Tendre la main.

Tendre la main

Tendre la main ! 

Mes pas m’ont conduit vers un endroit familier ce soir, non par obligation mais bien par nécessité. Je viens de pénétrer dans une salle de réunions des AA  non loin de chez moi. La lumière blafarde des néons pince les yeux. Une douce chaleur serpente le long des murs tapissés d’images et de dessins. Nous sommes dans une salle communautaire d’un centre pour loisirs. Les chaises alignées sur une douzaine de rangées attendent patiemment  les gens. Je me dirige vers la table à café et collations. Un membre AA  se présente et je lui rends la réciproque. Il me verse le liquide dans un verre  de carton  tout en me souriant. Je ne réponds pas à son invitation de converser ; je ne me sens pas l’âme à parler à qui que ce soit. Je me dirige vers une chaise, tout au fond de la salle,  pour essayer de faire le calme à l’intérieur de moi je me sens  bouleversé. J’enlève mon manteau et l’installe sur le dossier de la chaise; il pendouille avec mes poches la gueule béante ouverte.

Je m’installe  au creux de la chaise souhaitant ne pas rencontrer trop de gens qui me connaissent. Je sirote mon café brûlant en petites lampées. Mes pensées virevoltent dans ma tête. Ce soir est le premier anniversaire de notre séparation, Diane et moi, mes émotions sont à fleur de peau. Nous formions, pourtant, un couple qui s’entendait assez bien. Mais voilà que, l’an passé, elle décide de briser  notre alliance pour se retrouver dans les bras d’un  homme de plusieurs années plus jeune que moi.  Toute cette mésaventure de cette séparation est arrivée assez vite que j’en ai vu que du feu. Je me suis retrouvé seul, tout fin seul, dans notre grand logement habitué de nous voir s’aimer. Une boule vient me serrer la gorge  et j’avale un peu de café tout en dissimulant ma peine .La tempête émotionnelle va bon train dans mon esprit, et ce, depuis un an. Suite à cette déception, cette trahison, j’ai senti l’échec de notre relation et le rejet. La vie n’avait plus beaucoup de sens à mes yeux meurtris par les larmes. Je respire profondément en silence et en expirant doucement. Les gens commencent à arriver pour la réunion. La salle se remplit en douceur .Les gens sont souriants et quelques uns s’esclaffent dans un coin. Je suis là de corps mais non d’esprit. Un an me lance le brouhaha de la salle. Je retourne à mon bilan. Je cherche, encore, ce qu’il y a bien pu se passer pour que notre union éclate de la sorte. Je ne trouve pas de réponse. Je me suis placé devant un arbre qui me cache la forêt. Je  me blâme pour cet échec et pourtant, comme m’avait si bien dit une de mes amie, dans un couple c’est cinquante, cinquante. Dans ces circonstances  nous sommes prêts à prendre toutes les fautes sur notre dos. 

Ma tasse de café est presque vide et je regarde vers la table à café où s’est agglutiné plusieurs personnes attendant de se faire servir; je vais  patienter. Le tourbillon de mes  états d’âme me rattrape .Des myriades de bons  souvenirs explosent dans ma tête. Une larme se glisse furtivement sur ma joue, je me dépêche à l’irradier de mon visage. Je regarde autours de moi pour vérifier que personne ne m’a vu. Une gentille dame vient me saluer tout en me demandant comme je vais. Je lui mens et elle retourne vers ses amies qui l’accompagnent. Elle ressemble étrangement à Diane et me ramène instantanément  l’image de celle qui m’a quitté. Je me demande ce qu’elle fait aujourd’hui, où est-elle, est-elle heureuse ? Il y a quelques mois  je suis allé consulter son profil sur un réseau social sur internet et l’ai aperçue avec son nouveau compagnon.

Il s’appelle Antoine  et a fière allure. Sur ce site internet paraissait plusieurs photos du couple s’entrelaçant. Une pointe de jalousie et d’envie  se sont accaparé de moi et j’ai, d’un geste brusque, éteint mon ordinateur. Je ne  connais pas ce jeune homme et il ne me connaît surement pas. 

