Concorde.

Concorde

 

Concorde

 

Chloé arpente son petit logis  depuis plusieurs minutes, réfléchissant  et hésitante. Il lui semble que les murs lui murmurent  toujours les mêmes bouts de phrases  en répétions,  en rafales. Lorsqu’elle passe devant la photo accrochée au mur, cette fameuse photo de toute sa famille  réunie  cette fois –là, elle   s’arrête  instinctivement  et machinalement sur la figure de sa sœur  aînée  Rachel. Elle fixe son regard dans les yeux pétillants de  sa sœur et, en pensée, lui demande ce qu’elle  a bien pu lui faire pour que cette dernière ne lui donne aucune nouvelle depuis plus  de dix ans. Un pincement au coeur   vient lui extirper une larme qui dégouline sur sa joue. Elle détourne alors les yeux pour aller vagabonder plus loin dans son minuscule logement. Elle refoule  ce rejet tant détesté.  Elle s’immobilise à la fenêtre de sa petite cuisinette et  jette un  regard furtif à l’extérieur. La neige a cessé  et tout semble immaculé  sous les rayons ardents du soleil. Un  éclair  de réflexion vient lui traverser le cerveau :

 

-Et si elle était là ce soir, qu’est ce que je vais faire ? Qu’est ce que je vais lui dire ?

 

La panique s’empare d’elle , des serrements dans l’estomac lui noue  la voix.  Ses yeux cherchent une sécurité quelconque. Elle ne semble pas trouver   et  retourne  vitement vers  son  livre laissé  à l’abandon sur sa table de cuisine. Elle feuillette les pages pour y trouver une énergie, une force, une phrase  et une motivation  pour ne pas se convaincre de se dérober à l’invitation de son frère, le plus jeune, à cette rencontre  rare, encore une fois du reste des membres de la famille. Un combat intérieur  déchirant  se déroule  sous les yeux de son âme, Chloé le ressent  et   le subit. Elle ferme les yeux et inspire profondément pour se calmer. Elle expire  doucement l’air de ses poumons et sens  une paix qui  vient l’habiter.

 

Chloé, pensive, revoit les grandes étapes depuis les dix dernières années de sa vie. Mais la seule pensée de sa sœur lui remonte toujours dans la tête. Elle se remémore les très bons moments qu’elle a  vécu avec son aînée  et, dans les  instants difficiles, le soutien de cette dernière. Mais elle se questionne, encore, sur ce qui a bien pu se produire pour  en  arriver là ou les deux en sont présentement. Aucun appel, aucun message pas le moindre  signe de part et d’autre. Rien. Chloé  sent un vide incommensurable la saisir. Elle entrouvre  ses paupières  et  surprend un  minuscule rayon de soleil qui s’infiltre  au  travers de ses  rideaux de cuisinette. Ce petit rayon de lumière l’encense  et lui  prodigue  bien-être et confort. Malgré le souci  et le poids de l’émotion, Chloé garde sa quiétude. Elle ressasse, encore et encore, les mille et une raisons de ne pas se présenter à cette fête. Le ‘’ j’y vais, je n’y vais pas ‘’  se bousculent dans ses idées. Elle sait impertinemment qu’elle pourrait donner facilement  raison à la lourdeur de sa solitude et de demeurer à la maison. Elle repousse délicatement ce sentiment de crainte et cet effluve  mensonger  pour entrevoir une belle rencontre,  quand même,  avec ses frères et ses  sœurs.

 

Elle reprend sa  marche  de long en large, d’une fenêtre à l’autre. Le temps avance et l’heure du départ  va bientôt  sonner. Elle se prépare,  même  si elle est beaucoup en avance, pour tuer le temps. Dans sa glace, sur le mur tapissé de sa chambre, elle aperçoit ses yeux  qui la fixent. Une bride de séries d’images  coule  du miroir à  son cerveau. Elle sourit. Des papillons lui cajolent  doucement  l’estomac. Elle se sent bien. Elle jette un dernier  regard  à ses cheveux et son maquillage. Elle vient se poster, encore une fois  comme une sentinelle, devant la  fenêtre  de son salon. Des enfants ont envahi la rue et se gavent de toute cette belle neige. Le soleil est haut mais l’air semble froid. Chloé, prudente, prépare ses  vêtements pour affronter  le climat frisquet. Elle  reluque l’horloge accrochée  à  son mur au dessus de la photo familiale  qui la ramène, encore une fois, vers le visage de sa sœur. Un tourment  d’émotions s’empare encore d’elle  mais ne se laisse pas persuadée  de s’y arrêter.

