Concert.

 

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Concert 

L’astre du jour ,sur son couchant ,nous offre encore quelques arabesques colorées dans les nuages. Les teintes amoindrissent en intensité. Le rouge a cédé sa place au petit mauve et la nuit ne tarde pas à s’étioler d’un horizon à l’autre. La pénombre, la brunâtre, en redemande. Les oiseaux s’installent dans leurs quartiers pour la nuit  protégeant leur progéniture; ils leur sifflent une berceuse pour les endormir en toute sécurité. Les grenouilles  sur les abords du lac ont entonné leur concert nocturne brisant ainsi un silence inquisiteur. La nuit est en prémices. Les outardes, campées sur les flots argentés laissent extérioriser leurs cris  de domination du territoire si chèrement acquis. Des effluves des champs et de la forêt  s’agrippent aux brumes de cette fin de journée. Un calme angélique nous saisit. Je suis au belvédère du clocher du monastère à environ une  trentaine de mètres du sol et à quelques mètres des cloches. Accoudé au parapet  je savoure cette fin de journée chaude et humide. Je respire à fond les parfums des arbres fruitiers et des arbustes à fleurs. Les lilas embaument. La vue  splendide des montagnes que m’offre l’horizon du couchant m’enivre.
Au loin, sous la lune pâle qui montre son visage, je distingue clairement les courbes sinueuses du lac qui s’étiole en serpentant vers le zénith. 

-Il nous sert ce lac.’’ Me dis-je  Tout comme la nature. Ces champs d’avoine et ces grands vergers nous nourrissent ainsi que la faune. Ils nous servent sans rien demander en retour. Mais leur rendons nous bien  ce qu’ils nous donnent ?   

 

Que suis-je venu faire au Monastère pendant plus d’une semaine ? Je suis venu servir  et apprendre à garder ma place. Dans nos sociétés tout se monnaye, tout s’achète et tout  se vend. 

Un service en attire un autre dit le vieil adage. Le donner pour donner et le recevoir pour le recevoir  est d’une extrême rareté. Une phrase de la Règle de Saint-Benoît me revient à l’esprit : ‘’ c’est par l’humilité que nous grandirons’’. Une mère, un père  donnent aux enfants ; ils ne comptent pas les heures et ils ne verront jamais  presque rien de tout ce qu’ils ont donné. 

J’écoute les balbutiements des  derniers ailés  et le cri de la chouette qui vient de prendre son quart de nuit. Les grillons et les criquets s’amusent ferme avec leurs octaves tout comme un orchestre symphonique au début d’un grand concert. Ils ajustent leurs tonalités. Quelques nuages passent devant la lune  pour la saluer. 

Je reprends  ma méditation. C’est Rimbaud qui disait : ‘’ Les combats spirituels sont  plus rudes que toutes les batailles humaines’’. Il avait bien raison. Nous sommes accaparés par les  échappatoires de la vie : l’avoir, le pouvoir, la gloire et les instruments de mort (alcool, drogues, jeux, gourmandise (nourriture), sexe à outrance et quoi encore ?) Et nous avons des instruments pour échapper aux vraies valeurs; la télévision, les ordinateurs, le bruit et notre aveuglement .Nous ne savons pas vivre du détachement, autant physique, mental, intellectuel ou spirituel de ces choses . 

Nous fuyons ! Nous fuyons quoi ? Nous fuyons Dieu. Et pourtant chaque être humain  porte en lui l’Étincelle Divine  qui ne demande que de se raccrocher au faisceau central. 

C’est soir du dimanche de la Pentecôte, par deux fois les cloches ont sonné de toute leur envolée aujourd’hui. 

Profondément enfouis dans mes pensées de contemplation de ce spectacle magnifique de la nature nocturne, je fixe la première étoile qui surgit du firmament. Ce   minuscule point blanc s’affirme suivi par une myriade d’autres. Et, sans crier gare, les cloches se mettent en branle. Le concert débute pour la dernière fois de la journée. Les bourdons  donnent le ton. L’envolée pénètre dans l’obscurité perçant l’enveloppe de  la nuit encore fraîche. On aurait dit une cheminée de volcans qui crache les sons et les prières contenues de la Chapelle depuis fort longtemps. Les octaves se  transcendent en lumière à tous les horizons. Le monastère, avec son clocher, semble un phare dans la nuit illuminant de son jet de sons les côtes salvatrices. Sa voix puissante, son chant mélodieux enflamment. Un magma d’octaves glisse  sur les rives du lac. Un tourbillon de notes tint et  me saisit intensément. J’ai une impression  d’être partie prenante du récital.
Pendant plusieurs minutes les cloches virevoltent et jouent de la portée. La symphonie clochetière va bon train. Mon ouïe devient sensible à mesure qu’avance la mélodie. Je fixe le cercle laiteux lunaire et imagine que les notes des cloches  y voguent en toute allégresse. Je fais une prière à Dieu pour la Paix. Et, comme tout a commencé, la mélodie s’atténue doucement pour enfin ne laisser que les bourdons finaliser le concert. Avec le dernier dong, le silence nocturne reprends sa place. En quelques secondes l’apaisement et la quiétude dominent. Les oiseaux et les insectes reprennent leur concert à eux comme à leur habitude. Les volatiles se taisent pour ne laisser que l’aubade des grenouilles et des grillons enlacer les baumes de la nuit. 

Je demeure coït  dans ce calme, cette sérénité et ce silence monastique. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps© 

Laval 

29 mai 2010 

 


Archive pour mai, 2010

Papillon de nuit.

Papillon de nuit. dans Liens papillons_communs6

 

Papillons de nuit. 

Ce soir je suis de garde. Mes compagnons dorment à poings fermés. J’aime être de consignation en pleine nuit. Tout est relativement calme et une légère brume enveloppe les hautes herbes humides des champs. Les effluves restants d’une chaude journée de juillet n’arrêtent pas de gravir l’air. Le silence entrecoupé des frottements d’ailes des grillons rassurent. Je respire profondément. Voilà  un temps magnifique pour réfléchir et se remettre en question, me dis-je intérieurement .Je risque quelques pas vers le stationnement  et stoppe. Je respire prestement. Je ne m’aventure pas trop loin car si le téléphone rugit je veux être près pour m’en saisir. Il est rare, qu’en pleine nuit, à cette caserne, il y ait un appel; mais  sait-on  jamais.  La lune, compagne jaune laiteux, renvoie un éclairage  saisissant. Quelques petits nuages timides  passent devant elle pour la saluer. Les étoiles brillent de leurs plus beaux  points  diamantés. Le silence en est étourdissant.

Un bien –être s’est accaparé de mon fort intérieur et je souhaite que rien ne vienne interrompre cet instant subliminal. Je suis en prière avec la nature nocturne, l’univers ; Dieu. Je  risque encore quelques pas  tout en jetant un coup d’œil  vers la porte de la caserne que je maintiens ouverte avec un caillou que nous utilisons dans le jour. Tout au bout du grand parking  un lampadaire solitaire lance ses rayons protecteurs. Son contour ressemble à une sentinelle fidèle à son poste.  Sa lumière limitée et délimité renvoie une zone bien précise de terrain. À bien y regarder, je remarque une activité intense tout autours de son faisceau  d’éclairage. Je m’approche tout doucement  pour pousser plus loin mon investigation. À quelques pas  du mat métallique je perçois une immense flambée d’insectes  tourbillonnants en vrille dans l’éclat perçant dans la nuit.  Toute une myriade d’agents ailés, du plus petit au plus grand, a pris d’assaut la boule de lumière. Une compétition féroce est en cours. Sur le sol une kyrielle de candidats et candidates déjà battus sont à l’agonie. Dans les brumes de la nuit on dirait qu’on peut entendre les cris désespérés des  papillons de nuit essayant  de prouver leur amour à cette lumière éclatante. Je m’approche un peu plus, toujours en gardant une oreille attentive vers la porte de la caserne, en essayant de distinguer les différents  phénomènes  s’agglutinant dans l’antre des rayons meurtriers du candélabre. J’en fixe un, parmi  les légions présentes, qui a comme envergure d’aile plus d’un empan ; aussi volumineuse que ma main.

D’un vert pomme  éclatant  il vient se poser sur ma manche  à la hauteur de mon coude. Je  sursaute légèrement. J’ai tout le loisir de l’admirer. Ses antennes  ne cessent de bouger  comme s’il m’analyse  tout comme je le fais. Nous avons établi une relation que nous  savons momentanée. Ses ailes ont un motif, comme du petit point, ressemblant étrangement  à une fleur. Il semble heureux de venir me faire contempler ce chef-d’œuvre de  mère nature, et,  avec raison. Encore une minute et mon nouvel ami ira rejoindre ses compagnons dans sa danse effrénée  dans la lumière .Je profite de ce court laps de temps pour lui parler : 

-Je ne connais pas ton  nom mais je pressens  qu’il doit être magnifique, autant que ton habillement. Je suis heureux de t’avoir connu. 

Sur ces derniers mots, d’un battement d’ailes, il monte vers les remous de la lumière  à mon grand regret. Il est toujours triste de voir partir un ami. Je m’éloigne pour revenir  à mon poste .Toujours pas de sonnerie je me rassure. J’entre dans la caserne  et me dirige vers la cuisine pour m’y faire un café. Le reste de la nuit sera longue avant les petites heures du matin. Je viens m’installer  au bureau de garde et attends. De la fenêtre je vois toujours les insectes exécuter leurs ballets. Je songe : 

-Ne sommes nous pas, nous aussi, ces papillons de nuit  qui tournoient, virvoltent et s’esquintent sur une lumière blafarde et froide ? Ne sommes –nous pas attirés par un rayon trompeur  d’illumination  de valeurs éphémères ? Et lorsque nous y prenons conscience, le temps est écoulé : trop tard les ailes sont brûlées et l’énergie défaille .  Ne sommes nous pas entraînés, malgré nous, dans ce labyrinthe  aimanté des plaisirs charnels  sans lendemain? La folie magistrale de ces lépidoptères  multicolores enivre. Je me demande pourquoi de si majestueux insectes polychromes ne fréquentent que la nuit. Pourquoi avec leurs beaux ramages  ils ne se pavanent pas dans le plein jour ; au soleil. Ils laissent la place à leurs congénères diurnes le plaisir des yeux. Ne sommes nous pas attirés par le superficiel, malgré nos qualités que nous nous servons à mauvais escient? Mes réflexions profondes m’amènent le soleil levant .Je me lève de mon siège, m’étire et me dirige vers l’extérieur. Le fond de l’air  se fait plus frais. La rosée fait son œuvre .Les toiles d’araignée font miroiter  de petites architectures gouttelettées  comme des rangs de perle perdus entre les herbes sauvages. Je reluque le lampadaire éteint de tous ses feux .D’un pas  lent j’y arrive à sa hauteur. À l’aube rougissant  de son lever, les oiseaux s’interpellent pour le festin royal. En bandes ils foncent vers le dessous du lampadaire pour dévorer  les papillons incapables de se mouvoir. La fatigue a eu raison  de leur tumulte de la nuit ils ont abdiqué. Leur mort  servira à contrebalancer  dans les écosystèmes. 

Une autre journée commence, une nuit s’achève.

Rien ne se crée ; rien ne se perd.  Pierre D. 

Les Ailes du Temps©  Laval  5 mai 2010 

 

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