Un mot …!

Espoir !

 

Un mot …!

Les flocons dégoulinent des branches dénudées des arbres endormis pour l’hiver. Ils me fascinent. Leur tourbillonnement m’étourdit. La lumière du lampadaire, d’un jaune blafard, essaie tant bien que mal de demeurer visible; la neige l’engloutit. Soirée hivernale de tempête qui exhibe ses charmes. Le sol, depuis peu, blanchit d’un épais tapis moelleux de neige cache son manteau d’automne pour la nouvelle saison. Temps de réflexion et de remise en question. Ce soir j’ai une invitée qui s’est arrêtée me voir et prendre un café. Elle a le tiers de mon âge mais sa maturité émotionnelle surprend. Nous sommes là, tous les deux, comme de grands amis à se faire la conversation. Aucun bruit de fond, ni télévision ni radio. Seulement le mécanisme de l’horloge qui bat les secondes et nous maintient bien en place dans notre réalité. Christine, ma nièce, cajole mon chat venu explorer son territoire pour bien voir l’intruse qui s’est immiscée dans la maison. Ils s’entendent bien maintenant et à merveille. J’en suis heureux. La jeune femme me fixe et me pose sa question lui brûlant les lèvres depuis son arrivée :

-C’est vrai mon oncle que tu ne consomme plus d’alcool depuis trente ans ?

Je plonge mon regard dans ses jolis yeux verts émeraude et lui réponds :

-Oui Christine, depuis trente ans je suis abstinent ; je ne parle pas de sobriété qui se traduit par équilibre mais bien d’abstinence. Il s’en est passé des choses depuis trente ans tu ne peux imaginer .Tu n’étais pas encore de ce monde, je me souviens de ta naissance et de ton baptême. Et que veux dire trente ans sinon une quantité dans le temps c’est du passé, écoulé qui ne reviendras pas. Ce qui est important c’est le moment présent, là, aujourd’hui.

Son esprit curieux la pousse à me poser d’autres questions, pour elle, plus pertinentes les unes que les autres :
-Comment en es-tu arrivé à arrêter ? Qu’est ce qui s’est passé ? Qu’as-tu fait ? Et….

Je ne la laisse pas finir :
-Oh là là ! Que de questions, d’interrogation et d’intrigues. Une chose à la fois si tu le veux bien.
-Oui mon oncle je voudrais savoir, tu sais, nous les enfants, nous ne te connaissons pas dans ce domaine là; tu en parles si peu souvent.

-Vois-tu Christine, parfois et souvent même, nous ne contrôlons pas ce qui peut nous arriver dans la vie. Nos chemins sont faits d’expériences et de décisions que nous prenons et, quelques fois, sans savoir le pourquoi des choses. Il y a trente ans j’avais le genre de standing social dont beaucoup de gens désireraient avoir. Oui j’ai fait des choses parfois inimaginables. Mais, sur ma route, est apparue une ennemie redoutable qui devait me rendre minable aux yeux de tous et à mes yeux. Cette ennemie c’est l’alcool. Cette rivale contre laquelle je me battais et débattais a fini par me rompre les os et provoquer ma chute incontestablement. Je me suis mis à descendre dans un puits profond. Ce vide ne pouvait contenir tout le liquide que j’y déverserais assaisonné de fumée de toutes sortes de drogues. Cette profonde cavité était le réservoir de mes émotions ; tel un trou noir dans l’univers. L’échelle de l’espoir se trouve au fond de ce gouffre du désespoir s’agit d’y aller et la trouver. C’est ce que j’ai fait.
-Je ne veux pas t’effrayer avec mes histoires tu sais ….
-Non, non continue.
Me dit –elle tout en se callant confortablement dans le divan avec le chat sur ses jambes. Ses yeux tout grands ouverts attendent la suite goulûment. Je poursuis.

-Lorsque tu te retrouve, seul, isolé et confiné dans une solitude harassante et écrasante au fond d’un appartement crasseux depuis des semaines, ta seule activité : consommer de l’alcool, il se passe des phénomènes se rapprochant des hallucinations. Il est temps que le temps d’attente de ta libération prenne fin. Ou tu continues et tu te suicide; ou tu te fais renfermer dans un asile, le choix n’est plus le tien. Ton ennemie t’a battu à plate couture. Si par malheur tu refuses d’abdiquer tu vas directement à ta perte. En ce mois de décembre d’il y a trente ans j’étais rendu à ce stade .Plus rien ne me maintenait en vie. Je ne voyais plus le beau, le calme et les couleurs. Tout était devenu noir et gris. Nous étions à l’approche de Noel et il me semblait que je ne verrais pas cette fête de la Nativité cette année là. Ma suite d’idées ne me conduisait pas vers un sapin mais bien vers un cimetière.