 

-Le vin est tiré, il faut l’avaler.

 

Se dit-elle machinalement. Elle fait et refait ses gestes  sans se soucier moindrement  du conflit intérieur qui l’habite. Elle passe outre les considérations du pour ou du contre et maintiens sa décision :

 

-J’y vais, un point c’est tout !

 

Le  carillon  de la vieille horloge grand-père,  campée dans un coin du salon, fredonne  l’heure du départ. Chloé appelle un taxi et commence  a  s’habiller. Elle fait les dernières vérifications  d’usage de sécurité  et  surveille à la fenêtre l’arrivée  de son chauffeur. Elle tient dans ses mains  son trousseau de clefs et jette un dernier coup d’œil  autours d’elle dans son logement .Son taxi  klaxonne,   elle  sort s’y engouffrer.

 

 

Dans le grand sous-sol de la maison  de Gilbert, le frère de Chloé, les décorations  scintillent et la musique  embaume  la pièce. Un peu partout  les enfants  sont  occupés a s’inventer des jeux  avec les  présents reçus à Noël. L’air est à la fête. La nouvelle année  s’annonce sur l’étiolement des quelques heures qui reste de sa vielle consœur. Les  convives, assis  éparses, par petits groupes  discutent ferme. Les effusions de rire et de voix, emmitouflées sous les douces mélodies du temps des fêtes, bourdonnent  gaiement. Chloé, tant qu’à elle, dialogue avec sa sœur Marie, sa  cadette. Son cœur bat la chamade et elle  le sait très bien pourquoi. Elle risque une question gênante :

 

-Crois-tu que Rachel va venir ? Demande-t-elle prudemment  à sa petite sœur.

 

Marie n’ose se prononcer car elle  aussi n’a pas de nouvelles de leur aînée depuis un certain laps de temps. Un silence embarrassé s’installe entre les deux  sœurs. La musique comble  cette petite crevasse désagréable. Chloé   risque un petit sourire en coin. Elle croise le regard  de son frère souriant à belles dents. Les enfants  s’épivardent  joyeusement autours de l’arbre de Noël et admirent la petite crèche  toute en lumière.

 

Dans le haut de l’escalier de la maison on entend des éclats de voix en sourdine.   Des gens viennent d’arriver  et Chloé semble deviner qui. Elle se replace sur sa chaise et attends patiemment la descente des nouveaux venus. Elle ferme les yeux  et demande à Dieu  de la guider et de lui donner le courage  de faire face à la situation. Ses papillons à l’estomac,  d’il y a quelques heures,  sont devenus des battements d’ailes  de colombes. Elle se sent toute chamboulée et chavirée. Elle transpire un calme inouï  .Un léger regret  s’empare d’elle  d’être venue à cette fête. Mais chasse  cette idée saugrenue. Les minutes passent lentement  mais elle palpe la quiétude et l’abandon. Elle s’efforce d’entendre  les notes des chansons qui  s’écoulent des haut-parleurs. Enfin,  des pas dans l’escalier se font entendre Rachel et sa famille arrive. Les nouveaux convives rejoignent  la troupe qui se trouve déjà  au sous-sol. Des éclats de voix  se surenchèrent  les unes par-dessus les autres. Des embrassades  et des câlins tourbillonnent de partout.  Chloé  s’est levée de sa chaise pour rejoindre les membres de sa famille pour accueillir  les arrivants.

