Réfractions.

Réfractions. dans Liens Snow1

 

Réfractions. 

Au hasard de ma marche il m’interpelle, majestueux, magnifique tout de blanc vêtu. Les rayons du soleil à son levant  dégoulinent sur ses branches enduites du duvet neigeux de la dernière précipitation. Le silence qui clame son existence dans la forêt entoure en spirale l’harmonie matinale. L’air est bon, doux et soyeux. Les oiseaux festoient le lever du jour et saluent le sublime. Je m’immobilise face à ce centenaire vigoureux jusqu’à ses extrêmes. J’examine tous ces menus détails de ses ramifications. L’extase me gagne. Une apothéose magique me submerge. Le ciel bleu, en toile de fond, jure aux moindres minuscules couleurs du chêne. Le tronc du vénérable musclé montre les cicatrices de son âge. Le sentier par lequel je suis arrivé, couvert de neige et de mes pas, sillonne vers une ouverture rassurante .Il n’y a pas âme qui vive ici pour le moment  sauf quelques ailés perturbateurs. Ce sont des corbeaux piailleurs en quête de pitance. La beauté du spectacle indique de les ignorer pour l’instant .Tout en haut, caché dans un nid de feuilles, un écureuil déblaie de la neige son entrée. Un geai bleu, par un cri strident signale sa présence. Stoïque, comme une statue, je me fonds dans le tableau. Des mésanges inconscientes du subterfuge viennent caquasser près de mes pieds. Ma respiration devient invisible. 

Les corbeaux, pour leur part, viennent s’amonceler sur les branches. Leur chant rauque détonne dans l’ombre du silence de la forêt. Le soleil interpénètre l’arbre pour lui donner une sensation d’immense brasier hivernal. J’en suis en mes réflexions profondes lorsque je sens une présence à quelques mètres de moi .Je ne me retourne pas sur le champ et je ne m’inquiète pas outre mesure. Les corbeaux, étalés sur plusieurs branches du chêne, forment comme une portée de chant grégorien. Dans mon esprit je joue les notes des quatuors. Une mélodie y semble graver mais je donne ma langue au chat. 

Mes yeux suivent le fugace  chemin et je fais un demi-tour sur moi-même pour apercevoir la présence que je ressentais à mes côtés. Elle aussi  admire la sublime beauté du décor. Je lui fais signe de la tête en guise de salut elle me répond réciproquement et avec un léger sourire. J’entame quelques brides de conversation : 

-Vous aussi vous aimez les aurores et ses silences uniques ? 

Elle me répond tout en douceur : 

-Oui c’est le temps que je préfère de toute la journée. Tout se réveille et revit. Les ténèbres vont immigrer dans leurs antres. Vous admirez l’ancêtre des lieux ? Colossal ne trouvez-vous pas ? Il a fière allure ce bon sire. S’il pouvait exprimer mot il en aurait long à dire. Mais par sa prestance il n’a pas besoin de mots .Ce sont comme les humains à qui l’ont dit : ‘’ Ce que vous êtes parle si fort que nous n’entendons pas ce que vous dites ‘’. Et  nous pouvons le constater des deux sens. 

Je muris cette dernière phrase et, poliment, je dis  à mon interlocutrice : 

-Mon nom est Pierre et je suis heureux de vous rencontrer par un si beau matin. 

Elle enlève son gant et me tends la main en me disant : 

-Je suis Prudence. Enchantée. 

J’enlève à mon tour mon gant et lui serre la main. Nous remettons nos gants car le froid pénètre. Nous retournons vers  le prince des lieux. 

Tout en silence nous laissons nos  esprits, en prière, nous emmitouflés. Les corbeaux ont déserté les branches du chêne. Des gais bleus ont pris la relève. Les rayons jaunâtres du soleil parcourent les pourtours des branches à la recherche de la perfection. Tous les feuillus dénudés autours du chêne semblent être en réflexion eux aussi. Je regarde Prudence et lui demande : 

-Avez-vous passé la Noel avec votre famille ? 

Elle rétorque : 

-Non, je passe les fêtes seule et c’est un choix de vie. Je n’aime guère toutes ces rencontres bruyantes et, souvent, dénuées du vrai sens de la Solennité. Je préfère être en prière, en  méditation et en contemplation. Je préfère être personne pour personne et je m’en sens d’autant mieux. Beaucoup de gens ne saisissent pas ce que cela signifie et je les bénis. Ne rien recevoir et donner voilà ma façon de voir .Qu’en pensez vous ? 

