Le pardon.

 

Pardon

 

 

Pardonnez, madame, pardonnez !

 

Malgré  le vide des arbres dénudés de leurs feuilles  et du ton  presque neutre des couleurs de la fin de  l’automne  un cachet spécial ressort du paysage. Encore, ici et là, des arbres conservent jalousement leurs habits. Tout au fond de ce panorama  l’église fait miroiter ses deux clochers  défiant les cieux. Le soleil, pâlot, s’agrippe  aux  pans  de ces tours pour ne pas débouler sur le sol.

L’air, vivifiant  et un peu mordant, limite nos gestes. L’astre du jour  vient nous réconforter comme il peut. Savoir profiter jusqu’aux derniers instants  des petits moments de tranquillités ; satisfait. Je me perds dans mes pensées des belles journées d’été avec des regrets que l’ automne , à son tour tire à sa fin,  et qu’avec le temps qui presse l’hiver sera à nos portes; le froid, le gel  et la glace .  Chassant cette pensée et m’introduisant à nouveau dans l’instant présent  je savoure ce bouquet de la nature en décrépitude  mais oh ! Combien beau. Je garde silence  et laisse mon âme me dicter sa voix. Je cherche, sur les rives de l’autre côté de la rivière un arbre qui a toute ses feuilles et le découvre dans un sous-bois. Il se cache, gêné et timide, parmi ses congénères presque nus. Il brille d’une belle teinte rouge. J’examine  les détails  de son environnement mais tout est gris  et sombre.

Dans ma concentration, ma méditation, je n’entends pas les pas de quelqu’un   près du banc  où je suis assis. Mon regard fixe inlassablement le petit érable rougeâtre et j’ai de la compassion pour lui. Une voix me parvient aux oreilles.

-Vous n’avez plus beaucoup de choses a regarder avec ce paysage ? Tout est gris et triste.

Cette  voix vient me tirer de mes pensées profondes  et je reviens les deux pieds sur terre. Je  regarde vers ma gauche  , une vielle dame  se tient debout  à quelques mètres de moi.  Surpris  je l’examine. Elle porte une casquette d’homme et de grosses lunettes noires de soleil. Je lui réponds :

- Je pense  que, même  malgré son apparence, le paysage est d’une extrême richesse  et nous rends bien  sa beauté. Évidemment  ce n’est pas les autres saisons  mais, il y a dans ce panorama un cachet   spécial qui représente bien le commencement et la fin des choses. Les arbres se tiennent là comme des sentinelles protégeant le spectacle. Ne trouvez-vous pas ?

La vieille madame  s’assied  sur le bout du banc et me  déclare :

-Je n’avais jamais vu  cela sous cet aspect. J’espère que je ne vous dérange pas, au moins ? Je ne voudrais pas perturber  votre intimité.

Je  lui réponds qu’elle ne me dérange nullement  et lui demande si elle fait sa promenade matinale. Elle engage vite la conversation  pour ne pas perdre le fil. Je sens que c’est une personne âgée qui doit vivre beaucoup de solitude et lorsqu’elles peuvent engager une conversation avec  un autre humain  elles s’y adonnent  à cœur joie.

Elle  me parle de tout et de rien, quelques fois j’ai de la difficulté a suivre car ses propos sont un peu incohérents ; mais je l’écoute patiemment. Elle semble avoir l’envie de parler et d’extérioriser  son isolement. Elle me parle qu’elle est veuve depuis  quelques années et qu’elle voit une de ses sœurs à l’occasion mais pas souvent .Elle enchaîne  en me disant :

-Mais le pire qui m’est arrivé  , il y a quelques années , c’est que je me suis fait arnaqué par un homme que je vais appelé : ‘’ mon enfant de chienne ‘’ . Il m’a volé  beaucoup d’argent  et m’a laissé des dettes. Pourtant je lui trouvais un certain charme mais je me suis fait possédée par lui et c’est cette situation que j’ai beaucoup de difficultés a admettre. Il  avait de belles paroles toutes mielleuses pour me soutirer  ce qu’il voulait .Il me racontait des choses , toujours pour se faire plaindre  pour que je le prenne en pitié , et moi je l’écoutais et j’embarquais dans son jeu . Jusqu’au jour, j’en ai parlé avec ma sœur, où je lui ai dit de ne plus  m’importuner et de remettre l’argent que je lui avais prêté. Il a disparu et je  ne l’ai plus revu depuis. Il est parti, il est déménagé et adieu mon argent.

