Échange…!

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Suzanne  range ses effets  et  tend l’oreille  à Caroline toute excitée.

 

-Qu’est ce que tu as  de si urgent a me dire ce matin  mon petit papillon ?

 

- Maman  j’ai découvert  ce petit pamphlet sur le comptoir de la cuisine, est-ce toi qui l’a placé là ou c’est papa  qui l’a laissé  à cet endroit pour que nous puissions le voir ?

 

Sa mère, surprise, s’aperçoit que Caroline s’intéresse aux démunis  et rajoute :

 

-Nous pensons, ton père et moi, de faire notre part  encore cette année  mais cette fois pour la distribution des paniers de Noël aux  familles pauvres. De là  est la présence  de ce petit fascicule sur le comptoir. Nous voulons les contacter ce soir pour s’inscrire au bénévolat. Est-ce que  ça répond à ta question ma chouette ?

 

Caroline, ravie, sourit à grandes dents  à sa mère. Elle  ose.

 

- Maman est-ce que je peux  y aller avec vous pour faire cette distribution ?  Dis oui maman, dis oui. Moi aussi  j’aimerais faire ma part  tout comme vous  pour ces familles défavorisées.

Suzanne, hésitante et prudente, demeure un peu perplexe. Elle ne peut savoir si les enfants peuvent participer à un tel évènement. Le risque de faire des rencontres  plus ou moins malheureuses  risque  de  laisser des marques. Elle regarde sa fille remplie  de bonne générosité et lui dit :

 

- Écoute  Caro, je vais demander à ton père et nous allons nous renseigner si  les enfants  peuvent accompagner les bénévoles adultes ; nous le saurons  ce soir. Peux-tu attendre  jusque là ? 


Caroline, fébrile et joyeuse, ouvre ses bras  compréhensifs  à Suzanne et l’embrasse  sur les joues. Elle sent son cœur battre au fond de sa poitrine .Elle anticipe l’arrivée de son père et la réponse à sa grande demande. Dans le fond de son être, aussi, elle devinait que la réponse allait être positive. Son intuition  lui dictait sa  conduite .Elle redescendit l’escalier et repassa devant le conifère  paré de ses plus beaux habits. Elle entrevit, près de la crèche, deux petits  cadeaux  bien  enrubannés  qui portaient son nom. Elle remit le petit pamphlet sur le comptoir de la cuisine  bien à la vue de tous. Ses intentions étaient claires. Toute la journée elle ne  réfléchit  qu’à cette journée  des bénévoles du lendemain. Le soir venu son père accepte  sa demande  et s’informe auprès de l’organisme si les enfants peuvent accompagner les parents et la réponse fut positive. Caroline est heureuse de pouvoir rendre service de cette façon.

 

Le lendemain, vingt-quatre décembre, Caroline, sa mère et son père se rendent au centre de distribution de vivres pour les personnes et familles démunies. Il y a foule  et une cacophonie  règne dans l’enceinte. Une musique  appropriée du  temps des fêtes  résonne au travers des hauts parleurs placés  au plafond. Des dizaines et des dizaines  de cartons, de sacs et de contenants  sont enlignés  sur des  tables. L’atmosphère est féerique, fantasmagorique et  magique.  Les gens se saluent et se serrent la main. Les étrangers se côtoient sans se  connaître. Toutes et tous ont un sourire figé sur le visage ; la joie presque l’euphorie  règne. Caro et ses parents sont  appelés par un  bénévole en chef qui leur indique leur table  et les paniers de nourriture qu’ils iront délivrés aux familles sur leur liste. Le père de  Caro  prend sa liste d’adresses et  un chariot pour y  transporter les vivres jusqu’à l’auto. Caro et sa mère  suivent. Une fois l’auto remplie  ils s’engagent sur une voie principale de la ville direction centre sud de la municipalité. Ils jettent  un rapide coup d’œil dans les paniers de Noël et constatent qu’il y a beaucoup de denrées qui vont sûrement aider  aux   quelques familles  démunies qu’ils iront visiter.

