Un temps pour …!

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Un temps pour … 

 

Ce matin, au lever du soleil qui joue du coude avec la couche de nuage  l’obstruant, il règne  un climat incertain d’humidité  annonçant de la pluie. La boule de feu ne se rend pas ; elle grimpe tout en douceur dans le ciel arrosé de ses coloris pastel. Un vol immense d’outardes  a pris l’axe du sud. L’automne  s’installe peu à peu. Le V des oiseaux d’une perfection virtuose se laisse guider par une outarde d’expérience. Leur  glapissement glisse sur leurs ailes encore enduite de rosées matinales. Départ précoce –me dis-je – tout en admirant leur ballet aéronautique. 

Je retourne voir où en est le soleil avec son combat contre la masse nuageuse. Il se faufile tout en transperçant les  strates de coton ouatées .Des rayons fusent de toutes parts  comme de grands jets de lumière accompagnés de feux d’artifice. Les reflets dans la rivière donnent une impression de profondeur à la scène. Le dédoublement est invraisemblable tellement  tout concorde. Le cercle  jaune paraît enfin et vient s’éclater à la surface de l’eau  en son jumeau. Des canards badinent à la surface  ce qui vient rajouter une touche de finition. Je suis bouche bée  face à cette beauté et ce spectacle incommensurable .Je remercie le Créateur de me faire voir ces moments délicats de sensibilité. Je me sens vivre et  heureux. Pas de question, d’interrogation. Seulement apprécier l’exquis de la nature. 

Je me déplace de quelques pas à ma droite et un détail vient me sauter aux yeux, détails qui m’amèneront beaucoup de réflexions. Je remarque l’immense toile d’araignée, qui était là hier en axe est-ouest, flotte maintenant dans un axe sud-nord. Cette immense construction – les plus longs fils doivent avoir au moins un mètre à un mètre et demi du bas vers le haut autant de la gauche vers la droite; tout un chef-d’œuvre digne d’une ingénieure des  câbles de suspension. Je me demande : 

-Pourquoi la toile fait face au sud ce  matin tandis qu’hier elle faisait face à l’ouest ? 

J’examine de plus proche son occupante, un beau spécimen arachnide des bords de l’eau. .Comme  un détective je scrute les environs et vois que ses fils principaux sont encrés à des bornes des plus solides que ses dernières positions de la veille. Elle a donc réévalué ses plans et a probablement travaillé toute la nuit ; belle petite bête intelligente. 

Le soleil vient montrer les infinis détails de l’architecture de la construction. Je me dis : 

-Un si petit animal qui érige des choses semblables ; quelle merveille. 

L’araignée ne semble pas préoccupée du tout par ma curiosité. Elle monte ses longs câbles pour solidifier encore plus son œuvre. Les tâches vertes sur son abdomen brillent à l’astre du jour .Les fils tendus à l’extrême exhibe les cercles en concentriques  au centre. Un goéland, un peu nasillard, vient fureter tout près. Il ne semble pas de bon poil ce matin. D’autres de ses frères sont venus empiéter sur son territoire .Il se gonfle le plumage pour les impressionner et leur lance des cris rauques pour les avertir de ne pas trop outrepasser les limites. 

Une pensée me vient à l’esprit : 

-Vanités des vanités; tout est vanité. 

Ne sommes nous pas un peu comme mon ami cet oiseau murmurateur . Ne voulons nous pas projeter une image qui, bien souvent, ne nous ressemble pas .Ne lançons nous pas à nos semblables des avertissements par nos agissements qui nous éloignent d’eux ? En faisant de la sorte nous nous rejetons nous-mêmes des liens de solidarité qui nous unissent à notre espèce ? 

Le goéland se pavane de long en large tout en faisant semblant de s’offusquer des avancés des autres goélands. Ces derniers font fi des cris plus ou moins éraillés de leur congénère et continuent de se nourrir d’insectes. Je reviens vers mon ingénieure qui finit de fignoler le bas de sa toile .Elle semble tester l’élasticité des câbles de soutènement. Au sol, dans la rosée, le soleil se mire dans les minuscules gouttes  qui ont envahie, aussi les rangs serrés de la toile de l’arachnide. Une exposition de rangs de perles rend la toile féérique. Je me redéploye vers le décor  champêtre du cercle de feu d’un jaune foudroyant, Une autre envolée d’outardes passe  laissant  sur sa trace des glapissements d’euphorie. 

-Quand il faut partir ; il faut partir – me dis-je. 

Revenant, par un autre angle, à la construction de l’heure je distingue clairement tous les fils de la toile qui soutiennent l’œuvre, Il y en a  sept. Quatre vont vers les points cardinaux et les  trois autres sont intermédiaires Quel  génie. Je remarque aussi un très long fils qui sillonne la toile et qui va se nicher tout en haut dans l’arbre le plus proche. J’avais déjà lu dans une encyclopédie que ce fil était celui de la retraite en cas de danger  de prédateurs. Pas une grosse créature ; mais douée d’intelligence. 