Je me promenais dans ce désert de pseudo-logement aux murs gris sales tout en pleurant les dernières larmes de mon corps. Arrivé devant le miroir de la salle de bain l’image qui m’a sauté à la figure a fait que j’ai démoli la glace d’un solide coup de poing. Plié en deux par la douleur je me suis écrié : ‘’ Ce n’est pas ça que je voulais faire de ma vie …..Ce n’est pas ça ! Envahit par le découragement ; je ne savais plus que faire.

Christine m’écoutait attentivement elle buvait mes paroles et s’exclame :

-Mais tu es ici aujourd’hui; tu es là.

Je pose mes yeux dans son regard inquisiteur et lui sourit :

-Eh oui ! Je suis bien là et vivant en plus. Il s’est passé une chose et j’ai beaucoup de difficultés à m’expliquer, aujourd’hui encore. Je suis resté dans cet état de léthargie quelques semaines jusqu’au quinze décembre au soir ; un samedi je me souviens. Et ce soir là j’ai ingurgité ma dernière bière et en la déposant dans la caisse vide à mes pieds je me suis dit : ‘’ C’est la dernière bière que je bois du reste de ma vie ‘’. Et effectivement je n’ai plus consommé d’alcool sous toutes ses formes depuis ce temps. Le lendemain je suis allé chercher du soutien ; parce que seul c’est quasiment impossible.

- Bravo ! Mon oncle c’est bien.

Je souris :
-Oh tu sais je n’ai aucun mérite. J’ai suivi les conseils que les gens me donnaient : ne pas prendre mon premier verre, m’éloigner des endroits qui servent de l’alcool pour un certain temps et faire tout cela une journée à la fois, rencontrer des gens qui vivent sensiblement les mêmes problèmes que moi; et laisses moi te dire que j’en avais des problèmes. Tout était à refaire, à reconstruire et à réapprendre. Parce que, oui, tu as tout à réapprendre .Du plus simple au plus complexe. Ta vie lorsque tu reprends conscience – façon de parler- est comme un immense champ de bataille où tout n’est que ruine et désolation. Tu dois apprendre à travailler avec ce que tu as et avoir de la persévérance ainsi que de la patience.
Tu as à faire face aux préjugés des gens qui t’ignorent et te repoussent. Il est évident que ton cheminement est pondéré d’avances et de reculs, de succès et d’échecs. Mais tu as un nouveau mode de vie pour y faire face, ce n’est plus une question d’alcool; car tu en es libéré mais bien de comportement ; c’est ce dernier qui t’a amené tout au fond du baril. Surtout l’orgueil et la complaisance .Apprendre à occuper ma petite place, à jouer mon petit rôle et bien le jouer.
Chose difficile pour quelqu’un qui voulait toute la place. Que tout soit en fonction de son égoïsme et son égocentrisme. Apprendre à être humble. Apprendre à accepter les hauts et les bas de cette vie qui, parfois semble un non sens. Apprendre, aussi, à faire confiance aux gens et à se faire confiance. Car la où il y a méfiance il n’y a pas d’amour. Il ne faut pas se leurrer et ne rien voir de qui nous sommes.
Les alcooliques sont des êtres charmeurs et très manipulateurs. Mais tout ce comportement se résume en une chose et c’est le manque d’amour flagrant qu’ils vivent. Un manque d’amour de donner mais aussi de recevoir. Nous savons donner mais quand vient le temps de recevoir nous pensons toujours que les autres veulent nous contrôler et nous résistons et les rejetons. C’est alors que nous nous sentons rejetés par les autres mais le problème vient de nous. Nous sommes différents de la majorité des gens, nous sommes extrêmement sensibles et nous avons les émotions à fleur de peau.

Mon interlocutrice me regarde avec ses yeux câlins et me demande :

-Pour toi quel est le mot qui pourrait contenir tout ce que tu as vécu depuis le début de ton abstinence et ton cheminement jusqu’à aujourd’hui ?

