Vieux Soldat.

 

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Vieux soldat !

Vieux soldat

 

Les nuages,  boules de coton ouaté dispersées  dans un ciel bleu éclatant,   offrent un spectacle de toutes les formes bizarroïdes. Le mois d’août  avance  en pleine maturité. La verge d’or  a fleurit pour sa dernière présence. Les bandes d’oiseaux  glanent ici et là leur nourriture;  signe des temps. La matinée est fraîche mais oh ! 

Combien bénéfique pour le calme et le silence. Des toiles d’araignées éparpillées un peu partout dans les gazons scintillent de leurs perles de rosée. Je  marche d’un pas lent et sûr respirant à fond les effluves de la végétation. Je me dirige  vers mon lieu de prédilection  qui m’attend comme une sentinelle au garde à vous. Les lattes de bois bleu de mon banc sont recouvertes, encore, de la dernière pluie. J’enlève l’eau  négligemment et attends que les rayons du soleil parachèvent l’assèchement. Je ne m’assois pas tout de suite. Je  promène mon regard aux alentours et j’aperçois tout au fond de l’allée quelqu’un  qui occupe un banc  isolé.

 

 

 

Je ne porte pas attention plus qu’il ne faut et  m’approche du bord de l’eau d’où viennent d’arriver une envolée d’outardes qui a décidé de crécher aux abords de la rivière au lieu d’aller  plus au nord. Quels beaux oiseaux. Je reviens vers mon banc sur lequel le soleil a fini son œuvre  d’évaporation des gouttelettes d’eau. Je  m’y installe et contemple le panorama .Les rayons de soleil, sur l’eau,  fait scintiller une rivière de diamants et l’ondulation   suit les vagues. Jetant un petit coup d’œil par-dessus mon épaule, par curiosité, je remarque que la personne assise tout au fond de l’allée y est encore. Des engoulevents décident de se donner en spectacle et font fuir les  outardes. Elles vont revenir me dis-je  tout bas .Je décide de commencer ma petite marche matinale. Cent vingt cinq pas  à l’aller et cent vingt cinq pas au retour.

 

Je me dirige posément  vers le solitaire  assis les deux bras croisés sur son banc .Mon  regard se pose sur son vêtement qu’il  porte sur ses épaules. Une vareuse de l’armée  qui signale  encore des traces de médailles gagnées à on ne sait   quels combats et dans quelle guerre. Sur la manche une empreinte de gallons arrachée laissant apparaître des bouts de fil effilochés.
Je passe plus près et discerne  sur le visage du personnage des signes de vieillissement apparents et de solitude. Je continue ma marche tout en comptant mes pas. Lorsque je repasse près du monsieur nos regards se croisent  et  s’entremêlent. Je poursuis ma foulée et me dirige vers l’autre portion de l’allée. Je recommence  tout en  scrutant l’horizon pour y déceler des présences de mes amis les oiseaux. Inattentif lorsque j’arrive  à la hauteur de mon héros de guerre il me lance :

 

 

-Belle journée n’est –ce pas ?

 

Voulant engager la conversation.

 

Surpris, je lui réponds  en reprenant ma respiration :

 

-Vous l’avez dit ; il fait très beau.
Je ne laisse pas en plan car il est bien rare que quelqu’un adresse la parole à quelqu’un d’autre même ici dans ce site enchanteur.

 

 

 

-Vous venez souvent ici ? C’est la première fois que je vous vois.

 

 

Heureux que quelqu’un s’intéresse à lui  il me répond :

 

-Oui je viens souvent  je demeure non loin dans  le complexe d’habitations que vous voyez à l’arrière si vous ne m’avez pas vu c’est probablement que nous ne venons pas aux mêmes heures. Et vous, vous venez souvent ?

 

 

Je fais signe de vouloir m’installer sur le banc et m’invite à le faire.

 

 

-Oui je viens assez régulièrement  surtout pour marcher et contempler la nature.

 

La conversation était engagée et nous en étions contents un et l’autre. Je détaille sa vareuse  pour y voir de plus près  les marques  laissées par les médailles et les gallons. Et je me risquai de lui demander :

 

-Puis-je vous poser une question sans indiscrétion ?

