Seul au Monde.

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Seul au monde 

Nous nous amusons comme des enfants en traînant nos pieds dans l’épais tapis  de feuilles mortes multicolores qui jonchent le sol. L’été indien est  à son apogée, le soleil nous galvanise de ses rayons bienfaisants. Nous déambulons, tout en douceur, vers le rivage  de la rivière. Je  ressens chez mon ami un vide incommensurable une peine  si peu dissimulée. Sa mère venait de  mourir quelques jours auparavant. Malgré son âge avancé, mon  ami, perçoit  la coupure brutale dans cette perte. Dans ces temps là les mots  sont souvent inutiles il n’y a que les gestes d’appui qui comptent. Une brise légère nous caresse la peau du visage. Arrivés à la hauteur d’un banc de parc nous  nous installons pour admirer le doux coulis de la rivière et les oiseaux entreprendre des acrobaties  seulement comme eux savent le faire. Quelques feuilles, encore accrochées aux branches, se balancent au gré du vent. Elles attendent une petite bourrasque pour décoller et aller rejoindre leurs consœurs sur le sol. Ce n’est qu’une question de temps. Nous ne parlons pas ; nous écoutons. Le piaillement des mésanges nous enchantent. Un goéland s’aventure près de nous, quêtant  une pitance que nous n’avons pas. Déçu il prend son envol vers le zénith  au dessus de la rivière. Je respire profondément ; j’adore ce temps de l’année. Mon ami, toujours calfeutré dans son  manteau avec son col relevé  et les yeux dans le vide, cherche mon regard. Nous échangeons un sourire timide. Je risque les premières phrases : 

-Et comment te sens –tu ? 

Il me regarde et me fixe : 

-Je suis comme au ralenti ; comme dans un rêve ou  un cauchemar plutôt. J’ai comme l’impression que je glisse hors de moi  et je peux me retenir nulle part. Tout va si vite, je ne peux suivre. L’évènement que je viens de vivre me rattrape peu à peu et tout ça me fait peur. Me comprends-tu ? J’ai envie de tout lâcher; de tout laisser aller. 

Pausé je ne réponds pas tout de suite laissant un temps de réflexion à mon cerveau. Je comprends sa grande peine .Il est comme cet explorateur qui traverse un désert ou une immense étendue dans l’Arctique.  J’avais lu un compte rendu d’expédition, un jour, sur un explorateur en Arctique   qui avouait :
‘’ À un moment donné tout est blanc autours de toi. Tu n’as plus de point de repère, c’est tout comme si tu étais plongé dans l’obscurité la plus totale. Tu dois concentrer toute ton attention à garder ton équilibre.’’   

J’en fais part à mon ami. 

-Nous savons que les grandes peines nous déséquilibrent et  nous nous sentons seuls au monde c’est dans ces moments là que la prière nous est  indispensable. Nous essayons de maintenir un lien toujours concret avec Dieu.
Nous avons et nous aurons toujours l’espoir .Les situations évoluent et le temps arrange toutes les choses. 
Un silence complice s’établit entre nous. L’air est complaisant et le spectacle de la nature nous rassure.   Mon ami reprend : 

- Tu sais, pour ma mère, j’étais son préféré de tous les enfants ? Elle m’a beaucoup aidé dans ma vie et, je crois, qu’elle continuera de le faire où elle est maintenant. 

Une larme se glisse doucement entre les poils de sa barbe longue de  trois jours. Il se  croise les bras et fixe les éclats brillants sur l’eau. Un couple de canards vient tout près de notre banc, ils sont accompagnés de leurs rejetons encore tout duvetés. Mon compagnon lève les yeux pour les saluer : 

- Bonjour la famille canard,  ils sont beaux les enfants. 


Il a un petit rire  communicatif ; me faisant sourire à mon tour et je  poursuis le dialogue : 

-As-tu déjà vu le film  Seul au monde avec Tom Hanks ? Tu sais ce film où le type se retrouve sur une île déserte pendant quatre ans après l’écrasement de son avion  dans l’océan Pacifique. -Oui, oui je me souviens de ce film. 

Alors je reprends : 

-Te souviens-tu de la  scène lorsqu’il est reparti de son île  sur son radeau en décrépitude  et que son ami Wilson (le ballon de volley) se détache et tombe à la mer. Une baleine vient le réveiller pour l’avertir. Il  s’aperçoit que son ami  est loin du radeau. Avec tout ce qu’il lui reste de force il plonge pour aller récupérer le ballon. Chemin faisant il voit que le radeau s’éloigne et y revient pour saisir une corde qu’il y avait fixée. Il retourne alors pour essayer d’attraper son ami à la dérive mais n’y parvient pas. Dans ses efforts il lâche la corde et s’éloigne de son embarcation de fortune. Sa vie est en jeu et il en est très conscient; son radeau c’est sa survie. Il plonge dans l’onde avec peine et misère ressaisit la corde qui le rattache à sa vie : son radeau. Il n’a pas le choix que de laisser aller son ami à la dérive ce qui le rend extrêmement triste.
Je crois que pour nous, aussi les humains, nous devons laisser aller ceux qui partent pour le grand voyage et qui s’en vont dans l’au-delà. Nous sommes tous et toutes de passage sur cette terre. Nous devons nous accrocher, nous raccrocher  à la Vie. Et notre lien, notre corde reliée au radeau de la Vie  est la prière. Oui dans ces moments nous nous sentons seuls au monde, oui nous avons cette souffrance qui nous aveugle. Mais ne lâchons pas la corde salvatrice. Il y a toujours une lumière éblouissante au bout du tunnel sombre.

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Je garde le silence à présent. Je vois le soleil faire danser des millions de petits cristaux à la surface de l’eau. Un beau canard à collier blanc remonte la berge et vient nous tirer une belle révérence. Mon ami sourit et se sent un peu soulagé : 

-Et si on allait prendre un bon café ? Mais  avant on va marcher dans les feuilles. 

Pierre D. Les Ailes du  Temps© 

Laval 20 octobre 2009 

               

 

 


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3 commentaires

  1. canelle49 dit :

    Bonjour Pierre, merci pour ce magnifique texte rempli d’amour, les paroles s’envolent mais les écrits restent, que reste à jamais notre amitié.

    A bientôt, Helene

    Dernière publication sur air du temps : Un cri d'amour !

  2. ailesdutemps dit :

    Merci Hélène,

    et…………

    Lâches pas la corde !

    Pierre

  3. alyze dit :

    Bonjour Pierre
    tres beau texte
    Alyzé

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