Les flocons de neige viennent exécuter une danse folle à ma fenêtre. Une mini tornade s’est élevée à l’extérieur entraînant dans sa spirale la neige qui se débat pour en sortir .Dans mes pensées je songe aux moments vécus depuis ces années et le mot qui me vient à l’aidée est : espoir. Je regarde le chat qui dort à griffes fermées et soupire :

-Le mot qui décrirait ce qui m’a maintenu en vie depuis ce temps est l’espoir. L’espoir d’un temps meilleur et l’espoir d’une vie heureuse en rendant service aux autres. Donner sans espoir de retour et recevoir sans espoir de rendre un jour .Et je sais que je suis en dette envers beaucoup de gens .Dettes d’argent parce que beaucoup de gens m’ont aidé et m’aident encore, je sais que je pourrai jamais leur rendre ce qu’ils m’ont donné ou prêté et, cela, sans mauvaises intentions.

Leur temps qu’ils m’ont alloué à m’écouter et à me consoler je sais, pour ça aussi, que je pourrai jamais leur en rendre le centuple. Oui je suis en dette envers beaucoup de gens et m’en excuse vis-à-vis d’eux. J’ai fais ce que je croyais bien faire et, aujourd’hui, je ne me sens pas coupable du tout de toute cette situation. J’ai beaucoup de gratitude envers eux et envers Dieu.
Lorsque j’ai pris mon dernier verre en ce mois de décembre, il y a trente ans, je mourais à moi-même pour devenir un autre. Guidé par une Puissance Supérieure qui m’appelait depuis plusieurs années; je n’écoutais pas ; je l’ignorais au point de la rejeter.
Tu sais, je te disais que nous étions à la veille des fêtes, je pensais : ‘’ si je passe au travers de cette épreuve des fêtes sans consommer, je pourrais traverser n’importe quel obstacle qui se dresserait dans ma vie’’. J’avais l’espoir que le plus beau était toujours à venir; je ne me suis pas trompé et je n’ai pas été trompé.

Cette nuit là, je me suis éveillé pour mes petits besoins et dans mon appartement de pauvre une lumière éclatante y régnait. J’ai donc fait une prière à Jésus dont on fêterait la naissance prochainement de venir m’aider. Et ça marché.
Toutes ces années passées, ces trente ans, n’ont pas toujours été roses ou de belles couleurs de l’arc en ciel. J’ai connu des épreuves diverses mais j’étais guidé et soutenu par cette Puissance Supérieure, qui pour moi aujourd’hui est le Christ. Et surtout j’avais et j’ai toujours l’espoir. Je ne me suis jamais attaché au matériel et au temporel.
Voir ce qui nous entoure resplendit de beauté et de belles choses. La vie éclate de partout et c’est à nous d’y voir.

Un silence complice s’est maintenant installé entre nous. Ma jeune nièce semble pensive. Les paroles que je viens de prononcer l’envahissent. Un beau sourire frondeur se dessine sur son visage :
-Tu viens de me faire le plus beau des cadeaux de Noel sans le savoir. Tu sais, nous les plus jeunes, nous en sommes loin de ce que tu viens de me dire. Pour nous il y a bien des choses qui se sont perdues dans la nuit des temps.

Nos dieux factices reposent sur des trucs éphémères et sans valeur. Passagères ces valeurs guident notre vie et, souvent, nous en sommes désorientés et perdus. Nous trouvons vieux jeu tous ceux et celles qui nous parlent de Dieu et du Christ. Mais avec ce que tu viens de me dire je vais me renseigner.

Souriant à mon tour et émerveillé j’observe la jeune femme qui réfléchit .Elle aussi vient de me faire le plus beau cadeau que tous aimerait recevoir : l’espoir.

La petite tempête laisse la place au silence de soir d’hiver et aux lumières d’arbres de Noel qui se balancent sous une brise légère. Tous leurs feux scintillent dans la nuit. Mon invitée me quitte bien emmitouflée pour affronter le froid. Je la serre bien fort contre moi et nous échangeons des vœux d’espoir.
Je retourne à ma fenêtre et fais une prière au Christ de la protéger.

Pierre D.
Les Ailes du Temps©
Laval, 11 décembre 2009


Archive pour 11 décembre, 2009

Un mot …!

