Ensembles…!

 

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Ensembles

 

Ensembles


Le petit sentier, bordé de fleurs sauvages, exhale  une odeur douce et suave à la fois. Les petits oiseaux  s’y aventurent, en le traversant  à la sauvette. Le bleu du ciel étincellent rivalise avec  son frère le soleil. L’air  pur du  petit  matin vivifie  et les gouttelettes de rosée perlent encore sur les  toiles d’araignées  écrasées sous leur poids. L’eau de la rivière est d’un calme  mirobolant. Un goéland, frondeur, s’admire  dans  ce miroir et semble s’amuser en piaillant. Ce paisible paysage respire et aspire à la sérénité. Le silence qui se fait entendre  transcende l’harmonie.

Catherine et  Marc  flânent  tout en lenteur  sur cette allée  de conte de fées. Ils observent les  oiseaux  gambader  en sautillant, leur donnant un air cocasse. Catherine sourit et s’émerveille. Marc lui fait remarquer les minuscules fleurs jaunes dans l’herbe  verte détrempée. Une osmose s’est  installée entre eux. Ils se connaissent depuis quelques temps, et, toujours en ami, se fréquentent  régulièrement. Ils apprécient la présence de un et de l’autre  et se rejoignent sur plusieurs aspects de la vie. Ils marchent jusqu’à un banc  niché au  soleil. Ils s’installent  devant le panorama magique de la rivière  encore toute endormie.

Catherine brise le silence duveteux  en murmurant à Marc :

-Quelle adorable journée, n’est-ce pas ? Nous somme privilégiés d’assister à ce spectacle.

Marc acquiesça tout en respirant profondément et ne dit mot. Catherine continua.

-J’aimerais  vivre continuellement ce moment présent  avec ce calme et cette harmonie qui nous  stimule.  Quels bienfaits. Pour moi, ce que je vois et ressens  ici ce matin, c’est l’expression pure et simple de l’amour .Quelle  beauté  dans ce  paysage pictural.  Qu’en penses –tu ?

N’attendant pas la réponse  elle continue  de sonder  Marc  qui l’écoute avec attention et ferveur :

-Marc,  nous  vois –tu ensembles  formant une union ; un couple ?

Elle  fixe Marc et attends patiemment  la réponse. Son cœur se met a battre  la chamade. Elle  hésite car elle ne veut pas briser une si belle complicité qu’ils ont entretenue depuis qu’ils se connaissent. Mais, mature comme elle est, elle se sent en confiance. Les expériences de vie, les sienne autant que celles de Marc les ont fait grandir  en sagesse : en  homme et femme évolués. Catherine  pose ses yeux bleus  dans ceux de Marc et  retient son souffle.

Marc , serein et pondéré  la regarde tendrement et lui  déclare :

-Si, je dis bien si, nous serions ensembles,  toi et moi,   je  soupirerais être à tes côtés  tout le temps mais  à l’occasion, aussi,  retirés pour se laisser respirer. Ne pas s’envahir, ne pas  s’approprier  de l’un et de l’autre mais bien s’aimer. S’aimer  dans l’autre  et vice versa.

Les yeux de Catherine  s’emplissent d’une joie indescriptible. Et Marc continue :

-À tous les jours  je prendrais de tes nouvelles  et te laisserais  savoir que je suis à ton écoute comme je saurais que toi aussi  tu l’es. À tous les jours je t’enverrais de petits mots simples et doux  pour réchauffer  ton cœur et le mien en même temps. À chaque occasion je voudrais voir ton sourire et ton innocence venir, comme un aimant, me ramener à toi. À chaque  instant présent dans les moments présents, comme celui-ci,   je voudrais graver cette étincelle  de la   Lumière de Dieu  dans tes yeux.

Toutes nos conversations, comme notre cheminement, tourbillonneraient vers la Lumière. Nous mettrions nos  buts, défis, choix, hésitations  et acceptations dans la même écuelle pour y boire sainement. Se préoccuper de  l’autre en toute simplicité, s’occuper de l’autre en toute amitié et amour ; s’aimer juste s’aimer.

Catherine, souriante rajoute à son tour :

-Je serais si  troublée  que lorsque j’ouvrirais mon ordinateur et d’y voir un message de toi qui me dit que le soleil est dans ta vie ce matin. Je serais si agitée de te répondre sans attendre et empressée d’attendre la réponse. Pour  toi, et seulement pour toi, je te préparerais un pain aux fruits  que tu pourrais déguster  en ma présence. Pour toi, et seulement pour toi, je te laisserais t’envoler comme un oiseau au dessus des montagnes. Pour toi, et seulement pour toi, j’écrirais les plus fabuleux  textes  parlant d’amour, de paix, de liberté et de Lumière.
Pour toi, seulement pour toi, j’irais gambader sur les étoiles filantes  pour t’en ramener des arcs en ciel  multicolores.

