Un conte de Noel !

Village de Noel

Conte de Noël


Les flocons à l’extérieur  n’en finissent plus de virevolter dans tous les sens  et de tourbillonner  dans leur démence infinie. Les éclats des petites lumières des sapins extérieurs, aidant, ajoutent  beauté et charme à leur danses et pirouettes. La neige tombe depuis quelques heures maintenant et, comme à chaque année, à la veille de Noël, elle  est la bienvenue. Tout est recouvert, les objets  paraissent  difformes sous cet amas de ouate blanche. Les gens se préparent pour la fête, les tables sont mises et les sapins brillent de leurs petits faisceaux lumineux. Les crèches sont campées sous les conifères habillés pour l’occasion. Les reflets des grosses boules multicolores rendent bien les images qui s’y projettent. 

Dehors un silence  respectueux et lourd  rend l’air joyeux.

Dans son  logis,  Francine  s’affaire  à son trésor du temps des fêtes. Méticuleusement  et avec doigté elle dirige les travaux en main de maître. Pour elle,  Noël  signifie de remonter son petit village miniature ; sa fierté. Tout au long  de l’année elle achète, emmagasine, thésaurise et  cache ses petites trouvailles. Une petite maison ici, un petit lampadaire là et une série de figurines autant disparates les unes que les autres mais toujours  dans le ton  de son œuvre d’art; comme elle l’appelle. Cette année elle s’est gâtée  et s’est offert une jolie petite patinoire musicale avec quelques patineurs tous emmitouflés avec tuques et foulards. Elle examine, admire et cajole son village en cette veille de Noël  qu’elle passera probablement seule, comme depuis plusieurs années. Ses enfants sont éloignés dans différents pays  et ne seront pas  là, encore  cette année, pour réveillonner. Le cœur serré et la gorge nouée  elle  s’installe devant  sa petite merveille de ville miniature.

Elle a casé sa patinoire bien au devant  à la vue de tous. Elle observe  de près les petites figurines  et cherche le petit bouton  qui les fera démarrer. Elle  tâtonne à l’arrière de la petite monture en métal et le découvre enfin. Elle le pousse et, à sa grande surprise, c’est la valse du Danube Bleu  qui se fait entendre. Elle bat  la musique en fredonnant l’air connu. Soudain un souvenir âcre de son lointain passé revient à la surface.

Elle  se souvient  lorsqu’elle était à l’école, au primaire, dans le mois de février il y avait toujours un redoux mais le chauffage de l’école  fonctionnait  à plein ; elle se souvient bien.  On ouvrait les fenêtres même ne plein hiver  pour pouvoir respirer  un peu d’air frais. Son pupitre  se situait près des fenêtres. Elle  adorait  s’évader par  la petite ouverture de la fenêtre entrouverte  et aller rejoindre les oiseaux s’ébattent dans la neige. Elle trouvait le temps immensément long. Elle contemplait  les dunes  de belle neige blanche et se voyait s’élancer au bas de celles-ci. Elle  déboulait les petites côtes et rendue dans le creux elle s’esclaffait de plaisir. À  certaines occasions, durant février, on entendait des hauts parleurs  qui semblaient loin,  mais très loin,  émettent cette valse du Danube  Bleu.

Francine écoutait avec amour cette belle musique qui la faisait rêvasser. Elle s’imaginait une grande patineuse de fantaisie exécuter ses prouesses devant des milliers de spectateurs qui applaudissent à toutes ses  enjambées qu’elle engageait. L’air frais de l’hiver lui parvenait aux narines  et la musique l’enivrait. Le soleil doux de  ce mois  le plus court de l’année lui réchauffait le cœur. Francine partie dans ses rêveries  fredonnait  la valse de Strauss tout en l’écoutant de l’extérieur. Elle s’est toujours demandé  d’où pouvait bien venir cette douce musique. Intriguée elle se disait qu’un jour il irait voir.

La réalité allait la rattraper. Pendant qu’elle battait  la mesure  avec son crayon, sa copine de classe, Ginette, lui lança  une gomme a effacer qui l’atteint  sur le dessus de la main. Ce qui a eu pour effet de  faire sursauter Francine  et elle  lança  un petit  cri de douleur. Les autres élèves,  concentrés dans leurs travaux, ont levé les yeux pour voir le petit dérangement et rire un peu et se distraire de l’ennui.

 

Francine  regarda Ginette  avec irritation car elle venait de l’extirper  d’un beau monde imaginatif. Elle ne lui pardonnera pas de sitôt cet affront et pendant des années, même si Ginette restait son amie, elle en garda de l’animosité envers elle mais sans plus. Se sentant gênée et  humiliée elle se remit  a lire dans son  livre  d’histoire tout en cachant sa peine.

 

Francine,  toujours accroupie  devant la petite patinoire, secoua la tête pour chasser ces pensées et a  un geste d’éteindre la musique comme pour annihiler un mauvais souvenir mais se ravise et la laisse continuer tout en battant la mesure.Elle fredonne, comme au temps des ses classes, cette magnifique valse. Le souvenir de Ginette lui revient  à l’esprit  et elle se sent triste et un peu honteuse de son attitude. Cette soirée  de veille de Noël, elle a  le vague à l’âme. Elle ne veut pas déborder dans la grande monotonie  qui peut s’emparer d’elle comme ce fût le cas il y a quelques années suite aux départs de ses enfants.


Elle se lève et  ouvre  la télévision pour se changer les idées. Elle ne reste pas  trop longtemps devant son téléviseur et va  droit vers la fenêtre. Elle observe  la danse des flocons.