 

Rachel et Chloé se croisent du regard  le temps de terminer les effusions. Rachel se dirige droit vers sa sœur et les deux se jettent mutuellement  dans les bras de l’une et de l’autre. Elles  se balancent, tout comme un grand mât  sur un voilier, en se serrant dans leurs bras  tendrement. Rachel  recule un tantinet  et  fixe  Chloé dans  ses yeux bleus. Un sourire éclatant  fuse sur les lèvres des deux sœurs complices. Les ponts sont rétablis.

 

J’ai  admiré les lueurs des levers de soleil dans les yeux  de très jolies femmes .J’ai aperçu  le vol  en incartades  des hirondelles au printemps. J’ai admiré toute la beauté de la neige blanche qui s’éclate au soleil. J’ai caressé  du regard  l’horizon de la mer. J’ai  contemplé  l’ingénierie de l’araignée qui tisse sa toile au petit matin. J’ai câliné de mes pieds  la douceur de la rosée. J’ai goûté au souffle duveteux   du vent  qui se balance au faîte des  sapins. J’ai  savouré de longs  et lents  regards traversant un ruisseau  en plein après-midi. J’ai humé à pleines narines  le savoureux parfum des roses sauvages. Mes prunelles n’en finissaient plus de  se coller  aux lignes ascendantes des montagnes. Mes pupilles  ne demandaient pas mieux que de  ramener  inlassablement  l’éclat  bourgogne,  sur fond azuré, des roses dans la pénombre. Mes regards  se sont  souvent fixés  au-delà  des  frasques   des vols de goélands. J’ai croisé le regard inquisiteur du nouveau-né fraîchement   sorti  du sein de sa mère.

 

Mais jamais, oh grand jamais, je n’ai pu surprendre, dans  tous ces gracieux  gestes,  l’âme de ce  sourire  révélateur de ces deux femmes.

 

La nouvelle année s’annonce belle et lumineuse.

 

 

Bonne et Heureuse Année 2009.

 

Pierre D.

Laval, Québec

 

 

 

 

 

 


Archive pour décembre, 2008

Meilleurs Voeux de Noel !

 

Meilleurs  Voeux de Noel !

 

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Je vous souhaite un Noel  spécial.

 

Pierre D.

Laval

Un…deux….trois…petits pas !

Hiver

 

 

Un ….deux…trois petits pas …!

 

La journée  tire à sa fin. Décembre  glisse doucement dans son mois. Le soleil, par tous ses efforts, essaie d’envoyer  sur terre encore de la chaleur mais le froid  y érige une barrière  presque impénétrable. La brunante s’installe et les lumières des sapins extérieurs  percent  pointilleusement les parcelles de nuit qui commencent a s’étioler.

Des pigeons accrochés aux quatre fils électriques superposés  semblent  tracer une portée de chant grégorien  mélodieux et angélique. La scène  devient  cocasse  lors de l’arrivée de  quelques énormes corneilles croassant qui font balancer les fils  de haut en bas et dans tous les sens ; la mélodie se transforme en cacophonie irrévérencieuse. Les notes disparaissent  subito-presto en s’envolant  vers d’autres cieux cléments et plus sûrs. Un écureuil naviguant sur cet autoroute  de fils électriques  stoppe nette lorsqu’il aperçoit ces gentlemen’s  en tuxedo. Il hésite,  et, prend au plus court vers le bas. Ce sont les derniers locataires de l’extérieur qui s’aventurent encore dans ce froid sibérien.

 

Dans la maison,  toute en chaleur,   flotte une odeur  agréable d’excellente nourriture qui mijote. Une musique de circonstance, en sourdine, coule doucement  entre les appartements. Un climat  de fête, de réjouissances   trône,  accompagné du traditionnel sapin de Noël se dresse dans le  salon avec la crèche  protégée par les dernières branche du conifère tout  illuminé de multiples feux multicolores. De longs filets de glaçons argentés cascadent vers le bas. Tout autours de l’arbre, épars, des dizaines de paquets n’attendent que leur propriétaire pour se faire découvrir.