Marc  saisit  la main de Catherine et lui insuffle :

-Je t’aimerais  pour toi et tu  m’aimerais pour moi. S’aimer  tels que nous sommes  et non en rêve ou en miroir. S’aimer avec nos forces, nos faiblesses, nos qualités et nos défauts reconnus.

Avec toi, en équilibre avec toi, nous pourrions cheminer  sur des sentiers sinueux à travers bois tout en écoutant la grive  hurler de douceurs vers le soleil. Avec toi, en harmonie avec toi, nous pourrions  contempler en adoration l’astre du jour qui se lève ou se cache derrière l’horizon. Avec toi, sereinement, nous pourrions nous dire ‘’ je t’aime ‘’ sans arrière pensée sans prétention, simplement  ‘’ je t’aime’’ et se serrer l’un contre l’autre en étant agréablement  bien.
Je boirais tes paroles  pour en extirper le message et, en t’écoutant, je me sentirais à l’aise de te prendre la main, comme je le fais présentement, et la caresser tout doucement.

Les deux se taisent  et laissent le chants des oiseaux  poursuivre leur symphonie.

 Au bout d’un court instant   Marc reprend :

-Si, et je dis bien si, je serais avec toi  les jours, les nuits et les soirs paraîtraient si courts qu’il faudrait les ancrés  dans les  fameux souvenirs de notre vie. Si, le si, est si vaste et énorme que toute la terre ne peut en porter le fardeau. L’univers  à lui seul  ne suffit pas seulement Dieu le peut et nous Le retrouverions dans cet Amour que nous échangerions, ensembles, toi et moi.

Nous serions, toi et moi, de grands livres ouverts  à nous et entre nous ; rien a dissimuler. Rien a contrôler, rien a dépendre. Tout a admirer et a aimer.

Je n’aurais rien a t’offrir  tout a te donner ; tu n’aurais rien a m’offrir tout a me donner. Se donner dans  des gestes altruistes, et,  sans retour. Comme  lorsque nous le faisons pour les enfants  et nous sommes enfants de Dieu.

Aimer c’est apprécier l’autre, le savoir en sécurité émotionnelle et bien. Aimer  c’est de se préoccuper de l’autre sans le dominer. Aimer  c’est le don de soi dans tout. Aimer  se camoufle dans les petits gestes bien anodins vis-à-vis l’autre ; un compliment,
une surprise, un sourire, une petite missive bien innocente avec un bonhomme sourire  pour exprimer que l’autre pense à nous .Aimer c’est de marcher main dans la main dans la même direction lointaine .Aimer c’est de faire face aux obstacles mais c’est aussi de respecter l’autonomie de l’autre, et ce,  dans tous les aspects de sa vie. Aimer c’est de suggérer et non de dicter. Aimer c’est la douceur, c’est l’amabilité, c’est l’affabilité, c’est la prévenance, c’est la gentillesse  et c’est le respect profond  de l’un et de l’autre, c’est d’écouter au lieu d’être écouté, c’est  la patience .

Si, je dis bien si, nous serions ensembles, toi et moi, à tous les jours nous devrions prendre comme résolution de se dire ‘’ je t’aime’’ malgré les petits accrocs, s’il y a, malgré les inconvénients de la vie quotidienne  et les jours maussades. Prendre la résolution de ne voir que les aspects positifs de la Lumière. Et il serait possible de le faire, une journée  à la fois  et l’instant présent  à la fois. Il serait dans le domaine du possible de voir et de sentir cet Amour véritable dans tous les gestes, paroles et actions de tous les jours.

Catherine, ravie  des explications de Marc  lui prit les deux mains et rajouta :

- Merci  de  ta franchise et de ton honnêteté, merci  de ta simplicité. Aimer, pour moi aussi, n’est pas une question de superficiel  mais bien de profondeur  de l’âme. Aimer ne s’arrête pas  aux aspects du corps physique, ni des défauts ou des qualités mais bien d’une autre dimension   qu’on ne peut toucher mais bien ressentir. Nous avons entrepris  le chemin, et,  si nous le continuons dans le même sens ; dans la même direction ?

Marc  contemple dans les yeux azurs de Catherine   l’étincelle de la vie  et dit :

-Je suis tout à fait en accord avec toi. Savourons ces minutes qui nous sont  cédées  pour y  puiser  une force stimulante  d’approfondir  ce que pourrait être un amour véritable.

Ils se lèvent   de leur siège  et se redirigent vers le petit sentier fleuri  de marche ; main dans la main .Les oiseaux entament la finale  d’apothéose de leur concert.

Pierre D. ( C)

Laval, Québec

 


Archive pour novembre, 2008

Un conte de Noel !

