Épistolaire…

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Lettre à mon père. 

( Les Ailes du Temps©) 

 

Papa, 

lorsqu’il s’agit  d’écrire une missive, surtout à quelqu’un de décédé, les mots adéquats font souvent défaut. Les idées s’embrouillent et se bousculent dans la tête. Les émotions sont à fleur de peau. 

Ce soir, par  hasard, j’ai retrouvé une vieille photo défraîchie   de la  famille .Tous les enfants y sont ainsi que toi .Je dois avoir dix ou onze ans. Mon sourire cache mal  mes secrets angoissants. 

Cette lettre s’adresse à toi  et j’aurais tant voulu te dire tout ce que je vais t’écrire  à haute voix mais les paroles ont  stoppées  dans ma gorge  la fois où j’en avais eu l’occasion il y a plusieurs années. 

- Te souviens –tu ? 

J’étais chez toi  pour quelques jours à la suite d’un déménagement catastrophe et tu m’as demandé ce qui n’allait pas. Incapable d’exprimer le moindre mot je t’ai répondu : 

-Rien, rien tout va bien. Je ne pouvais me confier et m’ouvrir à toi. 

Mais  rien n’allait bien dans ma vie à ce moment là  je vivais le désastre. Je venais  de me séparer de mon épouse, je n’avais plus de travail et je m’étais endetté au plus bas point. Je fuyais dans l’alcool qui  me détruisait à petits feux. Et je te dis que tout allait bien dans le meilleur des mondes ; c’était pathétique.

Cette fois là, lorsque tu me questionnes, une tempête émotionnelle rage dans mon intérieur. Pourquoi n’ai-je pas eu la possibilité de t’exprimer tout ce que je ressentais ? 

La peur de toi; la peur de te froisser ? La crainte de tes réactions  ou des miennes ? Une boule énorme  endigue mes cordes vocales. Je ne peux  parler ni pleurer. 

Et pourtant  une haine viscérale  écume à l’intérieur de moi. J’aurais voulu te dire, te crier, te sangloter toute l’ignominie de tes gestes    à mon égard étant enfant. Au plus profond de moi, dans mon âme d’enfant de dix ans, il y a des fantômes encore plus effrayants qui crient; comme sur cette photo. 

Qu’il m’est difficile, voire impossible à ce moment, de vomir toute ma déception que j’ai vis-à-vis mon père en ces temps de nuages sombres. 

Ma petite voie intérieure, pour ce qui en restait,  me nargue en me disant : 

-Silence ! 

 Et le silence j’ai préservé. Pendant toutes ces années, par la suite,  il y aurait eu des occasions de t’en reparler et d’essayer de comprendre; peine perdue. Non seulement  tu avais posé ces comportements à mon endroit mais lorsque j’en ai discuté avec ma mère et, qui t’a remis à ta place, tu t’en es pris à moi  pour me diminuer, me dévaloriser  et m’ignorer plusieurs années durant. J’avais l’impression d’être en punition, séquestré dans une chaloupe, attachée à l’arrière du navire, et pendant la nuit, quelqu’un  a coupé le câble. Je me retrouvais tout fin seul sur cet océan face aux affres de la vie. J’avais  peur de toi, j’entendais tes pas le soir  dans l’escalier et je frissonnais sous mes couvertures;  dans la noirceur. Pendant plusieurs années je fais et refais le même cauchemar ; tu entres dans ma chambre, je me réveille trempé de  sueurs. 

Papa  il  m’a fallu plusieurs années, des heures et des heures de consultations pour enfin transcender tout ce trouble.

Je me demande, encore aujourd’hui, ce qu’aurait été ma vie sans cet évènement fâcheux qui  est arrivé ? Je me pose la question, encore et encore, s’il n’y aurait pas eu tout ce chamboulement, ce chambardement de mes valeurs;  que ferais-je aujourd’hui ? 

Je crois que j’avais à  passer par là pour découvrir ce que je sais  maintenant. Je ne regrette aucunement ma vie  et mes expériences passées. Je vais bien aujourd’hui. 

Quelques fois nous n’avons aucun contrôle sur les anicroches de notre destinée  et nous nous trouvons à la croisée de chemins aussi  tortueux les uns que les autres. 

J’ai mis plusieurs années à comprendre  ce qui  avait bien pu se passer et je ne t’en blâme nullement .Une chose est certaine, à ce que disent les experts, qu’il y a une forte probabilité de reproduire les comportements parentaux  dans l’avenir. Dans mon cas ce n’est pas arrivé avec mes enfants. Je comprends la situation dans laquelle tu étais  lorsque nous étions enfants. Manque d’amour et vie affective déréglée.   

Dans ces temps où les interdits étaient maîtres nous ne pouvions parler et discuter de ces choses .Tout était caché, en sourdine et tabou .L’aide se faisait plutôt rare. Et, Dieu sait, si  toi et moi en aurions eu de besoin de cette aide. 

Loin de moi d’excuser tes gestes  mais  tu restes, et tu demeures, un être humain à part entière .Tu  es mon père  et tu le seras toujours. Tu n’es aucunement responsable de tous les maux que j’ai dû subir dans mon existence. Oh ! Moi aussi j’ai eu mes moments de vengeance et vouloir te traîner devant les tribunaux et  te faire pointer du doigt  par toutes et tous et te faire punir pour le mal que ça m’as fait. 

Il en aurait résulté quoi ? Démolir encore et encore. Salir et avilir; il n’en était pas question. Un vieux dicton dit : tu veux être bien  deux minutes ; venges –toi mais si tu veux être bien à jamais ; pardonnes. Et je te pardonne. Me pardonnes –tu toi ? 

Tu es décédé, il y a quelques années et je n’ai pas eu l’occasion de te dire et de verbaliser ce que je t’écris aujourd’hui. 

Pour la commémoration de ta mort laisses-moi-t’offrir cette lettre à titre posthume s’il te plaît. Si toi tu es parti avec ton secret douloureux  dans l’au delà; je ne tiens absolument pas, pour ma part, quitter ce monde avec un poids si lourd  sur mon cœur. 

Lorsque je te rencontrerai dans cet  au-delà  nous pourrons nous aimer comme père et fils et se serrer dans nos bras. J’ai  appris  à survivre et c’est bien grâce à toi que j’ai réussi. Je veux, aujourd’hui, te remercier sincèrement. 

Oui te remercier parce qu’avec cette expérience douloureuse j’ai pu faire face à beaucoup d’embûches dans ma vie. Il n’y a pas eu que ces moments néfastes entre toi et moi  dans notre relation fils-père. Lors de la construction du chalet en Mauricie nous avons appris toi et moi à se respecter dans tous les sens des mots. Nous avons  consenti tous les deux à se respecter dans ce que nous étions. 

Maintenant mon rêve que je fais, et ce, depuis plusieurs années  c’est d’être assis avec toi dans un parc en écoutant les oiseaux, que tu appréciais tant,  tout en dégustant un bon café et de nous jaser de nos expériences de vie. 

Je garde  cette  photo dans mon cœur, je te  souris. 

Papa, je t’aime. 

Ton fils. 

Pierre

Les Ailes du Temps.

Laval

1/2/2010 

 

 

 

 


Archive pour 1 février, 2010

Épistolaire…

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Lettre à mon père. 

( Les Ailes du Temps©) 

 

Papa, 

lorsqu’il s’agit  d’écrire une missive, surtout à quelqu’un de décédé, les mots adéquats font souvent défaut. Les idées s’embrouillent et se bousculent dans la tête. Les émotions sont à fleur de peau. 

Ce soir, par  hasard, j’ai retrouvé une vieille photo défraîchie   de la  famille .Tous les enfants y sont ainsi que toi .Je dois avoir dix ou onze ans. Mon sourire cache mal  mes secrets angoissants. 

Cette lettre s’adresse à toi  et j’aurais tant voulu te dire tout ce que je vais t’écrire  à haute voix mais les paroles ont  stoppées  dans ma gorge  la fois où j’en avais eu l’occasion il y a plusieurs années. 

- Te souviens –tu ? 

J’étais chez toi  pour quelques jours à la suite d’un déménagement catastrophe et tu m’as demandé ce qui n’allait pas. Incapable d’exprimer le moindre mot je t’ai répondu : 

-Rien, rien tout va bien. Je ne pouvais me confier et m’ouvrir à toi. 

Mais  rien n’allait bien dans ma vie à ce moment là  je vivais le désastre. Je venais  de me séparer de mon épouse, je n’avais plus de travail et je m’étais endetté au plus bas point. Je fuyais dans l’alcool qui  me détruisait à petits feux. Et je te dis que tout allait bien dans le meilleur des mondes ; c’était pathétique.

Cette fois là, lorsque tu me questionnes, une tempête émotionnelle rage dans mon intérieur. Pourquoi n’ai-je pas eu la possibilité de t’exprimer tout ce que je ressentais ? 

La peur de toi; la peur de te froisser ? La crainte de tes réactions  ou des miennes ? Une boule énorme  endigue mes cordes vocales. Je ne peux  parler ni pleurer. 

Et pourtant  une haine viscérale  écume à l’intérieur de moi. J’aurais voulu te dire, te crier, te sangloter toute l’ignominie de tes gestes    à mon égard étant enfant. Au plus profond de moi, dans mon âme d’enfant de dix ans, il y a des fantômes encore plus effrayants qui crient; comme sur cette photo. 

Qu’il m’est difficile, voire impossible à ce moment, de vomir toute ma déception que j’ai vis-à-vis mon père en ces temps de nuages sombres. 