Les enfants  jouent dans leur chambre tout en faisant des plans des plus fantastiques les uns que les autres au sujet des présents qu’ils recevront, du moins pour ce qu’ils ont demandé  à papa  et à maman. Ils ont une bonne idée  de ce qui peut se trouver, en ce moment sous l’arbre de Noël ; mais qui sait ? Quelques fois il peut y avoir des surprises et des déceptions. Mais, et ils le savent  très bien, l’essence même de la fête de Noël  n’est pas  de recevoir des présents ou cadeaux  mais bien la naissance de Jésus ; mais ils sont curieux quand même . Comme à chaque année, temps oblige , ils tiennent leur caucus annuel de souvenirs.

 

Jonathan, le plus âgés des trois,  le plus sérieux, reste quand même calme et posé. Il semble réfléchir  tout bas   assis sur son lit. Il regarde  ses  deux frères se chamailler pour quelques peccadilles de casse-tête  reçu  le  Noël  passé. Il y manque des morceaux  que des amis, dans le courant de l’année écoulée,  ont dû égarer. En  petit commandant de la  troupe, Jonathan, sollicite ses frères au calme ; ce que font  ces derniers. Responsable et toujours  raisonnable il n’élève jamais la voix  et a le don de se faire comprendre. Lui,  il aime entendre son père lui rappeler un souvenir, lorsqu’il était tout jeune,  encore bébé il commençait a marcher.  Papa  lui contait qu’il se tenait debout sur ses petites jambes  et, pour se rassurer, il se tenait au mur de la grande pièce de leur maison. Il faisait le tour de la grande pièce tout en suivant le mur pour revenir à son  point de départ. Quelques fois son petit périple durait  plusieurs minutes. Et, tout fier  d’avoir fait  tout son tour,  il regardait son père et sa mère en souriant et recommençait toujours très prudent. Jusqu’au jour il  a  marché sans  s’appuyer au mur.  Calculateur et  très habile de ses mains, son père l’imaginait en ingénieur ou en menuisier   qui  érige  des maisons ou toutes autres constructions de la sorte. Il aime les outils  et aime s’en servir et se débrouille très bien. Il a demandé, pour Noël, une trousse de construction et espère ardemment  l’obtenir.

 

Ses  frères, accroupis  au plancher, font équipe maintenant  pour compléter le casse-tête infirme de  plusieurs morceaux. Ils s’esclaffent  tout en se roulant par terre. Le deuxième, celui qui vient  après  Jonathan, Philippe,  s’égosille   plus  bruyamment.  Il a une voix de ténor. Son père  lui a souvent  dit  qu’il  ferait un très bon sergent-major dans l’armée car il a une voix qui porte. Et Philippe s’en sert pour se défendre .Débrouillard et curieux, lui aussi, avec une mémoire photographique  se rappelle  un petit fait anodin que son père aime raconter à son sujet. Il avait l’habitude, lorsqu’il a débuté a  faire ses premiers pas, de se  meurtrir  lorsqu’il tombait et  avait les pleurs très stridents et puissants. Ses parents devaient  quasiment s’en boucher les oreilles. Son père le prenait dans ses bras et l’amenait à la cuisine et pour que cessent les cris et les larmes. Il lui ouvrait toutes les portes des armoires. Attisé plus par la curiosité de voir toutes ces nouvelles choses que par la douleur,  les pleurs stoppaient. Son paternel  lui disait qu’il lui achèterait un casque de hockeyeur pour le protéger de ses chutes  tellement il  se  faisait  mal lorsqu’il  se heurtait. Il ne l’a jamais fait en fin de compte.

 

Philippe, d’un geste brusque, redéfait le casse-tête  et dit au petit dernier :

-On recommence ?

