Du noir au blanc .

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Du noir au blanc 

 

Accompagné par des filets de  brume ascendante dans l’air un tantinet pluvieuse, je marche vers la berge de la rivière assouplie sous l’hypnose  des premiers gels. Un silence règne en maître. Quelques oiseaux, épars ici et là, se risquent de briser  cette quiétude. Les arbres décharnus et dénudés de leur  feuillage sillonnent l’horizon. Des canards, bravant la froidure de l’eau, se glissent sur l’onde en quête de pitance tout en reluquant les abords de la rivière pour essayer d’y voir un pourvoyeur à miettes de pain. Le ciel recouvert d’un duvet de nuages appesantît l’atmosphère de ce mois de novembre. Les cris joyeux et festifs de l’été et les couleurs de l’automne se sont affadis et , enfin s’éteindre. Je déambule, les deux mains dans les poches, le petit chemin encore recouvert de feuilles mortes ternes. Je fredonne quelques couplets d’un chant grégorien  pour m’égayer et trouver la beauté de ce décor champêtre. J’y parviens. Les feuillus deviennent des piliers, tout en arche, de cathédrale et le terrain se change en parquet ciré. Je me plante sur le bord  de l’eau tout en admirant  la berge en face. Tout est noir et gris. Aucune feuille n’a pu résister à la dernière pluie et aux poussées d’attaque des vents. Nous attendons la première neige ; les arbres, comme des sentinelles au garde à vous, veillent. Je respire profondément  les derniers parfums automnaux. Me retournant vers l’arrière, aux cris d’une envolée de corbeaux avec leurs proclamations glauques, je fixe mon regard sur leurs déambulations. Ces oiseaux d’hiver ne s’envolent pas dans le sud comme leurs frères. Ils sont si majestueux lors des premières bordées de neige. Ils ressemblent à des gentlemen en toxédo prêts pour le grand bal. Un goéland flairant la bonne affaire se glisse parmi eux. L’intrus gambade d’un bec à l’autre. Les corbeaux croassent en guise de protestations face à l’étranger qui se méfie et se dandine sur ses courtes pattes pour s’éloigner. Têtu il revient  s’immiscer au milieu des croques mort. Les cris, de part et d’autre, fusent à l’unisson. 

 

 

Sourire aux lèvres je souhaite bonne chance  à l’oiseau blanc. Je ressoude mon regard vers le large  tout en examinant les moindres détails du paysage au loin. Tout semble immobile et immuable. Les  nuages secrètent  un petit crachin supportable. Le goéland s’avance près de moi  comme pour  se gagner un allié  et se sentir en sécurité. Je ne brusque pas mes gestes pour le rassurer. Sur l’eau flotte, tout en se laissant emporté par le courant, une douzaine  de ses confrères et consœurs qui piaillent à cœur joie : 

-Pourquoi ne vas-tu pas les rejoindre, tu fais bande à part ? 

Évidemment il ne me répond pas et feint d’ignorer que je lui ai adressé la parole. Il se redirige vers l’attroupement de corbeaux  sachant pertinemment   qu’il en sera chassé ; il s’y risque. Les glapissements se font entendre encore plus ardument. Je les laisse à leur escarmouche pour admirer   un rayon de soleil qui s’infiltre dans une fente de nuage.  Le rayon vient darder les deux clochers argentés  de l’église sur  l’autre rive. Rayon bienfaisant. La trainée de lumière ne dure qu’un instant effacée par  des traits de nuages. Je transcende  la paix, le silence du moment. Des coulées de brume remontent de l’onde pour venir envelopper le paysage au loin. Elles nous enferment comme dans une pièce à huis-clos. Les cris des corbeaux sont assourdis par ce tampon fielleux. La rivière dégage un cachet très spécial dans ces temps là. C’est comme l’ombre qui éclate en pleine  lumière ou réciproque. Je n’entends plus les oiseaux se chamailler et je n’y porte plus attention. Une voix me dit : 

-Quelle tristesse, quel manque de coloris. Mais y avez-vous songé, un peu, lorsque la première neige s’affalera sur ce paysage toute sa beauté éclatera au grand jour ? On pourrait comparer cela au jardinier qui étend du fumier sur sa terre au printemps lors de ses semences. L’odeur en est insupportable  mais oh !  Combien il récoltera de bons légumes. 

Cette voix  d’homme flanqué sur mes arrières à quelques distances de moi ne m’a pas effrayé ni fait sursauter. Je le regarde de biais et fais un signe de tête d’approbation. Il continue : 

-J’aime ce temps précis de l’automne ce temps d’entre deux. Ce temps pour une saison de tirer sa révérence, en laissant ses souvenirs, et à l’autre de se faire entrevoir. J’aime ce temps de no man’s land de pureté. 

Je ne réponds toujours pas et mon silence approbateur joue le rôle de médiateur entre lui et moi. Il me semble une personne que l’on ne dérange pas avec ses cheveux blancs de sagesse. Il reprend aussi calmement qu’il a amorcé : 

-Dans la nature et autant chez l’humain tout change ; tout évolue. La nature, pour sa part, nous donne les meilleures leçons que nous devrions tirer  pour nos propres existences. La nature ne se tue pas  elle suit son cours d’évolution. Nous les hommes nous nous vautrons dans notre matériel périssable. La nature n’à que faire du matériel, rien ne se crée, rien ne se perd. Dieu a tout prévu. Vous n’avez pas objection à ce que je vous parle de Dieu ? 

Je fais un signe de tête de négation et lui dis : 

-Non, bien au contraire ; je crois. Continuez , je m’intéresse à ce que vous dites. 

- Vous voyez, sans être pessimiste ou défaitiste, notre société est recouverte de cette pourriture par les scandales, la corruption, et les dégradations des mœurs. Le moi trône dans notre société. Les valeurs matérielles dominent avec l’argent qui supposément amène un pouvoir .La dimension humaine se fait rare. L’amour, la compréhension, l’entraide et le don de soi sont absents. Mais, croyez-vous, qu’il ne s’agit là de la plus belle couche de fumier que nous-mêmes, les hommes, avons épandue ? Imaginez la magnifique récolte qui nous attend. C’est dans la souffrance que la lumière resplendit de façon étonnante. Tout comme on dit : la lumière au bout du tunnel. La lumière peut annihiler les ténèbres et non le contraire .Regardez encore ce paysage, n’est il pas magnifique dans sa splendeur ? La laideur n’existe pas ; c’est la beauté sous toutes ses formes qui existe  et qui prédomine. 

Déjà  je voyais le paysage, malgré ses faibles colorations fades, d’une  certaine beauté que là cet homme me le fait voir de façon exquise. Les corbeaux se sont remis  à crier des griefs envers le goéland frondeur .Exaspéré ce dernier prend son envol  dans la brume criant à qui mieux-mieux qui veut bien l’entendre. Je me tourne vers  mon monsieur respectable mais il a disparu. Je le cherche du regard, il s’est évanoui dans les bordées de  brume sur le petit chemin. Je ressens comme un vide mais bénéfique; je ne me sentais pas seul. Les corbeaux, eux aussi, s’envolent d’un coup d’aile dans chorégraphie de désordre. 

À mon tour de délaisser la scène ; de quitter pour mieux revenir. 

Le lendemain la neige a tout recouvert et la paix de la beauté s’est installée. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

29 novembre 2010 

 

 

 

 


Archive pour novembre, 2010

Par la percée des cèdres.

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Par la percée des cèdres. 

Hypnotisés par les reflets incandescents du coucher de soleil nous admirons le luxe du paysage. La végétation copieuse de juillet en est criarde.  Je casse le silence et m’adresse à Marieçé, compagne de travail : 

-As-tu vu les reflets de diamants sur la surface de l’eau; tout un trésor ! Si tout ça en était des vrais nous serions riches  mais j’aime mieux la beauté exultée du spectacle et toi ? 

Les yeux fixés et interrogateurs  elle me répond évasivement : 

-Quoi ? Les reflets oui,  c’est vraiment  beau .Mais as-tu remarqué de l’autre côté du lac, où il y a une grosse pierre au bas de la montagne, on semble distinguer un trou dans les arbres, à l’orée du bois ? Je ne sais si c’est la lumière qui donne cet effet mais je viens de m’apercevoir de ce fin détail. 

Dirigeant mon regard vers la talle de cèdres je lui réponds : 

-Bien sûr c’est la porte d’entrée vers un sentier qui grimpe la montagne. Nous l’appelons la percée des cèdres .J’y suis déjà allé avec d’autres moniteurs. Tout en haut, où est l’érable, il y a un beau petit bivouac accueillant. Un mélange de connifères, de cèdres et d’érable cohabitent là. Le sol est jonché d’aiguillettes de pin et de cèdre .C’est un endroit idéal pour y passer au moins un court séjour. La montée n’est pas trop difficile, son angle en est doux. 

Depuis quelques jours, au camp familial, nous – les moniteurs- recherchons quelques défis à surmonter avec les campeurs qui sont léthargiques et nonchalants. Nous avons des difficultés à les motiver à s’activer. Marieçé fait partie du groupe de moniteurs rattachés aux personnes handicapées tandis que moi je suis moniteur côté nature, pour gens dits normaux,  mais presque personne ne s’intéresse à cette activité. Nous passons la majorité de nos journées avec les personnes handicapées et nous fraternisons. Je me suis fait un très grand  ami, Richard, qui est atteint de paralysie cérébrale fort avancée. Il est en chaise roulante et ne peut communiquer qu’avec leur alphabet unique de signes. J’ai appris son langage et tous les jours j’apprends à connaître cet homme de trente-cinq ans paralysé depuis sa naissance. C’est un être formidable avec ses désirs, ses rêves et son destin. Marieçé, avec sa patience d’ange, me regarde rêveuse et me lance : 

-Crois –tu que ce serait possible de monter une douzaine de nos campeurs en haut de cette petite montagne et d’y passer la nuit ? 