Nous aussi nous avons nos qualités, nos défauts, nos forces et nos faiblesses. C’est que nous avons l’intelligence, mais savons nous bien nous en servir ?  Me dis-je.
Avons-nous, nous  aussi, un fil de retraite pour le ‘’ au cas où?’’ Lorsque nous construisons ; construisons nous sur du solide et parachevons-nous de façon sécuritaire et durable ? Mon alliée l’araignée m’a amené très loin ce matin. 

Le soleil bien campé dans le zénith se rit bien, maintenant du petit amas de nuages qui fond à vue d’œil. Une vingtaine d’outardes amerrissent en face de moi. Elles percent la surface miroir de la rivière et semblent s’en amuser. Leur concert égaye l’atmosphère. On se sent indiscret en s’immisçant dans leur délibération. Il semble qu’il y ait eu un imbroglio dans le V en vol. Le chef de file caquasse comme pour donner des instructions. Le calme s’établit et tout comme elles sont arrivées elles repartent tout de go. Quels magnifiques oiseaux. Mon goéland, dominant, s’est calmé quelque peu. Il surveille les environs  pour en chasser les intrus. L’araignée s’est maintenant installée  au centre de sa toile et semble prendre un repos bien mérité jusqu’à la prochaine grosse pluie qui saccagera  sa maison, et comme un infatigable travailleur, si cela arrive, elle recommencera du début à la fin. Tout comme la nature se régénère elle suit le courant. 

 

Tout comme nous, lors des problèmes, des conflits et des difficultés, nous recommençons et avançons. Lorsque nous subissons des pertes et affrontons les affres de la vie nous nous retroussons les manches et nous nous remettons à la tâche .Nous reconstruisons, nous reformons et nous agissons .Mon amie à huit pattes en sais quelque chose. Si elle ne le fait pas elle met en jeu sa survie car sa toile est aussi son instrument de travail pour sa nourriture et le gîte pour sa future descendance. Toujours avec son lien de sécurité. 

L’astre, maître du jour et de la lumière,  brille de tous ses rayons. Les feuilles des arbres commencent à prendre une couleur d’automne. Les gens se sentent tristes en ce temps de saison; pas moi ! Car l’automne annonce, pour plus tard,  un regain de vie, de renouveau qui sera, après l’hiver, le printemps ou tout redeviendra encore plus vivant qu’avant. Les teintes sont magnifiques. Les coloris explosent tout en chaleur. Les oiseaux migrateurs occupent le ciel à pleine volées. Ils rajoutent au spectacle terrestre le petit plus pour faire de ces journée des jours de joies et de plénitude. Dieu que je suis content d’être envie et de pouvoir sentir ces flux de bonheur en moi. Pour tous ceux et celles qui se sentent déprimés et un tantinet triste  je vous envoie des ondes lumineuses d’énergie venant directe de l’univers. 

Je regarde une dernière fois l’araignée se chauffant au soleil tout en attendant  son prochain repas qui se fait plus rare en ce temps de saison. Sa patience sera récompensée.
Je décide de garder  silence pour une vingtaine de minutes ;le temps de laisser l’influence de l’Esprit me donner la force de remercier mon Créateur pour de si merveilleux moments. 

‘’Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel :
un temps pour engendrer, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher……………. 

Livre de l’Ecclésiaste 3,1-11. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval, 24 septembre 2010 

 

 


Archive pour septembre, 2010

06:21

06:21 dans Liens lever_de_soleil

 

06:21, du rouge à l’or. 

Moment sublime et terrestre. La nature, le paysage, attendent de pied ferme leur pourvoyeur de chaleur et de lumière. La coulée de brume, vestiges de la nuit, monte en colonnes vers le zénith. Comme une sentinelle, juchée sur son rempart,  moi aussi je suis  fébrile à l’annonce de l’apparition de la boule de feu. Campé, tout en haut, de la terrasse du clocher du Monastère et je guette l’instant magnifique du lever de soleil. Quelques outardes énervées prennent leur place à la dernière minute. Un coulis de nuage s’immisce devant le point stratégique pour donner de l’effet. L’horizon se pare d’un teint pastel pâle comme fond de toile. Un pigeon vient tout proche de moi et  savoure le salut de l’astre du jour. Climax. En kaléidoscope doux , sans brusquerie les tons changent tout en gentillesse; ils déroulent le tapis rose  comme pour un personnage important.
Le naturel retient sa respiration et espère .Des oiseaux, frondeurs, piaillent dans les fonds des bois .Le lac  s’immobilise tout à coup pour donner de  l’inspiration à la scène. Encore quelques secondes et les premières notes de l’apothéose retentiront. Les dernières brumes, comme le chevaucheur des nuées, déboulent en cascades vers  le lac  qui les engouffre. Quelques unes s’accrochent aux arbustes. Tout au fond de l’apogée un clin d’œil se fait ressentir. Un court arc de cercle d’un rouge flamboyant se montre le sourcil.

