.

 

Pierre D. (C)
Laval,Québec,Canada

 

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