Cet ‘’ enfant de chienne ‘’ ne m’a pas remboursé un sous  de ses dettes qu’il avait envers moi. Mais ce que je ne peux admettre, comme je le mentionnais, c’est de m’avoir fait avoir de la sorte je ne l’ai pas vu venir du tout.

Madeleine, c’est son nom, garde un silence gêné. Elle me fixe comme si   elle attendait une réplique de sermon  de ma part. Je n’en fis rien. À la place je lui demande :

-Qu’avez-vous appris de cette mésaventure Madeleine ? Quelle leçon tirez-vous de ces mauvais pas ?

Réfléchissant  elle me lance :

-De me méfier des gens  car depuis ce temps  je vis toutes sortes de peurs  et je sens que je suis très vulnérable. Il y en a encore des ‘’ enfants de chienne’’ partout.

Je lui dis :

-Votre  ‘’ enfant  de …….’’  A  un nom ?

-Tony.

Me dit-elle avec empressement.

-Votre Tony est un homme et ou il y a de l’homme,  il y a de l’hommerie vous  savez. Les comportements humains, depuis des siècles et des siècles sont sensiblement les mêmes. Mais vous dans toute cette  histoire pourquoi avez-vous eu une relation avec cet homme ? Était-ce pour combler votre solitude ? Pourquoi avez-vous consenti de lui  prêter de l’argent, probablement en sachant bien, qu’il ne vous la remettrait jamais ? Et cette situation faisait elle votre affaire ?

Vous savez c’est comme le mariage; les époux  sont  deux pour construire leur union et s’il y a défaillance  bien, les responsabilités reviennent aux deux époux. Dans des situations comme vous avez vécues c’est un peu le même scénario  mais différent.

Je pense, ce qui est important, c’est de dire que nous  sommes des hommes et des femmes et non des Dieux qui peuvent deviner toutes les intentions de tous et chacun. Chaque homme ou chaque femme  a une propension  a faire le bien ou le mal et  il nous reste toujours le choix de faire l’un ou l’autre. Nous ne sommes pas parfaits, loin de là et nous ne pouvons pas prétendre  que nous connaissons tout.

Que votre  Tony vous ait volé et que ne l’ayez pas vu   venir démontre que vous n’êtes pas parfaite et  qu’il serait bon d’avoir  de la vigilance  ou lieu de la méfiance  envers les autres.

La méfiance  ouvre la porte  à d’autres déviations. Tous les humains ne sont pas tous semblables. Mais  ce qui devient primordial  dans ces situations c’est de se pardonner nos faiblesse et nos erreurs et, aussi, pardonner aux autres leurs écarts de conduite  malgré nos pertes,  nos humiliations et ce qu’ils nous ont fait subir.

Le pardon est  une arme formidable de libération. Le pardon profond produit un désengorgement des émotions et notre esprit peut, enfin, respirer.  Madeleine enleva ses grosses lunettes de soleil et me regarda  en me disant :

-Déjà en vous en parlant je me sens mieux  et oui vous avez raison je vais lui pardonner.

Elle remit ses lunettes et me dit :

-Avez –vous vu de l’autre côté de la rivière il y a encore un érable rougeaud  qui a  toute ses feuilles ?

Je ne l’avais pas remarqué ; tout ce que je voyais était gris et terne. Quelle belle journée  n’est –ce -pas.

Elle se leva et me souhaita un beau bonjour, ce fut réciproque de ma part. Je retourne dans mes  pensées méditatives. Je me dis :

-Dieu nous envoie ses Anges pour nous faire voir.

 

Pierre D. ©

Laval

 



 

 

 


Archive pour 10 novembre, 2008

Le pardon.