Comme elle se sent seule et  solitaire en cette belle nuit  de veille de Noël.  Elle se rappelle les beaux Noël qu’elle  a vécus dans sa famille et  aussi avec ses enfants. Le son, en sourdine, du téléviseur  joue  Sainte Nuit. Francine se perd dans ses pensées tout en  épiant les tornades de petits flocons  venir se fracasser dans sa fenêtre.  Elle reste là un bon moment, elle prie  et vient se  rasseoir  devant son petit  village tout illuminé. Il semble vivant et animé ce soir. Elle  contemple le petit chemin de fer qui  se fraye une voie entre les minuscules  maisons et finir sa route  à la gare pour retourner refaire un tour .Francine regagne  la fenêtre comme si elle attendait quelqu’un mais elle sait bien que personne ne viendra. Elle  s’assoit  à nouveau dans sa chaise et  décide qu’elle ira se coucher  tôt. Fixant son petit village pour la  centième fois  elle a un élan pour se lever  et   tout éteindre pour aller au lit. C’est juste à ce moment là  que le téléphone sonne.

Francine se demande  qui peut bien appeler  a cette heure si tardive  car elle a pris entente avec ses enfants qui sont  éparpillés dans le monde  qu’ils communiqueraient ensembles seulement  la journée de Noël.

Elle se dirige vers la cuisine  et décroche le combiné :

-Bonsoir.

- Bonsoir, suis-je bien chez Madame Francine  St-Clair ?-  demanda la voix au loin.

 

Francine surprise  pense  reconnaître cette  voix :

-Oui, en effet  je suis Francine St-Clair,  qui parle ?

-Francine, tu ne me reconnais pas ? C’est Ginette, ton amie Ginette  Lemay.

Francine, comme si la foudre l’avait frappée, se tire une chaise  car elle sent  ses jambes se ramollir.

-Ginette, Ginette….mais, mais  comment  se fait-il  que tu as  mon numéro ça fait des années que  nous  ne nous sommes pas revues ? Essuyant une larme Francine attend la réponse.

-Francine, Francine  je suis si contente de te parler. J’ai beaucoup de choses a te dire  et je n’ai pas beaucoup de temps  mais avant tout comment  vas-tu ? Je te souhaite un Joyeux Noël.

-Ça va bien Ginette, ça  va bien. Je me sens un peu seule,  les enfants sont tous partis et je demeure seule maintenant. Mais toi comment  vas-tu ? C’est extraordinaire  que nous nous parlions ; il n’y a pas  cinq minutes  je pensais   à toi,  justement. Mais dis moi comment  vas-tu ? Ta voix semble  triste  est- ce que je me trompe ?

-Francine , un sanglot étouffé  retient la voix de Ginette,  j’ai  le virus du Sida  depuis quelques années  et il ne me reste qu’un peu  temps  a vivre . Je voulais  avant de partir  régler quelques petits détails avec les gens que j’ai blessés  dans ma vie et toi tu en fais partie.

Francine, abasourdie d’entendre cette nouvelle ahurissante, ne peut retenir ses larmes :

-Ginette, ah ! Ma Ginette  qu’est ce qui…….

Elle retient sa respiration que les larmes bloquent.

-Ginette je suis désolée d’entendre  ça, très désolée.

-Tu sais Francine, cet après-midi du mois  de février, lorsque nous étions au primaire et que tu étais dans tes rêveries, je t’avais lancé une gomme a effacer. Te souviens –tu ?

-Oui Ginette je m’en souviens et je t’en ai voulu  pendant des années de m’avoir humiliée de la sorte devant toute la classe  mais  je t’avais pardonné et encore , aujourd’hui , je te pardonne  ; tu sais.

Ginette repris le fil  tout en douceur :

-Merci Francine de me pardonner  je ne voulais  pas quitter ce monde avec ce bagage bien inutile de l’envie ; car, oui, je t’enviais. J’étais envieuse de toi, et en plus tu patinais bien mieux que moi  et pourtant  tu as toujours été ma meilleure amie. Mais  ce soir c’est le plus beau cadeau de Noël de tous les Noël que tu me fais.

Francine pleurait maintenant à chaudes larmes. Comme elle aurait voulu  être aux côtés de son amie pour la serrer dans ses bras et l’entourer de toute l’affection qu’elle avait. Elle demanda à Ginette :

-Mais ou es-tu Ginette en ce moment ? J’entends du bruit.

Ginette, parlant très bas,  lui avoue  qu’elle est à l’autre bout du pays  à l’hôpital, aux soins intensifs. Elle lui  admet qu’elle est sur ses dernières heures. Les médecins venaient de lui administrer une dose de morphine pour contrer la douleur. Elle est bien heureuse, dans ce moment de lucidité,  de parler avec  son amie de toujours.

-Francine ne pleure pas  je m’en vais dans un monde meilleur et lumineux et je vais  penser beaucoup à toi. Je te salue  et prends bien soin de toi, je t’aime.

-Je t’aime, moi aussi Ginette, je vais prier pour toi. Adieux.

-Non Francine pas d’adieux entre nous ; au revoir.

Ginette raccrocha le combiné car une toux écrasante s’empara d’elle.

Francine, sous le choc raccroche et  reprend  lentement ses esprits, se lève  et se redirige vers la fenêtre du salon. Le téléviseur  joue  des chansons avec des carillons de Noël. Elle regarde  à  l’extérieur, la neige tombe maintenant en d’énormes flocons  et une paix intérieure s’installe en elle. Elle chemine  vers son petit village et amorce la musique de la petite patinoire ; la Valse  de Strauss et  dit :

- Viens Ginette, viens,  on va patiner  comme lorsque nous étions enfants.

Paix et Lumière.

 

 

Pierre D. ( C )

Laval, Québec

 

 

 

 


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