On a besoin d’un plus petit…. que soi.

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On a besoin d’un plus petit…. que soi.

 

Après le parcours de  cinq kilomètres, sous la chaleur torride du mois de juillet, nous nous sommes enfin arrêtés pour reprendre notre souffle. Nos uniformes suintent   et nos muscles endoloris crient au secours. Vivement un peu d’eau. Nous recherchons, tous les trente élèves –officiers, un endroit de fraîcheur  afin de reposséder nos esprits .Ces cinq kilomètres venaient  de nous rentrer dans le corps.  Et nous n’étions pas au bout de nos peines. Il reste, encore, la piste à obstacles à notre plus grand dam.

 

Le soleil trappe dru  et extirpe toute notre énergie. Nos instructeurs nous laissent  reprendre notre haleine et ramasser  le quelque peu de vitalité que nous avons  en réserve. Les cinq minutes écoulées, ils nous rassemblent à nouveau et nous présentent la piste à obstacles. Piste à obstacles que tous les militaires connaissent  bien pour l’avoir parcourue quelques fois.

 

Billes de bois à enjamber, pont de cordes, filet de câbles de dix mètres de haut, câble tendu au dessus d’une grande marre d’eau  tout en prenant garde de ne pas tomber. Toujours être à l’affût  d’obstacles cachés ici et là. Et  le plat de résistance : le mur. Ce fameux mur de deux mètres de haut qu’il faut   sauter sans aide, sans corde et avec tout notre équipement sur le dos; fusil y compris .Ce mur a été et est encore un cauchemar pour tout soldat.

 

Pour la première fois, nos instructeurs nous font voir la piste en marchant  pour que nous ayons le loisir de deviner les obstacles qui se dresseront devant nous .Nous jaugeons la hauteur, la largeur et la profondeur du terrain. Câbles, échelles, billes de bois  rien ne nous échappe. Et, lorsque nous arrivons devant  le monstre qui est ce mur de deux mètres la panique nous saisit .Il me dépasse  d’environ vingt centimètres. Sa parois lisse ne laisse aucune chance à qui que ce soit. Surtout  nous avons toute notre équipement et pourtant il faut le traverser ce mur  si nous voulons réussir  notre formation. Nous en faisons le tour et l’examinons comme un médecin examine son patient avant une grave opération. Bien planté en terrain  plat, aucune bosse ou dénivellation de terrain ne peut aider. Alain, notre athlète, veut essayer de le passer. Les instructeurs donnent leur aval. Il  s’élance et comme nous l’avons imaginé il vient s’écraser  sur le mastodonte. Jacques à son tour  prends son courage à deux mains, se donne un élan et, lui aussi ne suffit pas à la tâche. Je m’essaie mais c’est peine perdue. Notre moral est au plus bas.

Nous discutons entre nous pour  savoir quel serait  le meilleur moyen de franchir cet  obstacle de taille. Nos instructeurs, cachés dans le sous-bois,  rient dans leur barbe ; eux savent. Quelques –uns de nos compagnons, sans s’en faire, recommencent le petit jeu jusqu’à épuisement. Nous avons pensé même tricher pour essayer de passer ce monstre  en s’aidant mutuellement  mais les sous-officiers nous ont formellement avertis. Alain essaye  à nouveau et avec peine et misère fini par se hisser tout au haut  de la barricade. Pourrions nous faire la même chose ; nous en doutions fortement .Assis  en cercle  autours du mur nous invoquions le Dieu du Mur.

 

C’est alors  qu’un de nos sous-officiers instructeurs, un sergent, vient se joindre à notre meeting. Il nous regarde un après l’autre et nous lance :

-Pour des futurs officiers, vous n’êtes pas rendus bien loin messieurs.

Nos regards se sont croisés et ensuite  nous le fixions comme des enfants qui veulent savoir la clé de l’énigme. Le mur, pour sa part, devait le dépasser d’au moins  cinquante centimètres. Nous nous demandions, par tous les diables,  comment  ferait-il, lui, pour le passer. Il est plus petit que nous et nous le dépassons tous en grandeur.

C’est alors qu’il nous dit :

-Ce n’est pas une question  de grandeur, messieurs, mais de logique. Il faut vous servir de l’obstacle pour traverser l’obstacle .Vous devez vous servir des difficultés pour vaincre les difficultés.

Nous nous regardions tous, éberlués,  les uns et les autres.

-Vous allez voir, messieurs, la méthode que j’utilise vous paraîtra enfantine et simple. Une démonstration va vous convaincre.

Nous lui avons donc laissé toute la place et, entre nous, nous  nous jetions des petits sourires en coin qui semblent dire : il va s’écraser à son tour sur le mur.

Il  se place à environ  une dizaine de mètres  de la muraille, prends un bon élan et comme une gazelle place son pied sur les parois   monte sur le mur et arrive au faîte. Il a marché sur le mur mais à  la vertical.

Les exclamations  de joie indescriptibles fusent de toutes parts dans nos rangs  nous n’en revenons tout simplement pas.

Notre sergent-instructeur, de petite taille, est en haut du mur et nous harangue :

-Alors à qui le tour ?

-Moi, dis-je avec empressement.

Je  m’installe au même endroit  que le sergent  et me donne un bon élan, machinalement et  magiquement  je prends pied sur le mur et d’un trait je suis tout en haut avec l’instructeur. Nous redescendons de l’autre côté. L’obstacle est franchi. Le peloton suit.

Cette leçon m’a servi à plusieurs occasions dans ma vie .

 

Le secret est d’écouter ,surtoutles plus petits que soi.

 

Pierre D.

Les Ailes du Temps ©

Laval

21 juillet 2009.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Archive pour juillet, 2009

Cloître.

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Cloître

(Monastère de Saint-Benoît du Lac)

 

Le soir  s’avance en catimini, la lune blanchâtre siège au faîte du firmament. L’office du soir, les complies sont achevées par le Santa Regina, s’étiole doucement en écho dans les recoins du monastère .Le silence de nuit prends sa place en  douceur. Les  fidèles dans leurs derniers pas pour se diriger à leur chambre ou sortir à l’extérieur  vident peu à peu la chapelle. Ces pas feutrés,  pour ne pas déranger qui que ce soit, se glissent furtivement dans le  cloître qui mène à la porte d’entrée .Le silence  désertique s’installe confortablement. J’aime  m’arrêter en plein centre de ce cloître et m’adosser à un rebord  de fenêtre. Je laisse la quiétude m’envahir totalement  jusqu’à ce que les versets du psaume 118-3 me reviennent en tête :

‘’ Je suis un étranger sur la terre,
Ne me cache pas Tes volontés
Mon âme a brûlé de désir,
en tout temps pour Tes décisions
Tu menaces les orgueilleux, les maudits,
ceux qui fuient Tes volontés
Épargne-moi l’insulte et le mépris,
je garde Tes exigences…’’

Mes oreilles bourdonnent encore des dernières strophes de chant grégorien  de l’office exécutées par mes frères les moines. Je reste   immobile,  en silence, contemplant les rayons de lune accrochant  des perles blafardes aux lucarnes des fenêtres. Les lumières tamisées au plus bas laissent  aux faisceaux lunaires  toute la place .Des particules de poussières minuscules s’entrechoquent  comme s’ils réagissaient au passage des âmes qui se sont réconfortées lors de l’office.

‘’Lorsque des grands accusent Ton serviteur,
je médite sur Tes ordres
Je trouve mon plaisir en Tes exigences,
ce sont elles qui me conseillent………’’

 
L’endroit  devient mystérieux et majestueux en même temps .Il est semblable à une immense artère où circule dans plusieurs sens des rayons de  Lumière Divines. On y entend presque les plaintes, les supplications et les prières de gratitude qui ressortent de la chapelle .Dieu agit.

 

Le silence enveloppant, telle une couverture en hiver,  sécurise. Aucun bruit, aucun froissement ne vient déranger cette apothéose et cette placidité.

L’apaisement m’envahit  au plus profond de moi. Mon ouïe perçoit le chant des papillons, le glissement du vent sur les ailes de l’envolée d’outardes et la ligne de démarcation des couleurs de l’arc en ciel. Je me laisse bercer par les ondules de cette  sérénité bienfaisante.   

Toujours protégé par le rayon de lune qui perce la fenêtre je discerne   le signal du grand silence de nuit par l’extinction des lumières. Une  Paix Divine règne maintenant. Le bourdonnement de mes oreilles a cessé je suis un avec l’Ensemble.  Un  calme  intérieur m’habite et j’écoute les voix célestes psalmodier  les derniers versets du psaume :

‘’….Sept fois chaque jour je Te loue
pour Tes justes décisions
Grande est la Paix de qui aime Ta loi
jamais il ne trébuche
Seigneur, j’attends de Toi le Salut
j’accomplis Tes volontés…..’’

 

Le temps passe et repasse. Je jette un petit coup d’œil furtif sur ma gauche et sur ma droite. Je me dirige, tout en traversant les torrents de lumière lunaire des fenêtres, vers la sortie.
Un fluide angélique me suit .Je vais bien dormir ce soir.

 

Pierre D.

Les Ailes du Temps©

Laval

7 juillet 2009

 

 

 

 

 

 

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