Que c’est beau la Vie.

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Que c’est beau la Vie. 

 

-Grand papa, grand papa, j’en ai trouvé un. J’en ai un et il y a  trois œufs à l’intérieur. Ils sont  beaux  on dirait des œufs miniatures de pâques. Viens voir, vite avant que la maman ne  revienne. 

Je recherchais d’un regard circulaire d’où pouvait bien venir la voix de ma petite fille curieuse. Elle s’était aventurée près des bosquets sur les berges. Cachée par l’épais treillis je l’entrevois, juchée sur ses petites jambes reniflant le nid d’oiseau enfouis dans les branches de l’arbuste. Prudente elle examine les petits œufs ovales bleuâtres couchés au fond du nid. Je m’approche doucement d’elle et jette un coup d’œil aux alentours pour essayer d’apercevoir la mère qui a laissé sa couvée quelques instants, probablement pour se désaltéré ou bien croquer un insecte pour se revigorer. Marion ne se lasse pas d’explorer la structure du nid. Elle me lance : 

-Regarde, les parents ont même utilisé des petits morceaux de papier pour construire leur maison; c’est ingénieux ne trouves-tu pas ? Il y a des plumes, du duvet, des brins d’herbe, des petites branchettes et des minuscules bouts de tissus. Ils vont être confortables les oisillons qui vont venir au monde. Ils seront entourés de la chaleur de leurs parents et d’un douillet  nid pour les réchauffer et les protéger. 

Marion ne parle plus et contemple en silence le magnifique petit spectacle de la nature. Je refais une ronde circulaire autour de nous pour entrevoir où pourraient bien se trouver les géniteurs de cette progéniture, J’invite Marion à venir s’asseoir pour ne pas empêcher les oiseaux de  s’approcher de leurs petits; et de cette manière nous pourrions les observer dans leurs allées et venues. Nous nous installons confortablement  sur un banc de parc à proximité. Le printemps est dans sa maturité. Le vert tendre des arbres resplendit .Le soleil réchauffe l’atmosphère et nos cœurs, tout revit; tout rebat. Patiemment, Marion, scrute l’horizon pour essayer d’entrevoir la venue du couple d’oiseau chanceux .Elle me demande : 

-Dis-moi, crois –tu que la maman oiseau a songé à donner un nom  à ses rejetons tout comme nous le faisons ? Mais ….elle ne peut savoir si ce sera des petits garçons ou des petites filles ? On a comme un problème là ; car ils sont dans des œufs. 

Avec son regard inquisiteur, et, comme si elle savait à l’avance les réponses elle se les donne. J’écoute ce monologue d’enfant et je souris  dans mon fort intérieur. Et subitement, une belle grive au  poitrail  orange vif, vient se poser sur les rebords du nid. Elle lance un cri rauque avertissant son compagnon qu’elle a atteint le toit familial. Nous regardons,  en admiration, la femelle s’installer  tout en douceur sur les œufs. La couvée continue pour encore un temps .Les branches et le maigre feuillage de l’arbuste sont suffisants à la protection de la petite famille. Marion piaffe de joie, en silence. Elle frétille sur le banc tout en me serrant le bras. Pour elle c’est comme découvrir l’Amérique dans un petit nid d’oiseaux. 

Des  outardes, de retour, frétillent sur la surface de l’eau comme pour en rajouter à la joie de la scène .Profondément encrés dans nos observations je ne vois pas immédiatement une jeune mère, devant elle une minuscule poussette, qui déambule doucement sur le sentier. Arrivée à notre hauteur elle me regarde et me souris. J’ai comme l’impression de l’avoir déjà vue, rencontrée,  mais j’en suis incertain. Je lui réponds aimablement en lui souriant à mon tour. Marion lui sourit de toutes ses belles dents. La jeune maman me demande : 

-C’est votre petite fille ? 

Je lui réponds tout en regardant au fond de ses très beaux yeux verts : 

-Oui  elle s’appelle Marion et c’est un petit bonheur sur deux pattes. 

Marion me regarde et rougit quelque peu et dit : 

-Arrête grand papa tu vas me gêner. Et  ton bébé se nomme comment ? 

La jeune femme la regarde et lui dit : 

-Elle se nomme Marie-Hélène. Moi je me nomme Geneviève. 

Geneviève, me dis-je. Oui je la connais elle travaillait à la piscine comme sauveteuse l’été au complexe d’habitations où moi aussi je travaillais; elle était étudiante. Elle avait arrêté de travailler et on ne savait pourquoi. Un brin de gêne s’étiolait entre nous deux mais je me disais qu’importe c’est du passé tout ça. 

-Geneviève, tu te souviens de moi ? Tu travaillais à la piscine à…. 

Elle me regarde et me dis : 

-Oui je me souviens de toi et de tes trois enfants .Je leur avais appris à nager. Et maintenant tu as une belle petite fille tu dois être heureux? 

-Oui je le suis .Et toi comment vas-tu ? Qu’est ce qui t’arrive depuis ces années? On ne t’a plus revue. 

La conversation s’amorce. Marion observe toujours la maman  grive qui semble sommeiller dans son petit antre tout doux. Geneviève continue : 

-Tu sais lorsque je suis partie il y a quelques années, je n’avais que dix huit ans tout au plus, je me suis retrouvée enceinte .Alors  la pression des parents, l’école, les amis, l’amoureux et tout ce qui est véhiculé dans la société alors j’ai songé à l’avortement. 

Pris par une étreinte émotionnelle la jeune femme s’ouvre, comme pour le raconter à quelqu’un pour se soulager et se décharger du poids : 

-Je me disais ce n’est qu’un mauvais moment à passer et le tour sera joué. Je m’étais renseignée, informée et analysé les pours et les contres. Je prenais l’opinion de une et de l’autre .En fait j’y suis allée avec tout ce que ma logique me disait de faire .Après tout, je me disais, c’est ma vie, c’est mon corps et je peux en faire ce que je veux .Je suis trop jeune pour avoir un enfant et je n’ai pas les moyens de le faire vivre et si je le mets au monde il sera, en partant, désavantagé sur tous les autres. Et, continuant, de cette façon ,j’ai donc pris la décision finale de me faire avorter. Mais je ne me suis vraiment pas demandé ,à moi ,ce que je voulais faire. L’intervention n’a duré que quelques heures et la guérison physique; que quelques jours. Mais voilà ; les séquelles psychologiques me suivent encore même aujourd’hui. Je sens qu’il y a eu un vide, une brisure, une cassure à ce moment là et je ne pouvais pas exprimer ce que ça pouvait bien être. Un maillon de la chaîne s’est brisé. Aujourd’hui je le sais. C’est la Vie; c’est la Vie qui s’est brisée. L’an passé je me suis mariée et pour résultat je me suis de nouveau retrouvée enceinte mais cette fois… 

Geneviève baisse les yeux vers sa petite qui est profondément endormie dans son petit carrosse. Elle les relève pour rencontrer  mon regard compassif.  Je fixe son petit bout de chou emmitouflé dans ses couvertures. Je la complimente. Elle me sourit .Je lui dit : 

-Je pense que tu as eu une traversée du désert assez pénible. Maintenant tu as de quoi t’occuper et aimer. Pardonnes toi Geneviève et aimes ta petite Marie-Hélène pour deux. Tu sais, il y a un vieux militaire qui avait fait la guerre me disait : ‘’ Quand tu enlèves la vie c’est une partie de ta vie que tu enlèves’’. Et il  avait raison parce que nous sommes tous  un de notre espèce; l’espèce humaine. 

Une larme duveteuse coule sur la joue de la jeune femme .Elle me dit  dans un soupir : 

-Merci. 

Elle prend son bébé dans ses bras. La petite s’étire et entrouvre les yeux. Elle fronce les sourcils comme si elle se demande ce qu’elle fait là .Et lorsqu’elle me voit elle sourit de toutes ses lèvres. Je lui prends sa petite main et elle me serre le doigt tout en ayant comme un frisson de joie. Geneviève me regarde et souris profondément. Marion s’approche et caresse la petite du revers de sa main. Dans le fond du buisson nous entendons de faibles piaillements. Marion veut aller voir mais  hésite. 

-Attends Marion pour ne pas effrayer la maman oiseau.-Lui dis-je.-Ses petits ont fait éclos les coquilles. Ils doivent travailler bien fort pour s’en sortir. C’est tellement beau la naissance ; la Vie. Geneviève a remis sa petite dans sa poussette et s’apprête à partir.  Elle reluque vers le buisson et dit : 

-Oui , que c’est beau la Vie. 

Psaume CANTIQUE de Jérémie (Jr 14) 

17Que tombent, de mes yeux, mes larmes,
sans arrêter ni le jour ni la nuit !

Elle est blessée d’une grande blessure,
la vierge, la fille de mon peuple, *
meurtrie d’une plaie profonde.

18Si je sors dans la campagne,
voici les victimes du glaive ; *
si j’entre dans la ville,
voici les souffrants de la faim.

Même le prêtre, même le prophète
qui parcourt le pays, ne comprend pas. 

 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval, 11 octobre 2010 

 

 


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Un commentaire

  1. alyze dit :

    Bonsoir Pierre
    Toujours une belle histoire comme j’adore
    passe une bonne soirée
    ALLY

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