Je me lève, sortant de ma torpeur, et me dirige vers la cafetière  pour me verser un deuxième café.  En arrivant vers la table j’aperçois un homme qui s’est isolé à l’arrière de la salle .Il semble bouleversé et en grande peine. Il a les yeux hagards et cherche à éviter les autres. Mon image quoi. Je remercie le serveur de café et va pour me diriger vers ma chaise. Je change d’idée et m’oriente vers le solitaire qui détourne son regard déjà fuyant. Je  m’approche tout doucement. Je vois qu’il n’est pas rasé depuis plusieurs jours .Il est mal à l’aise et a les gestes gauches. Il renverse un peu de café, de ses mains tremblantes, par terre mais ne s’en soucie pas. Ses yeux expriment une tristesse à fendre l’âme. J’hésite. Je l’aborde. La cacophonie des voix de la salle nous rejoint. Je m’approche  de lui et d’un éclair je le reconnais.
C’est Antoine le nouveau compagnon de Diane. Mon sang ne fait qu’un tour dans mes artères. Je pense à m’éloigner. Je me présente à lui et il me répond en chuchotant, presque, je suis Antoine  et c’est la première fois que je viens ici. 
Nos regards se croisent et je souhaite de tout cœur qu’il ne me connaisse pas ou ne me reconnaisse pas .Je lui dit : -C’est ta première réunion Antoine ? Il me fixe et me dit : -Oui, j’ai de graves problèmes avec l’alcool et je viens de perdre mon emploi.  Un sentiment de découragement se lit dans les traits de son visage .Je le laisse prendre son souffle. Il  ingurgite son café comme on boit de l’eau. Il reprend : -Tout allait bien dans le meilleur des mondes, je suis en amour et nous allions acheter une belle petite maison….. Un souffle d’anéantissement vient me balayer le cœur mais je reste stoïque ; je l’écoute car il a besoin qu’on l’entende. Des idées saugrenues  viennent m’effleurer l’esprit   mais je pense à ceux qui m’ont écouté dans mes débuts d’abstinence. Il continue : 

-La semaine passée, lors d’un congrès de ma compagnie je crois que j’en trop rajouté à mes dires face à un de mes patrons et je me retrouve aujourd’hui en chômage. C’est une injustice et je n’apprécie pas. Je sais que je  bois  et  je descends surement vers ma destruction. Ma compagne  m’a laissé entendre qu’elle n’endurerait pas ce manège bien longtemps. Je ne sais plus où j’en suis .J’ai besoin d’aide et  quelqu’un m’a dit que je trouverais l’aide ici pour m’en sortir. 

Encore bouche-bée je l’écoute et je sais qu’il attend une réponse. Je ressasse mes idées et les clarifie .Je prépare mon petit laïus et dit posément : 

-Tu as bien fait de venir. Tu es au bon endroit. Nous allons te donner l’écoute. Car seul nous ne pouvons nous en sortir. Nous devons nous supporter les uns les autres, l’alcoolisme est  une maladie insidieuse hypocrite et  mortelle. 

Curieux, je lui pose la question : 

-Est-ce que tu me connais ? 

Il me dévisage, m’examine et me répond : 

-Non je ne te connais pas c’est bien  la première fois que je te vois. Pourquoi ? 

Je le regarde avec compassion et lui dit : 

-Pour savoir, il me semblait t’avoir vu en quelque part mais je me trompe. Tu sais nous avons les conseils de base ; ne prends pas ton premier verre pour aujourd’hui, c’est celui là qui amorce tout, fais des réunions et trouve toi un confident ou une confidente. Verbalise tes états intérieurs et surtout aide les autres. Nous avons un Mode Vie qui va changer ta vie. Toi et ta compagne vous pouvez faire des réunions ensembles et  vous entraider. Les expériences des uns et des autres nous fortifient. Tu as choisi le bon endroit et tu vas t’ouvrir à un monde nouveau qu’il te suffira de découvrir. Tu peux aller au coffret de littérature les gens vont te fournir ce que tu auras de besoin pour bien partir. Tu peux leur demander, aussi, de rencontrer celui ou celle qui s’occupe des nouveaux venus. Je te souhaite bienvenue et bonne chance. Et  beaucoup de bonheur, le plus beau est à venir. 

Antoine me regarde et me demande si je viens souvent à cette réunion. Je lui dis  que je ne suis  que de passage et  je ne demeure pas dans les environs. 

Je quitte Antoine qui semble rassuré, Il se dirige vers le responsable de la littérature et j’en profite pour m’éclipser. Je me glisse à l’extérieur le cœur léger comme un oiseau. Il neige de célestes flocons qui réaniment mon cœur d’enfant. Je me suis souvenu d’une parole d’un vieux membre AA qui m’avait dit : 

-Que ferais-tu si le pire de tes ennemis viendrait te demander de l’aide ? Tu le repousserais, tu l’ignorerais ou tu le rejetterais ? Je ne crois pas. Tu lui tendrais la main comme nous, nous te l’avons tendue. 


