Pourquoi à nous ?

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Pourquoi à nous ? 

Mes paupières, encore toutes alourdies de sommeil, tardent à s’ouvrir. Bien immergés dans ma couchette douillette et enveloppé de mes peaux de mouton je m’accroche, encore, aux restes de rêves qui me submergent. Gaëlle, ma petite sœur, s’approche de moi. Elle me frôle la joue de sa main givrée et insiste pour je me lève. La nuit désertique nous enserre de son étreinte. Gaëlle me dit : 

- Mikael, réveille-toi. Lèves toi et viens voir. Viens. 

Se tenant en face de moi, elle me cache de ce qui semble être une pâle lumière blafarde .Je sors mon bras des couvertures et lui dit tout en douceur : 

-Tu m’empêche de voir Gaëlle, qu’est ce que c’est cette lumière ? Nous ne sommes pas le matin .Que se passe-t-il ? Où sont papa et maman ? 

Gaëlle prends dans ses bras mon petit agneau surgissant des couvertures et le place sous son vêtement pour l’empêcher d’avoir froid. En même temps elle me montre l’éclat de la lumière à l’extérieur de la tente .Une lumière blanche, douce et rassurante flotte dans la nuit encore toute noire. 

Ma curiosité d’enfant me pousse en bas de mon lit et me dirige vers la sortie de la tente .Gaëlle me suit de près comme à son habitude. J’entrouvre les pans de la tente, cette lumière aveuglante sur le coup devient illuminante . Nos yeux s’y familiarisent en douceur .Papa et maman sont debout et observent une personne tout de blanc vêtue. Son visage, passible  et d’une délicatesse sereine s’adresse  aux bergers qui sont réunis en demi cercle. Il leur dit  que dans une grotte, près de Bethléem, est né un enfant mâle, le Sauveur annoncé depuis des milliers d’années. Il leur indique le chemin en leur pointant une étoile qui émet un rayon  tout comme une boussole. Je regarde vers le firmament parsemé d’étoiles et y aperçois cet astre magnifique qui lance son faisceau .Gaëlle se serre contre moi tout en caressant la tête de l’agneau venant, lui aussi ,aux nouvelles. Papa regarde maman et lui dit : 

-Allons-y avec les enfants .Viens Mikael et toi aussi Gaëlle. 

Le groupe de bergers se dirige d’un pas assuré vers l’endroit indiqué par le rayon blanchâtre de l’étoile. La nuit est froide .Nous nous  agrippons aux vêtements de nos parents et suivons à qui mieux mieux. Ma petite sœur me redonne mon petit agneau devenu trop lourd et encombrant pour elle. Je l’enfoui sous mes vêtements tout au chaud. Il me réchauffe tout à la fois .Chemin faisant je me rapproche de mon père et lui demande : 

-Papa   allons-nous ? Où nous dirigeons-nous ? Qui allons- nous voir ? Qui était la personne qui nous a parlé ? 

Mon père, voyant notre curiosité et nos inquiétudes nous prends dans ses bras et répond : 

-Celui que nous allons voir c’est le Fils de Dieu que nous ont annoncé les prophètes depuis des années et des années. C’est le Roi d’Israël, c’est le Sauveur qui nous est né. Nous allons lui rendre hommage  et lui apporter des choses pour le réconforter  Lui, sa mère et son père. Nous avons amené du lait de chèvre, des peaux de mouton et du pain. 

La nuit coule doucement sur la vallée. L’éclat de la lumière réchauffe nos cœurs tout en s’approchant de la grotte. Je pose encore des questions à mon père qui nous a déposés par terre, moi et Gaëlle: 

-Mais papa si c’est un Roi, comme tu dis, pourquoi n’est –il pas venu au monde dans un grand château ? Pourquoi  en plein désert ? Et pourquoi  Il s’annonce à nous ? Et pourquoi pas aux Rois et aux Princes de ce monde ? Pourquoi à nous ? Nous n’avons rien et nous sommes des reclus de la société .Nous sommes méprisés de tous et  c’est à nous qu’il vient. Nous sommes des pauvres bergers sans possession. 

Ma mère reprend la parole : 

Mon beau petit Mikael tu en poses des questions. Tu les lui demanderas à Lui et surement qu’il va te répondre. 

-Mais maman ce n’est qu’un bébé, il ne pourra pas me répondre. 

Ma mère regarde mon père et un sourire complice s’installe entre eux. La grotte est à la portée de la main Plus que quelques dizaines de pas à faire et nous y sommes. Le froid nous transit. Mon agneau s’est enfoui, à nouveau, la tête dans mon vêtement .Le sable  se froisse sous nos pas. Nous sommes comme hypnotisés par
l’illumination qui émane de la petite grotte .Nous apercevons un couple  accroupi près d’un petit berceau de fortune rempli de paille fait d’une mangeoire d’animal. Un enfant emmailloté dort paisiblement. Notre groupe  s’immobilise et tous nous nous mettons sur nos genoux. La mère de l’enfant, encore ses traits tirés de la fatigue de l’accouchement, baisse les yeux sur  le bébé l’enveloppant du doux regard d’une mère. Le père assis  près du berceau veille .Mon père et ma mère offrent à la mère le lait et les peaux. Les autres bergers offrent à leur tour quelques victuailles. Nous regardons l’enfant qui a ouvert les yeux en guise de remerciement. Il règne dans la grotte une plénitude et une quiétude sécurisante .Un silence affectueux plane de toutes ses ailes. 

 

Mes questions sans réponses, à présent, sont presque toutes résolues. Nous ne sentons plus la froidure de la nuit et les affres de notre ignorance .Un plus pauvre que nous vient nous montrer la Voie. Je m’approche du berceau mais ma mère me retient. La mère de l’enfant couché dans la mangeoire me fait un signe approbateur. Ma mère me laisse aller vers Lui. Je m’approche à pas calfeutrés et me penche sur  l’auge. L’enfant ouvre à demi les yeux et son regard me pénètre profondément comme s’il me parlait .Une sensation de bien-être m’envahit tout au fond de mon cœur. Gaëlle me prend la main et sourit. J’ose toucher à la petite main du poupon  qui me saisit le doigt. Un frisson me coule dans les cheveux. Mon petit agneau émet un minuscule bêlement. En un éclair c’est comme si je voyais la création du Seigneur .Mon père demande le nom de l’enfant. La mère lui répond avec  douceur : 

-Nous l’appellerons Jésus. 

Je saisi mon petit agneau blanc, tout à fait réveillé maintenant, et le dépose aux pieds de l’enfant couché dans la mangeoire pour le tenir au chaud; sous l’œil consentant  de mes parents. Un sourire délicat émane du petit visage du nouveau né. Nous restons encore quelques temps avec  cette petite famille. Mon père nous donne le signal du départ. Soudés, tous ensembles, nous nous redirigeons  vers notre campement tout en entendant les dernières notes des flûtes des bergers qui rendent hommage à l’enfant Dieu. Chemin faisant je demande à mon père : 

-Papa que va –t-il lui arriver à Jésus ? Où vont-ils aller ? 

-Mikael – me dit mon père – nous allons laisser Dieu faire son œuvre. 

Le jour se prépare à poindre. Un nouveau jour se lève pour la fin des temps. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval, 13 décembre 2010. 

 

 


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3 commentaires

  1. jeweb dit :

    bonsoir, je suis enchantée que vous soyez venu sur le blog de mon curé de ma paroisse je vous en remercie et merci Hélène a bientot

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  2. CILOU dit :

    Bonjour,
    Je suis revenue me promener chez toi! ENcore un texte magnifique…il y a des périodes comme cela qui nous inspirent…
    Très bonne journée, CIlou

    Dernière publication sur Plius : Suivre ma route

  3. jeweb dit :

    bonjour joyeux noël en avance car je m’en vais embaucher jusqu’a ce soir et après direction Noël en famille donc dans un petit coin de ma mémoire vous serez la amitiés

    Dernière publication sur  : loups

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