Ma petite voie intérieure, pour ce qui en restait,  me nargue en me disant : 

-Silence ! 

 Et le silence j’ai préservé. Pendant toutes ces années, par la suite,  il y aurait eu des occasions de t’en reparler et d’essayer de comprendre; peine perdue. Non seulement  tu avais posé ces comportements à mon endroit mais lorsque j’en ai discuté avec ma mère et, qui t’a remis à ta place, tu t’en es pris à moi  pour me diminuer, me dévaloriser  et m’ignorer plusieurs années durant. J’avais l’impression d’être en punition, séquestré dans une chaloupe, attachée à l’arrière du navire, et pendant la nuit, quelqu’un  a coupé le câble. Je me retrouvais tout fin seul sur cet océan face aux affres de la vie. J’avais  peur de toi, j’entendais tes pas le soir  dans l’escalier et je frissonnais sous mes couvertures;  dans la noirceur. Pendant plusieurs années je fais et refais le même cauchemar ; tu entres dans ma chambre, je me réveille trempé de  sueurs. 

Papa  il  m’a fallu plusieurs années, des heures et des heures de consultations pour enfin transcender tout ce trouble.

Je me demande, encore aujourd’hui, ce qu’aurait été ma vie sans cet évènement fâcheux qui  est arrivé ? Je me pose la question, encore et encore, s’il n’y aurait pas eu tout ce chamboulement, ce chambardement de mes valeurs;  que ferais-je aujourd’hui ? 

Je crois que j’avais à  passer par là pour découvrir ce que je sais  maintenant. Je ne regrette aucunement ma vie  et mes expériences passées. Je vais bien aujourd’hui. 

Quelques fois nous n’avons aucun contrôle sur les anicroches de notre destinée  et nous nous trouvons à la croisée de chemins aussi  tortueux les uns que les autres. 

J’ai mis plusieurs années à comprendre  ce qui  avait bien pu se passer et je ne t’en blâme nullement .Une chose est certaine, à ce que disent les experts, qu’il y a une forte probabilité de reproduire les comportements parentaux  dans l’avenir. Dans mon cas ce n’est pas arrivé avec mes enfants. Je comprends la situation dans laquelle tu étais  lorsque nous étions enfants. Manque d’amour et vie affective déréglée.   

Dans ces temps où les interdits étaient maîtres nous ne pouvions parler et discuter de ces choses .Tout était caché, en sourdine et tabou .L’aide se faisait plutôt rare. Et, Dieu sait, si  toi et moi en aurions eu de besoin de cette aide. 

Loin de moi d’excuser tes gestes  mais  tu restes, et tu demeures, un être humain à part entière .Tu  es mon père  et tu le seras toujours. Tu n’es aucunement responsable de tous les maux que j’ai dû subir dans mon existence. Oh ! Moi aussi j’ai eu mes moments de vengeance et vouloir te traîner devant les tribunaux et  te faire pointer du doigt  par toutes et tous et te faire punir pour le mal que ça m’as fait. 

Il en aurait résulté quoi ? Démolir encore et encore. Salir et avilir; il n’en était pas question. Un vieux dicton dit : tu veux être bien  deux minutes ; venges –toi mais si tu veux être bien à jamais ; pardonnes. Et je te pardonne. Me pardonnes –tu toi ? 

Tu es décédé, il y a quelques années et je n’ai pas eu l’occasion de te dire et de verbaliser ce que je t’écris aujourd’hui. 

Pour la commémoration de ta mort laisses-moi-t’offrir cette lettre à titre posthume s’il te plaît. Si toi tu es parti avec ton secret douloureux  dans l’au delà; je ne tiens absolument pas, pour ma part, quitter ce monde avec un poids si lourd  sur mon cœur. 

Lorsque je te rencontrerai dans cet  au-delà  nous pourrons nous aimer comme père et fils et se serrer dans nos bras. J’ai  appris  à survivre et c’est bien grâce à toi que j’ai réussi. Je veux, aujourd’hui, te remercier sincèrement. 

Oui te remercier parce qu’avec cette expérience douloureuse j’ai pu faire face à beaucoup d’embûches dans ma vie. Il n’y a pas eu que ces moments néfastes entre toi et moi  dans notre relation fils-père. Lors de la construction du chalet en Mauricie nous avons appris toi et moi à se respecter dans tous les sens des mots. Nous avons  consenti tous les deux à se respecter dans ce que nous étions. 

Maintenant mon rêve que je fais, et ce, depuis plusieurs années  c’est d’être assis avec toi dans un parc en écoutant les oiseaux, que tu appréciais tant,  tout en dégustant un bon café et de nous jaser de nos expériences de vie. 

Je garde  cette  photo dans mon cœur, je te  souris. 

Papa, je t’aime. 

Ton fils. 

Pierre

Les Ailes du Temps.

Laval

1/2/2010 

 

 

 

 

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