Instant sublime.

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L’instant sublime 

Quelle belle journée, quelle fraîche matinée chante  Gilles  Valiquette . Au moment présent je  transpose ses paroles dans les effluves aromates du matin. Tout déborde d’éclatement printanier. Les arbres  sont comme des adolescentes qui vont à leur premier bal toutes vêtues de beautés éblouissantes. Les oiseaux, maîtres de la situation, s’en donnent à cœur joie. Comment   demeurer  à l’intérieur ? Sortir. D’un pas  joyeux et léger je me dirige vers un des endroits verts que je connaisse. Vers  la petite plantation de chênes qui grandissent en force. Une fois engagé sur l’allée centrale je suis accueilli cérémonieusement par des écureuils  excités et enjoués. Les bourgeons, là aussi, fleurissent  en douceur. Et le vert, ce vert tendre et soyeux; il est magnifique  ce vert. L’air, chauffé par le soleil matinal, laisse un doux parfum flotter sur les ailes du vent. Tout respire la vie, la régénérescence  et la joie. Je visite mes petits chênes en pousse ; tout va bien. J’enlève des feuilles et des détritus qui s’agglutinent tout autours. Mon travail accompli,  je me dirige vers  le  banc central  au milieu de l’oasis de verdure. Le soleil darde de ses rayons au travers des branches à demi nues. 

 -Qu’il fait bon être ici ! 

Me dis-je en respirant profondément. Des mésanges caquassent au faîte des arbres. Le  parc est désert ce matin, il est vrai qu’il est tôt .J’aperçois un escargot, sorti de nulle part ; probablement dessous le banc  qui entreprend un long voyage vers des arbustes. Téméraires et à sa vitesse  va-t-il arriver à sa destination sans se faire écraser ou écarbouiller  par des prédateurs ou des passants. Je le surveille et le protège. Lui aussi à son rôle à jouer dans la nature. Je le saisi entre mes doigts et le dépose dans un bosquet  face à mon banc. Toujours  ça  de sauver mon ami. Je souris.  Je regarde vers  les plaques humides de la  minuscule forêt et me demande s’il y a d’autres confrères ou consœurs de  mon ami escargot. Mes yeux se fixent  sur de légères poussent verdâtres qui trônent dans le sous bois. Quel calme. -Quelle belle journée, quelle fraîche matinée.  La chanson me revient sans cesse en tête .Je la fredonne calmement essayant de me rappeler les paroles que j’ai oubliées avec le temps mais l’air y est encore. Je penche la tête vers l’arrière et observe le dôme que forment les arbres  montrant un trou de ciel bleu.

Au loin j’entends les voix  d’un enfant et de sa maman .Elles s’approchent lentement vers  moi. C’est la petite Audrey  et sa mère qui m’avaient vu faire du ménage le printemps passé. Arrivées à ma hauteur  l’enfant me salue poliment. Elle demande à sa maman si j’étais le monsieur  qui ramassait les papiers .Sa maman lui réponds : 

-Oui Audrey c’est  ce monsieur là. Elle me regarde en souriant et me dit  bonjour. Je lui  réponds  avec un léger sourire. Je  fais la même chose avec l’enfant : 

 -Bonjour Audrey, comment  vas-tu ? La fillette, surprise  dit à sa mère : 

-Maman le monsieur connaît mon nom ! Sa mère et moi  avons un rire complice. Audrey  remarque, près du banc un petit  nid de fourmis. Elle se penche pour voir de plus près. Sa mère, inquiète  lui enjoint de faire attention :

 -Ne t’approche pas trop Audrey ça pique ces petites bestioles là.  L’enfant feint d’ignorer l’avertissement de sa maman et s’accroupit  en face de la petite fourmilière d’où sortent et rentrent des myriades  de fourmis. Sa curiosité  aiguisée, elle s’approche encore plus. Sa mère lui prend la main tout en lui tirant le bras et lui indique qu’il est temps qu’elles continuent leur chemin. Je dis à la mère : 

-Ne vous en faites pas ces fourmis là ne sont pas dangereuses ; elles ne mordent pas et sont inoffensives.  Je me penche avec l’enfant au dessus du petit monticule de sable : -Vois-tu, Audrey, ce que tu vois là c’est une porte de  la grande maison des fourmis, il y en a plusieurs. Elles besognent tout le temps ces mesdames les fourmis, elles n’arrêtent pratiquement jamais. 

La fillette, comme beaucoup d’humains qui ne comprennent pas ce qui est inhérent à eux-mêmes, veut s’élancer et donner un coup de botte sur le petit monticule  d’où sortent les petites bêtes. J’arrête son pied en douceur  et lui dis : 

 -Tu sais, si tu écrase l’entrée  de la fourmilière, tu ferme la porte de leur maison  mais elles sont ingénieuses ; elles recommenceront  ailleurs. Elles sont comme nous les humains et elles veulent vivre  et  jouer leur rôle dans la nature et s’occuper de leurs petits enfants  tout comme toi et ta maman. Surprise, la petite fille me sourit à grandes dents et me lance : 

-Elles ont des bébés les fourmis ?  Je lui réponds en lui indiquant la petite butte de sable : 

-Oui et ça c’est leur maison pour protéger leurs bébés. Ravie elle rejoint sa mère et  se colle sur elle. Audrey  vient s’asseoir  près de moi sur mon banc. Sa mère la suit. Elle me demande : 

-Vous êtes toujours fidèle à votre poste. Je  constate qu’il n’y a  presque plus de déchets qui  traînent. Vous savez, nous aussi nous faisons notre petite part à toutes les fois que nous venons; n’est-ce pas Audrey ? 

-Oui maman et c’est  bien plus beau.  Audrey pensive comme une philosophe,  demande tout de go, à sa mère : -Maman pourquoi les arbres poussent ? Sa mère, embêtée, cherche la réponse : 

-C’est comme toi ma chouette  tu grandis et un jour tu vas être comme maman. J’ai été une petite fille comme toi moi aussi.  Je souris à la réponse. La maman me  regarde et esquisse elle aussi un sourire en coin. Elle me dit :   -Vous savez souvent nous n’avons pas toujours les réponses aussi faciles, bien vous devez le savoir si vous avez  eu des enfants. L’autre jour  elle m’a demandé  qui  était Jésus ?  C’était qui Dieu ? Et je vous avoue bien franchement que je ne savais pas quoi répondre. Nous n’avons pas eu l’éducation que vous avez  eu vous les  aînés. Réfléchissant  sur ce que  j’allais dire  je lui réponds : 

-Nous avons la propension, avec tout ce qui se passe dans notre monde, de visualiser Dieu comme un super héros qui va régler tous nos problèmes comme  un personnage de bandes dessinées. Comme un magicien mystérieux faisant apparaître un lapin de son chapeau – sur cette phrase la petite Audrey sourit- . Ou bien, lorsqu’il arrive un malheur nous sommes les premiers à le blâmer et à le dénigrer. Et c’est ce qui se passe depuis la nuit des temps.  Ayant piqué sa curiosité elle me demande alors :  

-Mais qui est Dieu alors ? Surpris de la tournure de la conversation  je lui déclare : 

-Dieu c’est l’émerveillement de l’enfant dans un magasin de jouets, non pas les jouets mais la joie qu’on peut lire dans les yeux des bambins. Dieu c’est la poignée de mains échangée entre deux humains pour exprimer la fraternité.  C’est la satisfaction de l’artiste devant son œuvre. Dieu c’est  la splendeur d’une belle journée de printemps. Dieu c’est l’enfant qui pose des questions  par sa curiosité.  C’est l’instant sublime d’un baiser entre un homme et une femme; l’instant  qui exprime l’amour. Dieu c’est le vol de l’oiseau et le vent qui glisse sur ses ailes. C’est la joie qui s’exprime sur les visages des gens qui se revoient à la suite d’un long voyage .Dieu c’est la sensation que l’on ressent lors d’un lever de soleil et d’y discerner toute l’arc en ciel de couleurs. Dieu c’est, aussi, la main  tendue  de l’itinérant pour un dollar ou deux. Dieu c’est la consolation d’un ami vis-à-vis d’un autre.   Je prends une petite pause  et laisse mon interlocutrice macérer mes paroles.  -Nous sommes loin du super héros superficiel et éphémère. Dieu se retrouve dans la nature qui exprime la vie .Et si nous aimons la vie ; nous vivons. La petite Audrey me regarde et me dit : 

-Oui ça fait mon affaire  ça !   

Sa mère et moi éclatons de rire. La fillette se lève et se penche à nouveau sur le petit nid de fourmis et commence à leur parler : 

-Ne vous en faites pas  mes amies je suis là. Sa mère me regarde et me dit :  

-Je  crois que je vais aller au parc avec Audrey. Je vous souhaite le bonjour et à la prochaine.  Moi aussi je me lève et va dans la direction opposée pour me rediriger chez moi, La journée est jeune et déjà les semences vont bon train.  Quelle belle journée, quelle fraîche  matinée…  Pierre D. 

Les Ailes du Temps© 

 Laval 24 avril 2010 

 

 

 


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4 commentaires

  1. canelle49 dit :

    Une bien belle journée de printemps, comme toujours l’amour remplis tes pages, merci de ce nouveau texte que j’ai beaucoup aimé!

    De gros becs qui s’envolent de Suisse pour se poser au Canada!

    Helene

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  2. ailesdutemps dit :

    Merci beaucoup Hélène,

    Paix et Lumière .

    Pierre
    XXX

  3. puissant dit :

    Bonjour,
    Quelle belle tranche de vie.Pouvoir au fil des jours et des années s’émerveiller encore de tout ces petits riens qui représentent tellement à nos yeux et dans nos coeurs,
    Bises,
    Cilou

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