 

Arrivés à la hauteur de la première adresse le père de Caroline arrête l’auto et vérifie sur sa liste si c’est bien l’endroit. Le logement,  niché entre deux autres  logements semblables  avec leurs balcons dépeinturés  et écaillés, possède une porte qui s’entrouvre directement sur le trottoir. Un carreau est brisé à la fenêtre. Suzanne  scrute  les yeux de Caroline mais cette dernière, souriante, lui rend un tendre petit coup d’œil. Sa mère est rassurée. Elles descendent de voiture et préparent les paniers de denrée. Le père de  Caroline frappe  à la porte du logis. Une  fillette, du même âge que Caroline vient répondre.

 

-Nous sommes bénévoles  et nous venons pour les paniers de Noël. Est-ce que ta maman ou ton papa  sont là ?
 Demande le père.

 

-Mon père n’est plus là  mais ma mère est dans le salon avec mon petit frère.

Suzanne et Caroline se tiennent à l’arrière avec des paniers dans les bras. Ils attendent l’invitation d’entrer  ce que la petite fille leur dit de faire. Ils entrent dans le logement  sombre.

 

Dans la pièce, en pénombre et mal éclairée, les murs brandissent  une tapisserie longtemps défraîchie  aux motifs anciens de carrioles et de chevaux de l’époque victorienne. Un  divan évasé, dans un coin,  trône  de toute sa  carrure  et de ses déchirures. Les cadres, disparates aux murs, semblent cacher  l’indigence des lieux. Une femme, la mère de la petite fille, serre dans  ses bras son nouveau-né  de quelques semaines. Le nourrisson  gargouille  gentiment. Un téléviseur, écrasé sous le poids de bibelots hétéroclites, balance des inepties  a ne plus finir. Une odeur  cramoisie flotte dans l’atmosphère des lieux. Mise à part du téléviseur, en sourdine, un calme  feutré règne dans le logement.  La fillette  va  dans sa chambre ;  écrire son journal. Dans un autre recoin du salon trône un petit sapin  sur une table toute égratignée. Suzanne s’adresse à la femme du logis en lui disant qu’il y avait de la nourriture pour bébé dans les paniers. La dame, timide et gênée,  remercie des bouts des lèvres Suzanne  et fixe son  regard  vide, rempli de fatigue sur  Caroline qui lui sourit. Le bébé émet  un petit pleur et la mère lui donne le sein. Suzanne s’approche et lui demande si c’est un garçon ou une fille et la maman qui allaite lui répond, en murmurant, qu’il s’agit d’un garçon.

 

Caroline  s’avance près du petit sapin  dans le coin et, vérifiant que personne ne la voit, elle glisse sous ce dernier deux petits paquets qu’elle a pris sous leur propre sapin de Noël qui lui étaient destinés. Elle ne sait pas ce que contient les petits cadeaux  mais elle a pris soin d’écrire sur les  minuscules étiquettes : à ma mère et, l’autre,  à ma fille. Elle va maintenant vers la dame et son bébé. Elle s’approche et  caresse la petite main de l’enfant. Ce dernier lui saisit le doigt et le serre fortement. Caroline frissonne. Elle sort de sa poche  de manteau  un petit hochet  qu’elle a gardé lorsqu’elle était  bébé. L’enfant, accroché au sein de sa mère, détourne les yeux, se décolle du sein regarde Caroline et sourit. Il continu sa tétée. La mère  glisse un regard de tendresse vers Caroline et lui dit :

 

-Nous allons passer un beau Noël. Merci  ma petite fille. Merci

Les parents de Caroline demandent à la  dame si elle besoin d’autre chose. Elle fait signe que non et les remercie encore une fois. Ils  quittent le logement pour aller vers une autre adresse, distribuer des vivres. La neige a commencé a tomber et s’accumuler dans les rues. La radio de l’auto joue  Sainte Nuit. Le soir s’étend sur la ville et les arbres de Noël brillent de leurs mille feux. Caroline se sent merveilleusement bien.

 

-Nous allons passer un beau Noël, maman.

 

 

Pierre D ( C)

Laval, Québec

 


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