Village de Noel

Conte de Noël


Les flocons à l’extérieur  n’en finissent plus de virevolter dans tous les sens  et de tourbillonner  dans leur démence infinie. Les éclats des petites lumières des sapins extérieurs, aidant, ajoutent  beauté et charme à leur danses et pirouettes. La neige tombe depuis quelques heures maintenant et, comme à chaque année, à la veille de Noël, elle  est la bienvenue. Tout est recouvert, les objets  paraissent  difformes sous cet amas de ouate blanche. Les gens se préparent pour la fête, les tables sont mises et les sapins brillent de leurs petits faisceaux lumineux. Les crèches sont campées sous les conifères habillés pour l’occasion. Les reflets des grosses boules multicolores rendent bien les images qui s’y projettent. 

Dehors un silence  respectueux et lourd  rend l’air joyeux.

Dans son  logis,  Francine  s’affaire  à son trésor du temps des fêtes. Méticuleusement  et avec doigté elle dirige les travaux en main de maître. Pour elle,  Noël  signifie de remonter son petit village miniature ; sa fierté. Tout au long  de l’année elle achète, emmagasine, thésaurise et  cache ses petites trouvailles. Une petite maison ici, un petit lampadaire là et une série de figurines autant disparates les unes que les autres mais toujours  dans le ton  de son œuvre d’art; comme elle l’appelle. Cette année elle s’est gâtée  et s’est offert une jolie petite patinoire musicale avec quelques patineurs tous emmitouflés avec tuques et foulards. Elle examine, admire et cajole son village en cette veille de Noël  qu’elle passera probablement seule, comme depuis plusieurs années. Ses enfants sont éloignés dans différents pays  et ne seront pas  là, encore  cette année, pour réveillonner. Le cœur serré et la gorge nouée  elle  s’installe devant  sa petite merveille de ville miniature.

Elle a casé sa patinoire bien au devant  à la vue de tous. Elle observe  de près les petites figurines  et cherche le petit bouton  qui les fera démarrer. Elle  tâtonne à l’arrière de la petite monture en métal et le découvre enfin. Elle le pousse et, à sa grande surprise, c’est la valse du Danube Bleu  qui se fait entendre. Elle bat  la musique en fredonnant l’air connu. Soudain un souvenir âcre de son lointain passé revient à la surface.

Elle  se souvient  lorsqu’elle était à l’école, au primaire, dans le mois de février il y avait toujours un redoux mais le chauffage de l’école  fonctionnait  à plein ; elle se souvient bien.  On ouvrait les fenêtres même ne plein hiver  pour pouvoir respirer  un peu d’air frais. Son pupitre  se situait près des fenêtres. Elle  adorait  s’évader par  la petite ouverture de la fenêtre entrouverte  et aller rejoindre les oiseaux s’ébattent dans la neige. Elle trouvait le temps immensément long. Elle contemplait  les dunes  de belle neige blanche et se voyait s’élancer au bas de celles-ci. Elle  déboulait les petites côtes et rendue dans le creux elle s’esclaffait de plaisir. À  certaines occasions, durant février, on entendait des hauts parleurs  qui semblaient loin,  mais très loin,  émettent cette valse du Danube  Bleu.

Francine écoutait avec amour cette belle musique qui la faisait rêvasser. Elle s’imaginait une grande patineuse de fantaisie exécuter ses prouesses devant des milliers de spectateurs qui applaudissent à toutes ses  enjambées qu’elle engageait. L’air frais de l’hiver lui parvenait aux narines  et la musique l’enivrait. Le soleil doux de  ce mois  le plus court de l’année lui réchauffait le cœur. Francine partie dans ses rêveries  fredonnait  la valse de Strauss tout en l’écoutant de l’extérieur. Elle s’est toujours demandé  d’où pouvait bien venir cette douce musique. Intriguée elle se disait qu’un jour il irait voir.

La réalité allait la rattraper. Pendant qu’elle battait  la mesure  avec son crayon, sa copine de classe, Ginette, lui lança  une gomme a effacer qui l’atteint  sur le dessus de la main. Ce qui a eu pour effet de  faire sursauter Francine  et elle  lança  un petit  cri de douleur. Les autres élèves,  concentrés dans leurs travaux, ont levé les yeux pour voir le petit dérangement et rire un peu et se distraire de l’ennui.

 

Francine  regarda Ginette  avec irritation car elle venait de l’extirper  d’un beau monde imaginatif. Elle ne lui pardonnera pas de sitôt cet affront et pendant des années, même si Ginette restait son amie, elle en garda de l’animosité envers elle mais sans plus. Se sentant gênée et  humiliée elle se remit  a lire dans son  livre  d’histoire tout en cachant sa peine.

 

Francine,  toujours accroupie  devant la petite patinoire, secoua la tête pour chasser ces pensées et a  un geste d’éteindre la musique comme pour annihiler un mauvais souvenir mais se ravise et la laisse continuer tout en battant la mesure.Elle fredonne, comme au temps des ses classes, cette magnifique valse. Le souvenir de Ginette lui revient  à l’esprit  et elle se sent triste et un peu honteuse de son attitude. Cette soirée  de veille de Noël, elle a  le vague à l’âme. Elle ne veut pas déborder dans la grande monotonie  qui peut s’emparer d’elle comme ce fût le cas il y a quelques années suite aux départs de ses enfants.


Elle se lève et  ouvre  la télévision pour se changer les idées. Elle ne reste pas  trop longtemps devant son téléviseur et va  droit vers la fenêtre. Elle observe  la danse des flocons.

Comme elle se sent seule et  solitaire en cette belle nuit  de veille de Noël.  Elle se rappelle les beaux Noël qu’elle  a vécus dans sa famille et  aussi avec ses enfants. Le son, en sourdine, du téléviseur  joue  Sainte Nuit. Francine se perd dans ses pensées tout en  épiant les tornades de petits flocons  venir se fracasser dans sa fenêtre.  Elle reste là un bon moment, elle prie  et vient se  rasseoir  devant son petit  village tout illuminé. Il semble vivant et animé ce soir. Elle  contemple le petit chemin de fer qui  se fraye une voie entre les minuscules  maisons et finir sa route  à la gare pour retourner refaire un tour .Francine regagne  la fenêtre comme si elle attendait quelqu’un mais elle sait bien que personne ne viendra. Elle  s’assoit  à nouveau dans sa chaise et  décide qu’elle ira se coucher  tôt. Fixant son petit village pour la  centième fois  elle a un élan pour se lever  et   tout éteindre pour aller au lit. C’est juste à ce moment là  que le téléphone sonne.

Francine se demande  qui peut bien appeler  a cette heure si tardive  car elle a pris entente avec ses enfants qui sont  éparpillés dans le monde  qu’ils communiqueraient ensembles seulement  la journée de Noël.

Elle se dirige vers la cuisine  et décroche le combiné :

-Bonsoir.

- Bonsoir, suis-je bien chez Madame Francine  St-Clair ?-  demanda la voix au loin.

 

Francine surprise  pense  reconnaître cette  voix :

-Oui, en effet  je suis Francine St-Clair,  qui parle ?

-Francine, tu ne me reconnais pas ? C’est Ginette, ton amie Ginette  Lemay.

Francine, comme si la foudre l’avait frappée, se tire une chaise  car elle sent  ses jambes se ramollir.

-Ginette, Ginette….mais, mais  comment  se fait-il  que tu as  mon numéro ça fait des années que  nous  ne nous sommes pas revues ? Essuyant une larme Francine attend la réponse.

-Francine, Francine  je suis si contente de te parler. J’ai beaucoup de choses a te dire  et je n’ai pas beaucoup de temps  mais avant tout comment  vas-tu ? Je te souhaite un Joyeux Noël.

-Ça va bien Ginette, ça  va bien. Je me sens un peu seule,  les enfants sont tous partis et je demeure seule maintenant. Mais toi comment  vas-tu ? C’est extraordinaire  que nous nous parlions ; il n’y a pas  cinq minutes  je pensais   à toi,  justement. Mais dis moi comment  vas-tu ? Ta voix semble  triste  est- ce que je me trompe ?

-Francine , un sanglot étouffé  retient la voix de Ginette,  j’ai  le virus du Sida  depuis quelques années  et il ne me reste qu’un peu  temps  a vivre . Je voulais  avant de partir  régler quelques petits détails avec les gens que j’ai blessés  dans ma vie et toi tu en fais partie.

Francine, abasourdie d’entendre cette nouvelle ahurissante, ne peut retenir ses larmes :

-Ginette, ah ! Ma Ginette  qu’est ce qui…….

Elle retient sa respiration que les larmes bloquent.

-Ginette je suis désolée d’entendre  ça, très désolée.

-Tu sais Francine, cet après-midi du mois  de février, lorsque nous étions au primaire et que tu étais dans tes rêveries, je t’avais lancé une gomme a effacer. Te souviens –tu ?

-Oui Ginette je m’en souviens et je t’en ai voulu  pendant des années de m’avoir humiliée de la sorte devant toute la classe  mais  je t’avais pardonné et encore , aujourd’hui , je te pardonne  ; tu sais.

Ginette repris le fil  tout en douceur :

-Merci Francine de me pardonner  je ne voulais  pas quitter ce monde avec ce bagage bien inutile de l’envie ; car, oui, je t’enviais. J’étais envieuse de toi, et en plus tu patinais bien mieux que moi  et pourtant  tu as toujours été ma meilleure amie. Mais  ce soir c’est le plus beau cadeau de Noël de tous les Noël que tu me fais.

Francine pleurait maintenant à chaudes larmes. Comme elle aurait voulu  être aux côtés de son amie pour la serrer dans ses bras et l’entourer de toute l’affection qu’elle avait. Elle demanda à Ginette :

-Mais ou es-tu Ginette en ce moment ? J’entends du bruit.

Ginette, parlant très bas,  lui avoue  qu’elle est à l’autre bout du pays  à l’hôpital, aux soins intensifs. Elle lui  admet qu’elle est sur ses dernières heures. Les médecins venaient de lui administrer une dose de morphine pour contrer la douleur. Elle est bien heureuse, dans ce moment de lucidité,  de parler avec  son amie de toujours.

-Francine ne pleure pas  je m’en vais dans un monde meilleur et lumineux et je vais  penser beaucoup à toi. Je te salue  et prends bien soin de toi, je t’aime.

-Je t’aime, moi aussi Ginette, je vais prier pour toi. Adieux.

-Non Francine pas d’adieux entre nous ; au revoir.

Ginette raccrocha le combiné car une toux écrasante s’empara d’elle.

Francine, sous le choc raccroche et  reprend  lentement ses esprits, se lève  et se redirige vers la fenêtre du salon. Le téléviseur  joue  des chansons avec des carillons de Noël. Elle regarde  à  l’extérieur, la neige tombe maintenant en d’énormes flocons  et une paix intérieure s’installe en elle. Elle chemine  vers son petit village et amorce la musique de la petite patinoire ; la Valse  de Strauss et  dit :

- Viens Ginette, viens,  on va patiner  comme lorsque nous étions enfants.

Paix et Lumière.

 

 

Pierre D. ( C )

Laval, Québec

 

 

 

Le mirobolant et le terne !


Soleil et Lune

 

 

Le ‘’mirobolant’’ et le ‘’terne’’…!

J’arrive devant la porte de la clinique médicale fermée, une longue lignée de personnes attend l’ouverture  en silence. Les quelques soupirs  des gens cassent  cette  désagréable  quiétude. Je m’adosse au mur, jaune- noirci, du couloir ; je patiente .Je regarde  vers la porte  du bureau et j’essaie de lire sur un écriteau, encore une fois, le heures d’ouverture. Je ne me suis pas trompé; je suis à l’heure  mais je suis surpris de la prise d’assaut  par tous ces gens qui doivent, elles aussi de si bonne heure, souffrir de quelques dérangements physiques quelconques.

Moi c’est un mal de ventre a me couper le souffle qui m’amène là. Un tantinet  impatient je murmure, tout bas :

-Que se passe-t-il donc, dorment- ils tous là-dedans ?

Ma voisine, elle aussi  endossée au mur, me fixe d’un regard vide, comme si sa souffrance l’avait hypnotisée d’aplomb. Je détourne les yeux et  continue a prendre mon mal en  patience.

Au début de la  colonne, près de la porte, trône un homme qui en impose de sa stature. Il a dû arriver un des  premiers  pour ne pas manquer l’ouverture. Il porte un costume  chic rayé  avec cravate. Ses souliers  de cuir patent  brillent  d’éclats sous la lumière blafarde des néons du plafond. Il ne dit mot, lui non plus, il attend comme un soldat au garde à vous le signal d’ouverture de la clinique. Non loin  de moi, un autre homme, habillé plus sobrement, très simplement même,  regarde le mur face à lui. Un petit sourire narquois est figé sur ses lèvres et ses yeux lancent un  minuscule éclat  de lumière interne .Il semble respirer la sérénité et le bien –être intérieur. De son calme, a le regarder, la vie lui paraît facile et agréable. Dans mon dos, une petite fillette trépigne tandis que sa mère lui enjoint de rester paisible. 

Enfin la porte s’entrouvre  et une secrétaire enlève l’écriteau qui  indique  fermée.

La colonne s’ébranle avec un petit empressement poli.

Nous entrons, un par un, dans l’antre de la médecine. Les secrétaires, derrière la  baie vitrée, s’affairent  a  classer et reclasser des dossiers  et a répondre au téléphone .Je suis le neuvième en ligne et je calcule mon temps d’attente. Me précédant  la dame au regard vide demande à la réceptionniste :

-Est-ce que ça va être long ?

Et la secrétaire de la rassurer que ce sera rapide ce matin. La patiente se dirige vers la salle d’attente et s’écrase, emmitouflée de son manteau,  sur une chaise  Elle disparaît dans son vêtement  pour se réchauffer.

Mon tour  vient et, après les formalités d’usage,  je vais me choisir une chaise dans la grande salle. Je me place  tout au fond  et j’examine les alentours. Je suis  à proximité  du type  en habit et souliers de cuir patent  et  de l’homme calme, assis côte à côte. Le silence règne dans la salle d’attente brisée par les sonneries des téléphones qui rugissent et les appels des médecins qui ont commencé leur boulot.

La petite fille  et sa maman s’assoient en face de moi. La mère, précautionneuse, sort de sa poche un petit livre de contes  pour enfants  au  grand délice  de la fillette. La voix  douce  de la maman  attire l’attention des gens dans la salle et nous l’écoutons  religieusement. Un médecin sort de son bureau pour aller cueillir des dossiers  que les secrétaires ont préparés pour lui. Il appelle  sa première patiente  qui se lève et le suit  immédiatement. La fillette écoute attentivement les phrases  que sa mère lit du livre de contes.

Je lève les yeux et calcule le nombre de personnes qui sont  avant moi. Je soupire délicatement .Je dirige mon regard vers le quidam en costume qui se dandine sur sa chaise.  Un soubresaut d’impatience  trahi  sa prestance. Il cherche du regard  une approbation  et  reste bredouille. Il se cambre vers sa droite  et dévisage son voisin ; le petit homme calme. Ce dernier, toujours avec son sourire accroché au visage,  lui rend son  regard.  L’autre, sans attendre son reste et impertinemment  ouvre la bouche  et lui déclare :

-C’est long  ces attentes. À toutes les fois que je viens ici c’est long  a ne plus finir. Et pourtant je viens ici assez souvent.
Ce n’est pas comme la clinique ou je vais habituellement ; il y a beaucoup plus de service  et  la   fréquentation des  gens  y est très différente. Je ne verrais pas d’inconvénient  de payer pour  les services médicaux, moi monsieur, j’en ai les moyens. Mais, comme tout le monde je viens dans des cliniques publiques. Pensez-vous que nous allons passer bientôt ? – Demande-t-il  au monsieur  au sourire  figé et qui ne bronche pas. Sans  exiger  de réponse  il continue  son monologue qu’il a si bien entrepris. Plusieurs oreilles sont tendues à ses propos.

- Les temps ont déjà été tellement difficiles et j’en sais quelque chose. J’ai  œuvré beaucoup  et dans toutes sortes de domaines, moi monsieur, et  j’ai réussi.

Ma maison  je l’ai payé comptant, argent sonnant. Mes autos  je les paye comptant  ainsi que mes vacances  tout comptant. Vous voyez ma bague ? Au bas mot elle vaut six cents quatre vingt dix dollars; au bas mot.

Je le regardais de biais et  je voyais qu’il ne prononçait pas le mot dollar  comme la majorité des gens.

Il  ajoutait sur le ‘’o’’ un accent circonflexe probablement pour y mettre encore plus de pression; de valeur à ses yeux  et à la fin de dollar il ajoutait une ‘’ e’’.

Ce qui donne  approximativement : dôllare .

Je change l’angle de mon regard et fixe le petit homme au sourire  qui, lui, n’a pas bronché. Un calme magnifique l’habite ; il sourit et répond par des hochements de la tête. Je trouve sa patience angélique. J’essaie de ne pas juger. Et  son interlocuteur continue de plus belle.

-Et vous, monsieur,  quel  est votre emploi du temps ?  Personnellement  je suis dans les affaires et nous ne chômons pas ; toujours occupé. Cette semaine  est une semaine de  gros contrats pour la ville  et nous négocions très ardûment.

Je détourne la tête et  essaie de ne plus écouter ce verbiage. Mon mal de ventre me pince .

Je regarde à nouveau la maman qui a pris sur ses genoux  sa petite fille épuisée. J’ai de la compassion pour elle car  un enfant malade  me touche beaucoup. Mes oreilles se tendent, encore, vers les deux inconnus devant moi. Mais cette fois c’est l’homme au  léger sourire qui  parle.

-J’ai bien hâte de voir le médecin  car j’ai rendez-vous, après, au centre de bénévolat pour la distribution  du dîner. J’espère que je ne serai pas en retard.

L’homme aux chaussures éclatantes  fait une moue  et recommence  a jacasser.

-Ma dernière épouse, notre séparation date d’environ  deux mois, m’intente un procès inimaginable. Elle veut tout obtenir de moi  jusqu’à mes cartes de crédit.

Sur ce il sort son porte cartes et  fait défiler devant les yeux de notre homme au sourire une ribambelle de cartes toutes aussi colorées les unes que les autres et demande à ce dernier :

-En avez-vous des cartes de crédit, monsieur ?

L’homme paisible  lui répond :

-Non je n’en ai pas,
 - et,  toujours avec son sourire, rajoute :
-je  ne suis pas solvable car j’ai fait faillite personnelle et je ne possède rien. Je n’ai pas de maison  ni d’auto; je déambule  à pied et j’aime la marche. Je souhaite que le médecin vienne nous chercher bientôt  car, aussi, après avoir servi le repas ce midi,  aux démunis,  je vais aller au comptoir alimentaire pour  quelques articles pour moi-même  pour finaliser mon mois;  je manque de nourriture.

Non je n’ai pas de carte de crédit, monsieur.

 

Un médecin sort  de son bureau et appelle notre  homme aux chaussures étincelantes qui se lève  comme s’il avait eu un ressort sous lui.

-Enfin !

Dit-il en se  dirigeant  vers la porte ouverte du bureau tout en esclaffant  haut et fort un ‘’bonjour docteur’’  à faire trembler les murs de la clinique.

Le petit homme sage et serein, tant qu’à  lui, n’a pas bougé d’un iota. Son sourire paisible ne le quitte pas.

Ce fût son tour  et d’un pas léger  s’engouffre dans le bureau du médecin.

Je me dis :

-Lequel des deux  est heureux et bien ?

Le  ‘’ terne’’ ou le ‘’mirobolant’’ ? Et lequel des deux  est le terne  et l’autre le mirobolant ?

Le médecin me reçoit, enfin, moi aussi à mon tour.

 

Pierre D. (C)

Laval, Québec.

 

 

 

 

 

 

Le pardon.

 

Pardon

 

 

Pardonnez, madame, pardonnez !

 

Malgré  le vide des arbres dénudés de leurs feuilles  et du ton  presque neutre des couleurs de la fin de  l’automne  un cachet spécial ressort du paysage. Encore, ici et là, des arbres conservent jalousement leurs habits. Tout au fond de ce panorama  l’église fait miroiter ses deux clochers  défiant les cieux. Le soleil, pâlot, s’agrippe  aux  pans  de ces tours pour ne pas débouler sur le sol.

L’air, vivifiant  et un peu mordant, limite nos gestes. L’astre du jour  vient nous réconforter comme il peut. Savoir profiter jusqu’aux derniers instants  des petits moments de tranquillités ; satisfait. Je me perds dans mes pensées des belles journées d’été avec des regrets que l’ automne , à son tour tire à sa fin,  et qu’avec le temps qui presse l’hiver sera à nos portes; le froid, le gel  et la glace .  Chassant cette pensée et m’introduisant à nouveau dans l’instant présent  je savoure ce bouquet de la nature en décrépitude  mais oh ! Combien beau. Je garde silence  et laisse mon âme me dicter sa voix. Je cherche, sur les rives de l’autre côté de la rivière un arbre qui a toute ses feuilles et le découvre dans un sous-bois. Il se cache, gêné et timide, parmi ses congénères presque nus. Il brille d’une belle teinte rouge. J’examine  les détails  de son environnement mais tout est gris  et sombre.

Dans ma concentration, ma méditation, je n’entends pas les pas de quelqu’un   près du banc  où je suis assis. Mon regard fixe inlassablement le petit érable rougeâtre et j’ai de la compassion pour lui. Une voix me parvient aux oreilles.

-Vous n’avez plus beaucoup de choses a regarder avec ce paysage ? Tout est gris et triste.

Cette  voix vient me tirer de mes pensées profondes  et je reviens les deux pieds sur terre. Je  regarde vers ma gauche  , une vielle dame  se tient debout  à quelques mètres de moi.  Surpris  je l’examine. Elle porte une casquette d’homme et de grosses lunettes noires de soleil. Je lui réponds :

- Je pense  que, même  malgré son apparence, le paysage est d’une extrême richesse  et nous rends bien  sa beauté. Évidemment  ce n’est pas les autres saisons  mais, il y a dans ce panorama un cachet   spécial qui représente bien le commencement et la fin des choses. Les arbres se tiennent là comme des sentinelles protégeant le spectacle. Ne trouvez-vous pas ?

La vieille madame  s’assied  sur le bout du banc et me  déclare :

-Je n’avais jamais vu  cela sous cet aspect. J’espère que je ne vous dérange pas, au moins ? Je ne voudrais pas perturber  votre intimité.

Je  lui réponds qu’elle ne me dérange nullement  et lui demande si elle fait sa promenade matinale. Elle engage vite la conversation  pour ne pas perdre le fil. Je sens que c’est une personne âgée qui doit vivre beaucoup de solitude et lorsqu’elles peuvent engager une conversation avec  un autre humain  elles s’y adonnent  à cœur joie.