Le voilà !

Les  volatiles, tout en émoi, chantent en chœur  l’entrée solennelle de leur bienfaiteur. Ils remercient Dieu de sa générosité. Je contemple cette montée graduelle. On a comme impression que le paysage change de forme et de figure .Un tourbillon de brumâtes s’élance vers le firmament comme un oiseau se lancerait vers le soleil pour se brûler les ailes. Tout s’éclaire, resplendit en toute beauté. Maintenant en face de nous un cercle parfait, rouge feu , détonne de myriades d’éclats. Les minuscules nuages à l’avant scène dessinent, sans le savoir, une colombe aux ailes vermillon et au plumage blanc neige.

Sur le lac les outardes glapissent d’allégresse et de gratitude. Les pigeons qui logent dans le clocher s’envolent par groupes de sept. Ils virevoltent tout en cadence et en chœur. Un vol exécuté à la précision. Les gouttes de rosée rougeâtres, de la nuit évanouie, perlent sur l’herbe vert tendre. L’ascension du soleil se poursuit tout en légèreté. Un autre groupe de pigeons prend son envol et croise leurs congénères. Je regarde ma montre et il est 06 :21  il y a quelques minutes nous étions aux Vigiles. Un passage d’un psaume m’est resté dans l’esprit et mon fil d’idée le reprend : 

‘’Resterez-vous au repos dans les enclos 

quand les ailes de la Colombe se couvrent d’argent 

et ses plumes d’un reflet d’or pâle :

 Quand Shaddai, là-bas, disperse des rois, 

Et qu’il neige au Mont Sombre ‘’ 

J’essaie de saisir le sens de ces vers. Mon regard se disperse, pour sa part, vers le lac qui s’est mis à bouger en minuscules vagues que le vent tatillonne. Ces vers ne sont- ils pas une signification de notre indifférence  dans notre confort quand il se passe des malheurs ailleurs ou autours de nous. Ne signifient-ils pas, au moins, de s’en occuper et de poser des gestes si minimes soient-ils ?
La  Colombe, signe de Paix, s’encrasse d’argent et d’avoir .Son plumage se couvre d’or ce qui risque de l’empêcher de voler normalement et de s’écraser. Et alors ce sont les conflits. 
Les pigeons viennent passer si près que je sens leurs coups d’ailes près de ma tête. Le cercle de feu  entre dans sa phase de métamorphose il se pare d’un teint verge d’or. Les filets ouatés des nuages le dissimulent sans le gêner. Instant éminent et affectueux.

Mon esprit gambade vers les conversations que j’ai eues la veille avec un ami. Il me disait ses difficultés et ses incompréhensions à saisir ce que veulent dire les notions, lors de l’Offertoire, de la transformation du Corps et du Sang du Christ. Il ne saisissait pas clairement les définitions données par l’Église. 

Je lui dis : 

-Selon moi je ne cherche pas à rationaliser tous ces concepts, mais une chose qui m’est venue à l’esprit, une journée lors de la messe, je me suis remémorer un souper d’adieu que nous avions eu quelques camarades et amis. Nous savions, à ce moment là que nous ne nous reverrions probablement jamais .Alors dans un geste symbolique nous avons levé nos verres en guise de notre amitié et en souvenir de tous et chacun. Lors de la Dernière Scène Jésus a fait la même chose en disant à ses disciples, réunis avant sa Passion et sa Mort sur la Croix, de se souvenir de ce geste  et leur a dit : 

-‘’ Vous ferez cela en mémoire de moi’’ 

‘’Cela’’ : le partage du pain et du vin. Geste qui subsiste encore aujourd’hui. À toutes les fois qu’il y a  l’Eucharistie c’est ce que nous nous remémorons. Son geste d’Amitié, d’Amour d’Abnégation, d’Obéissance et de Don  de soi. Un geste des plus significatifs de Compassion. Un geste de souvenir  qui nous unit à Lui. Mon ami m’a dit : 

-Vu de cette façon c’est plus simple et compréhensible.  Un vol d’outardes vient me tirer soudainement des mes pensées. Je sens leur fébrilité à être attirées par le sud. Elles pratiquent leur vol en V .Le soleil a passé du rouge à l’or .En ce mois de septembre exceptionnel il éclate brillamment. Du haut de mon perchoir j’admire amoureusement le paysage qui débouche sur l’infini. Le lac tortueux et majestueux renvoie une série d’images dignes des plus grands tableaux.

C’est Dom Guéranger (Premier Abbé du Monastère) qui a pondu la devise de l’endroit en disant :

‘’ Dans la Beauté de la Paix ‘’

et sa phrase éclate ce matin encore plus. Je ressens cette  Paix et cet équilibre dans les forces environnantes. Les oiseaux, maintenant, donnent tout un concert  des plus joyeux. La vie a repris en trémolos. Une autre belle journée sur le podium qui amènera son lot de questions et de réponses.

 Pierre D.  

Les Ailes du Temps 

Septembre 2010 

 

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