Je regarde la jeune femme aux yeux émeraude et lui dis : 

-Tiens donc ! Nous sommes deux à présent.
Et je suis persuadé qu’il existe de par le monde des frères et des sœurs comme nous qui vivons essentiellement la même chose. Quand nous en aurons fini de cette vie terrestre nous n’emporterons pas le matériel mais bien nos valeurs spirituelles. Les valeurs de l’âme .C’est ce que le Christ est venu nous dire. Mais ces paroles sont évincées de nos fêtes aujourd’hui. 

Prudence regarde le chêne resplendir aux coups de rayons du soleil ascendant dans le ciel. Les geais entament une suite de notes concordantes.  Toute la forêt, maintenant, exulte la sérénité. Le silence plane tel un oiseau en vol de cascades. J’ouvre les lèvres et exprime : 

-Vous portez le nom d’une des plus belles vertus : prudence. 

 

Elle me sourit : 

-Ma mère aimait ce nom elle m’y a collé à ma naissance .Étant enfant elle me disait constamment : ‘’ sois comme ton nom et il ne t’arrivera rien.’’ Et j’ai suivi ses conseils. La prudence  vis-à-vis de nos gestes, de nos dires et de nos relations. Il vaut mieux utiliser la prudence que la méfiance; car là où il y a méfiance il n’y a pas d’amour. Là où la méfiance règne le déséquilibre règne. Et, pour en revenir en équilibre, l’amour nous sert de balancier. 

Un profond silence respectueux s’étiole entre nous deux. Le vieux chêne semble d’accord. Un bref nuage frondeur passe devant le soleil pour en cacher sa splendeur ce qui a pour effet de donner une autre dimension aux branches enneigées de notre arbre. De minuscules détails ressortent à notre grande surprise : 

-Même dans l’ombre  la beauté s’y trouve. – Dis-je spontanément.- 

Je remonte le collet de mon manteau et me prépare à quitter les lieux .Je regarde, encore une fois, Prudence  et la remercie de sa présence du matin. Elle me répond par un léger sourire et me  salue. Je fixe une dernière fois le chêne et remercie le Seigneur de nous donner tant de beauté et de bienfaits. Les mésanges m’accompagnent jusqu’à la sortie, à l’orée du bois .Je respire profondément et m’engage prudemment sur le sentier de retour. 

‘’ Je prends les ailes de l’aurore et  me pose au-delà des mers’’
                                                                                    Ps.138-1 

  Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval 

26 décembre 2010                                         

 


Archive pour 26 décembre, 2010

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Réfractions. 

Au hasard de ma marche il m’interpelle, majestueux, magnifique tout de blanc vêtu. Les rayons du soleil à son levant  dégoulinent sur ses branches enduites du duvet neigeux de la dernière précipitation. Le silence qui clame son existence dans la forêt entoure en spirale l’harmonie matinale. L’air est bon, doux et soyeux. Les oiseaux festoient le lever du jour et saluent le sublime. Je m’immobilise face à ce centenaire vigoureux jusqu’à ses extrêmes. J’examine tous ces menus détails de ses ramifications. L’extase me gagne. Une apothéose magique me submerge. Le ciel bleu, en toile de fond, jure aux moindres minuscules couleurs du chêne. Le tronc du vénérable musclé montre les cicatrices de son âge. Le sentier par lequel je suis arrivé, couvert de neige et de mes pas, sillonne vers une ouverture rassurante .Il n’y a pas âme qui vive ici pour le moment  sauf quelques ailés perturbateurs. Ce sont des corbeaux piailleurs en quête de pitance. La beauté du spectacle indique de les ignorer pour l’instant .Tout en haut, caché dans un nid de feuilles, un écureuil déblaie de la neige son entrée. Un geai bleu, par un cri strident signale sa présence. Stoïque, comme une statue, je me fonds dans le tableau. Des mésanges inconscientes du subterfuge viennent caquasser près de mes pieds. Ma respiration devient invisible. 

Les corbeaux, pour leur part, viennent s’amonceler sur les branches. Leur chant rauque détonne dans l’ombre du silence de la forêt. Le soleil interpénètre l’arbre pour lui donner une sensation d’immense brasier hivernal. J’en suis en mes réflexions profondes lorsque je sens une présence à quelques mètres de moi .Je ne me retourne pas sur le champ et je ne m’inquiète pas outre mesure. Les corbeaux, étalés sur plusieurs branches du chêne, forment comme une portée de chant grégorien. Dans mon esprit je joue les notes des quatuors. Une mélodie y semble graver mais je donne ma langue au chat. 

Mes yeux suivent le fugace  chemin et je fais un demi-tour sur moi-même pour apercevoir la présence que je ressentais à mes côtés. Elle aussi  admire la sublime beauté du décor. Je lui fais signe de la tête en guise de salut elle me répond réciproquement et avec un léger sourire. J’entame quelques brides de conversation : 

-Vous aussi vous aimez les aurores et ses silences uniques ? 