Elle  me parle de tout et de rien, quelques fois j’ai de la difficulté a suivre car ses propos sont un peu incohérents ; mais je l’écoute patiemment. Elle semble avoir l’envie de parler et d’extérioriser  son isolement. Elle me parle qu’elle est veuve depuis  quelques années et qu’elle voit une de ses sœurs à l’occasion mais pas souvent .Elle enchaîne  en me disant :

-Mais le pire qui m’est arrivé  , il y a quelques années , c’est que je me suis fait arnaqué par un homme que je vais appelé : ‘’ mon enfant de chienne ‘’ . Il m’a volé  beaucoup d’argent  et m’a laissé des dettes. Pourtant je lui trouvais un certain charme mais je me suis fait possédée par lui et c’est cette situation que j’ai beaucoup de difficultés a admettre. Il  avait de belles paroles toutes mielleuses pour me soutirer  ce qu’il voulait .Il me racontait des choses , toujours pour se faire plaindre  pour que je le prenne en pitié , et moi je l’écoutais et j’embarquais dans son jeu . Jusqu’au jour, j’en ai parlé avec ma sœur, où je lui ai dit de ne plus  m’importuner et de remettre l’argent que je lui avais prêté. Il a disparu et je  ne l’ai plus revu depuis. Il est parti, il est déménagé et adieu mon argent.

Cet ‘’ enfant de chienne ‘’ ne m’a pas remboursé un sous  de ses dettes qu’il avait envers moi. Mais ce que je ne peux admettre, comme je le mentionnais, c’est de m’avoir fait avoir de la sorte je ne l’ai pas vu venir du tout.

Madeleine, c’est son nom, garde un silence gêné. Elle me fixe comme si   elle attendait une réplique de sermon  de ma part. Je n’en fis rien. À la place je lui demande :

-Qu’avez-vous appris de cette mésaventure Madeleine ? Quelle leçon tirez-vous de ces mauvais pas ?

Réfléchissant  elle me lance :

-De me méfier des gens  car depuis ce temps  je vis toutes sortes de peurs  et je sens que je suis très vulnérable. Il y en a encore des ‘’ enfants de chienne’’ partout.

Je lui dis :

-Votre  ‘’ enfant  de …….’’  A  un nom ?

-Tony.

Me dit-elle avec empressement.

-Votre Tony est un homme et ou il y a de l’homme,  il y a de l’hommerie vous  savez. Les comportements humains, depuis des siècles et des siècles sont sensiblement les mêmes. Mais vous dans toute cette  histoire pourquoi avez-vous eu une relation avec cet homme ? Était-ce pour combler votre solitude ? Pourquoi avez-vous consenti de lui  prêter de l’argent, probablement en sachant bien, qu’il ne vous la remettrait jamais ? Et cette situation faisait elle votre affaire ?

Vous savez c’est comme le mariage; les époux  sont  deux pour construire leur union et s’il y a défaillance  bien, les responsabilités reviennent aux deux époux. Dans des situations comme vous avez vécues c’est un peu le même scénario  mais différent.

Je pense, ce qui est important, c’est de dire que nous  sommes des hommes et des femmes et non des Dieux qui peuvent deviner toutes les intentions de tous et chacun. Chaque homme ou chaque femme  a une propension  a faire le bien ou le mal et  il nous reste toujours le choix de faire l’un ou l’autre. Nous ne sommes pas parfaits, loin de là et nous ne pouvons pas prétendre  que nous connaissons tout.

Que votre  Tony vous ait volé et que ne l’ayez pas vu   venir démontre que vous n’êtes pas parfaite et  qu’il serait bon d’avoir  de la vigilance  ou lieu de la méfiance  envers les autres.

La méfiance  ouvre la porte  à d’autres déviations. Tous les humains ne sont pas tous semblables. Mais  ce qui devient primordial  dans ces situations c’est de se pardonner nos faiblesse et nos erreurs et, aussi, pardonner aux autres leurs écarts de conduite  malgré nos pertes,  nos humiliations et ce qu’ils nous ont fait subir.

Le pardon est  une arme formidable de libération. Le pardon profond produit un désengorgement des émotions et notre esprit peut, enfin, respirer.  Madeleine enleva ses grosses lunettes de soleil et me regarda  en me disant :

-Déjà en vous en parlant je me sens mieux  et oui vous avez raison je vais lui pardonner.

Elle remit ses lunettes et me dit :

-Avez –vous vu de l’autre côté de la rivière il y a encore un érable rougeaud  qui a  toute ses feuilles ?

Je ne l’avais pas remarqué ; tout ce que je voyais était gris et terne. Quelle belle journée  n’est –ce -pas.

Elle se leva et me souhaita un beau bonjour, ce fut réciproque de ma part. Je retourne dans mes  pensées méditatives. Je me dis :

-Dieu nous envoie ses Anges pour nous faire voir.

 

Pierre D. ©

Laval

 



 

 

 

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