Dans les petits pots…!

Dans les petits pots...! dans Liens colibri4

Dans les petits pots…!

Les brumes matinales encore chauffées par les rayons bienfaisants du soleil escaladent l’atmosphère en tourbillonnant comme des danseuses de ballet. La nature, en pleine effervescence, offre ses charmes à quoi veut bien les admirer. Les geais bleus crient à tue-tête dans la cime des conifères. Le silence, ainsi craquelé, se sent dépossédé. Les oiseaux ont pris toute la place et une douce brise se fait maintenant ressentir transportant les effluves des fleurs sauvages et de l’humus de la forêt. Une chouette qui vient de terminer son quart de travail lance son houhou en avertissant qu’elle va bientôt se retirer. Un écureuil traverse le sentier en panique devant les promeneurs. Des rayons translucides de l’astre du jour se faufilent entre les chênes et les érables. La vie s’étiole tout doucement comme le jour avance.
Sophie et sa mère Laurianne s’introduisent à pas feutrés dans ce monde enchanté de la forêt au petit matin.

Leurs yeux, tout en mouvements, sont dans l’incapacité de s’immobiliser sur aucun objet tellement il y a myriade. Leur ouïe perçoit une immensité de sons aussi différents les uns que les autres. Le chemin terreux les amène face à une minuscule cascade se terminant en une fugace chute d’eau. Le petit ruisseau, bordé de magnifiques plantes et fleurs, coule paresseusement en étant le lieu de désaltération des oiseaux et petits mammifères. Les deux filles font une halte pour goûter la sérénité de l’endroit calme. Elles se dirigent vers une énorme roche pour s’y installer ; tout près d’un bosquet de fleurs sauvages. Le rayonnement du soleil se mire dans les tourbillons des remous de la source .Des mésanges, excités, s’attroupent dans les branches des buissons .Leur concert ressemble à une assemblée publique où il a controverse. Sans crier gare, ils s’envolent terminer leur discussion plus loin. Occasion pour Sophie et Laurianne d’échanger un sourire aux coins des lèvres. L’été débutera dans quelques semaines et la fin de l’année scolaire achève, au grand contentement de Sophie. Laurianne éprouve beaucoup de fierté pour sa fille qui termine cette année son secondaire avec brio.
Enfouies dans leurs pensées respectives elles entendent, à tour de rôle, des bourdonnements à basses intensités mais n’y portent pas plus qu’il n’en faut de l’attention.
Elles s’imaginent que ces bruissements viennent de gros insectes. Une loutre vient détourner leurs regards. Elle plonge dans l’onde et se faufile entre deux roches sous l’eau. Les bourdonnements reprennent de plus belle inquiétant les deux admiratrices de cette nature. Laurianne s’exclame :
-Je te dis que les moustiques sont énormes cette année avec les bruits qu’ils font !
Elle éclate de rire suivie de Sophie un tantinet inquiète qui en rajoute :
-Mais qu’est ce qui peut bien faire tout ce boucan ? J’ai l’impression que ça vient me passer tout près de la tête et des oreilles.
Le calme revient et les bruits ont cessés. Elles fixent le roulis de la minuscule chute qui les hypnotise. Sophie reprend :
-Maman j’ai un travail de fin de session à remettre dans quelques semaines et je n’ai aucune idée d’un sujet. Je me sens à court d’inspiration et je ne veux pas paniquer. J’ai rédigé beaucoup de travaux cette année et là je suis un peu désemparée pour trouver un sujet des plus intéressants. Je sais que Valérie nous parlera de son cheval de compétition et de ses exploits cavaliers. Elle le fait toutes les années depuis que nous sommes ensembles à l’école .Elle va surement nous parler de son énorme étalon et de ses prouesses. Elle a beaucoup de chance de posséder un si bel animal et d’en faire l’apologie. Une pointe d’envie se faufile dans ses paroles. Laurianne en saisit le sens et laisse Sophie terminer.
Cette dernière garde silence, attendant une parole de sa complice de toujours.

Un bourdonnement les fait bondir toutes les deux sur leurs jambes. Elles se regardent, curieuses, et décident d’en avoir le cœur net. Elles regardent tout autour d’elles examinant les roches, arbres, arbustes et l’eau. Elles ne voient rien. Laurianne décide d’aller explorer un peu plus en avant, à quelques mètres, elle se dirige vers un buisson qui camoufle une talle de lis sauvages. Elle s’arrête nette et saisie de surprise elle appelle Sophie en murmurant :

-Sophie, Sophie vient voir…..viens voir! Marche tout doucement pour ne pas faire de bruit.

Sophie s’approche comme une indienne à la chasse. Elle se place à la hauteur de sa mère et toutes les deux ont une vision presqu’angélique de la beauté de la scène. Un amas de lis blancs est l’hôte généreux à de colibris à gorge rouge.

Autour d’elles les fragiles oiseaux bourdonnent à une vitesse inimaginable. Lorsqu’ils vont cueillir, avec leur long bec courbé, le nectar des fleurs ils semblent immobiles dans les airs. Leur battement d’ailes si rapide les fait suspendre comme des astronautes dans l’apesanteur. Leur plumage émerveille Sophie et Laurianne. Elles ne parlent pas ni ne bougent pas pour ne pas chasser les frêles oiseaux. Le spectacle fascine et émeut tout à la fois. Les va et vient sont interminables. De montées en descentes les oiseaux mouches parcourent la touffe des lis blancs de tous les sens en étant sûrs de ne rien manquer. Leur dos vert métallique brille aux rayons du soleil. Un colibri, en explorateur, vient jeter un coup d’œil aux deux femmes qui restent coites. D’un zig- zag rapide il retourne vers le trésor des lis majestueux. Laurianne fait signe à Sophie de se retirer tout en douceur pour aller se réinstaller sur leur gros caillou près de la chute d’eau. Besogneux, les colibris, les ignorent.

Assisses à nouveau, Sophie soupire de contentement. Elle brise le silence tout en surveillant les oiseaux qui s’articulent toujours dans leurs vols pour leur récolte :
-Et que penses tu, maman, de ce que j’ai t’ai demandé il y a quelques instants ? Sur quel sujet devrais-je me concentré pour mon travail de fin d’année ?
Laurianne, encore sous le joug de la beauté qu’elle venait d’admirer, regarde sa fille dans les yeux et lui dit :
-Mais tu viens de le trouver ton sujet, tu l’avais devant tes yeux il y a quelques instants. Tu as vu les colibris, tu les as regardés à l’œuvre. Ce ne sont que des petites bêtes qui ont un poids de quelques grammes et qui exécutent des prouesses inimaginables. En plus ils appartiennent à la nature et nous avons tout le loisir de les admirer dans toute leur splendeur. Regarde ce qui nous entoure présentement n’est ce pas magnifique ? Tout ce beau royaume nous appartient tout en étant pas à nous. Lorsque nous naissons nous n’avons rien et lorsque nous disparaîtrons nous n’aurons rien non plus. Mais pendant l’instant présent que nous vivons nous pouvons en jouir pleinement.
Si Valérie aime et cajole son cheval c’est très bien, comme tu dis ; elle ne l’amènera pas avec elle lorsqu’elle partira elle aussi. C’est important de ne pas l’envier et, au contraire, d’être heureuse pour elle. Et, il est vrai qu’il est extraordinaire son cheval, tu en conviendras. Mais ce n’est que temporaire. Il faut profiter de l’instant présent et vivre le détachement en tout et partout. Les oiseaux que nous venons de voir sont de créatures de Dieu ; nous aussi.
Sophie, pensive, rajoute :
-Tu as raison pour Valérie c’est ma meilleure amie. Je crois que tu viens de me donner une belle façon de voir les choses.
Parce que je ne trouve pas je m’en prends aux autres .S’ouvrir les yeux pour voir nos propres capacités et s’accepter avec notre potentiel. S’accepter avec nos forces et nos faiblesses. Voir dans le petit les grandes choses.
Laurianne reprend :
-Et si nous continuons notre route pour aller déjeuner ? Mais avant faisons encore une petite halte vers les lis. J’aimerais en rapporter un, il t’inspirera.
Sophie acquiesça.
Elle produisit, cette année là, un travail magnifique qui la suit encore aujourd’hui. Évidemment le sujet en était : dans les petits pots les meilleurs onguents.

Pierre D
Les Ailes du Temps©
Laval, 15 novembre 2009

 


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