 

Ses yeux calés dans de puissantes rides décochent  une lueur  scintillante et il  a un large sourire ; heureux ; quelqu’un s’intéresse à lui. Il me  dit :

 

 

-Allez y ne vous gênez pas.

 

 

-La vareuse que vous portez est-ce la vôtre ?

 

Il jette un regard circulaire sur le vêtement  et m’affirme que oui. Je le fixe dans les yeux  à nouveau et ma curiosité s’aiguise profondément. Je me dis que cette personne   doit avoir des amas d’histoires et d’expériences à raconter. Je me risque, je sais que les anciens combattants n’aiment pas relater leurs mémoires et  souvenirs de combats passés, souvent douloureux.

 

 

-Vous avez fait la guerre ?

 

 

Il inspire profondément, prends une pause  et réfléchit. Il ne répond pas tout de go  et je le comprends bien. Son regard s’assombrit, il secoue la tête comme pour chasser  de vieux fantômes encore bien encrés dans son cerveau. Il me répond :

 

- Vous savez,  je n’ai fait que mon devoir et j’ai obéi aux ordres qui m’étaient donnés. Les combats auxquels j’ai participés, en fait, ne sont presque rien d’avec celui que je mène présentement. Oui j’ai perdu des amis, des compagnons  et des frères. Mais la guerre n’est rien si nous ne gagnons pas une seule victoire sur soi-même. Je me suis battu  toujours en essayant d’utiliser les forces et les faiblesses de mes ennemis. De combattre les rivaux par les mêmes armes qu’ils employaient.
Aujourd’hui je porte ce qu’il me reste de mon uniforme .J’ai enlevé les gallons et les médailles ce ne sont que parures et futilités. Les vraies décorations sont à l’intérieur de nos cerveaux ravagés par tant de souffrances. Chaque combat, gagné ou perdu, fût un gage d’avancement. Profiter de nos erreurs et celles de l’ennemi pour poursuivre la lutte.

 

Je l’écoute consciencieusement  et attentivement. Une somme d’expériences inouïes  explose de ces paroles de sage. Il continue. Il a le verbe facile.

 

 

-Vous savez c’est comme dans la vie ; nous passons à différents stades de notre existence et nous avons  à faire  face  à nos luttes intérieures. Le bien et le mal, le beau et le laid, le fini et l’infini, donc en fait à la dualité de l’être qui tend toujours vers le positif;  l’homme, malgré tout  ce que j’ai vu, est foncièrement bon. Le mal et les autres aspects négatifs ne disparaitront pas, nous devons vivre avec jusqu’à notre mort mais il nous importe à nous de toujours y voir  l’aspect lumineux de notre existence.

 

 

Je bois littéralement ses paroles  comme si  je dois écouter ce qu’il me dit. Il redevient silencieux  attendant ma prochaine  interrogation. Je glisse un regard furtif sur la surface de la rivière  et aperçois les outardes amerrir tout en délicatesse. Leur cris brise le silence complice que nous avons mon interlocuteur et moi.

 

Les engoulevents recommencent leurs acrobaties aériennes  au grand dam de leurs consœurs outardes ; paisibles. Elles ne s’envolent pas cette fois. L’harmonie règne entre les deux clans. L’équilibre fragile est stabilisé. Je détourne le regard et fixe mes yeux sur mon vieux soldat qui semble  être en réflexion profonde. J’ouvre les lèvres et  parle doucement en lui demandant :

 

 

-Vous parliez, il y a quelques instants  d’un combat que vous menez présentement de quoi s’agit-il ?

 

 

Soupirant  par soubresauts, calme et posé il reprend la parole.

 

 

-La solitude, je vis de la solitude. Je vis présentement la solitude. Mes enfants, éparpillés un peu partout au pays me ne donnent plus de signe de vie .Les petits enfants suivent les parents alors je suis seul. J’ai déjà connu cette situation d’être seul mais maintenant …..

 

 

Une larme vient  se frayer un chemin dans les rides  de son visage raboudiné.

 

 

-De toutes les luttes, je crois que celle-là  est la plus pénible. Et pourtant ; et pourtant. Nous vieillissons et nous avançons en âge. Il n’y a pas beaucoup de gens qui ne s’intéressent  aux vieux. Les  vieilles personnes nous les reléguons aux oubliettes  pour qu’elles se fassent oublier. Ce sentiment de solitude devient un  immense fardeau dans ma vie. Je me demande quelques fois à quoi ma vie a servie. Mais je me ravise lorsque je regarde dans le passé   toutes les personnes que j’ai pu aider et secourir. Je crois que j’ai fait ma part mais cette part n’est jamais finie selon moi qu’en pensez-vous ?

 

Pris un peu au dépourvu et le regardant essuyer ses larmes dégoulinantes sur  ses joues  je risque quelques paroles consolantes.

 

 

-Bien, vous m’aidez en ce moment et je crois que l’instant présent prime sur tout ce qui a pu  arriver  dans le passé,  car le passé est bien terminé et demain; bien , il n’est pas là. Je viens ici presque tous les jours admirer le spectacle que la nature nous  offre. Moi aussi je vis de la solitude mais, tout comme vous, je me sers de cette solitude pour la combattre. Je m’occupe du mieux que je peux et je me sers des leçons que la nature nous offre.
J’essaie, comme vous dites, d’aider les autres .Regardez ces engoulevents comme ils sont  flexibles et mobiles. Ils se servent des difficultés  des vents pour  virevolter comme ils font. À nous de faire la même chose et de se servir de nos  problèmes pour régler nos problèmes. Je crois que je ne vous apprends rien en vous disant cela ; un homme de votre expérience. La vieillesse  fait partie de la vie elle est inhérente à la vie ; la mort aussi pour s’en aller vers un renouveau.

 

 
Mon bon monsieur me regarde et me fait signe de la tête  tout en m’approuvant. Je me lève et lui dis que je vais continuer ma marche  matinale. Il acquiesce et me salue  de la main à sa casquette tout en fixant son regard sur l’envolée d’outardes. Je reprends tout en douceur mes pas et mes pensées me guident vers Dieu que je remercie d’avoir mis cette personne sur mon chemin ce matin.

Je marche jusqu’au fond de  l’allée  en me retournant pour refaire le parcours je vois que le vieux soldat s’est volatilisé.

 

Belle journée en fait.

 

Pierre D.

 

Laval

 

Août 2009

 

Les Ailes du Temps ©

 

 

 

 

 

 


Archive pour août, 2009

Lire.

 

Lire. dans Liens pauvre

 »Et toi, qui crois-tu que je suis ?  »

 

Lisez l’Evangile !


Nous sommes très peu nombreux à avoir lu un Évangile en entier. À voix haute. Lentement. Le crayon à la main pour souligner les paroles qui ne s’usent pas. Pour qu’elles entrent dans nos têtes dures. Celles qui nous disent sans mots compliqués, sans aucun artifice, « comme » il nous aime ! « Il » ? Jésus ou son Père. C’est tout un. C’est lui qui le dit.

Nous n’aurons jamais fini de lire et relire l’Évangile et de contempler sa manière unique d’aimer, d’aimer mieux, d’aimer toujours, d’aimer quand même !

Regardez : il se dessine en paysan un peu fou… Il sème partout, sans aucun sens de l’économie, pas seulement dans la bonne terre qui rapporte, mais sur le chemin des oiseaux, sur le rocher brûlant et dans les épines qui étouffent.

Les Douze se demandent – un peu bêtes – qui est le plus grand ? :
 Il appelle un petit enfant.

Ils discutent sur le nombre des pardons à donner ? :
Il leur dit soixante dix fois sept fois.

On veut le faire roi ? :
Il refuse ce genre de gloire et s’enfuit dans la montagne pour prier.

On veut savoir qui est le plus croyant en Israël ?:
 Il dit que c’est un centurion romain païen.

On veut savoir qui a la plus grande charité en Israël ?:
 Il dit que c’est la pécheresse qui lui parfume les pieds.

Il aime la fidélité des époux ?:
 Il est pourtant le seul à défendre la femme adultère.

Tout le monde l’a montrée du doigt du côté de Samarie ?:
 Il lui demande un peu d’eau, elle est la seule à qui il confie qu’il est le Messie.

Cet arbre qui ne porte aucun fruit ?:
 Il dit qu’il ne faut pas le couper, encore espérer et continuer de le cultiver.

Sa préférence de cœur est pour les pauvres ? :
Il s’invite aussi chez Zachée qui se cache dans son arbre.

Lui, le Seigneur et le Maître ? :
Il se met à genoux devant ses apôtres et leur lave les pieds.

On le crucifie en se moquant de lui ? :
Il prie son Père de pardonner ceux qui se moquent sans savoir.

 On veut lui prendre sa vie ?: 
Il dit qu’il nous la donne.

On lui donne du vinaigre ?:
 Il nous offre son sang.

On le croit mort à jamais, prisonnier de sa tombe ?:
 Il parcourt déjà les jardins de Judée, le chemin d’Emmaüs et les bords du Lac de Tibériade.

Pierre l’a renié ? :
Il lui confie l’Église.

Paul l’a persécuté ?:
 
Il le charge de la mission dans les nations.

Il semble nous quitter ? :
Il est plus que jamais présent par son Esprit.

Nous avons peur de la souffrance et de la mort ?:
 Il n’arrête pas de nous dire que nous sommes faits pour la vie éternelle, la même que la sienne. Et qu’il nous y attend, qu’il nous y prépare une place.

 

Oh oui, lisez l’Évangile. Seul et ensemble. Pour ne pas lui faire dire n’importe quoi. Lisez-le chaque jour parce qu’il est Bonne Nouvelle.
Trésor inépuisable.


Homélie de Mgr François Garnier, archevêque de Cambrai,
(juin 2003)

Bonne journée et……bonne lecture.

Pierre

Les Ailes du Temps.

 

 

 

Pourquoi souffrir ?

 

Oiseau

 

Pourquoi souffrir ?

 

En grande discussion avec une amie, cette dernière me pose et se pose en même temps  une question qui, disait-elle,  lui revient sans cesse à  l’esprit : pourquoi  souffre-t-on ?

 

Elle me regarde et m’interroge des yeux. Je sais qu’elle  a tout un vécu dans cette souffrance  des tracas quotidiens et à très long termes : alcoolisme, toxicomanies (abstinente maintenant depuis plus de  douze ans), séparations, pertes d’emplois, isolement et solitude, endettement, et j’en passe.
Mais j’aime  sa  philosophie de vie : ‘’ ne pas s’inquiéter, ne pas s’irriter, ne pas se plaindre et ne pas se presser’’ tout vient à point à qui sait attendre.

 

Je n’ai pas de réponse immédiate mais je lui lis tout doucement   un poème  que j’ai découvert  ce matin  et m’a donné de très belles  pistes  pour  accepter ce qui nous arrive :

(Hymne)


Si l’espérance t’a fait marcher
Plus loin que ta peur,
Tu auras les yeux levés.
Alors, tu pourras tenir
Jusqu’au soleil de Dieu.

Si la colère t’a fait crier
Justice pour tous,
Tu auras le cœur blessé.
Alors tu pourras lutter
Avec les opprimés.

 

Si la misère t’a fait chercher
Aux nuits de la faim,
Tu auras le cœur ouvert.
Alors tu pourras donner
Le pain de pauvreté.

 

Si la souffrance t’a fait pleurer
Des larmes de sang
Tu auras les yeux lavés.
Alors tu pourras prier
Avec ton frère en croix.

 

Si l’abondance t’a fait mendier
Un peu d’amitié,
Tu auras les mains tendues.
Alors tu pourras brûler
L’argent de tes prisons.

 

Si la faiblesse t’a fait tomber
Au bord du chemin,
Tu sauras ouvrir tes bras.
Alors tu pourras danser
Au rythme du pardon.

 

 

Si la tristesse t’a fait douter
Au soir d’abandon,
Tu sauras porter ta croix.
Alors tu pourras mourir
Au pas de l’homme-Dieu.

 

Si l’Espérance t’a fait marcher
Plus loin que ta peur,
Tu auras les yeux levés.
Alors tu pourras tenir
Jusqu’au soleil de Dieu.

 

(Hymne  Auteur : M. Scouarnec  /  Éditeur : SM)

 

 

Elle m’écoute attentivement  et me sourit, elle vient de se donner , encore une fois ,son envol magnifique vers la Lumière .

 

 

Pierre D.

 

Laval

 

Les Ailes du Temps ©

 

10 août 2009

 

 

 

 

 

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