Paradoxes.

Paradoxes. dans Liens wild_highways_next_nature

Paradoxes

 

 Ce matin la rivière resplendit comme un miroir. Rien ne vient troubler sa surface lisse ; ni vent ni soufflet. L’image qu’elle projette double le bonheur de la contempler. Des  goélands, des engoulevents en profitent pour s’admirer à sa surface. Les deux clochers de l’autre côté du cours d’eau ressortent de manière magnifique. Leur dédoublement impressionne. Le soleil, jaloux du spectacle, en remet. Quel calme, quelle sérénité et quel silence .Quelques canards glissent sur  l’onde  comme des signes en verre sur une surface de glace. Une petite brumette gênée et timide s’accroche sur les flancs des rebords du cours d’eau. Excellent temps pour la méditation et la contemplation. Remercier Dieu est le moment présent. 

Des pensées, toutes pêle-mêle, viennent  s’accaparer de mon être mais je les stoppe en regardant les détails du paysage que m’offre la quiétude des rives. Les voix se taisent peu à peu pour laisser les notes mélodieuses des oiseaux enchanter mon imagination. Je respire à fond labourant les effluves d’arbustes et des fleurs qui m’entourent. Je suis un avec cette nature bienfaisante .Le silence établi à tous les niveaux, j’entreprends l’escalade de ma méditation et de ma circonspection. Ce qui me vient à l’esprit, soudainement, c’est une question sur ce silence même. 

-Pourquoi  les gens ont-ils si peur du silence ?  Pourquoi dans leurs maisons ou leur logis il y a toujours de la musique qui se fait entendre ? Pourquoi certains ont leur télévision ouverte à longueur de journée ?
Pourquoi  vivre dans une cacophonie, souvent innommable, de sons, de bruits et de vacarme ? Que fuit-on ? Que ne voulons-nous pas voir ou entendre ou ressentir ? Sa propre image ?  Nos soucis ? La peur de la solitude ? Les stress de la vie ? Et pourtant nous vivons tout cela quand même. Nous ne prenons pas le temps d’écouter vraiment ce qui nous entoure .La nature, la faune et surtout, surtout, les gens .Mais plus important encore  écouter cette voix intérieure qui nous parle. 

 

Un moine affirme : 
’’ L’amour du silence conduit au silence de l’amour ‘’. Affirmation profonde et réaliste. Ce silence reflète aussi le respect. Le respect de soi et des autres. Prendre le temps de respirer le silence et de s’en imprégner ne fut-ce que quelques minutes par jour. 

Quel paradoxe. Il y a de ces gens qui sont toujours à la course. Course lorsqu’ils sortent du lit et dans leurs préparations. À cavaler lorsqu’ils prennent le métro ou leur auto et d’arriver quelques minutes plutôt .À la course lorsqu’ils arrivent à leur travail tout en montant des escaliers fastidieux. À la course pour leurs repas et  leurs rendez-vous d’affaire ou de réunion. Pressés-pressés disent-ils. Ils déambulent dans les mêmes escaliers pour retourner dans leur chaumière et, pour se reposer, …ils font du jogging ! Ils vont se coucher en courant .Quelle vie trépignante .  Pendant ce temps  la radio, la télévision et les ordinateurs vomissent des inepties à ne plus finir. On ne regarde plus la beauté de la nature et des fleurs. On entend plus les gens qui nous sont proches. Non ! Nous courons ! 

Ce n’est que lorsque nous sommes acculés au pied du mur que nous revenons sincèrement à  la case départ. 

Une envolée d’outarde vient gentiment glisser sur la surface, toujours  sans tache, de la rivière. Quels magnifiques oiseaux. Ils sont si discrets; sans déranger .Ils viennent me saluer et je  leur rends la réciproque. La surface de l’eau reflète une myriade d’éclats lumineux du soleil qui s’y dandine joyeusement. Un  merle vient sautiller de brin d’herbe en brin d’herbe à la recherche de sa pitance. Il trouve. Je réfléchis, encore, à un autre paradoxe. 

-Les gens ont tellement peur de souffrir  qu’ils s’étourdissent par le bruissement de tout ce qui les environne et dans leurs craintes de manquer de tout, pour ne pas souffrir, ils souffrent encore plus. Je discutais avec une vieille dame qui me parlait de la préparation de ses funérailles. Mais avant elle a demandé à ses enfants, advenant une longue maladie, qu’elle voulait se faire euthanasier pour ne pas souffrir et être un poids pour sa progéniture. 

Elle s’inquiétait des coûts relatifs à son enterrement et la divulgation de son testament qui lui donnait bien du fil à retorde à cause des chicanes et de dissensions  entre ses enfants. Elle vivait de tourments astreignants. 

Elle n’avait pas du tout l’esprit tranquille et serein. Elle me demandait quoi faire. 