Sacha, le petit dernier, avec son  air joyeux et enjoué accepte. Il aide Philippe a mélanger les morceaux effilochés. Ses petits doigts  s’entremêlent aux  éléments de carton. Son sourire candide exprime la joie de vivre. Lui aussi, débrouillard et rapide, se souvient d’un petit fait inusité que son père raconte à qui veut bien l’entendre. Il voulait absolument obtenir une collection de volumes de bandes dessinées. Mais le prix de ces livres était assez dispendieux. Il imagina  alors un subterfuge intelligent  en créant sa propre fondation : ‘’la Fondation des Sacha’’. Il  initiale une  levée de fonds auprès des adultes. Évidemment  c’est  son père qui fut  le  presque seul coopérant  à cette fondation. Il n’avait que huit ou neuf ans  à cette époque. Son père   voyait en lui un administrateur hors pair de grandes compagnies.

 

Les trois enfants comme trois petits oiseaux piaillaient  en s’amusant. Ils deviennent anxieux  et  s’adonnent à la projection  et à la divination de ce que peuvent contenir les boîtes sous le sapin de Noël. Le plus curieux des trois, Philippe, essaie de convaincre les  deux autres d’aller s’approcher  du butin  dans le  salon et d’y faire une  petite enquête approfondie. Sacha  acquiesce  mais Jonathan refuse et  exprime sa désapprobation. Ils restent tous les trois dans la chambre et attendent patiemment l’appel des parents pour  le repas. Leur rire est franc et sincère. Les souvenirs fusent  de leurs petites têtes. Ils se rappèlent encore la fois  ou  leur père personnifiait le Père Noël. Il y avait eu tellement de bruit et de brouhaha cette fois là que Sacha  cherchait son père pour se faire sécurisé mais  ce dernier était absent. On avait dû inventer toute une histoire pour ne pas le faire démasquer. Sacha ne semblait pas y croire du tout.

 

Philippe, coquin lui,  l’avait identifié lorsqu’il s’était assis sur les  genoux du vieux bonhomme habillé en rouge  et lui  avait même  tiré la barbe  au grand dam de toutes et tous.

Les enfants dans ce temps féerique et de joie sont les porteurs du message d’amour et de fraternité de tous les hommes et femmes de bonne volonté. Une voix, de la cuisine,  se fait entendre :

-C’est servi les enfants; Joyeux Noël !

 

Pierre D.

Laval

Échange…!

Échange...! dans Liens t-solidarite1

 

 


Échange !

 

 

Caroline  se lève et entame un étirement. Elle  passe, encore une centième fois, devant le sapin tout  ensoleillé  de milliers de petits feux  électriques. Les grosses boules lui rendent son image toute déformée et elle  grimace pour se rendre  plus grotesque .Elle jette un coup d’œil très furtif aux emballages dissimulés sous  le conifère .Elle  lit et relit son nom sur plusieurs  de ces mystérieux paquets  qu’elle pourra ouvrir que la veille de Noël. Et  il ne reste que deux  jours ; encore  deux  jours. Elle sait qu’à chaque année  elle reçoit beaucoup et  a énormément de gratitude envers son père et sa mère  pour leurs largesses et leur générosité. Elle se dirige vers la cuisine, se fait un chocolat chaud.  Elle remarque, sur le comptoir, un petit dépliant  laissé  par le postier. Elle finit de préparer son déjeuner et s’assoit à la table en  saisissant le petit fascicule pour  le parcourir. 

 

Étonnée  d’y lire  des statistiques de pauvreté, dans sa ville même,  Caroline  réfléchit. Elle  prend conscience qu’elle est privilégiée de vivre dans une  maison  bien  au chaud. Qu’elle puisse avoir de la nourriture à tous les jours sur la table. Elle  parcoure le pamphlet  et  lit que cet organisme sollicite les gens  pour du bénévolat  afin de faire  la distribution de paniers de Noël. On y donne les coordonnées et les dates de distribution. L’idée, qu’elle trouve géniale, fait son chemin dans sa  petite tête d’enfant. Elle termine  sa lecture  et va  à la rencontre de sa mère confortablement installée  dans  son bureau  à l’étage. Elle entre en coup de vent dans la pièce et  se jette dans les bras de sa mère en lui faisant un doux câlin.

 

- Maman j’ai quelque chose a te demander  et c’est très important.

Suzanne  range ses effets  et  tend l’oreille  à Caroline toute excitée.