La chaîne continue. 
Pierre D. Les Ailes du temps© 28 décembre 2009 

 


Archive pour décembre, 2009

Noel.

Noel

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Paix et Lumière.

Pierre D.

Les Ailes du Temps(C)

Prisme…!

Hirondelles

 

Prisme…! 

Mai avec ses couleurs tendres. Les bourgeons  peinent à sortir et  éclater. Les arbres  sont vêtus d’un tissu vert pâle contrastant sur les restes et reliquats de l’hiver. L’herbe, sous nos pieds,  d’un petit jaune agonisant,  laisse ressortir des brins  verts étincelants. La nature revit, ainsi que les animaux, les oiseaux et les humains. Le soleil réchauffe cœur et âme. Une énergie électrisante s’empare de toutes les créatures. Les rives de la rivière regorgent de nouvelles poussent d’herbes sauvages d’où fourmillent des myriades d’insectes heureuses elles aussi de l’arrivée de la nouvelle saison. Tout bourdonne  de vie et de lumière. Je m’engage sur le petit sentier qui s’étiole sur  le bord de l’eau pour entreprendre ma marche quotidienne. Aller et retour j’y compte  deux cents quarante six pas. Je me place, sous les arbres,  au début de la  piste, d’un pas léger  au commencement j’articule mon calcul  à coup  de douze pas à la fois. Je démarre ma randonnée de ce jour. 

Cette discipline  me permet de demeurer dans mon moment présent  et ainsi  de chasser  les idées saugrenues qui pourraient m’assaillir tout en  gardant la forme mentale et spirituelle. Je fais un aller en humant les effluves doux de la nouvelle végétation. Rendu à l’extrémité du sentier  je tourne sur moi-même  et continue mon manège. Je compte mes pas tout haut  en murmurant. Le ciel d’un bleu azur, sans nuage, m’encourage à continuer. Au bout de l’allée, des oiseaux se chamaillent et piaillent  comme si on entendait un rire d’enfants. Je passe sous les branches d’un érable en plein éveil  et je  sens un petit claquement d’ailes près de mes oreilles. J’arrête  mon calcul et stoppe. Je cherche des yeux  l’insolent. Une hirondelle revient à la charge m’avertir que je suis sur son territoire. Je n’en fais pas trop de cas et continue ma marche.

Je vais jusqu’au bout du sentier et reviens. Arrivé sous l’étable encore la même scène se produit. Cette fois deux hirondelles viennent me haranguer de ne pas dépasser leurs frontières. Je passe outre  en leur disant  que je ne suis pas là pour leur faire de mal. Je reprends allègrement mon pas vers le fond de l’allée.

En me retournant, encore une fois, j’aperçois un homme d’un certain âge qui se dirige vers le banc de mes pensées et  méditations ; il  s’y installe .Je suis un peu déçu  et continue mes pas. Je croise l’étranger  qui semble quelque peu préoccupé. À l’extrémité du sentier je recommence ma déambulation ; un peu plus vite cette fois. Le rythme est bon et soutenu. Je recroise l’homme  vêtu d’un manteau léger de printemps .Il a  une casquette bleutée. 

Ayant fait mon demi tour au bout  de la piste, je lève les yeux vers le quidam  qui a les bras dans les airs et gesticule. Il vient de piquer ma curiosité. Il se jase à lui-même  tout en exécutant des gestes aléatoires comme s’il expliquait quelque chose à quelqu’un d’invisible. Je ne me surprends pas car ce n’est pas un phénomène rare de nos jours de voir un homme ou une femme se parler à eux-mêmes; la solitude est la pauvreté de notre société. Furtivement je me dirige, avec un peu d’inquiétudes, vers  mon gesticulateur. Arrivé à sa hauteur il se tait. Je suis à quelques mètres de lui lorsque, sans crier gare, mes hirondelles viennent me harceler encore une fois. Elles m’évitent de justesse. Je me protège avec mes mains. L’homme a vu mon manège et il me lance : 

- Venez vous asseoir, elles vont vous laisser tranquille.
  