Espoir !

 

Un mot …!

Les flocons dégoulinent des branches dénudées des arbres endormis pour l’hiver. Ils me fascinent. Leur tourbillonnement m’étourdit. La lumière du lampadaire, d’un jaune blafard, essaie tant bien que mal de demeurer visible; la neige l’engloutit. Soirée hivernale de tempête qui exhibe ses charmes. Le sol, depuis peu, blanchit d’un épais tapis moelleux de neige cache son manteau d’automne pour la nouvelle saison. Temps de réflexion et de remise en question. Ce soir j’ai une invitée qui s’est arrêtée me voir et prendre un café. Elle a le tiers de mon âge mais sa maturité émotionnelle surprend. Nous sommes là, tous les deux, comme de grands amis à se faire la conversation. Aucun bruit de fond, ni télévision ni radio. Seulement le mécanisme de l’horloge qui bat les secondes et nous maintient bien en place dans notre réalité. Christine, ma nièce, cajole mon chat venu explorer son territoire pour bien voir l’intruse qui s’est immiscée dans la maison. Ils s’entendent bien maintenant et à merveille. J’en suis heureux. La jeune femme me fixe et me pose sa question lui brûlant les lèvres depuis son arrivée :

-C’est vrai mon oncle que tu ne consomme plus d’alcool depuis trente ans ?

Je plonge mon regard dans ses jolis yeux verts émeraude et lui réponds :

-Oui Christine, depuis trente ans je suis abstinent ; je ne parle pas de sobriété qui se traduit par équilibre mais bien d’abstinence. Il s’en est passé des choses depuis trente ans tu ne peux imaginer .Tu n’étais pas encore de ce monde, je me souviens de ta naissance et de ton baptême. Et que veux dire trente ans sinon une quantité dans le temps c’est du passé, écoulé qui ne reviendras pas. Ce qui est important c’est le moment présent, là, aujourd’hui.

Son esprit curieux la pousse à me poser d’autres questions, pour elle, plus pertinentes les unes que les autres :
-Comment en es-tu arrivé à arrêter ? Qu’est ce qui s’est passé ? Qu’as-tu fait ? Et….

Je ne la laisse pas finir :
-Oh là là ! Que de questions, d’interrogation et d’intrigues. Une chose à la fois si tu le veux bien.
-Oui mon oncle je voudrais savoir, tu sais, nous les enfants, nous ne te connaissons pas dans ce domaine là; tu en parles si peu souvent.

-Vois-tu Christine, parfois et souvent même, nous ne contrôlons pas ce qui peut nous arriver dans la vie. Nos chemins sont faits d’expériences et de décisions que nous prenons et, quelques fois, sans savoir le pourquoi des choses. Il y a trente ans j’avais le genre de standing social dont beaucoup de gens désireraient avoir. Oui j’ai fait des choses parfois inimaginables. Mais, sur ma route, est apparue une ennemie redoutable qui devait me rendre minable aux yeux de tous et à mes yeux. Cette ennemie c’est l’alcool. Cette rivale contre laquelle je me battais et débattais a fini par me rompre les os et provoquer ma chute incontestablement. Je me suis mis à descendre dans un puits profond. Ce vide ne pouvait contenir tout le liquide que j’y déverserais assaisonné de fumée de toutes sortes de drogues. Cette profonde cavité était le réservoir de mes émotions ; tel un trou noir dans l’univers. L’échelle de l’espoir se trouve au fond de ce gouffre du désespoir s’agit d’y aller et la trouver. C’est ce que j’ai fait.
-Je ne veux pas t’effrayer avec mes histoires tu sais ….
-Non, non continue.
Me dit –elle tout en se callant confortablement dans le divan avec le chat sur ses jambes. Ses yeux tout grands ouverts attendent la suite goulûment. Je poursuis.

-Lorsque tu te retrouve, seul, isolé et confiné dans une solitude harassante et écrasante au fond d’un appartement crasseux depuis des semaines, ta seule activité : consommer de l’alcool, il se passe des phénomènes se rapprochant des hallucinations. Il est temps que le temps d’attente de ta libération prenne fin. Ou tu continues et tu te suicide; ou tu te fais renfermer dans un asile, le choix n’est plus le tien. Ton ennemie t’a battu à plate couture. Si par malheur tu refuses d’abdiquer tu vas directement à ta perte. En ce mois de décembre d’il y a trente ans j’étais rendu à ce stade .Plus rien ne me maintenait en vie. Je ne voyais plus le beau, le calme et les couleurs. Tout était devenu noir et gris. Nous étions à l’approche de Noel et il me semblait que je ne verrais pas cette fête de la Nativité cette année là. Ma suite d’idées ne me conduisait pas vers un sapin mais bien vers un cimetière.

Je me promenais dans ce désert de pseudo-logement aux murs gris sales tout en pleurant les dernières larmes de mon corps. Arrivé devant le miroir de la salle de bain l’image qui m’a sauté à la figure a fait que j’ai démoli la glace d’un solide coup de poing. Plié en deux par la douleur je me suis écrié : ‘’ Ce n’est pas ça que je voulais faire de ma vie …..Ce n’est pas ça ! Envahit par le découragement ; je ne savais plus que faire.

Christine m’écoutait attentivement elle buvait mes paroles et s’exclame :

-Mais tu es ici aujourd’hui; tu es là.

Je pose mes yeux dans son regard inquisiteur et lui sourit :

-Eh oui ! Je suis bien là et vivant en plus. Il s’est passé une chose et j’ai beaucoup de difficultés à m’expliquer, aujourd’hui encore. Je suis resté dans cet état de léthargie quelques semaines jusqu’au quinze décembre au soir ; un samedi je me souviens. Et ce soir là j’ai ingurgité ma dernière bière et en la déposant dans la caisse vide à mes pieds je me suis dit : ‘’ C’est la dernière bière que je bois du reste de ma vie ‘’. Et effectivement je n’ai plus consommé d’alcool sous toutes ses formes depuis ce temps. Le lendemain je suis allé chercher du soutien ; parce que seul c’est quasiment impossible.

- Bravo ! Mon oncle c’est bien.

Je souris :
-Oh tu sais je n’ai aucun mérite. J’ai suivi les conseils que les gens me donnaient : ne pas prendre mon premier verre, m’éloigner des endroits qui servent de l’alcool pour un certain temps et faire tout cela une journée à la fois, rencontrer des gens qui vivent sensiblement les mêmes problèmes que moi; et laisses moi te dire que j’en avais des problèmes. Tout était à refaire, à reconstruire et à réapprendre. Parce que, oui, tu as tout à réapprendre .Du plus simple au plus complexe. Ta vie lorsque tu reprends conscience – façon de parler- est comme un immense champ de bataille où tout n’est que ruine et désolation. Tu dois apprendre à travailler avec ce que tu as et avoir de la persévérance ainsi que de la patience.
Tu as à faire face aux préjugés des gens qui t’ignorent et te repoussent. Il est évident que ton cheminement est pondéré d’avances et de reculs, de succès et d’échecs. Mais tu as un nouveau mode de vie pour y faire face, ce n’est plus une question d’alcool; car tu en es libéré mais bien de comportement ; c’est ce dernier qui t’a amené tout au fond du baril. Surtout l’orgueil et la complaisance .Apprendre à occuper ma petite place, à jouer mon petit rôle et bien le jouer.
Chose difficile pour quelqu’un qui voulait toute la place. Que tout soit en fonction de son égoïsme et son égocentrisme. Apprendre à être humble. Apprendre à accepter les hauts et les bas de cette vie qui, parfois semble un non sens. Apprendre, aussi, à faire confiance aux gens et à se faire confiance. Car la où il y a méfiance il n’y a pas d’amour. Il ne faut pas se leurrer et ne rien voir de qui nous sommes.
Les alcooliques sont des êtres charmeurs et très manipulateurs. Mais tout ce comportement se résume en une chose et c’est le manque d’amour flagrant qu’ils vivent. Un manque d’amour de donner mais aussi de recevoir. Nous savons donner mais quand vient le temps de recevoir nous pensons toujours que les autres veulent nous contrôler et nous résistons et les rejetons. C’est alors que nous nous sentons rejetés par les autres mais le problème vient de nous. Nous sommes différents de la majorité des gens, nous sommes extrêmement sensibles et nous avons les émotions à fleur de peau.

Mon interlocutrice me regarde avec ses yeux câlins et me demande :

-Pour toi quel est le mot qui pourrait contenir tout ce que tu as vécu depuis le début de ton abstinence et ton cheminement jusqu’à aujourd’hui ?

Les flocons de neige viennent exécuter une danse folle à ma fenêtre. Une mini tornade s’est élevée à l’extérieur entraînant dans sa spirale la neige qui se débat pour en sortir .Dans mes pensées je songe aux moments vécus depuis ces années et le mot qui me vient à l’aidée est : espoir. Je regarde le chat qui dort à griffes fermées et soupire :

-Le mot qui décrirait ce qui m’a maintenu en vie depuis ce temps est l’espoir. L’espoir d’un temps meilleur et l’espoir d’une vie heureuse en rendant service aux autres. Donner sans espoir de retour et recevoir sans espoir de rendre un jour .Et je sais que je suis en dette envers beaucoup de gens .Dettes d’argent parce que beaucoup de gens m’ont aidé et m’aident encore, je sais que je pourrai jamais leur rendre ce qu’ils m’ont donné ou prêté et, cela, sans mauvaises intentions.

Leur temps qu’ils m’ont alloué à m’écouter et à me consoler je sais, pour ça aussi, que je pourrai jamais leur en rendre le centuple. Oui je suis en dette envers beaucoup de gens et m’en excuse vis-à-vis d’eux. J’ai fais ce que je croyais bien faire et, aujourd’hui, je ne me sens pas coupable du tout de toute cette situation. J’ai beaucoup de gratitude envers eux et envers Dieu.
Lorsque j’ai pris mon dernier verre en ce mois de décembre, il y a trente ans, je mourais à moi-même pour devenir un autre. Guidé par une Puissance Supérieure qui m’appelait depuis plusieurs années; je n’écoutais pas ; je l’ignorais au point de la rejeter.
Tu sais, je te disais que nous étions à la veille des fêtes, je pensais : ‘’ si je passe au travers de cette épreuve des fêtes sans consommer, je pourrais traverser n’importe quel obstacle qui se dresserait dans ma vie’’. J’avais l’espoir que le plus beau était toujours à venir; je ne me suis pas trompé et je n’ai pas été trompé.

Cette nuit là, je me suis éveillé pour mes petits besoins et dans mon appartement de pauvre une lumière éclatante y régnait. J’ai donc fait une prière à Jésus dont on fêterait la naissance prochainement de venir m’aider. Et ça marché.
Toutes ces années passées, ces trente ans, n’ont pas toujours été roses ou de belles couleurs de l’arc en ciel. J’ai connu des épreuves diverses mais j’étais guidé et soutenu par cette Puissance Supérieure, qui pour moi aujourd’hui est le Christ. Et surtout j’avais et j’ai toujours l’espoir. Je ne me suis jamais attaché au matériel et au temporel.
Voir ce qui nous entoure resplendit de beauté et de belles choses. La vie éclate de partout et c’est à nous d’y voir.

Un silence complice s’est maintenant installé entre nous. Ma jeune nièce semble pensive. Les paroles que je viens de prononcer l’envahissent. Un beau sourire frondeur se dessine sur son visage :
-Tu viens de me faire le plus beau des cadeaux de Noel sans le savoir. Tu sais, nous les plus jeunes, nous en sommes loin de ce que tu viens de me dire. Pour nous il y a bien des choses qui se sont perdues dans la nuit des temps.

Nos dieux factices reposent sur des trucs éphémères et sans valeur. Passagères ces valeurs guident notre vie et, souvent, nous en sommes désorientés et perdus. Nous trouvons vieux jeu tous ceux et celles qui nous parlent de Dieu et du Christ. Mais avec ce que tu viens de me dire je vais me renseigner.

Souriant à mon tour et émerveillé j’observe la jeune femme qui réfléchit .Elle aussi vient de me faire le plus beau cadeau que tous aimerait recevoir : l’espoir.

La petite tempête laisse la place au silence de soir d’hiver et aux lumières d’arbres de Noel qui se balancent sous une brise légère. Tous leurs feux scintillent dans la nuit. Mon invitée me quitte bien emmitouflée pour affronter le froid. Je la serre bien fort contre moi et nous échangeons des vœux d’espoir.
Je retourne à ma fenêtre et fais une prière au Christ de la protéger.

Pierre D.
Les Ailes du Temps©
Laval, 11 décembre 2009

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