 

Pardon

 

 

Pardonnez, madame, pardonnez !

 

Malgré  le vide des arbres dénudés de leurs feuilles  et du ton  presque neutre des couleurs de la fin de  l’automne  un cachet spécial ressort du paysage. Encore, ici et là, des arbres conservent jalousement leurs habits. Tout au fond de ce panorama  l’église fait miroiter ses deux clochers  défiant les cieux. Le soleil, pâlot, s’agrippe  aux  pans  de ces tours pour ne pas débouler sur le sol.

L’air, vivifiant  et un peu mordant, limite nos gestes. L’astre du jour  vient nous réconforter comme il peut. Savoir profiter jusqu’aux derniers instants  des petits moments de tranquillités ; satisfait. Je me perds dans mes pensées des belles journées d’été avec des regrets que l’ automne , à son tour tire à sa fin,  et qu’avec le temps qui presse l’hiver sera à nos portes; le froid, le gel  et la glace .  Chassant cette pensée et m’introduisant à nouveau dans l’instant présent  je savoure ce bouquet de la nature en décrépitude  mais oh ! Combien beau. Je garde silence  et laisse mon âme me dicter sa voix. Je cherche, sur les rives de l’autre côté de la rivière un arbre qui a toute ses feuilles et le découvre dans un sous-bois. Il se cache, gêné et timide, parmi ses congénères presque nus. Il brille d’une belle teinte rouge. J’examine  les détails  de son environnement mais tout est gris  et sombre.

Dans ma concentration, ma méditation, je n’entends pas les pas de quelqu’un   près du banc  où je suis assis. Mon regard fixe inlassablement le petit érable rougeâtre et j’ai de la compassion pour lui. Une voix me parvient aux oreilles.

-Vous n’avez plus beaucoup de choses a regarder avec ce paysage ? Tout est gris et triste.

Cette  voix vient me tirer de mes pensées profondes  et je reviens les deux pieds sur terre. Je  regarde vers ma gauche  , une vielle dame  se tient debout  à quelques mètres de moi.  Surpris  je l’examine. Elle porte une casquette d’homme et de grosses lunettes noires de soleil. Je lui réponds :

- Je pense  que, même  malgré son apparence, le paysage est d’une extrême richesse  et nous rends bien  sa beauté. Évidemment  ce n’est pas les autres saisons  mais, il y a dans ce panorama un cachet   spécial qui représente bien le commencement et la fin des choses. Les arbres se tiennent là comme des sentinelles protégeant le spectacle. Ne trouvez-vous pas ?

La vieille madame  s’assied  sur le bout du banc et me  déclare :

-Je n’avais jamais vu  cela sous cet aspect. J’espère que je ne vous dérange pas, au moins ? Je ne voudrais pas perturber  votre intimité.

Je  lui réponds qu’elle ne me dérange nullement  et lui demande si elle fait sa promenade matinale. Elle engage vite la conversation  pour ne pas perdre le fil. Je sens que c’est une personne âgée qui doit vivre beaucoup de solitude et lorsqu’elles peuvent engager une conversation avec  un autre humain  elles s’y adonnent  à cœur joie.

Elle  me parle de tout et de rien, quelques fois j’ai de la difficulté a suivre car ses propos sont un peu incohérents ; mais je l’écoute patiemment. Elle semble avoir l’envie de parler et d’extérioriser  son isolement. Elle me parle qu’elle est veuve depuis  quelques années et qu’elle voit une de ses sœurs à l’occasion mais pas souvent .Elle enchaîne  en me disant :

-Mais le pire qui m’est arrivé  , il y a quelques années , c’est que je me suis fait arnaqué par un homme que je vais appelé : ‘’ mon enfant de chienne ‘’ . Il m’a volé  beaucoup d’argent  et m’a laissé des dettes. Pourtant je lui trouvais un certain charme mais je me suis fait possédée par lui et c’est cette situation que j’ai beaucoup de difficultés a admettre. Il  avait de belles paroles toutes mielleuses pour me soutirer  ce qu’il voulait .Il me racontait des choses , toujours pour se faire plaindre  pour que je le prenne en pitié , et moi je l’écoutais et j’embarquais dans son jeu . Jusqu’au jour, j’en ai parlé avec ma sœur, où je lui ai dit de ne plus  m’importuner et de remettre l’argent que je lui avais prêté. Il a disparu et je  ne l’ai plus revu depuis. Il est parti, il est déménagé et adieu mon argent.