J’acquiesce et viens le rejoindre sur le banc. J’en étais rendu, aussi, à mon temps de repos. Mes jambes, qui ont du mal à me supporter depuis un certain temps exigent une petite halte. Je jette, du coin de l’œil, un regard furtif à l’étranger. Il murmure des phrases inaudibles et ne semble pas agressif; ça me rassure. Il  garde silence et, tout en regardant le soleil danser sur les flots, il me lance :  -Les hirondelles au printemps n’aiment pas les intrus dans leur domaines vous savez ! Elles protègent leur progéniture. Lorsque je viens ici j’essaie de ne pas les importuner et de me faire allié avec elles. Je leur laisse la Paix et elles me laissent la Paix. Je vous regarde marcher vous venez souvent ici faire votre exercice ? C’est bien la première fois que je vous rencontre. Maintenant la glace est brisée et la conversation  s’entame aisément. Après de courtes présentations il me dit qu’il s’appelle Julien  et qu’il demeure non loin du parc. Je  fixe au loin la passerelle du parc de l’autre côté de la rivière. Des promeneurs s’y sont engagés et admirent le paysage .Je me nomme à mon tour et je réponds à sa question de ma présence ici : -Oui je viens régulièrement  marcher et prendre l’air. Je vous regardais, il y a un instant, et vous sembliez gesticuler  et discuter avec quelqu’un. Est-ce que je me trompe ou si c’est trop indiscret ? 

Un regard de grands yeux tristes paraît dans son expression   et il me dit : 

 -Non,  vous ne vous êtes pas trompé. J’essaie de m’expliquer un évènement qui s’est passé dans ma vie il y a de ça plusieurs années et m’interpelle ces jours ci. J’ai des difficultés à comprendre  comment  se  fait-il que les gens voient les choses d’une façon inusitée comme au travers d’un prisme ou d’un miroir déformant. Comment se fait –il que les gens interprètent  les faits selon leur bon vouloir et continuent à se mentir pendant des années et des années. Je me demande quelques fois si ce n’est pas  moi qui est fautif  ou manipule la réalité. Je ne vous embête pas avec mes récriminations ?  Je rassure  mon interlocuteur  et lui enjoints de continuer. Julien reprends : 

-Voyez vous  il y a plusieurs années  ma cousine et moi avions acheté une maison  dans un quartier  huppé de la ville. Nous étions comme des enfants avec un nouveau jouet et adorions s’en occuper et l’embellir.  Tout allait bien jusqu’au moment  où ma cousine rencontra  un amant. Pour ma part je fréquentais une jolie fille depuis un certain temps. Tout allait bien dans le meilleur des mondes. Nous nous étions accommodés, tous ensembles, pour le partage de la maison et des tâches. Jusqu’au jour ou de frictions ont surgit entre nous ; le cousin et la cousine. Prise de bec et  mésententes  sur  mésententes. Une journée tout a éclaté. Je suis allé me refugié chez ma copine, en attendant que la tempête passe. J’avais mes torts et elle, aussi, avait les siens. Je me sentais prêt à la fin de cette soirée fatidique de revenir à la maison et d’avoir une bonne discussion entre adultes. Julien me regarde et me dit : -Dites je ne  vous agace pas avec mon récit ? Je peux arrêter  vous avez. -Continuez, je suis toute ouïe. Nous sommes si bien sous le soleil et le spectacle de la nature en vaut la chandelle. Continuez,  j’ai beaucoup de temps. Julien reprends : 

- Lorsque je suis revenu à la maison  les lumières brillaient de tous leurs feux comme  si la maison était envahie par une foule immense. En entrant  délicatement dans le vestibule et en me dirigeant vers la cuisine  je vis les portes d’armoire toutes  béantes ouvertes. Je me suis alors dirigé vers la chambre de ma cousine et tous les tiroirs des commodes  montraient leur nudité. Ma cousine avait quitté l’endroit comme quelqu’un qui fuit les lieux d’un bombardement .Je me retrouvais tout fin seul dans cette grande demeure avec peu de moyens pour défrayer tous les coûts inhérents à l’entretien de cette chaumière. Mes revenus ne suffisaient pas  à équilibrer un budget sensé. Mais ce qui  pesait encore plus  c’est le poids cet isolement. Le fardeau de la trahison. Julien garde silence et les larmes lui coulent doucement sur les joues. Il vient de ressasser un  souvenir  douloureux de sa mémoire. Je lui touche l’avant bras et  l’encourage à continuer de verbaliser. Les hirondelles nous laissent un répit. Les goélands survolent les eaux calmes de la rivière. Il reprend avec un léger soupir : 