 

-Qu’est ce que tu as  de si urgent a me dire ce matin  mon petit papillon ?

 

- Maman  j’ai découvert  ce petit pamphlet sur le comptoir de la cuisine, est-ce toi qui l’a placé là ou c’est papa  qui l’a laissé  à cet endroit pour que nous puissions le voir ?

 

Sa mère, surprise, s’aperçoit que Caroline s’intéresse aux démunis  et rajoute :

 

-Nous pensons, ton père et moi, de faire notre part  encore cette année  mais cette fois pour la distribution des paniers de Noël aux  familles pauvres. De là  est la présence  de ce petit fascicule sur le comptoir. Nous voulons les contacter ce soir pour s’inscrire au bénévolat. Est-ce que  ça répond à ta question ma chouette ?

 

Caroline, ravie, sourit à grandes dents  à sa mère. Elle  ose.

 

- Maman est-ce que je peux  y aller avec vous pour faire cette distribution ?  Dis oui maman, dis oui. Moi aussi  j’aimerais faire ma part  tout comme vous  pour ces familles défavorisées.

Suzanne, hésitante et prudente, demeure un peu perplexe. Elle ne peut savoir si les enfants peuvent participer à un tel évènement. Le risque de faire des rencontres  plus ou moins malheureuses  risque  de  laisser des marques. Elle regarde sa fille remplie  de bonne générosité et lui dit :

 

- Écoute  Caro, je vais demander à ton père et nous allons nous renseigner si  les enfants  peuvent accompagner les bénévoles adultes ; nous le saurons  ce soir. Peux-tu attendre  jusque là ? 


Caroline, fébrile et joyeuse, ouvre ses bras  compréhensifs  à Suzanne et l’embrasse  sur les joues. Elle sent son cœur battre au fond de sa poitrine .Elle anticipe l’arrivée de son père et la réponse à sa grande demande. Dans le fond de son être, aussi, elle devinait que la réponse allait être positive. Son intuition  lui dictait sa  conduite .Elle redescendit l’escalier et repassa devant le conifère  paré de ses plus beaux habits. Elle entrevit, près de la crèche, deux petits  cadeaux  bien  enrubannés  qui portaient son nom. Elle remit le petit pamphlet sur le comptoir de la cuisine  bien à la vue de tous. Ses intentions étaient claires. Toute la journée elle ne  réfléchit  qu’à cette journée  des bénévoles du lendemain. Le soir venu son père accepte  sa demande  et s’informe auprès de l’organisme si les enfants peuvent accompagner les parents et la réponse fut positive. Caroline est heureuse de pouvoir rendre service de cette façon.

 

Le lendemain, vingt-quatre décembre, Caroline, sa mère et son père se rendent au centre de distribution de vivres pour les personnes et familles démunies. Il y a foule  et une cacophonie  règne dans l’enceinte. Une musique  appropriée du  temps des fêtes  résonne au travers des hauts parleurs placés  au plafond. Des dizaines et des dizaines  de cartons, de sacs et de contenants  sont enlignés  sur des  tables. L’atmosphère est féerique, fantasmagorique et  magique.  Les gens se saluent et se serrent la main. Les étrangers se côtoient sans se  connaître. Toutes et tous ont un sourire figé sur le visage ; la joie presque l’euphorie  règne. Caro et ses parents sont  appelés par un  bénévole en chef qui leur indique leur table  et les paniers de nourriture qu’ils iront délivrés aux familles sur leur liste. Le père de  Caro  prend sa liste d’adresses et  un chariot pour y  transporter les vivres jusqu’à l’auto. Caro et sa mère  suivent. Une fois l’auto remplie  ils s’engagent sur une voie principale de la ville direction centre sud de la municipalité. Ils jettent  un rapide coup d’œil dans les paniers de Noël et constatent qu’il y a beaucoup de denrées qui vont sûrement aider  aux   quelques familles  démunies qu’ils iront visiter.

