Donner au suivant .

                                               Donner au suivant . dans Liens blizzard2

Donner au suivant ! 

Sans précipitation,  je roule,  prudemment sur la route mal éclairée, cahoteuse et sinueuse. Je ne prends pas de chance avec des gestes imprudents.

Le ciel  est gavé de nuages chargés de pluie ; les éclairs ne demandent qu’à se frayer quelques  zigzags dans cette obscurité.  L’orage n’attends que le signal pour déclancher les enfers. Je sens monter en moi cette frayeur  mais je la calme avec de bonnes respirations saccadées. Je me répète que je suis prêt a affronter ce monstre. Je ralentis mon véhicule afin de bien voir les bordures de la route. Au bout de quelques minutes, des gouttes de pluie viennent  s’écraser sur mon pare-brise. -Ça y est !
Me dis –je  en gardant l’œil  bien ouvert et sur la ligne blanche , effacée par endroits,  au milieu du chemin. Mes essuies glace fonctionnent à pleine capacité.

Une buée  chaude et humide s’étiole sur mon pare-brise à l’intérieur de l’auto. Je fais fonctionner  le système d’air et abaisse ma fenêtre  de quelques centimètres.  Le déluge commence  aussitôt après. Les éclairs s’en donne à cœur joie et, son compagnon, le tonnerre ne lui cède aucunement la place. Je stoppe l’auto sur les rebords de la route pour ne pas  dévaler le petit ravin  qui semble si invitant pour les imprudents. Je vois déambuler des autos, quand même, sur la route,   et ce, à grande vitesse. Je ne me sens pas du  tout  effronté de me lancer sur cette surface glissante. J’attends  que l’orage passe  tout en laissant mes feux de signalisation clignoter pour les autres automobilistes  afin d’éviter un accident. Je prie. 

Le firmament, d’une couleur mauve,   lors de  la décharge électrique de l’éclair donne des frissons. La pluie tombe  telle des cordes et mes essuies glace ne fournissent simplement pas; je me félicite de ne pas avoir continuer dans cette tempête  fantastique. Ce manège dure depuis quelques minutes et soudain une accalmie se fait entrevoir. La pluie diminue  ainsi que les éclairs et le tonnerre qui semblent s’éloigner pour se perdrent on ne sait ou.
Je regarde autours de moi, sur la route, et aucun véhicule en vue  j’embraye pour reprendre  ma direction. Lorsque  je touche à nouveau au bitume je sens  que ma roue droite, à l’avant  roule  en sautillant. Je me dis alors : 
-Ah non ! Pas une crevaison ? Ah non, ce n’est pas du tout le temps. 

Je  me  gare sur  le côté du chemin  et arrête mon  moteur. Je descends de voiture pour aller inspecter mes pneus avant. En effet mon pneu  avant droit est à plat. La pluie fine et douce me dégouline sur le  cou, je remonte non collet de coupe-vent. J’examine l’endroit ou je suis stationné et ne voit aucune âme qui vive. Un lampadaire solitaire projette une lumière blafarde à environ trois ou quatre cents mètres.

Je décide donc de m’y rendre pour, au moins, avoir un peu de lumière et si par chance quelqu’un s’adonne a passer;  il me verra. Je  monte dans mon auto et me dirige très lentement vers cette lumière d’espoir ,pour ne pas briser mon pneu et ma roue. Arrivé sous le parapluie de lumières je me gare  près  de ce géant des routes  bienfaisant. J’ouvre mon coffre arrière, sors ma roue de secours, mon cric et ma  barre de métal pour défaire les boulons. Je place  le cric sous la voiture et la soulève doucement.

Avant que la roue ne puisse tourner j’essaie, mais  en vain,  de  desserrer  les boulons ; j’en suis incapable. La pluie s’est remise  de la partie et  commence  a tomber drue. Un grand soupir de découragement sort de mes poumons. Je retourne m’asseoir  dans la voiture et essaie  de tirer des plans pour me sortir de ce pétrin. L’ondée redouble  ainsi que ses joyeux compagnons ; les éclairs et le tonnerre. Je suis assis, en silence, en contemplant ce spectacle inouï. Je me dis : -J’aurais dû écouter mon fils qui me disait de prendre une clé en croix pour les crevaisons. Mais tout ça  n’arrive qu’aux autres jamais  à moi et pourtant je suis bel et bien dans cette situation.
Je redémarre le moteur pour ne pas décharger ma batterie  car les feux d’urgence clignotent toujours. La  pluie tombe toujours aussi abondamment  et par gros flots. Je me blottis la tête au creux des épaules et attends. Je lève les yeux, je vois des phares de voiture s’approcher. C’est un petit camion qui ralentit  rendu à ma hauteur ; il me dépasse, arrête et reviens vers mon auto. Un jeune homme, dans la trentaine,   descends et vient frapper à ma fenêtre. 

-Avez-vous des problèmes monsieur ? Puis-je vous aider ? Ses grands yeux bleus  enfouis sous sa casquette  dégagent une lueur  apaisante. Il fait le tour de ma voiture et  regarde ma roue et mon pneu à plat. Je sors de mon abri.  -Oui, s’il vous plaît, vous pouvez m’aider. Je  n’ai pas  de clé en croix pour défaire les boulons et je n’ai pas la force  de les défaire avec la barre de métal que  je possède. Il me regarda et me dit : 

-Pas de problème je vais vous arranger cela en deux temps trois mouvements. Arrêtez votre moteur  et je vais aller à mon camion chercher ce que j’ai besoin. La pluie, tenace, ne  cesse de tomber. Je sors de la voiture et vois revenir mon mécanicien en herbe apporter ses propres outils. Un cric spécial de garage et une clé en croix, comme j’aurais dû posséder. Et comme il l’avait prédit, en deux temps, trois mouvements la roue  était changée. Il  va  remettre son équipement dans on auto; je le rejoins. Je sors  un billet de vingt dollars de ma poche et lui tends tout en le remerciant. Il me regarde avec compassion et me dit : 

-Merci monsieur mais je ne veux pas d’argent. Je vous ai rendu service  et ça m’a fait plaisir de le faire .Ce que je vous demande par contre  c’est de donner au suivant .Si quelqu’un vous demande un service c’est de le lui rendre sans rien exiger en retour. C’est ce qui m’est arrivé  la semaine passé quand mon épouse a accouché. Un bon samaritain nous a amené à l’hôpital parce que, justement, mon camion était  en panne. Il m’a demandé seulement  alors de donner au suivant; c’est ce que je fais ce soir pour vous.

Bonne route monsieur. Mon jeune homme s’éloigne dans son camion et moi je reprends mon volant. La pluie a cessé et le ciel se dégage. Je remercie  mon Créateur pour avoir placé cet homme sur  mon chemin ce soir. Le sol détrempé fait reluire les étoiles maintenant; la tempête est  loin. Je m’arrête dans  un restaurant pour y prendre un café. Attablée au  comptoir   de ce petit bistrot  un jeune homme   me  fixe. Je lui rends son regard et un sourire. Il se lève et viens me voir . 

-Bonsoir monsieur, dans quelle direction allez-vous ? Il  attend ma réponse et je lui  indique que je m’en vais vers la grande ville  et que j’y serais dans quelques heures. 

-Pouvez-vous me prendre avec vous, s’il vous plaît,  j’ai raté mon autobus et mes parents vont être inquiets  Je pourrais vous donner le prix  du billet. Me rappelant mon jeune homme de la route je lui réponds :  -Bien sûr que je vais vous amener et je ne vous demande rien, garder votre argent. Ce que je vais vous demander en retour, seulement, c’est  de donner au suivant. Si quelqu’un vous demande un service c’est de lui rendre sans rien demander en retour. Êtes-vous d’accord? -Bien sûr monsieur  et merci. 

Ce soir là  je suis allé reconduire ce  tout jeune homme en face de la maison paternelle et  j’ai  mis en application  à plusieurs reprises  le : donner  au suivant. 

Pierre D© Laval, Québec

 


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