 -Une fois le choc passé  j’ai remis de l’ordre dans mes idées et dans la maison. Je me suis fait une liste de mes priorités et le lendemain  les mit à exécution. Évidemment je me devais de rencontrer ma cousine pour lui rappeler ses obligations envers le contrat que nous avions établi entre nous. Cette rencontre a eu lieu dans un restaurant  et nous avons discuté, tout en étant mal à l’aise l’un envers l’autre .Elle me dit qu’elle ne  pouvait défrayer  que seulement un mois des coûts et qu’elle me laissait la balance des frais; à mon grand dam. Elle me disait qu’elle allait vivre avec son amant et que  ses frais de subsistance étaient très élevés.  Le choix qui me restait était de vendre la propriété et d’en sortir.  Contraint, j’ai accepté car je n’avais  plus le choix.
Vous ne savez pas les jours, les soirs et les nuits, écrasé dans l’angoisse, par lesquels j’ai passés. Tous les tracas que je portais sur mes épaules. 

Si les murs de cette maison auraient pu parler ou s’exprimer, ils en auraient eu à conter des choses.  Dans ma salle de séjour un réverbère  transperçait sa lumière les rideaux verticaux  ce qui donnait une impression de barreaux de prison. Je me sentais comme un détenu sans chaîne et je roulais un immense boulet à mon pied. 
Julien prends une pause et soupire profondément.

Il me regarde et me dit : 

 - Vous savez c’est du passé tout ça. J’ai appris la détermination, la persévérance  et à espérer. J’avais le soutien de ma copine  qui m’a lassé tombé quelques mois plus tard .Je me sentais de plus en plus dépressif et vulnérable. Enfin j’ai réussi à me défaire, après quelques mois, de la maison et revivre une vie normale. L’aventure était bel et bien finie.
J’ai pardonné et oublié cette mésaventure avec les années. Ça n’a pas été facile. Mais voilà que dernièrement  Annie, ma cousine, me donne de ses nouvelles. Je ne l’avais pas revu depuis belle lurette. Elle m’écrit et me remémore cette partie de  l’histoire de la maison, se sentait –elle coupable je n’en ai aucune idée, et  me dit  qu’elle m’avait beaucoup aidé pour les frais ; ce qui est totalement faux. Depuis toutes ses années elle s’est fait  sa vérité, ses réalités et sa vision des choses. Mensonges; ce ne sont que des mensonges. 
Julien arrête, serre les poings et les mâchoires. Crispé, il ingurgite beaucoup d’air  pour se calmer. Il y réussit. Tout comme un lutteur au bout de ses forces il abdique .Il me regarde et se sent désolé. Je garde un silence respectueux  et, enfin,  je lui dis :     

-Vous savez les gens pour se donner bonne conscience déforment la  réalité Nous les humains trouvons toutes sortes d’excuses pour nos affres et nos déboires mais quand vient le temps de s’excuser profondément nous n’y sommes pas. Comme vous avez si bien dit, il y a un instant, c’est comme voir la vie au travers d’un prisme ou d’un miroir déformant. L’image que nous voyons est celle que nous voulons bien voir; pour se donner raison.         Vous avez appris la détermination et les responsabilités inhérentes  de votre transaction et c’est  beaucoup pour vous. Mais avez-vous réellement pardonné ? Avez-vous réellement fait le ménage en profondeur de cette histoire. Souvent  nous croyons que plus rien ne subsiste  d’expériences mais un fait, une note, une conversation nous ramène au même endroit où nous étions en ces temps là. La situation  exige de nous de régler le différent pour être en Paix. Voir les aspects positifs de ces mésaventures et s’en servir pour progresser.          C’est dans la souffrance et le difficile que les plus belles choses  éclatent. Voyez le travail de la nature, les froids sont passés et le soleil y met du sien .Les oiseaux s’emballent et nous donnent un spectacle inouï. Envoyez une bénédiction  à votre cousine  elle le mérite bien. Julien m’observe et je lui souris. Il m’avoue :

 - Oui vous avez raison. J’ai réappris, avec le temps à faire confiance .Là où il y a de la méfiance il n’y a pas d’amour. Je ne peux changer personne mais si moi je regarde ce que j’ai gagné avec cela, je peux aider quelqu’un qui passe sensiblement les mêmes choses. Je vous remercie de m’avoir écouté.
Je reviens souvent ici et au plaisir de rediscuter avec vous. 
  