 

Arrivés à la hauteur de la première adresse le père de Caroline arrête l’auto et vérifie sur sa liste si c’est bien l’endroit. Le logement,  niché entre deux autres  logements semblables  avec leurs balcons dépeinturés  et écaillés, possède une porte qui s’entrouvre directement sur le trottoir. Un carreau est brisé à la fenêtre. Suzanne  scrute  les yeux de Caroline mais cette dernière, souriante, lui rend un tendre petit coup d’œil. Sa mère est rassurée. Elles descendent de voiture et préparent les paniers de denrée. Le père de  Caroline frappe  à la porte du logis. Une  fillette, du même âge que Caroline vient répondre.

 

-Nous sommes bénévoles  et nous venons pour les paniers de Noël. Est-ce que ta maman ou ton papa  sont là ?
 Demande le père.

 

-Mon père n’est plus là  mais ma mère est dans le salon avec mon petit frère.

Suzanne et Caroline se tiennent à l’arrière avec des paniers dans les bras. Ils attendent l’invitation d’entrer  ce que la petite fille leur dit de faire. Ils entrent dans le logement  sombre.

 

Dans la pièce, en pénombre et mal éclairée, les murs brandissent  une tapisserie longtemps défraîchie  aux motifs anciens de carrioles et de chevaux de l’époque victorienne. Un  divan évasé, dans un coin,  trône  de toute sa  carrure  et de ses déchirures. Les cadres, disparates aux murs, semblent cacher  l’indigence des lieux. Une femme, la mère de la petite fille, serre dans  ses bras son nouveau-né  de quelques semaines. Le nourrisson  gargouille  gentiment. Un téléviseur, écrasé sous le poids de bibelots hétéroclites, balance des inepties  a ne plus finir. Une odeur  cramoisie flotte dans l’atmosphère des lieux. Mise à part du téléviseur, en sourdine, un calme  feutré règne dans le logement.  La fillette  va  dans sa chambre ;  écrire son journal. Dans un autre recoin du salon trône un petit sapin  sur une table toute égratignée. Suzanne s’adresse à la femme du logis en lui disant qu’il y avait de la nourriture pour bébé dans les paniers. La dame, timide et gênée,  remercie des bouts des lèvres Suzanne  et fixe son  regard  vide, rempli de fatigue sur  Caroline qui lui sourit. Le bébé émet  un petit pleur et la mère lui donne le sein. Suzanne s’approche et lui demande si c’est un garçon ou une fille et la maman qui allaite lui répond, en murmurant, qu’il s’agit d’un garçon.

 

Caroline  s’avance près du petit sapin  dans le coin et, vérifiant que personne ne la voit, elle glisse sous ce dernier deux petits paquets qu’elle a pris sous leur propre sapin de Noël qui lui étaient destinés. Elle ne sait pas ce que contient les petits cadeaux  mais elle a pris soin d’écrire sur les  minuscules étiquettes : à ma mère et, l’autre,  à ma fille. Elle va maintenant vers la dame et son bébé. Elle s’approche et  caresse la petite main de l’enfant. Ce dernier lui saisit le doigt et le serre fortement. Caroline frissonne. Elle sort de sa poche  de manteau  un petit hochet  qu’elle a gardé lorsqu’elle était  bébé. L’enfant, accroché au sein de sa mère, détourne les yeux, se décolle du sein regarde Caroline et sourit. Il continu sa tétée. La mère  glisse un regard de tendresse vers Caroline et lui dit :

 

-Nous allons passer un beau Noël. Merci  ma petite fille. Merci

Les parents de Caroline demandent à la  dame si elle besoin d’autre chose. Elle fait signe que non et les remercie encore une fois. Ils  quittent le logement pour aller vers une autre adresse, distribuer des vivres. La neige a commencé a tomber et s’accumuler dans les rues. La radio de l’auto joue  Sainte Nuit. Le soir s’étend sur la ville et les arbres de Noël brillent de leurs mille feux. Caroline se sent merveilleusement bien.

 

-Nous allons passer un beau Noël, maman.

 

 

Pierre D ( C)

Laval, Québec

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