Elle me répond tout en douceur : 

-Oui c’est le temps que je préfère de toute la journée. Tout se réveille et revit. Les ténèbres vont immigrer dans leurs antres. Vous admirez l’ancêtre des lieux ? Colossal ne trouvez-vous pas ? Il a fière allure ce bon sire. S’il pouvait exprimer mot il en aurait long à dire. Mais par sa prestance il n’a pas besoin de mots .Ce sont comme les humains à qui l’ont dit : ‘’ Ce que vous êtes parle si fort que nous n’entendons pas ce que vous dites ‘’. Et  nous pouvons le constater des deux sens. 

Je muris cette dernière phrase et, poliment, je dis  à mon interlocutrice : 

-Mon nom est Pierre et je suis heureux de vous rencontrer par un si beau matin. 

Elle enlève son gant et me tends la main en me disant : 

-Je suis Prudence. Enchantée. 

J’enlève à mon tour mon gant et lui serre la main. Nous remettons nos gants car le froid pénètre. Nous retournons vers  le prince des lieux. 

Tout en silence nous laissons nos  esprits, en prière, nous emmitouflés. Les corbeaux ont déserté les branches du chêne. Des gais bleus ont pris la relève. Les rayons jaunâtres du soleil parcourent les pourtours des branches à la recherche de la perfection. Tous les feuillus dénudés autours du chêne semblent être en réflexion eux aussi. Je regarde Prudence et lui demande : 

-Avez-vous passé la Noel avec votre famille ? 

Elle rétorque : 

-Non, je passe les fêtes seule et c’est un choix de vie. Je n’aime guère toutes ces rencontres bruyantes et, souvent, dénuées du vrai sens de la Solennité. Je préfère être en prière, en  méditation et en contemplation. Je préfère être personne pour personne et je m’en sens d’autant mieux. Beaucoup de gens ne saisissent pas ce que cela signifie et je les bénis. Ne rien recevoir et donner voilà ma façon de voir .Qu’en pensez vous ? 

Je regarde la jeune femme aux yeux émeraude et lui dis : 

-Tiens donc ! Nous sommes deux à présent.
Et je suis persuadé qu’il existe de par le monde des frères et des sœurs comme nous qui vivons essentiellement la même chose. Quand nous en aurons fini de cette vie terrestre nous n’emporterons pas le matériel mais bien nos valeurs spirituelles. Les valeurs de l’âme .C’est ce que le Christ est venu nous dire. Mais ces paroles sont évincées de nos fêtes aujourd’hui. 

Prudence regarde le chêne resplendir aux coups de rayons du soleil ascendant dans le ciel. Les geais entament une suite de notes concordantes.  Toute la forêt, maintenant, exulte la sérénité. Le silence plane tel un oiseau en vol de cascades. J’ouvre les lèvres et exprime : 

-Vous portez le nom d’une des plus belles vertus : prudence. 

 

Elle me sourit : 

-Ma mère aimait ce nom elle m’y a collé à ma naissance .Étant enfant elle me disait constamment : ‘’ sois comme ton nom et il ne t’arrivera rien.’’ Et j’ai suivi ses conseils. La prudence  vis-à-vis de nos gestes, de nos dires et de nos relations. Il vaut mieux utiliser la prudence que la méfiance; car là où il y a méfiance il n’y a pas d’amour. Là où la méfiance règne le déséquilibre règne. Et, pour en revenir en équilibre, l’amour nous sert de balancier. 

Un profond silence respectueux s’étiole entre nous deux. Le vieux chêne semble d’accord. Un bref nuage frondeur passe devant le soleil pour en cacher sa splendeur ce qui a pour effet de donner une autre dimension aux branches enneigées de notre arbre. De minuscules détails ressortent à notre grande surprise : 

-Même dans l’ombre  la beauté s’y trouve. – Dis-je spontanément.- 

Je remonte le collet de mon manteau et me prépare à quitter les lieux .Je regarde, encore une fois, Prudence  et la remercie de sa présence du matin. Elle me répond par un léger sourire et me  salue. Je fixe une dernière fois le chêne et remercie le Seigneur de nous donner tant de beauté et de bienfaits. Les mésanges m’accompagnent jusqu’à la sortie, à l’orée du bois .Je respire profondément et m’engage prudemment sur le sentier de retour. 

‘’ Je prends les ailes de l’aurore et  me pose au-delà des mers’’
                                                                                    Ps.138-1 

  Pierre D. 

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Laval 

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