Cet ‘’ enfant de chienne ‘’ ne m’a pas remboursé un sous  de ses dettes qu’il avait envers moi. Mais ce que je ne peux admettre, comme je le mentionnais, c’est de m’avoir fait avoir de la sorte je ne l’ai pas vu venir du tout.

Madeleine, c’est son nom, garde un silence gêné. Elle me fixe comme si   elle attendait une réplique de sermon  de ma part. Je n’en fis rien. À la place je lui demande :

-Qu’avez-vous appris de cette mésaventure Madeleine ? Quelle leçon tirez-vous de ces mauvais pas ?

Réfléchissant  elle me lance :

-De me méfier des gens  car depuis ce temps  je vis toutes sortes de peurs  et je sens que je suis très vulnérable. Il y en a encore des ‘’ enfants de chienne’’ partout.

Je lui dis :

-Votre  ‘’ enfant  de …….’’  A  un nom ?

-Tony.

Me dit-elle avec empressement.

-Votre Tony est un homme et ou il y a de l’homme,  il y a de l’hommerie vous  savez. Les comportements humains, depuis des siècles et des siècles sont sensiblement les mêmes. Mais vous dans toute cette  histoire pourquoi avez-vous eu une relation avec cet homme ? Était-ce pour combler votre solitude ? Pourquoi avez-vous consenti de lui  prêter de l’argent, probablement en sachant bien, qu’il ne vous la remettrait jamais ? Et cette situation faisait elle votre affaire ?

Vous savez c’est comme le mariage; les époux  sont  deux pour construire leur union et s’il y a défaillance  bien, les responsabilités reviennent aux deux époux. Dans des situations comme vous avez vécues c’est un peu le même scénario  mais différent.

Je pense, ce qui est important, c’est de dire que nous  sommes des hommes et des femmes et non des Dieux qui peuvent deviner toutes les intentions de tous et chacun. Chaque homme ou chaque femme  a une propension  a faire le bien ou le mal et  il nous reste toujours le choix de faire l’un ou l’autre. Nous ne sommes pas parfaits, loin de là et nous ne pouvons pas prétendre  que nous connaissons tout.

Que votre  Tony vous ait volé et que ne l’ayez pas vu   venir démontre que vous n’êtes pas parfaite et  qu’il serait bon d’avoir  de la vigilance  ou lieu de la méfiance  envers les autres.

La méfiance  ouvre la porte  à d’autres déviations. Tous les humains ne sont pas tous semblables. Mais  ce qui devient primordial  dans ces situations c’est de se pardonner nos faiblesse et nos erreurs et, aussi, pardonner aux autres leurs écarts de conduite  malgré nos pertes,  nos humiliations et ce qu’ils nous ont fait subir.

Le pardon est  une arme formidable de libération. Le pardon profond produit un désengorgement des émotions et notre esprit peut, enfin, respirer.  Madeleine enleva ses grosses lunettes de soleil et me regarda  en me disant :

-Déjà en vous en parlant je me sens mieux  et oui vous avez raison je vais lui pardonner.

Elle remit ses lunettes et me dit :

-Avez –vous vu de l’autre côté de la rivière il y a encore un érable rougeaud  qui a  toute ses feuilles ?

Je ne l’avais pas remarqué ; tout ce que je voyais était gris et terne. Quelle belle journée  n’est –ce -pas.

Elle se leva et me souhaita un beau bonjour, ce fut réciproque de ma part. Je retourne dans mes  pensées méditatives. Je me dis :

-Dieu nous envoie ses Anges pour nous faire voir.

 

Pierre D. ©

Laval

 



 

 

 

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose