Voile !

 

Voile

 

Voile…!(1977)

 

Lorsque je repasse devant  une ancienne adresse je me remémore un vieux souvenir de mon temps actif dans l’alcool et la drogue.

 

Éméché, vraiment saoul  je décampe du Commodore Yacht Club de Pont-Viau, il est trois heures trente du matin, après la dernière tournée. Je demeure non loin de là  ça se fait à pieds. Il pleut mais je ne sens rien; trop engourdi par l’alcool et les fumées de ‘’mari’’.Mon cerveau ne peut réfléchir que de très proche et à très court terme. Je me dirige donc vers chez moi  tout en titubant et en zigzaguant  sur le trottoir en chantant encore la dernière chanson que j’ai maintes fois remise sur le vieux juke-box; ça je me souviens.

Arrivé presque à la hauteur de   chez moi, je regarde de  l’autre côté du  boulevard, pas trop large et encore moins large quand tu es enivré,  j’examine, d’un œil fermé,  une maison à appartements  en construction. La charpente est recouverte de contre-plaqué (plywood) et je me dis tout bonnement :
-Bien voilà l’occasion de me construire ma bibliothèque tant désirée depuis longtemps! Je traverse le boulevard et m’enligne sur l’entrée du bloc à appartements désert.
J’entre.
Jusque là pas de problème. Je fais attention pour ne pas tomber dans un trou béant donnant au sous-sol car ils n’ont pas terminé  les escaliers. Je grimpe  les degrés de fortune que les travailleurs ont dû faire pour leurs travaux. Arrivé au deuxième étage, je tombe sur le trésor sublime de mes rêves; une pile de contre-plaqué  quatre pieds par huit pieds tout frais, tout neuf.

Quelle  n’est pas ma joie immense  de contempler ces  feuilles de bois  tout en imaginant  ma bibliothèque érigée en tablettes soutenues par des briques. Je me mets donc à l’ouvrage. Je n’ai qu’a me servir.

-Quel beau petit larcin  ,me dis-je.

J’ai toutes les peines du monde  a descendre ma feuille de ‘’plywood ‘’ dans les escaliers étroits et en vient souvent à bout de souffle. Qu’à cela ne tienne  ma récompense en sera d’autant plus grande. Avec grandes peines et efforts  je rejoins le premier étage.

Arrivé à l’entrée du bloc, je m’aperçois que la pluie a redoublé et  le vent s’est élevé. J’attends un peu que l’ondée cesse ou du moins diminue,  mais rien n’y fait.

Je me  dis :

- Bien je n’ai pas le choix et je fonce.

Je prends mon courage à deux mains  avec mon butin , je m’élance à l’extérieur. Je tiens la feuille  de contre-plaqué comme si  je transportais  un porte-document, pas évident,  car  je n’ai pas les bras assez longs pour saisir l’autre extrémité. Je soulève la feuille de bois  et mon corps est à demi caché. C’est là qu’arrive de gros coups de vent. Je traverse le boulevard en  trois ou quatre bonds charriés par le vent comme un astronaute sur la lune .Rendu l’autre côté je reprends  mon souffle et je  vois une auto se poindre. Je place   ma feuille  debout  en hauteur  et  me cache derrière; j’observe l’auto déambuler  de l’autre côté :

- Ouf, elle est passée ! Il ne m’a surement pas vu !

 Je reprends ma route vers mon appartement qui se situe au troisième étage de mon complexe à appartements. Fatigué et  épuisé j’entreprends de monter les escaliers avec  ma future bibliothèque d’un morceau. J’ai dû réveiller tout le monde  et je me disais :
-Ni vu ni connu.

Tout le voisinage savait que je venais de voler cette feuille de  contre-plaqué mais moi je n’en fis pas de cas. Enfin arrivé à mon appartement  j’ouvre la porte et  suis accueilli  par ma conjointe toute éberluée ,  encore endormie,  qui me demande :
- Mais qu’est ce que tu fais là à  quatre heures du matin a faire tout  ce vacarme ;les voisins sont probablement tous réveillés ?

 Moi comme réponse je lui dis d’aller se recoucher qu’on en reparlerait le lendemain. C’est ce qu’elle a fait. Exténué je me couche et rêve à ma belle bibliothèque.

Le lendemain je me lève, encore sous les effets de l’alcool,  va à la cuisine et lorsque je passe devant  la pièce qui me sert de bureau  je vois une feuille de ‘’plywood’’ qui cache mon pupitre qui me sert de bureau. Je me dis :
- Mais  c’est quoi  ça …………? Qu’est-ce que cette feuille de contre-plaqué fait là ?
 Ça m’a pris quelque temps pour me remémorer ma petite escapade de la veille .Les remords sont venus me  torturer toute l’avant-midi  et j’avais peur de sortir de mon appartement  ayant la crainte de me faire pointer du doigt des autres locataires  dont j’ai dû, sûrement, déranger leur sommeil.

Le même soir, après mon séjour  au Commodore, à trois heures trente du matin, le même manège se répétait  mais cette fois pour chipper des briques  qui me serviraient de support pour mes tablettes. J’avais calculé  vingt-quatre briques.

- Avez-vous essayé de transporter  quatre fois six briques quand vous êtes  saoul  et que  vous ne pouvez garder votre équilibre ?

Bien moi je l’ai fait et lorsque je montais les escaliers (je demeurais au troisième étage) j’échappais  les briques une à une ,tombant lourdement  dans les marches,  enfin en arrivant à mon appartement  il ne m’en restait que deux ou trois dans les bras. Mon manège a dû durer plus d’une heure et évidemment encore une fois j’ai dû réveiller tous les voisins…….!

Avais –je perdu le contrôle de ma vie ? Je ne savais pas encore à ce moment là.

Pierre D.

Les Ailes du Temps

Laval

 


Archive pour 3 avril, 2009

Voile !

 

Voile

 

Voile…!(1977)

 

Lorsque je repasse devant  une ancienne adresse je me remémore un vieux souvenir de mon temps actif dans l’alcool et la drogue.

 

Éméché, vraiment saoul  je décampe du Commodore Yacht Club de Pont-Viau, il est trois heures trente du matin, après la dernière tournée. Je demeure non loin de là  ça se fait à pieds. Il pleut mais je ne sens rien; trop engourdi par l’alcool et les fumées de ‘’mari’’.Mon cerveau ne peut réfléchir que de très proche et à très court terme. Je me dirige donc vers chez moi  tout en titubant et en zigzaguant  sur le trottoir en chantant encore la dernière chanson que j’ai maintes fois remise sur le vieux juke-box; ça je me souviens.

Arrivé presque à la hauteur de   chez moi, je regarde de  l’autre côté du  boulevard, pas trop large et encore moins large quand tu es enivré,  j’examine, d’un œil fermé,  une maison à appartements  en construction. La charpente est recouverte de contre-plaqué (plywood) et je me dis tout bonnement :
-Bien voilà l’occasion de me construire ma bibliothèque tant désirée depuis longtemps! Je traverse le boulevard et m’enligne sur l’entrée du bloc à appartements désert.
J’entre.
Jusque là pas de problème. Je fais attention pour ne pas tomber dans un trou béant donnant au sous-sol car ils n’ont pas terminé  les escaliers. Je grimpe  les degrés de fortune que les travailleurs ont dû faire pour leurs travaux. Arrivé au deuxième étage, je tombe sur le trésor sublime de mes rêves; une pile de contre-plaqué  quatre pieds par huit pieds tout frais, tout neuf.

Quelle  n’est pas ma joie immense  de contempler ces  feuilles de bois  tout en imaginant  ma bibliothèque érigée en tablettes soutenues par des briques. Je me mets donc à l’ouvrage. Je n’ai qu’a me servir.

-Quel beau petit larcin  ,me dis-je.

J’ai toutes les peines du monde  a descendre ma feuille de ‘’plywood ‘’ dans les escaliers étroits et en vient souvent à bout de souffle. Qu’à cela ne tienne  ma récompense en sera d’autant plus grande. Avec grandes peines et efforts  je rejoins le premier étage.

Arrivé à l’entrée du bloc, je m’aperçois que la pluie a redoublé et  le vent s’est élevé. J’attends un peu que l’ondée cesse ou du moins diminue,  mais rien n’y fait.

Je me  dis :

- Bien je n’ai pas le choix et je fonce.

Je prends mon courage à deux mains  avec mon butin , je m’élance à l’extérieur. Je tiens la feuille  de contre-plaqué comme si  je transportais  un porte-document, pas évident,  car  je n’ai pas les bras assez longs pour saisir l’autre extrémité. Je soulève la feuille de bois  et mon corps est à demi caché. C’est là qu’arrive de gros coups de vent. Je traverse le boulevard en  trois ou quatre bonds charriés par le vent comme un astronaute sur la lune .Rendu l’autre côté je reprends  mon souffle et je  vois une auto se poindre. Je place   ma feuille  debout  en hauteur  et  me cache derrière; j’observe l’auto déambuler  de l’autre côté :

- Ouf, elle est passée ! Il ne m’a surement pas vu !

 Je reprends ma route vers mon appartement qui se situe au troisième étage de mon complexe à appartements. Fatigué et  épuisé j’entreprends de monter les escaliers avec  ma future bibliothèque d’un morceau. J’ai dû réveiller tout le monde  et je me disais :
-Ni vu ni connu.

Tout le voisinage savait que je venais de voler cette feuille de  contre-plaqué mais moi je n’en fis pas de cas. Enfin arrivé à mon appartement  j’ouvre la porte et  suis accueilli  par ma conjointe toute éberluée ,  encore endormie,  qui me demande :
- Mais qu’est ce que tu fais là à  quatre heures du matin a faire tout  ce vacarme ;les voisins sont probablement tous réveillés ?

 Moi comme réponse je lui dis d’aller se recoucher qu’on en reparlerait le lendemain. C’est ce qu’elle a fait. Exténué je me couche et rêve à ma belle bibliothèque.

Le lendemain je me lève, encore sous les effets de l’alcool,  va à la cuisine et lorsque je passe devant  la pièce qui me sert de bureau  je vois une feuille de ‘’plywood’’ qui cache mon pupitre qui me sert de bureau. Je me dis :
- Mais  c’est quoi  ça …………? Qu’est-ce que cette feuille de contre-plaqué fait là ?
 Ça m’a pris quelque temps pour me remémorer ma petite escapade de la veille .Les remords sont venus me  torturer toute l’avant-midi  et j’avais peur de sortir de mon appartement  ayant la crainte de me faire pointer du doigt des autres locataires  dont j’ai dû, sûrement, déranger leur sommeil.

Le même soir, après mon séjour  au Commodore, à trois heures trente du matin, le même manège se répétait  mais cette fois pour chipper des briques  qui me serviraient de support pour mes tablettes. J’avais calculé  vingt-quatre briques.

- Avez-vous essayé de transporter  quatre fois six briques quand vous êtes  saoul  et que  vous ne pouvez garder votre équilibre ?

Bien moi je l’ai fait et lorsque je montais les escaliers (je demeurais au troisième étage) j’échappais  les briques une à une ,tombant lourdement  dans les marches,  enfin en arrivant à mon appartement  il ne m’en restait que deux ou trois dans les bras. Mon manège a dû durer plus d’une heure et évidemment encore une fois j’ai dû réveiller tous les voisins…….!

Avais –je perdu le contrôle de ma vie ? Je ne savais pas encore à ce moment là.

Pierre D.

Les Ailes du Temps

Laval

 

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