Je regarde vers l’érable où perchent les hirondelles mais elles n’y sont plus. Je fais signe à Julien que je  reprends ma marche. Il me remercie encore une fois  moi aussi je le remercie de s’être confié de la sorte. Il est calme et pausé. Je me dis tout haut : 

-Où  en étais-je donc ?  Je recommence. Un, deux, trois,  quatre pas…. 

Une légère brise vient de se lever nous amenant  une fragrance  des  flots de la rivière. Les hirondelles sont à quelques pas  me surveillant du coin du bec. Les petits s’en viennent et ils les protègent.  Pierre D.  Les Ailes du Temps© 

Laval  19 décembre 2009 

 

Un mot …!

Espoir !

 

Un mot …!

Les flocons dégoulinent des branches dénudées des arbres endormis pour l’hiver. Ils me fascinent. Leur tourbillonnement m’étourdit. La lumière du lampadaire, d’un jaune blafard, essaie tant bien que mal de demeurer visible; la neige l’engloutit. Soirée hivernale de tempête qui exhibe ses charmes. Le sol, depuis peu, blanchit d’un épais tapis moelleux de neige cache son manteau d’automne pour la nouvelle saison. Temps de réflexion et de remise en question. Ce soir j’ai une invitée qui s’est arrêtée me voir et prendre un café. Elle a le tiers de mon âge mais sa maturité émotionnelle surprend. Nous sommes là, tous les deux, comme de grands amis à se faire la conversation. Aucun bruit de fond, ni télévision ni radio. Seulement le mécanisme de l’horloge qui bat les secondes et nous maintient bien en place dans notre réalité. Christine, ma nièce, cajole mon chat venu explorer son territoire pour bien voir l’intruse qui s’est immiscée dans la maison. Ils s’entendent bien maintenant et à merveille. J’en suis heureux. La jeune femme me fixe et me pose sa question lui brûlant les lèvres depuis son arrivée :

-C’est vrai mon oncle que tu ne consomme plus d’alcool depuis trente ans ?

Je plonge mon regard dans ses jolis yeux verts émeraude et lui réponds :

-Oui Christine, depuis trente ans je suis abstinent ; je ne parle pas de sobriété qui se traduit par équilibre mais bien d’abstinence. Il s’en est passé des choses depuis trente ans tu ne peux imaginer .Tu n’étais pas encore de ce monde, je me souviens de ta naissance et de ton baptême. Et que veux dire trente ans sinon une quantité dans le temps c’est du passé, écoulé qui ne reviendras pas. Ce qui est important c’est le moment présent, là, aujourd’hui.

Son esprit curieux la pousse à me poser d’autres questions, pour elle, plus pertinentes les unes que les autres :
-Comment en es-tu arrivé à arrêter ? Qu’est ce qui s’est passé ? Qu’as-tu fait ? Et….

Je ne la laisse pas finir :
-Oh là là ! Que de questions, d’interrogation et d’intrigues. Une chose à la fois si tu le veux bien.
-Oui mon oncle je voudrais savoir, tu sais, nous les enfants, nous ne te connaissons pas dans ce domaine là; tu en parles si peu souvent.

-Vois-tu Christine, parfois et souvent même, nous ne contrôlons pas ce qui peut nous arriver dans la vie. Nos chemins sont faits d’expériences et de décisions que nous prenons et, quelques fois, sans savoir le pourquoi des choses. Il y a trente ans j’avais le genre de standing social dont beaucoup de gens désireraient avoir. Oui j’ai fait des choses parfois inimaginables. Mais, sur ma route, est apparue une ennemie redoutable qui devait me rendre minable aux yeux de tous et à mes yeux. Cette ennemie c’est l’alcool. Cette rivale contre laquelle je me battais et débattais a fini par me rompre les os et provoquer ma chute incontestablement. Je me suis mis à descendre dans un puits profond. Ce vide ne pouvait contenir tout le liquide que j’y déverserais assaisonné de fumée de toutes sortes de drogues. Cette profonde cavité était le réservoir de mes émotions ; tel un trou noir dans l’univers. L’échelle de l’espoir se trouve au fond de ce gouffre du désespoir s’agit d’y aller et la trouver. C’est ce que j’ai fait.
-Je ne veux pas t’effrayer avec mes histoires tu sais ….
-Non, non continue.
Me dit –elle tout en se callant confortablement dans le divan avec le chat sur ses jambes. Ses yeux tout grands ouverts attendent la suite goulûment. Je poursuis.

-Lorsque tu te retrouve, seul, isolé et confiné dans une solitude harassante et écrasante au fond d’un appartement crasseux depuis des semaines, ta seule activité : consommer de l’alcool, il se passe des phénomènes se rapprochant des hallucinations. Il est temps que le temps d’attente de ta libération prenne fin. Ou tu continues et tu te suicide; ou tu te fais renfermer dans un asile, le choix n’est plus le tien. Ton ennemie t’a battu à plate couture. Si par malheur tu refuses d’abdiquer tu vas directement à ta perte. En ce mois de décembre d’il y a trente ans j’étais rendu à ce stade .Plus rien ne me maintenait en vie. Je ne voyais plus le beau, le calme et les couleurs. Tout était devenu noir et gris. Nous étions à l’approche de Noel et il me semblait que je ne verrais pas cette fête de la Nativité cette année là. Ma suite d’idées ne me conduisait pas vers un sapin mais bien vers un cimetière.

Je me promenais dans ce désert de pseudo-logement aux murs gris sales tout en pleurant les dernières larmes de mon corps. Arrivé devant le miroir de la salle de bain l’image qui m’a sauté à la figure a fait que j’ai démoli la glace d’un solide coup de poing. Plié en deux par la douleur je me suis écrié : ‘’ Ce n’est pas ça que je voulais faire de ma vie …..Ce n’est pas ça ! Envahit par le découragement ; je ne savais plus que faire.

Christine m’écoutait attentivement elle buvait mes paroles et s’exclame :

-Mais tu es ici aujourd’hui; tu es là.

Je pose mes yeux dans son regard inquisiteur et lui sourit :

-Eh oui ! Je suis bien là et vivant en plus. Il s’est passé une chose et j’ai beaucoup de difficultés à m’expliquer, aujourd’hui encore. Je suis resté dans cet état de léthargie quelques semaines jusqu’au quinze décembre au soir ; un samedi je me souviens. Et ce soir là j’ai ingurgité ma dernière bière et en la déposant dans la caisse vide à mes pieds je me suis dit : ‘’ C’est la dernière bière que je bois du reste de ma vie ‘’. Et effectivement je n’ai plus consommé d’alcool sous toutes ses formes depuis ce temps. Le lendemain je suis allé chercher du soutien ; parce que seul c’est quasiment impossible.

- Bravo ! Mon oncle c’est bien.

Je souris :
-Oh tu sais je n’ai aucun mérite. J’ai suivi les conseils que les gens me donnaient : ne pas prendre mon premier verre, m’éloigner des endroits qui servent de l’alcool pour un certain temps et faire tout cela une journée à la fois, rencontrer des gens qui vivent sensiblement les mêmes problèmes que moi; et laisses moi te dire que j’en avais des problèmes. Tout était à refaire, à reconstruire et à réapprendre. Parce que, oui, tu as tout à réapprendre .Du plus simple au plus complexe. Ta vie lorsque tu reprends conscience – façon de parler- est comme un immense champ de bataille où tout n’est que ruine et désolation. Tu dois apprendre à travailler avec ce que tu as et avoir de la persévérance ainsi que de la patience.
Tu as à faire face aux préjugés des gens qui t’ignorent et te repoussent. Il est évident que ton cheminement est pondéré d’avances et de reculs, de succès et d’échecs. Mais tu as un nouveau mode de vie pour y faire face, ce n’est plus une question d’alcool; car tu en es libéré mais bien de comportement ; c’est ce dernier qui t’a amené tout au fond du baril. Surtout l’orgueil et la complaisance .Apprendre à occuper ma petite place, à jouer mon petit rôle et bien le jouer.
Chose difficile pour quelqu’un qui voulait toute la place. Que tout soit en fonction de son égoïsme et son égocentrisme. Apprendre à être humble. Apprendre à accepter les hauts et les bas de cette vie qui, parfois semble un non sens. Apprendre, aussi, à faire confiance aux gens et à se faire confiance. Car la où il y a méfiance il n’y a pas d’amour. Il ne faut pas se leurrer et ne rien voir de qui nous sommes.
Les alcooliques sont des êtres charmeurs et très manipulateurs. Mais tout ce comportement se résume en une chose et c’est le manque d’amour flagrant qu’ils vivent. Un manque d’amour de donner mais aussi de recevoir. Nous savons donner mais quand vient le temps de recevoir nous pensons toujours que les autres veulent nous contrôler et nous résistons et les rejetons. C’est alors que nous nous sentons rejetés par les autres mais le problème vient de nous. Nous sommes différents de la majorité des gens, nous sommes extrêmement sensibles et nous avons les émotions à fleur de peau.

Mon interlocutrice me regarde avec ses yeux câlins et me demande :

-Pour toi quel est le mot qui pourrait contenir tout ce que tu as vécu depuis le début de ton abstinence et ton cheminement jusqu’à aujourd’hui ?

Les flocons de neige viennent exécuter une danse folle à ma fenêtre. Une mini tornade s’est élevée à l’extérieur entraînant dans sa spirale la neige qui se débat pour en sortir .Dans mes pensées je songe aux moments vécus depuis ces années et le mot qui me vient à l’aidée est : espoir. Je regarde le chat qui dort à griffes fermées et soupire :

-Le mot qui décrirait ce qui m’a maintenu en vie depuis ce temps est l’espoir. L’espoir d’un temps meilleur et l’espoir d’une vie heureuse en rendant service aux autres. Donner sans espoir de retour et recevoir sans espoir de rendre un jour .Et je sais que je suis en dette envers beaucoup de gens .Dettes d’argent parce que beaucoup de gens m’ont aidé et m’aident encore, je sais que je pourrai jamais leur rendre ce qu’ils m’ont donné ou prêté et, cela, sans mauvaises intentions.

Leur temps qu’ils m’ont alloué à m’écouter et à me consoler je sais, pour ça aussi, que je pourrai jamais leur en rendre le centuple. Oui je suis en dette envers beaucoup de gens et m’en excuse vis-à-vis d’eux. J’ai fais ce que je croyais bien faire et, aujourd’hui, je ne me sens pas coupable du tout de toute cette situation. J’ai beaucoup de gratitude envers eux et envers Dieu.
Lorsque j’ai pris mon dernier verre en ce mois de décembre, il y a trente ans, je mourais à moi-même pour devenir un autre. Guidé par une Puissance Supérieure qui m’appelait depuis plusieurs années; je n’écoutais pas ; je l’ignorais au point de la rejeter.
Tu sais, je te disais que nous étions à la veille des fêtes, je pensais : ‘’ si je passe au travers de cette épreuve des fêtes sans consommer, je pourrais traverser n’importe quel obstacle qui se dresserait dans ma vie’’. J’avais l’espoir que le plus beau était toujours à venir; je ne me suis pas trompé et je n’ai pas été trompé.

Cette nuit là, je me suis éveillé pour mes petits besoins et dans mon appartement de pauvre une lumière éclatante y régnait. J’ai donc fait une prière à Jésus dont on fêterait la naissance prochainement de venir m’aider. Et ça marché.
Toutes ces années passées, ces trente ans, n’ont pas toujours été roses ou de belles couleurs de l’arc en ciel. J’ai connu des épreuves diverses mais j’étais guidé et soutenu par cette Puissance Supérieure, qui pour moi aujourd’hui est le Christ. Et surtout j’avais et j’ai toujours l’espoir. Je ne me suis jamais attaché au matériel et au temporel.
Voir ce qui nous entoure resplendit de beauté et de belles choses. La vie éclate de partout et c’est à nous d’y voir.

Un silence complice s’est maintenant installé entre nous. Ma jeune nièce semble pensive. Les paroles que je viens de prononcer l’envahissent. Un beau sourire frondeur se dessine sur son visage :
-Tu viens de me faire le plus beau des cadeaux de Noel sans le savoir. Tu sais, nous les plus jeunes, nous en sommes loin de ce que tu viens de me dire. Pour nous il y a bien des choses qui se sont perdues dans la nuit des temps.

Nos dieux factices reposent sur des trucs éphémères et sans valeur. Passagères ces valeurs guident notre vie et, souvent, nous en sommes désorientés et perdus. Nous trouvons vieux jeu tous ceux et celles qui nous parlent de Dieu et du Christ. Mais avec ce que tu viens de me dire je vais me renseigner.

Souriant à mon tour et émerveillé j’observe la jeune femme qui réfléchit .Elle aussi vient de me faire le plus beau cadeau que tous aimerait recevoir : l’espoir.

La petite tempête laisse la place au silence de soir d’hiver et aux lumières d’arbres de Noel qui se balancent sous une brise légère. Tous leurs feux scintillent dans la nuit. Mon invitée me quitte bien emmitouflée pour affronter le froid. Je la serre bien fort contre moi et nous échangeons des vœux d’espoir.
Je retourne à ma fenêtre et fais une prière au Christ de la protéger.

Pierre D.
Les Ailes du Temps©
Laval, 11 décembre 2009

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