Seul au Monde.

Nouveau BLOG : suivre le lien……….

http://pierredulude.blog4ever.com/blog/index-366114.html

Image de prévisualisation YouTube

Seul au monde 

Nous nous amusons comme des enfants en traînant nos pieds dans l’épais tapis  de feuilles mortes multicolores qui jonchent le sol. L’été indien est  à son apogée, le soleil nous galvanise de ses rayons bienfaisants. Nous déambulons, tout en douceur, vers le rivage  de la rivière. Je  ressens chez mon ami un vide incommensurable une peine  si peu dissimulée. Sa mère venait de  mourir quelques jours auparavant. Malgré son âge avancé, mon  ami, perçoit  la coupure brutale dans cette perte. Dans ces temps là les mots  sont souvent inutiles il n’y a que les gestes d’appui qui comptent. Une brise légère nous caresse la peau du visage. Arrivés à la hauteur d’un banc de parc nous  nous installons pour admirer le doux coulis de la rivière et les oiseaux entreprendre des acrobaties  seulement comme eux savent le faire. Quelques feuilles, encore accrochées aux branches, se balancent au gré du vent. Elles attendent une petite bourrasque pour décoller et aller rejoindre leurs consœurs sur le sol. Ce n’est qu’une question de temps. Nous ne parlons pas ; nous écoutons. Le piaillement des mésanges nous enchantent. Un goéland s’aventure près de nous, quêtant  une pitance que nous n’avons pas. Déçu il prend son envol vers le zénith  au dessus de la rivière. Je respire profondément ; j’adore ce temps de l’année. Mon ami, toujours calfeutré dans son  manteau avec son col relevé  et les yeux dans le vide, cherche mon regard. Nous échangeons un sourire timide. Je risque les premières phrases : 

-Et comment te sens –tu ? 

Il me regarde et me fixe : 

-Je suis comme au ralenti ; comme dans un rêve ou  un cauchemar plutôt. J’ai comme l’impression que je glisse hors de moi  et je peux me retenir nulle part. Tout va si vite, je ne peux suivre. L’évènement que je viens de vivre me rattrape peu à peu et tout ça me fait peur. Me comprends-tu ? J’ai envie de tout lâcher; de tout laisser aller. 

Pausé je ne réponds pas tout de suite laissant un temps de réflexion à mon cerveau. Je comprends sa grande peine .Il est comme cet explorateur qui traverse un désert ou une immense étendue dans l’Arctique.  J’avais lu un compte rendu d’expédition, un jour, sur un explorateur en Arctique   qui avouait :
‘’ À un moment donné tout est blanc autours de toi. Tu n’as plus de point de repère, c’est tout comme si tu étais plongé dans l’obscurité la plus totale. Tu dois concentrer toute ton attention à garder ton équilibre.’’   

J’en fais part à mon ami. 

-Nous savons que les grandes peines nous déséquilibrent et  nous nous sentons seuls au monde c’est dans ces moments là que la prière nous est  indispensable. Nous essayons de maintenir un lien toujours concret avec Dieu.
Nous avons et nous aurons toujours l’espoir .Les situations évoluent et le temps arrange toutes les choses. 
Un silence complice s’établit entre nous. L’air est complaisant et le spectacle de la nature nous rassure.   Mon ami reprend : 

- Tu sais, pour ma mère, j’étais son préféré de tous les enfants ? Elle m’a beaucoup aidé dans ma vie et, je crois, qu’elle continuera de le faire où elle est maintenant. 

Une larme se glisse doucement entre les poils de sa barbe longue de  trois jours. Il se  croise les bras et fixe les éclats brillants sur l’eau. Un couple de canards vient tout près de notre banc, ils sont accompagnés de leurs rejetons encore tout duvetés. Mon compagnon lève les yeux pour les saluer : 

- Bonjour la famille canard,  ils sont beaux les enfants. 


Il a un petit rire  communicatif ; me faisant sourire à mon tour et je  poursuis le dialogue : 

-As-tu déjà vu le film  Seul au monde avec Tom Hanks ? Tu sais ce film où le type se retrouve sur une île déserte pendant quatre ans après l’écrasement de son avion  dans l’océan Pacifique. -Oui, oui je me souviens de ce film. 

Alors je reprends : 

-Te souviens-tu de la  scène lorsqu’il est reparti de son île  sur son radeau en décrépitude  et que son ami Wilson (le ballon de volley) se détache et tombe à la mer. Une baleine vient le réveiller pour l’avertir. Il  s’aperçoit que son ami  est loin du radeau. Avec tout ce qu’il lui reste de force il plonge pour aller récupérer le ballon. Chemin faisant il voit que le radeau s’éloigne et y revient pour saisir une corde qu’il y avait fixée. Il retourne alors pour essayer d’attraper son ami à la dérive mais n’y parvient pas. Dans ses efforts il lâche la corde et s’éloigne de son embarcation de fortune. Sa vie est en jeu et il en est très conscient; son radeau c’est sa survie. Il plonge dans l’onde avec peine et misère ressaisit la corde qui le rattache à sa vie : son radeau. Il n’a pas le choix que de laisser aller son ami à la dérive ce qui le rend extrêmement triste.
Je crois que pour nous, aussi les humains, nous devons laisser aller ceux qui partent pour le grand voyage et qui s’en vont dans l’au-delà. Nous sommes tous et toutes de passage sur cette terre. Nous devons nous accrocher, nous raccrocher  à la Vie. Et notre lien, notre corde reliée au radeau de la Vie  est la prière. Oui dans ces moments nous nous sentons seuls au monde, oui nous avons cette souffrance qui nous aveugle. Mais ne lâchons pas la corde salvatrice. Il y a toujours une lumière éblouissante au bout du tunnel sombre.

Image de prévisualisation YouTube 

Je garde le silence à présent. Je vois le soleil faire danser des millions de petits cristaux à la surface de l’eau. Un beau canard à collier blanc remonte la berge et vient nous tirer une belle révérence. Mon ami sourit et se sent un peu soulagé : 

-Et si on allait prendre un bon café ? Mais  avant on va marcher dans les feuilles. 

Pierre D. Les Ailes du  Temps© 

Laval 20 octobre 2009 

               

 


Archive pour octobre, 2009

Les Silences de l’aube.

 

Les Silences de l'aube. dans Liens l-aube-367983

 

Les silences de l’aube 

 

Lorsque les derniers fantômes des restes de rêves s’évanouissent et quand  les ultimes tentatives des ondes subliminales s’évaporent,  les lueurs bleuâtres surgissent aux confins du firmament. La nuit, paniquée,  ne sait plus où donner de la tête; l’affolement s’installe sitôt la lumière  se fait ressentir. Un spectacle éblouissant se prépare ; le jour se lève. Les ténèbres effilochées dans toutes les directions  se rassemblent pour lutter contre cet ennemi de tous les temps. Amalgamant  ses énergies et toutes ses forces  ils  s’accrochent  désespérément  aux soubresauts de la nuit. L’aube annonce sa venue en grande pompe. La lumière point à l’horizon chassant ainsi la déconfiture des obscurités. 

 

Je suis installé dans le  parc face au Monastère de St-Benoît du Lac  lors d’un séjour,  il est six heures. Les Vigiles viennent de prendre fin. 

La brume matinale me caresse le visage, le silence m’enveloppe  telle une couette réchauffante . Je suis seul, j’adore cette sensation du lever du jour ; tout renaît. L’air frais  déambule lentement en toute quiétude. La nature  engourdie, immobile et impassible  attends. Un petit renard roux s’aventure  à pas feutrés sur le minuscule sentier  tout près de moi ; m’a-t-il remarqué ? Nos regards se croisent un instant et il poursuit sa route, Il me fait penser au petit renard de St-Exupéry. ‘’ Tu es responsable de ce que tu apprivoises’’ me reviennent à l’esprit cette phrase du célèbre bouquin. Les premières lueurs, en combat singulier contre les affres de la nuit, triomphent peu à peu. Tout au fond du ciel  quelques nuages s’étirent à l’est. Un dôme rosé s’étiole maintenant en tous lieux. Dans le fond de l’air on sent comme une fuite des derniers vestiges de l’obscurité. Fuite en avant. 

 

Je me demande quelle sera ma journée, aujourd’hui,  instantanément une réponse se fait sentir : ‘’ Instant présent’’. Dans l’Économie de Dieu il n’y a rien pour rien et rien d’inutile non plus de hasards. Mon être, soudé à cet instant présent de l’aube, ne fait plus qu’un avec ce qui m’entoure. Je respire profondément  la sérénité et le calme silencieux du moment. Choses rares dans nos villes. 

 

Quelques oiseaux risquent  un  petit chant timide. Un huard sur le lac, pour sa part, ne se gêne pas pour clamer ses droits. La voûte céleste rougit peu à peu et les brumes se dandinent ici et là. Un merle discipliné  parcoure le terrain à la recherche de sa pitance.
Les silences de  l’aube s’éclipsent devant les sons de la Vie .L’horizon  offre un spectacle grandiose de couleurs inimaginables. L’astre du jour a bien préparé sa cour et sa venue .La joie immense explose en même temps que l’apparition des premiers rayons de lumière de ce dernier. Encore enfouies dans des bosquets, des ombres retardataires  s’accrochent. Ce n’est qu’une question de minutes. Soudainement  un arc de feu apparaît  sur la ligne horizontale du paysage : il est là. Le soleil se lève enfin sur la terre. Je suis à admirer ce décor  sensationnel  et suis absorbé par les coloris des effets des rayons du cercle de feu. Je n’ai pas entendu  ni entrevu  la venue d’un autre résident du Monastère qui s’approche. Concentré et en contemplation il  respecte mon moment d’intimité. 

 

Un geai bleu vient me tirer de ma méditation .Son cri strident me fait détourner la tête en direction de l’homme assis  à une table plus loin. Je le salue d’un petit signe de la tête. Il me répond aimablement avec un sourire. Je retourne mes yeux vers la scène de beautés d’aquarelles .Le ciel bleu d’azur fait éclater les couleurs ahurissantes  de majestueux lever  de soleil. Les oiseaux chantent tous en chœur sa bienvenue. Je prends une bonne respiration et  ressens les bienfaits des éclats de kaléidoscope  momentanés. Quel bonheur. Le silence est bienfaisant et réparateur tout en gratitude. Je me lève et va rejoindre l’autre résident en contemplation  lui aussi. Je  l’aborde tout doucement : 

 

-Bonjour, quel spectacle ne trouvez-vous pas ? Il me regarde et me répond : 

 

-Oui c’est magnifique. C’est ma première visite au Monastère et un de mes amis m’avait dit de venir voir les levers de soleil  et je ne regrette pas. Et vous c’est votre première visite ? 

 

-Non, non ce n’est pas  la première fois. À toutes les fois que je viens ici, le matin après les Vigiles c’est ce que je fais. C’est un moment  fabuleux de la journée. Il  me regarde et me demande : 

-Les Vigiles ce sont les premières prières du  matin ? 

-Oui  elles sont  à cinq heures. Alors nous nous levons  à  quatre heures trente environ. 

Abasourdi mon interlocuteur me demande : 

-Vous vous levez  à  quatre heures trente ? Mais vous devez être fatigué dans la journée ? 

Je ris de bon cœur et lui dit que le midi je fais une petite  sieste et que le soir je me couche vers huit heures trente, alors je fais ma nuit. 

Me fixant il me demande : 

 

- Êtes-vous moine en civil ? 


Et il se met à rire. 


- Non je suis un résident comme vous mais lorsque je viens ici je suis ce que font les moines du moins à ce qui a attrait aux offices. Vous avez ,eux le font  à l’année longue, toutes les semaines et à chaque jour. C’est leur choix, leur vie. Et vous appréciez-vous votre visite ? 


Il  me dit que le lendemain il essaierait. Notre conversation se dirige vers ce qu’il vit depuis quelques mois. Il  est retraité depuis peu, ayant soixante cinq ans, et venait de perdre son épouse l’année auparavant. Encore dans son deuil, il se sent désemparé c’est alors qu’il a décidé de venir faire un séjour au Monastère pour chercher du réconfort et prier. Il dit qu’il sent la dépression s’accaparer de lui et qu’il s’enfonce dans le noir. Je sens ses désarrois et ses inquiétudes. Il me dit qu’il cherche la Lumière au bout du tunnel et  sait qu’elle existe. Je l’écoute tout en appréciant  la nature qui se réveille et la Lumière qui éclate de partout. Il me dit qu’il possède une très grande maison mais que maintenant  cela n’a plus aucun sens pour lui depuis le décès de celle qu’il aimait. Il m’affirme que sa vie est anéantie. 

Je lui demande s’il en a parlé avec un moine et s’il s’est confié.
Il me répond par la négative. 

 


-Tu sais ils sont très ouverts et en même temps  toujours  à l’écoute  et bons conseillers. La souffrance ils connaissent. Ta vie n’est pas anéantie  tu recommences à nouveau. Tout comme l’aube  est les prémices de la Vie qui se refait tous les jours. Nos  épreuves nous aident à grandir et à renaître de nouveau. Les ténèbres  fuient devant la Lumière. Essaie aujourd’hui de parler avec un moine et  tu vas te rendre compte par toi-même, que la vie vaut la peine d’être vécue avec ou sans conjoint. L’amour  se perpétue de cette façon. Nous avons tous un petit ou un grand rôle à exécuter dans notre vie selon la Volonté de Dieu à nous d’écouter et de le faire. Oui le chagrin  est lourd  mais s’en remettre  au  Créateur pour nous supporter devient un pas très important. 

Le silence s’établit entre nous ; temps de réflexion. Le soleil  est devenu une admirable boule de feu toute vermillon  à l’horizon. Les oiseaux exécutent des acrobaties de saltimbanques tout en chantant de joies. Je regarde du coin de l’œil mon ami et je vois qu’une lueur d’espoir sort de ses yeux. Un écureuil vient nous quêter  des noisettes ou autres friandises que les visiteurs peuvent leur offrir. Nous sourions . Les rayons  traversent les bancs de brume au sol. Le temps avance et ce sera bientôt l’heure des Laudes. Je me lève et m’étire. Je dis à mon nouvel ami : 

- Bon, allons-nous joindre à la Communauté pour remercier Dieu de nous donner une si belle journée et aussi pour notre belle rencontre.
Il acquiesce et nous partons vers le Monastère .La cloche sonne l’office. Le soleil a pris sa place qui lui revient avec toute sa Lumière. 

 

 

Pierre D 

Les Ailes du Temps© 

3 octobre 2009

 

 

 

"Le regard des autres", 1er... |
Atelier permanent de lectur... |
Ilona, Mahée et Mila. |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose