Gratitude.

 

Gratitude

Gratitude 

 

Les  doux rayons soyeux du soleil de mai  caressent les peaux et les cheveux. Le vert tendre des pousses des arbres  dans leurs branches s’immiscent  avec allégresse. La belle saison s’installe  peu à peu. Les journées  prennent leur quart  de plus en plus long.
Les oiseaux, revenus du sud, recouvrent leurs territoires délaissés à l’automne. Toute la nature, en plein effervescence, crépite  de joies et de nouvelle vie. Les gens s’accrochent des sourires de complicité  dans leur figure. Les ‘’ bonjours’’ et les comment allez-vous ‘’ fusent de toutes parts. L’hiver est enterré pour plusieurs mois avec son cortège de froid, de glace, et de solitude. Tout revit, éclate, renaît. 

 

Comme à chaque année  j’aime regarder mes deux voisins travailler dans leur petit jardin qu’ils ont pu faire dans la cour arrière de  leur duplex, ils  ont bien de la chance que leur propriétaire leur permette de cultiver   ce bout de terre et le mette en valeur. À ce temps de l’année, ils sortent  pelles, pioches, râteaux et grattoirs  pour ainsi préparer leur petit terroir  à recevoir les semences. Évidemment l’hiver a laissé ses traces ainsi que les humains et le vent. La tâche, pas trop ardue, demande quelques heures de travaux. Je suis installé sur mon balcon arrière, profitant de quelques ondées de soleil rafraîchissantes lorsque je vois mon premier voisin sortir tout son attirail du parfait jardinier, C’est un homme d’âge mûr  à la retraite. Encore costaud  il sort  du sous-sol du duplex tout son matériel pour débuter ses labeurs. Il se prénomme Théo  pour lui avoir parlé à quelques reprises. L’autre voisin, du deuxième étage  pour sa part, se nomme  Cyrille. Quelques salutations échangées ici et là. 

 

L’an dernier  j’ai cru remarquer que les deux hommes ne se côtoyaient  plus comme par les années passées. Je n’ose pas m’immiscer dans les relations de un ou de l’autre  et je me rends étranger à leurs affaires. Théo, homme affable  et toujours de service, semble être un  méticuleux, soigneux et très patient. Tandis que Cyrille, renfermé et brusque de ses gestes, démontre les traits de caractère d’un solitaire. La paire se complétait bien  en mon sens. 

Mais là, depuis un certain temps, les deux individus semblent être reclus dans chacun leur coin. 

 

Théo commence donc son ménage de son  minuscule lopin de terre. Les déchets accumulés depuis la fin de l’automne  emplissent  les sacs  noirs de déchets. Le jardinier les entasse sur le bord du chemin  pour la gueule  du camion à ordures. Des piquets sont restés debout, Théo les déplante, les range de côté pour les prochaines cultures. Il s’arrête un moment pour reprendre son souffle tout en jetant un coup d’œil à la fenêtre de Cyrille espérant l’y entrevoir et l’inviter à débuter les travaux ensembles. Ce dernier n’y est pas. Théo continue son travail  de bêchage et  de déblayage du terrain. Sa persévérance l’encourage .Il s’essuie souvent le front de la sueur qui y perle. Il finit de ramasser  feuilles mortes, papiers et détritus qui occupaient toute la place. Il me voit sur mon balcon et m’envoie un bonjour de la tête; je lui réponds  par  un signe de la main. J’attends quelques instants et je descends l’escalier pour aller lui tenir conversation. Les odeurs de la terre redécouvertes et retournées me montent aux narines. Odeurs ancestrales. 

 

Je m’approche de l’agriculteur en herbe et lui souhaite une belle journée. Il me rend la semblable. Je lui demande : 

 

-Avez-vous besoin d’aide ? Je vous regarde  travailler comme un forcené depuis un moment. 

 

Il me fixe dans les yeux et me répond  tout bonnement : 

-Non merci, merci.  Si vous m’aidiez, vous gâcheriez le plaisir  de mon œuvre. Ce  jardin là c’est entre moi et lui. Pour moi c’est  comme un enfant qui pousse et grandit. Je me dis que je dois le rendre à maturité jusqu’à l’automne et l’entretenir pour qu’il produise de beaux fruits et légumes. Vous savez lorsque je travaille ainsi  la terre je remercie  continuellement  Dieu de nous avoir donné cette  opportunité  de voir  la nature  s’exécuter tout en étant les instruments  pour la façonner. J’ai de la gratitude, aussi, pour  la terre  les arbres, les arbustes, le soleil et la pluie. Quelqu’un a dit : le bonheur c’est une bibliothèque et un jardin, il a raison. 

 

Il affiche un grand sourire de satisfaction  et continue son labeur. La terre commence  à entrouvrir ses entrailles avec ses coups de bêche. Il prend un léger repos  et je  glisse discrètement  un sujet délicat : 

-Votre voisin ne fait pas son jardin cette année ? Je ne le vois pas. 

 

S’appuyant sur son râteau, Théo, réfléchit une seconde  et  me  dit : 

- Vous savez, (- pause-) : Cyrille a eu beaucoup de pépins ces dernières années. Surtout l’an passé. De la mortalité dans sa famille et d’autres problèmes. Au printemps  de l’année passée nous étions à faire nos jardins, tout comme à chaque année, lorsqu’il  s’est mis à me dire comment organiser mes plates bandes et de restructurer mes semailles.  Poliment et gentiment je lui ai  fait remarquer  que c’était avec mes conseils et mon expérience  qu’il cultivait si habilement son petit lopin de terre à lui. Sur mes paroles  il s’est offusqué, a lancé sa pelle au bout de son jardin et est  entré chez lui. J’ai bien essayé  d’aller m’excuser, si je l’avais offensé, mais rien n’y faisait. Pendant tout le temps que les malheurs l’agressaient,  l’hiver précédent,  il venait chez moi, prendre un café, et  se confier. Et   lors  du début des travaux du jardin de l’an passé il est arrivé ce malentendu. Je regrette beaucoup. Il est devenu  irascible et renfrogné. Il souffrait beaucoup. J’ai mal pour lui. Vous savez, ce sont ceux qui reçoivent  qui en arrachent le plus. Je ne demande rien en retour. 

 

Théo prend une  respiration profonde tout en jetant un rapide coup d’œil au jardin de Cyrille laissé à l’abandon. Il ne pouvait que constater la désolation. Reprenant ses esprits il se remit  à sarcler tout doucement  les abords de la clôture. Je me décide de retourner à la maison pour le repas. Je laisse Théo à ses occupations et  l’encourage dans son travail. Tout en m’éloignant je vois Cyrille qui se cache derrière les rideaux de fenêtres de sa cuisine. Attend-t-il que je parte ? Théo, travailleur infatigable continue son manège  sur  son œuvre d’art. Je remonte mon escalier et décide de prendre un léger repas sur mon balcon à ma petite table de jardin. Il fait beau autant en profiter. 

Je m’installe  à ma minuscule desserte  et déguste un bon café et quelques morceaux de fromage. Je lève les yeux et vois deux silhouettes  dans les rayons du soleil : ce sont  Théo et Cyrille accoudés de part et d’autre sur la  frêle clôture. J’entends  des bribes de murmures  que la brise me fait parvenir à mes oreilles. J’y entrevois les deux hommes en pleine discussion  calme. Je suis content qu’ils se parlent. Cyrille semble essayer, du revers de sa manche,  une larme  sur son visage. Théo le prends par les épaules et  semble lui dire qu’il est là. Les deux hommes se serrent dans leurs bras comme de vieux amis absents depuis fort longtemps. 

 

Aux pieds de Cyrille  je peux distinguer  un  contenant  rempli de jolies plantes verdâtres. Il se penche  pour en sortir une et l’offrir  à Théo .Ce dernier la tiens dans ses deux mains comme pour faire une prière. Il regarde Cyrille dans les yeux et semble le remercier du fond du cœur. Cyrille regarde dans ma direction et m’invite à les rejoindre. Je m’exécute et redescend mon escalier. Arrivé à leur hauteur, Cyrille, me tend  une de ces fleurs de la Paix qu’il s’est procuré chez le marchand. Il me dit : 

- Nous  ne nous parlons pas souvent  veillez accepter cette plante en guise de gratitude. À toi aussi, Théo,  c’est en guise d’une profonde gratitude que je t’offre cette petite plante. 

 

Tous les trois nous nous réjouissons avec nos charmantes petites fleurs de la Paix entre nos mains. Cyrille nous regarde et se met à rire et nous lance : 

- Maintenant j’ai besoin d’aide pour mon jardin; vous voulez m’aider ? 

 

Théo et moi traversons la clôture et commençons  les travaux de nettoyage avec Cyrille qui affiche maintenant un sourire bienfaisant. L’été sera  magnifique. En revenant à la maison j’ai donné une place spéciale à ma fleur de la Paix en l’honneur des  deux voisins. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du  Temps© 

Laval 

16/2/2009 

 

 


Archive pour février, 2010

Les Ailes du Temps

Les Ailes du Temps

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10 février 2010

Épistolaire…

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Lettre à mon père. 

( Les Ailes du Temps©) 

 

Papa, 

lorsqu’il s’agit  d’écrire une missive, surtout à quelqu’un de décédé, les mots adéquats font souvent défaut. Les idées s’embrouillent et se bousculent dans la tête. Les émotions sont à fleur de peau. 

Ce soir, par  hasard, j’ai retrouvé une vieille photo défraîchie   de la  famille .Tous les enfants y sont ainsi que toi .Je dois avoir dix ou onze ans. Mon sourire cache mal  mes secrets angoissants. 

Cette lettre s’adresse à toi  et j’aurais tant voulu te dire tout ce que je vais t’écrire  à haute voix mais les paroles ont  stoppées  dans ma gorge  la fois où j’en avais eu l’occasion il y a plusieurs années. 

- Te souviens –tu ? 

J’étais chez toi  pour quelques jours à la suite d’un déménagement catastrophe et tu m’as demandé ce qui n’allait pas. Incapable d’exprimer le moindre mot je t’ai répondu : 

-Rien, rien tout va bien. Je ne pouvais me confier et m’ouvrir à toi. 

Mais  rien n’allait bien dans ma vie à ce moment là  je vivais le désastre. Je venais  de me séparer de mon épouse, je n’avais plus de travail et je m’étais endetté au plus bas point. Je fuyais dans l’alcool qui  me détruisait à petits feux. Et je te dis que tout allait bien dans le meilleur des mondes ; c’était pathétique.

Cette fois là, lorsque tu me questionnes, une tempête émotionnelle rage dans mon intérieur. Pourquoi n’ai-je pas eu la possibilité de t’exprimer tout ce que je ressentais ? 

La peur de toi; la peur de te froisser ? La crainte de tes réactions  ou des miennes ? Une boule énorme  endigue mes cordes vocales. Je ne peux  parler ni pleurer. 

Et pourtant  une haine viscérale  écume à l’intérieur de moi. J’aurais voulu te dire, te crier, te sangloter toute l’ignominie de tes gestes    à mon égard étant enfant. Au plus profond de moi, dans mon âme d’enfant de dix ans, il y a des fantômes encore plus effrayants qui crient; comme sur cette photo. 

Qu’il m’est difficile, voire impossible à ce moment, de vomir toute ma déception que j’ai vis-à-vis mon père en ces temps de nuages sombres. 

Ma petite voie intérieure, pour ce qui en restait,  me nargue en me disant : 

-Silence ! 

 Et le silence j’ai préservé. Pendant toutes ces années, par la suite,  il y aurait eu des occasions de t’en reparler et d’essayer de comprendre; peine perdue. Non seulement  tu avais posé ces comportements à mon endroit mais lorsque j’en ai discuté avec ma mère et, qui t’a remis à ta place, tu t’en es pris à moi  pour me diminuer, me dévaloriser  et m’ignorer plusieurs années durant. J’avais l’impression d’être en punition, séquestré dans une chaloupe, attachée à l’arrière du navire, et pendant la nuit, quelqu’un  a coupé le câble. Je me retrouvais tout fin seul sur cet océan face aux affres de la vie. J’avais  peur de toi, j’entendais tes pas le soir  dans l’escalier et je frissonnais sous mes couvertures;  dans la noirceur. Pendant plusieurs années je fais et refais le même cauchemar ; tu entres dans ma chambre, je me réveille trempé de  sueurs. 

Papa  il  m’a fallu plusieurs années, des heures et des heures de consultations pour enfin transcender tout ce trouble.

Je me demande, encore aujourd’hui, ce qu’aurait été ma vie sans cet évènement fâcheux qui  est arrivé ? Je me pose la question, encore et encore, s’il n’y aurait pas eu tout ce chamboulement, ce chambardement de mes valeurs;  que ferais-je aujourd’hui ? 

Je crois que j’avais à  passer par là pour découvrir ce que je sais  maintenant. Je ne regrette aucunement ma vie  et mes expériences passées. Je vais bien aujourd’hui. 

Quelques fois nous n’avons aucun contrôle sur les anicroches de notre destinée  et nous nous trouvons à la croisée de chemins aussi  tortueux les uns que les autres. 

J’ai mis plusieurs années à comprendre  ce qui  avait bien pu se passer et je ne t’en blâme nullement .Une chose est certaine, à ce que disent les experts, qu’il y a une forte probabilité de reproduire les comportements parentaux  dans l’avenir. Dans mon cas ce n’est pas arrivé avec mes enfants. Je comprends la situation dans laquelle tu étais  lorsque nous étions enfants. Manque d’amour et vie affective déréglée.   

Dans ces temps où les interdits étaient maîtres nous ne pouvions parler et discuter de ces choses .Tout était caché, en sourdine et tabou .L’aide se faisait plutôt rare. Et, Dieu sait, si  toi et moi en aurions eu de besoin de cette aide. 

Loin de moi d’excuser tes gestes  mais  tu restes, et tu demeures, un être humain à part entière .Tu  es mon père  et tu le seras toujours. Tu n’es aucunement responsable de tous les maux que j’ai dû subir dans mon existence. Oh ! Moi aussi j’ai eu mes moments de vengeance et vouloir te traîner devant les tribunaux et  te faire pointer du doigt  par toutes et tous et te faire punir pour le mal que ça m’as fait. 

Il en aurait résulté quoi ? Démolir encore et encore. Salir et avilir; il n’en était pas question. Un vieux dicton dit : tu veux être bien  deux minutes ; venges –toi mais si tu veux être bien à jamais ; pardonnes. Et je te pardonne. Me pardonnes –tu toi ? 

Tu es décédé, il y a quelques années et je n’ai pas eu l’occasion de te dire et de verbaliser ce que je t’écris aujourd’hui. 

Pour la commémoration de ta mort laisses-moi-t’offrir cette lettre à titre posthume s’il te plaît. Si toi tu es parti avec ton secret douloureux  dans l’au delà; je ne tiens absolument pas, pour ma part, quitter ce monde avec un poids si lourd  sur mon cœur. 

Lorsque je te rencontrerai dans cet  au-delà  nous pourrons nous aimer comme père et fils et se serrer dans nos bras. J’ai  appris  à survivre et c’est bien grâce à toi que j’ai réussi. Je veux, aujourd’hui, te remercier sincèrement. 

Oui te remercier parce qu’avec cette expérience douloureuse j’ai pu faire face à beaucoup d’embûches dans ma vie. Il n’y a pas eu que ces moments néfastes entre toi et moi  dans notre relation fils-père. Lors de la construction du chalet en Mauricie nous avons appris toi et moi à se respecter dans tous les sens des mots. Nous avons  consenti tous les deux à se respecter dans ce que nous étions. 

Maintenant mon rêve que je fais, et ce, depuis plusieurs années  c’est d’être assis avec toi dans un parc en écoutant les oiseaux, que tu appréciais tant,  tout en dégustant un bon café et de nous jaser de nos expériences de vie. 

Je garde  cette  photo dans mon cœur, je te  souris. 

Papa, je t’aime. 

Ton fils. 

Pierre

Les Ailes du Temps.

Laval

1/2/2010 

 

 

 

 

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