La gratitude.

 

La gratitude. dans Liens gartitude


La gratitude


La gratitude est la plus agréable des vertus… un second plaisir, qui en prolonge un premier : comme un écho de joie à la joie éprouvée, comme un bonheur en plus pour un plus de bonheur.

Quoi de plus simple ?

Plaisir de recevoir, joie d’être joyeux : gratitude. La gratitude n’a rien à donner, que ce plaisir d’avoir reçu.

Quelle vertu plus légère, plus lumineuse… quelle vertu plus heureuse et plus humble, quelle grâce plus facile et plus nécessaire que de rendre grâce.

Remercier, c’est donner ; rendre grâce, c’est partager.

Ce plaisir que je te dois, ce n’est pas pour moi seul. Cette joie, c’est la nôtre. Ce bonheur, c’est le nôtre.

L’égoïste peut se réjouir de recevoir, mais sa jouissance même est son bien qu’il garde pour lui seul.

C’est pourquoi l’égoïste est ingrat : non parce qu’il n’aime pas recevoir, mais parce qu’il n’aime pas reconnaître ce qu’il doit à autrui, et que la gratitude est cette reconnaissance.

Que donne la gratitude ? Elle se donne elle-même : comme un écho de joie, disais-je, par quoi elle est amour, par quoi elle est partage, par quoi elle est don.

C’est plaisir sur plaisir, bonheur sur bonheur, gratitude sur générosité…

Il y a lieu toutefois de se demander si toute joie reçue, quelle qu’en soit la cause, ne peut pas être l’objet de cette joie en retour qu’est la gratitude.

Comment ne pas savoir gré au soleil d’exister ?

A la vie, aux fleurs, aux oiseaux ? Aucune joie ne me serait possible sans le reste de l’univers… Tout se tient, et nous tient, et nous traverse. Tout amour, poussé à sa limite, devrait donc tout aimer : tout amour devrait être amour de tout, et cela ferait comme une gratitude universelle….

La vie est grâce, l’être est grâce, et c’est la plus haute leçon de la gratitude.La gratitude se réjouit de ce qui a eu lieu, ou de ce qui est. Elle est ainsi l’inverse du regret ou de la nostalgie, comme aussi de l’espérance ou de l’angoisse, qui désirent ou craignent.

Le sage, se réjouit de vivre, certes, mais aussi d’avoir vécu. La gratitude est cette joie de la mémoire, cet amour du passé… le souvenir joyeux de ce qui fut. C’est le temps retrouvé…

La mort ne nous privera que de l’avenir, qui n’est pas. La gratitude nous en libère, par le savoir joyeux de ce qui fut. La reconnaissance est une connaissance, c’est par quoi elle touche à la vérité qui est éternelle, et l’habite.

Gratitude : jouissance d’éternité.

« L’amitié mène sa danse autour du monde, disait Épicure, nous enjoignant à tous de nous réveiller pour rendre grâce.

 » Merci d’exister, se disent-ils l’un à l’autre, et au monde, et à l’univers. Cette gratitude-là est bien une vertu : puisque c’est le bonheur d’aimer, et le seul.

La gratitude.

Petit traité des grandes vertus (PUF – 1995)


ANDRE COMTE-SPONVILLE

 

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