Mon cerveau ne fait qu’un tour. J’imagine toute la logistique du projet. Frénétiquement, je trouve l’idée très bonne, et trace un plan sommaire de la chose : 

-Douze  campeurs en chaise roulante ; nous aurons besoin de bras ma chère. Un petit sentier parcourt le flanc de la montagne mais ce n’est pas plat comme une route ordinaire .En plus il faut prévoir tout le matériel que vous disposez pour l’hygiène de ces personnes. Nous aurons à être très prudents. Mais avant  tu dois demander à Diane, ta directrice, si elle donne don aval au projet. Pour ma part je dois en discuter avec mon directeur de camp, je ne vois pas d’inconvénients ; du moins je le pense Souhaitons que la température soit clémente pour cette randonnée.
Nous aurons à réserver les canots pour la traversée du lac. Es-tu prête à t’investir? Moi je le suis mais pour seulement une soirée et une nuit. Nous devons compter sur au moins un moniteur ou une monitrice par canot et un septième canot pour le matériel sinon encore plus. 

Le soleil n’en finissait plus de s’étendre dans sa couette .Les derniers oiseaux lancent un dernier petit cri  avant de se retirer. Les grenouilles ont pris la relève. Installés, Marieçé et moi, sur une table extérieure ,éclairés au fanal,nous couchons sur papier toute notre belle aventure et nous nous amusons d’imaginer la tête que feront les campeurs lors de  l’annonce de cette nouvelle .Marieçé s’exclame : 

-Ils vont en tomber en bas de leur chaise. Ils seront fous de joie. Quelle magnifique odyssée ! Je frétille à leur place. 

Chaque petit détail doit être vu, revu et corrigé. Nous  aurons la responsabilité de douze personne fortement handicapées et  devrons les transporter à dos d’homme jusqu’au haut de la montagnette. Nous prévoyons deux repas et une collation en plus d’une myriade de bouteilles d’eau, toilettes sanitaires, trousses de premiers soins et des bâches. Un poêle portatif de camping nous sera très utile .Marieçé note tout et prépare sa présentation qu’elle fera à sa directrice .L’heure avance et il est temps de se retirer, à notre tour, pour la nuit. Les mouches à feu, en étincelles flamboyantes nous donnent un spectacle ahurissant. Avant de m’endormir je réfléchis à tout ce barda et je me demande si nous ne sommes pas trop intrépides. Les wawarons, avec leur mélodie me bercent .Advienne que pourra par la Grâce de Dieu. 

Le lendemain, après déjeuner, Marieçé, toute excitée,  vient à ma rencontre et me saute dans les bras : 

-Ça marche! Tu te rends –tu compte que Diane a dit oui et elle et ton directeur en ont discuté et ils se sont mis d’accord pour entreprendre le projet .Si tout fonctionne bien ce sera après demain. Nous avons donc deux jours pour nous organiser et de mettre en branle le voyage du siècle.

J’ai annoncé la nouvelle aux campeurs et il y a eu comme une révolution dans notre campement. Les chants ont fusés de partout. Ils étaient tout excités comme pour le jour de Noel 

Nous rions de bon cœur et commençons nos préparatifs sur les champs. 

Le surlendemain, en fin d’après-midi sur le quai de départ, les personnes à mobilité réduite dans leur chaise roulante sont fébriles d’embarquer dans les canots et de voguer sur les ondes du lac. Avec précautions nous les plaçons, emmitouflés dans des couvertures, par deux dans les canots. Une fois les embarcations parées nous donnons le signal de départ sous les grognements jouissifs des campeurs. Lentement, en file indienne nous nous dirigeons vers la percée des cèdres. Le trajet ne dure que quelques minutes mais pour certains c’est comme une croisière sur le  Pacifique. Ils sont tout sourire et la bouche ouverte aux grands vents. Ils exultent un bonheur indescriptible. Les premières embarcations arrivent près de la grosse roche, sentinelle de la porte des cèdres, et abordent la berge. Confortablement callés  dans nos canots nous pagayons pour ne pas entrer en collision les uns les autres. 

Les moniteurs et monitrices en descendent les occupants, Les canots se vident un à un. Nous commençons notre ascension de la piste qui nous mènera  en haut  à la cime de la montagne. Par chance les campeurs ne sont pas trop lourds et nous faisons deux voyages avec tout le matériel. Le tout a pris environ une demi-heure bien comptée. L’installation va bon train et Marieçé me regarde toute souriante. Les campeurs se sentent dépaysés mais rigolent à belles dents. Nous les installons sur des bâches et en dessous un moelleux tapis d’épines de pins, d’épinettes et de cèdres. Pour certains nous avons amené leur fauteuil roulant ; ils en seront plus confortable et la place ne se fait pas rare. Nous les regroupons en cercle et nous allumons  un mignon petit feu. Leurs yeux écarquillés sautent de joie. Richard est à mes côtés et me lance tout en gesticulant à sa façon : 

-Ça ! C’est un beau feu mon homme ! 

Nous partons tous d’un fou rire communicatif ; la joie explose .Richard rit tellement qu’il en manque de tomber en bas de sa chaise tout en se contorsionnant. Sylvie sors sa flûte traversière et nous interprète un bel air de son répertoire. Le calme est quelque peu revenu dans le groupe après avoir manger. Tous  les campeurs sont maintenant installés sur des bâches près du feu qui crépite au son des grillons. 

Le silence de la foret nous berce ; la nuit s’annonce avec le coucher tendre du soleil. La lune fichée dans le ciel avant son quart luit flouement. Nous sortons les couvertures de laines et nous en recouvrons les campeurs pour les empêcher de prendre froid. Sur leurs visages se lit la sérénité et la quiétude .Ils sont comme des enfants dans leur lit en écoutant une belle histoire. Richard me regarde et me dit : 

-Merci ! Et s’endort profondément. 

Les moniteurs et les monitrices  sommes contents d’avoir réussi cet exploit inoubliable. Nous nous installons à notre tour  et nous instituons des tours de garde pour la surveillance et de maintenir le feu actif. Je fais mon tour avec Marieçé et nous discutons allégrement .Des projets sortent en furie de notre tête; si nous pouvons faire celui là nous pouvons en faire d’autres aussi. Je jette un coup d’œil au firmament  et y aperçois quelques traces de nuages se glisser subtilement de l’ouest à l’est. Je me croise les doigts et espère que ce ne sont que des passages nuageux. Sylvie et Michel me demandent ce qui arriverait si nous étions surpris par l’orage je leur réponds : 

-Nous aurions à planifier très vite une retraite organisée. Souhaitons que cela ne soit pas nécessaire. 

Nous  entendons des ronflements et des paroles inaudibles et je demande à Diane d’où cela pouvait-il provenir ; me rétorque : 

-C’est Marcel qui rêve. Toutes les nuits c’est la même chose .Elle sourit.
Parfois, parmi les campeurs lorsqu’ils dorment,
  s’élève une symphonie, que dis-je, une cacophonie et ils se répondent un et l’autre. 

Nous rions de bon cœur mais en sourdine pour ne pas déranger les dormeurs. Charles  s’est canté près de Jean-Charles son protégé. Il s’occupe de lui depuis plus de quinze ans; il lui est tout dévoué. Une grand âme ce Charles. Marieçé vient se camper à mes côtés et nous attisons le feu. Le silence de la forêt nous fait entendre les petits animaux qui se faufilent sous les feuilles mortes. Un hibou marque les minutes .Je lève mes yeux au ciel tout en remerciant mon Créateur de ce moment d’apaisement. Je remarque autours de lune un halo comme dessiné à la craie. Sur l’instant je ne porte pas attention. Je suis absorbé par le pétillement des flammes et des couleurs qui s’y dégagent. À la base du feu un bleu ciel et plus haut un vert émeraude parsemée d’un jaune d’or. Le spectacle en est fascinant. Marieçé me fait remarquer le crépitement du bois de cèdre et me dit que ça lui rappelle sa jeunesse et les camps de vacances. Elle me conte quelques-unes des ses péripéties dignes d’une comédie musicale. Je l’arrête et lui dit : 

Écoutes, entends-tu ? 

Elle me regarde et s’interroge. Nous levons immédiatement nos yeux vers le ciel noir d’encre ; la lune a complètement disparue et un faible éclair sillonne les couches de nuages en zig-zig. Un bruit sourd, au loin se fait entendre. Ce que nous redoutions est en train de se préparer. Nous sommes dans la noirceur  mais nous avons nos lampes de poche. Je dis à Marieçé de rassembler tous les moniteurs et monitrices et de se mettre immédiatement sur un pied de départ. Nous devons agir dans le calme et l’ordre. Nous nous mettons d’accord tous ensembles pour redescendre la montagne et se diriger vers les canots. Yves s’offre comme volontaire pour aller préparer les embarcations. Marieçé et Diane, à la sauvette, ramassent tout ce qu’il y a de superflu de matériel, quitte  à le laisser sur place pour le récupéré le lendemain, les campeurs sont notre priorité. Les éclairs sont de moins en mois parsemées et le tonnerre se fait plus  menaçant. Nous réveillons nos campeurs tout entichés de sommeil. On peut lire dans leurs yeux l’inquiétude et leur impuissance .Nous posons des gestes sûrs et simples pour les rassurer.

Les premiers campeurs atteignent le bas de la montagne sur le dos des moniteurs qui les installent vitement dans les canots et voguent immédiatement vers l’autre rive. Nous prenons en charge les derniers  campeurs et nous descendons en toute prudence vers la percée des cèdres. Nous embarquons nos passagers et nous nous dirigeons, nous aussi, vers l’autre rive salvatrice. En chemin faisant l’air devenue lourdes  annonce éminemment la pluie. Les éclairs tracent dans le ciel des lignes comme un artiste qui s’enrage sur sa toile .Le tonnerre gronde de plus en plus fort. Nos pagayons ferme et atteignons le quai de départ de l’après-midi. Les campeurs partis les premiers sont déjà au chaud. Les moniteurs  nous amènent les chaises roulantes et nous y installons les derniers arrivés. Une course effrénée s’amorce pour arriver, en fin, au campement des personnes handicapées. Comme nous passons la porte, l’enfer se d’éclanche .Éclairs, tonnerre, vent et pluie au menu : Richard s’exclame avec ses mimiques et sa bouche tout en grimaces : 

-Yétait temps mon homme ! 

Tous nous sommes regardés, avec soulagement et pris d’un fou rire nous nous écrasons sur des chaises; la fatigue vient de nous gagner et l’adrénaline baisse. Dehors l’orage fait rage mais en dedans la sécurité règne .Marieçé m’offre un café que j’accepte avec un grand plaisir. Les moniteurs installent leurs campeurs pour la nuit et au chaud. Après mon breuvage je me dirige vers mes quartiers avec Michel. 

Le lendemain Marieçé viens me voir à la cafétéria et m’apporte une lettre écrite de sa main. J’ouvre l’enveloppe et n’y lis que des signes mais avec la signature de Richard; de la main de Marieçé. Intrigué je lui demande : 

-Mais qu’est ce que ça veut dire, je  comprends quelques signes mais pas tous. 

Elle répond : 

-Voici une charte de tous les signes et tu devras traduire; c’est ce que m’a demandé Richard. Allez !  À l’ouvrage …mon homme! 

Je prends une feuille de papier vierge et commence la traduction du document qui dit : 

‘’ Mon cher Pierre, hier vous  nous avez  fait vivre un des plus beaux moments de toute notre vie. Pour ma part  j’avais envie, depuis des années, de voir cela la forêt la nuit et la lune qui brille. D’entendre le hibou faire son Wou-Hou. De sentir près de moi l’odeur des cèdres et des sapins.
De voir pétiller un feu de camp tout proche .Ce sont des sensations qui m’ont fait  redécouvrir la vraie beauté de ce monde .Je me sentais en sécurité avec tous vous autres. Pour cela je vous remercie ; je te remercie et tu resteras dans mon cœur  le reste de mes jours.
Je t’aime mon homme ! 

Ton ami Richard. 

Lorsque je relis toute la lettre je ne peux qu’essuyer une larme qui coule sur ma joue. Je m’installe et, avec les hiéroglyphes, j’écris une petite missive à Richard : 

-C’est moi qui te remercie Richard pour la belle leçon de vie. 

Moi aussi je t’aime mon homme. 

Je signe et va lui porter  en main propre. 

Aujourd’hui je repense à cet évènement et je me demande où peut  bien en être Richard depuis ce temps. Parfois nous faisons des choses sans en être plus ou moins conscient; maintenant je sais ! 

Pierre D 

Les Ailes du Temps 

Laval, 20 novembre 2010 

 

 

Au-delà !

 


Au-delà ! dans Liens oiseau1

Au-delà ! 

Le jour point en toute quiétude. L’aquarelle du lever du soleil éclate . Les nuages dansent allégrement dans un ciel acceuillant.L’air embaume de ses effluves et de ses senteurs ennivrantes. Les oiseaux se sont mis au travail pour ravitailler les petits piailleurs. La nature  s’exhibe en toute beauté. La journée s’annonce chaude et humide. Ce matin Élodie  ira sarcler dans son jardin si finement entretenu.
Depuis le printemps elle en a mis des efforts de la sueur et de ses forces pour son potager .Ce carré de terre labouré ,tout au fond de son terrain, s’occupe d’elle depuis plusieurs années tout comme la réciprocité. Mais cette année elle a essayé de nouveaux  agencements qui lui réussissent bien et à merveille . Vêtue de sa salopette de travail elle prends avec elle ses instruments aratoires et s’enligne vers son chef-d’œuvre en friche. Tout en marchant allégrement elle réfléchit à elle-même : 

-Il ne faudrait pas que mes amies me voient dans cet accoutrement ,ils me ridiculiseraient avec bonhommie. Qu’importe je suis à l’aise ! 

Ses yeux se posent sur le rectangle de plantes alignées en rang d’oignons . Tout semble être en ordre comme elle l’avait laissé la veille .Aucune petite bête ou bestiole sont venues l’endommager. Elle vérifie les plants de tomates,les carrés de ciboulette et les plants rampants de concombres.Elle évalue le travail à faire et le temps qu’elle aura à passer avec ses compagnons en herbe. Enfilant ses gants elle commence son labeur  de grattage,de sarclage et de débroussaillage .
Le soleil ,bienfaisant,l’encourage. Elle fredonne un léger chant. 

Une grive joyeuse vient lui tenir compagnie et surveille les moindres proies qui pour pourraient surgir des coups de rateau. Élodie le devine et atténue ses gestes pour ne rien brusquer.Concentrée  dans son activité elle ne remarque pas l’envolée  d’outardes qui se pose dans le champs attenant à son terrain. Elles cacassent en chœur comme dans une assemblée politique . Le dialogue finit par atterir dans l’oreille de notre jardinnière qui lève la tête  et reluque ,au loin, les magnifiques oiseaux .Son regard se pose sur l’horizon, enfin.Les montagnes ,tout au fond sont invitantes. Le ciel  d’un indigo sombre resplendit majestueusement et le soleil ressemble à une perle blanchâtre dans un écrin noir.Élodie se sent saisie par cette beauté.Elle respire profondément et s’accote sur son manche de rateau. Elle prends un moment de contemplation et se dit : 

-Parfois,j’ai comme l’impression que ma vie c’est ce jardin. Je ne m’occupe que du superficiel, du temporel et de l’éphémère. Sans aller plus loin.Mais le résultat en vaut la chandelle. 

Ses yeux restent suspendus à la clôture qui sépare son terrain et l’immense champs de l’autre côté qui débouche sur le grandiose paysage tout au fond : 

-Mais qu’est ce que j’attends pour y aller. Qu’est ce que j’attends pour aller me fondre dans cet aurore ? Pendant toutes ces années je ne me suis préoccupé que du superficiel, de mon image ;de l’image que je voulais bien montrer aux autres tout comme mon habillement de ce matin.S’occuper des quand dira-t-on et de l’opinion des autres .Mais moi mon opinion qu’elle est -elle ? Quelles sont mes convictions et mes croyances ?En  fait,qui suis-je ? 

Tout en méditant ces phrases qui émergent de sa pensée, Élodie vit une euphorie jamais ressentie à ce jour . Les outardes prennent leur envol,elle les regarde s’éloigner et former leur V ancestral. Une strophe d’un psaume lui vient à l’idée : 

’Je prends les ailes de l’aurore
et me pose au-delà des mers)’’
 

Simultanément son regard s’enfuit au-delà des montagnes et de la mer. Pendant un moment elle n’est  plus à s’occuper de ses plants de tomates, sa laitue et ses  pommes de terre. La grive, pour sa part, lui lance son chant quémandeur; sa famille a faim. 

Élodie sent tout son corps emporté vers la lumière; au-delà. Elle s’imagine partie inhérente à ce vol d’oiseaux tergiversant vers le creux de l’horizon. Le vent caresse ses ailes et son dos. Elle laisse son imagination voyager au son de ses congénères vers le firmament. Elle est devenue oiseau; pour l’instant .Elle regarde vers le sol et se voit du haut des airs, accotée sur son râteau, perdue dans ses pensées. Elle entrevoit sa maison et son jardin. La sensation en est une divine. L’horizon n’a plus de limite maintenant. Dans son vol elle a le goût de faire des virevoltes des tonneaux et des acrobaties aériennes. Elle sent la douce brise couler sur les plumes de son dos. Le paysage terrestre lui sert de boussole. En un moment elle a parcouru toute la plaine. Élodie se sent libre et frivole. Son périple l’emporte vers une destination inconnue. Elle se laisse bercer, à présent, par les contrevents venant s’enticher dans ses ailes. Comme une pilote de chasse elle utilise cette force pour se propulser encore plus haut au firmament. Elle se dit : 

-Ça doit être ça le Paradis ! Plus de poids, d’image, de comparaisons et haine. Plus de souffrance ni d’indifférences et de rejet. Plus de peine ; que de l’amour et de la compassion. Un état constant de légèreté et de lumière. Un glissement parfait sur des sentiers de douceurs. 

Ses ailes la portent, maintenant vers le retour à la terre, sa terre. Son imagination est ses pensées se croisent lorsqu’elle voit au pied de cette clôture frontière une jolie fleur jaune moutarde se débattre dans des hautes herbes étouffantes. Élodie se penche et  fais de l’oxygène  à la fleurette qui exalte à la vie : 

-Tiens-lui dit-elle- tu seras la gardienne  de mon secret d’envol d’aujourd’hui. Seulement toi, moi et Dieu qui sauront. 

Soupirant profondément, Élodie se remet à l’ouvrage avec courage et détermination au grand bonheur de son amie la grive. Le soleil darde et elle doit arroser ses plants avant qu’il ne prenne trop de force. Tendant son regard au loin, Élodie recueillie, sent un nouveau souffle à sa vie. Elle ne peut définir la teneur  de ce vent intérieur mais elle est prête à refaire le périple. Elle contemple son travail et en est fière : 

-Nous aurons de bons légumes, encore cette année. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval, 14 novembre 2010. 

 

Défi…..connaître.

Défi.....connaître. dans Liens

 

Défi….connaître ! 

D’un pas lent et sûr je longe le chemin bordant l’orée de la forêt .Les mésanges et les geais bleus nous soulent de leurs chants tout en étant dissimulés entre les branches. Le printemps s’avance indéfectiblement. Le vert tendre des feuillus caresse mes yeux doucement, je respire à fond cette nature simple et énergique. Dans le ciel, d’un bleu de carte postale, seulement quelques petits amas de ouate déambulent discrètement .Le soleil les tolère et en fait fit. Je débouche sur le sentier face aux pylônes de transport d’électricité. Pour faire passer leur ligne de transmission les hommes ont créé une  vaste zone désherbée, presque désertique ou il n’y pousse que quelques arbustes téméraires qui passeront sous les couperets des nettoyeurs de la compagnie d’électricité d’ici la fin de l’été. Les oiseaux se risquent sous les immenses fils pendant d’un pylône à l’autre.  Ces lignes de transport d’énergie magique ont leur utilité pour tous. Ce n’est pas ce qui m’occupe.

Plus loin, à environ cinq ou six cents mètres, une montagne – on peut dire une montagnette- qui fait environ sept ou huit cents mètres dans sa hauteur  m’invite, depuis un certain temps, à la gravir et  aller admirer le point de vue. Je sais que cette montée peut se trouver difficile. Je calcule, j’enligne ce gros amas de terre et de roches, j’essaie de voir s’il n’y a pas un chemin de tracé ou un sentier par lequel on peut accéder au sommet. Peine perdue. Je remarque  des touffes de conifères un peu partout sur les flancs et je me dis que je pourrais en faire des étapes de halte. Mon esprit en branle se met  à élaborer un plan méticuleux pour l’ascension de  ce défi. Mon corps s’objecte. Marcher ça va ; mais grimper c’est une autre histoire. 

Je finis par me convaincre, au moins, d’essayer. Je regarde de tous les côtés  car je vais m’aventurer sur une propriété privée. Je traverse le non man’s land, sous les pylônes, assez rapidement  et arrive au pied de la montagne. Vu de cet angle elle est encore plus immense que je ne la voyais. Je me dirige vers ma droite et y vois comme une entrée entre des pins qui sifflent au vent. Je jette un regard rapide vers mes arrières et entreprend l’escalade en prenant bien soin de m’aider par les branches d’arbres épars ici et là. Les quelques cents premiers mètres, aidés par l’adrénaline, que je parcoure viennent  chercher mon souffle. J’arrête à ma première halte et m’assois sur une  immense roche encore recouverte de sable. Déjà le coup d’œil en vaut la peine .La ligne de transport d’électricité rapetisse à vue d’œil. Je me croirais en téléférique. Quelques minutes suffisent pour m’encourager à continuer. Je fixe mon prochain objectif  à environ deux cents mètres plus haut. J’établis mon parcours qui sera ponctué par un petit détour car il y a sur le chemin des conifères dressés comme des sentinelles qui bloquent  tout accès au chemin. Je me remets sur mes pieds et m’encourage  par des phrases positives :  -Allez un effort  et on va y arriver ! 

Me campant solidement sur mes deux jambes je fais les premiers pas et recommence à grimper ma bravade. Je m’agrippe, cette fois, à des branches de cèdre qui, sans récriminer, m’aident dans ma montée. J’atteins ma deuxième halte tout en sueur et haletant. Je m’écrase sur le sol  et des pensées rébarbatives m’assaillent. Mon souffle revenu, un combat entre le continuer et arrêter fait rage dans ma tête. Je respire profondément et ferme les yeux .Après cet instant de réflexion je décide de poursuivre faisant la sourde oreille aux plaintes des mes muscles. Je me retourne et fixe mon futur objectif qui me mènera à plus de la moitié de ce petit monstre. Je me remets debout  et d’un élan j’agrippe une branche de pin qui me tend la main. Je le remercie en passant. Curieux, je stoppe et jette un coup d’œil rapide sur mes arrières ce qui m’encourage à aller de l’avant tout en me disant : 

-Avec ce que je vois présentement; j’imagine qu’en haut ça doit être fabuleux. 

Encore un pas, encore un arbre pour m’aider et j’arrive à ma halte mais je vois qu’à quelques pas il y a un petit rassemblement d’arbres invitants et je poursuis. Je fais halte et cette fois je reste debout pour ne pas briser le rythme. Je respire régulièrement en profondeur et reprends ma route. Je  grimpe allégrement et fébrilement je sens la victoire du sommet. Le vent souffle doucement  et le soleil printanier caresse la peau. 

Je me sens maintenant plein d’énergie et de forces. J’aperçois le sommet  à ma portée .Encore quelques centaines de mètres et j’y serai. Je prends mon courage à deux mains et les jambes à mon cou et grimpe dans un effort ultime pour arriver tout en haut de la montagne. Sur la crête, au beau milieu du sommet sept cèdres trônent en cercle.

À l’intérieur de cercle, par terre, des branches de ces arbres installées comme un paillasse invite au repos .Je m’y glisse et  savoure mon instant de gloriole : -Je l’ai fait je suis en haut.  Occupé à reprendre mon souffle je jette un œil sur le paysage. Mes yeux écarquillés n’en reviennent simplement pas. Je vois au loin à plusieurs kilomètres. Le ciel bleu aidant  je peux distinguer les lacs et les montagnes à l’horizon. Calmé et un peu reposé  je me remets sur mes jambes et admire ce spectacle divin. Une sensation de bien-être m’envahit. Je me demande pourquoi j’étais si attiré par ce sommet et quelle idée, folie, m’a fait entreprendre ce périple. On a toujours nos réponses. Je regarde au-delà des cèdres et y voit comme une entrée secrète qui donne sur l’autre flanc de la montagne, je m’avance et constate que ce côté  du mont est beaucoup plus abrupte ; je ne m’y risquerais pas .Je lève les yeux et mon regard se pose sur une des plus belles scènes que  je vois. Tout  en bas  un lac avec des iles éparpillées à sa surface  glisse vers le néant .Une pensée me submerge : 

-S’il y a des gens qui se croient plus fort que Dieu, on va leur demander de créer  un paysage semblable. 

Et je ris de bon cœur. Je n’en finis pas de reluquer tous les détails de ce tableau champêtre. J’aperçois des maisons d’été, isolées les unes des autres, sur les berges de ce lac d’un bleu profond. La montagne n’est peut-être pas haute mais je me sens comme sur le toit du monde. Je reviens vers les cèdres qui offrent un abri temporaire et sécuritaire. Respirant profondément je laisse s’installer au plus profond de moi cette quiétude apaisante .Le vent amène à mon sens olfactif l’odeur des branches de cèdres. Le silence, ponctué de petites bourrasques d’air, flotte vers l’infini. Je reste coït en contemplation. Les ailes de la brise  s’approchent et viennent me souffler à l’oreille mes péripéties. Je n’y porte guère attention. Elles me disent que je vais rencontrer beaucoup de personnes dans un avenir prochain. Un détail vient  se fondre à mon œil et c’est la route serpentée  qui   conduit chez moi .Elle est  entrecoupée de pins et de sapins .Je ne vois  pas ma maison mais peut la deviner.  Tout en étant absorbé par mes effluves  un faucon pèlerin vient se poser sur  la tête d’un pin, sait-il que je suis là ? Avec sa vue perçante je n’en ai pas de doute .Quel magnifique oiseau. Je suis dans son domaine et je ne veux pas l’incommoder. Je l’observe du coin du regard tout comme lui le fait. Nous restons sur nos positions et attendons la réaction de un et l’autre. Il lance un cri perçant  avertissant de sa présence .Je me terre pour ne pas l’importuner et lui laisser la place. D’un coup d’aile il s’élance vers le bas de la montagne probablement qu’il a flairé une proie. Son vol en cercle fait de lui  un virtuose et maitre des vents. Ses ailes toutes déployées le conduisent vers un point bien précis du sol. Je le perds de vue un instant.

Je me lève  et essaie de voir l’endroit de son atterrissage. Incapable de distinguer sa position je commence à calculer ma descente. Je suis  prudent  car l’endroit est escarpé. Je ne m’en rendais pas compte tout en montant. Je fixe mes haltes de ma montée et me dirige  vers  la dernière. Avant de partir j’admire une dernière fois le paysage et retourne voir le lac de l’autre côté me promettant d’aller le voir par la route. Je quitte mes cèdres avec regrets  et amorce ma descente .Je suis arrêté par le retour du faucon qui tient dans ses serres un petit mulot; son repas : 

-Bon appétit monsieur le faucon ! 

Il me salue d’un cri de victoire et de seigneur de l’endroit. Graduellement je descends la montagne d’un pas sûr et léger. Je jette un regard furtif au faucon, m’assurant qu’il reste à bonne distance. Je parviens assez rapidement à ma deuxième halte.
Je me retourne et aperçois le sommet qui s’éloigne de plus en plus .Arrivé au pied de la montagne je ressens de l’amertume et me promets, qu’un jour, j’y retournerai. Mais ce jour n’est jamais arrivé. 
Et, lorsque je repasse sur la route, en voyant ma montagne au loin je distingue clairement les cèdres je repense à ces moments inoubliables. Je revois le faucon de temps en temps, lors de mes marches, venir tournoyer au dessus des pylônes.
Dans les mois qui ont suivi je suis devenu éducateur pour des adolescents en centre d’accueil. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps  Laval, 1 novembre 2010 

 

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