Je lui dis tout simplement de lâcher prise et de s’occuper de ses fleurs.
 -Les gens se sont faits de nouveaux dieux : culpabilité, insécurité, peurs. Solitude. 

-Je  me demandais comment cela se faisait-il que nous vivions dans une culture de mort. Euthanasie, avortement, ce que nous voyons dans les journaux, à la télévision et dans les films. 

Ce que je vis présentement avec ce grandiose paysage de sérénité et de calme vient incontestablement  contrecarrer les ambitions des ténèbres. La vie éclate ici. 

-Nous avons une crainte viscérale de nous faire face et de nous voir tels que nous sommes. Et lorsque, dans la vie, cela nous arrive nous nous disons :’’ Ah ! Ce n’était que ça !  Pourquoi ne l’ai-je pas fait avant ?’’ La peur nous empêche d’y voir clairement. 

Une bande de mésanges vient s’agripper au sommet d’un érable. Ils piaillent et caquassent comme des damnées. Une mésentente semble les diviser. Ils en sont comiques car tous piaillent en même temps on dirait que tout et chacun veut avoir le palier. Ils repartent sans avoir régler leur différent .La rivière glisse lentement  vers l’est : direction le fleuve  ensuite la mer. 

J’apprécie ces instants de silence et de concentration. Temps de remise en question. Le temps de l’amour .Une autre pensée vient m’effleurer l’esprit. 

 

-Pourquoi disons –nous : ‘’ tomber en amour ‘’? Nous ne ‘’tombons pas en amour mais bien nous nous élevons par l’amour .L’amour est sublime L’amour  nous emporte. Elle ne nous fait pas dégringoler. Au contraire .Nous nous envolons avec l’amour 

Je me perds encore quelques instants dans mes paradoxes pour me ramener encore une fois sur mon paysage subtil. Je cherche les détails des deux clochers dans la rivière. Je les compare  aux clochers réels. L’effet est foudroyant et les détails sont clairs. Pourquoi dans nos vies cherchons-nous à projeter une image de nous-mêmes qui n’est pas nous-mêmes? Pour impressionner les autres, ou s’impressionner soi-même ? Lorsqu’on vit dans notre réalité et dans notre soi-même il y fait encore bien plus beau ; c’est moins souffrant. 

Une légère brise vient de se lever ce qui a pour effet d’effacer l’image de la surface de l’eau. Je prends une profonde respiration et regarde l’heure. Malgré que je ne sois pressé nullement je me lève, m’étire, et me dirige vers le petit chemin qui conduit au stationnement. Sur la rue une auto passe en trombe tout en émettant des relents d’une musique douteuse  je me dis : 

-Bienvenue dans le monde à nouveau. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps© 

21 juin 2010 

 

 

 

 

 

 


Archive pour juin, 2010

Labyrinthe.

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Labyrinthe 

Le meilleur qui peut nous arriver dans la vie, c’est d’assumer nos choix. 

La nature exhibe sa pleine maturité. Les arbres batifolent  avec la douce brise. Les arômes des fleurs n’arrêtent pas de nous souler de leurs parfums. Les oiseaux gazouillent goulument dans cette abondance. Les rayons bienfaisants du soleil charrient leurs dons flatteurs de chaleur. Comme si tous et toutes se sont donné le mot pour partager une part de petits bonheurs épars ici et là. Je me suis installé sur un minuscule banc du parc  et j’observe toute cette activité estivale. Je suis part entière à cette nature délicieuse. Les criquets et autres confrères et consœurs de même acabit  terminent leur concert matinal; ils iront  se retirer pour la journée mais en attendant ils fignolent, encore, leur dernière mélodie. J’encense  ces moments délicats du jour qui se lève ; tout renaît et tout revit. L’extrême douceur  coule sur nous .  Une grive vient me saluer et je lui réponds avec la réciproque. Un vol d’outardes vient faire de la rase motte sur le lac et atterrit dans un battement d’ailes à faire pâlir n’importe quelle ballerine. Le soleil brille de milles feux sur l’étendue d’eau. Tout est si calme, si soyeux. Je vois arriver deux personnes en direction, elles aussi, du petit parc. Nous nous saluons, poliment,  d’un signe de la tête  et elles s’éloignent à quelques dizaines de mètres. Je peux entendre leur chuchotement. 
Ma respiration, toute profonde soit elle, vit au rythme des chants d’oiseaux au faîte des arbres : quiétude et silence  sont les mots d’ordre .J’entends les deux personnes parler à voix très basse pour ne pas fracasser ces moments de sérénité.
Absorbé par le léger sifflement du vent dans les branches des arbustes j’aperçois un jeune homme qui, lui aussi, se dirige dans notre petite zone ombragée. Il semble soucieux mais détendu quand même. Il vient s’installer sur un banc adjacent au mien. Je le salue, lui aussi,  de la main. Tous ensembles nous nous laissons imprégnés de la tranquillité de l’endroit. Un couple d’écureuils badine dans le petit chemin, indifférent de notre présence. Je souris, le jeune homme aussi. Nous échangeons un clin d’œil furtif. Il me dit :  -Ils sont de moins en moins asociaux  ne trouvez-vous pas ? Probablement parce que beaucoup de gens doivent les nourrir. 

Je lui rétorque : 

-C’est un fait ; ils deviennent de plus en plus dépendants des humains  tout comme beaucoup d’oiseaux. Nous en restons à ce court dialogue  tout en examinant les alentours. 

Un scarabée vient se poser sur mon banc et se dirige  vers ma main posée à plat. Je le laisse agir à sa guise, Il est rigolo. Il finit par grimper sur le revers de mes doigts et   s’y promène tout comme un skieur qui dévale une pente avec des bosses. Mon voisin m’examine et esquisse un sourire moqueur. 

-Vous aimez la nature, ça se voit. Moi aussi  c’est ressourçant. 

Je constate qu’il a envie de parler  de dialoguer avec un autre humain et j’ouvre la porte. 

-Vous êtes en vacances ? Pourtant nous ne sommes qu’en début de juin. -Non j’ai décidé, aujourd’hui, de prendre une journée de congé; ce qui ne m’est pas arrivé depuis bien des années. Entraîné par la routine, par l’emploi et les exigences de l’occupation je me suis oublié quelque peu. Je me suis oublié mais aussi oublié mes proches; ma vie. Au début de la semaine un de mes subalternes m’a fait une remarque qui m’a ébranlé.

-Il m’a dit : ‘’ Tu as fait ton premier million de dollars avant l’âge de trente ans   que voudras –tu de plus maintenant ? Un autre million et ensuite un autre et ainsi de suite.’’ 

-J’en ai été abasourdi  que je n’ai su quoi lui réponde. Je prenais conscience, aussi en même temps,  que depuis plus de quinze ans je poursuivais des idéaux et des croyances auxquels je me suis rattachés fermement . 

 -J’ai tout essayé et j’ai accompli beaucoup. Je me suis dépensé sans limite pour ces idéaux et, là, avec cette remarque qui m’a freiné brusquement, je me remets en question. Excusez-moi de vous parler de mes petits problèmes personnels ce matin. Dans cette belle nature si invitante. Depuis quelques jours j’ai des difficultés à fermer l’œil. -Ne vous excusez pas, lui dis-je, nous passons tous par cette sorte de remise en question, un jour ou l’autre,  dans notre vie. Continuez si le cœur vous en dit.  -Merci. C’est comme si je me retrouvais face à un labyrinthe  avec  neuf chemins à prendre  mais je sais qu’un seul est le bon. Un seul me conduira à bonne destination mais voilà; lequel ? J’ai comme l’impression, aussi, que je ne peux revenir vers l’arrière et je me  dois de continuer. Il y a des chemins, je le sais, par lesquels je suis déjà passé et je ne veux les emprunter à nouveau. Il y en a d’autres qui sont bien tentants mais j’hésite à m’y risquer. Un silence profond s’installe entre nous , entrecoupé par le gazouillis des ailés dans le feuillage  qui nous couvre de son ombre.

 Mon scarabée me quitte. Je  fixe le jeune homme  qui flotte dans ses pensées. Je rétorque : 

-Et, pour vous, quel serait l’idéal dans tout cela ? Quelle serait la Voie ? Vous savez  un jour quelqu’un m’a dit, dans une situation semblable à la vôtre,’’ Assures-toi de te trouver de côté de la Lumière, le côté de la sécurité.’’ Et lorsque tu auras choisi bien,  assumes ton choix et acceptes-le.  -Tu vas trouver dans ton choix ta sécurité en admettant que c’est toi qui a choisi avec toutes les conséquences que cela comporte.’’ -Et, vous savez, il avait raison. J’ai choisi à ce moment là. Me serais-je tromper, je ne le sais pas. Ce que je sais : c’est que toutes les expériences que nous vivons sont parties d’un tout. 

-Si vous croyez faire le bien et faire pour le bien,  c’est votre route. Que vous soyez trois fois millionnaire ou que vous soyez pauvre comme Job, vous aurez fait ce que vous aviez à faire. Toujours suivre la Lumière et la sécurité. Le jeune homme me  regarde avec  des yeux inquisiteurs. Un écureuil  monte sur son banc et le dévisage. Surpris, le jeune homme  lui parle : 

-Non mon petit coco je n’ai rien pour toi, c’est malheureux. Une autre fois peut-être. Le petit gris descend du banc et coure la queue dans les airs  vers un grand arbre devant lui.

Je me lève et va vers l’homme et lui serre la main : 

-Bonne chance dans vos choix  et que Dieu vous garde. 

Il me répond par la même formule et nous nous séparons. 

Le soleil darde, la matinée est avancée. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps©  Laval, 9 juin 2010 

 

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