Missive.

Missive. dans Liens ange-234025

Missive. 

La boule  rouge feu s’agrippe à sa pente descendante inexorablement vers le couchant  lorsque j’établis mes quartiers dans le petit parc attenant à la rivière. Le chevaucheur  des ombres brille par son absence. Les mammifères et les ailés se délectent de joie des rayons kaléidoscopiques de l’astre du jour. Une joyeuse bande de pigeons arpentent les sentiers en quête de miettes de pain, laissées par les voyageurs temporels éphémères. Campé sur mon banc qui me sert de perchoir je m’amuse à reluquer les minuscules vagues que font les outardes lors de leur passage en défilé. Le soleil semble dévaler les vaguelettes comme on fait du ski. On entend les grillons qui amorcent leur concert nocturne tout en effilant leurs ailes rugueuses. 

Les cigales lancent, encore, quelques S.O.S. à leurs congénères enfouis  dans le feuillage verdâtre des arbres. La soirée sera chaude et perspicace. Rien ne peut venir ébranler cet équilibre qui caresse le silence .Un pigeon s’aventure près de mon banc mais me laisse seul dans mes réflexions  et je le remercie tout bonnement. Un couple d’amoureux, ou de grands amis, piétinent sur place tout en se caressant les mains. Ils passent devant moi tout en étant dans leur monde .Je souris et leur envoie des saluts fraternels.  Sur l’onde les outardes s’ébattent des ailes en exécutant un ballet aquatique digne de grand nom. Moment de quiétude et de sérénité L’air doucereux exalte les effluves des fleurs sauvages et l’ombre de son souffle m’effleure doucement  le visage. Une grive sifflote son chant mélodieux. En immersion dans le fin fond de mes pensées, une vieille dame vient s’installer sur le banc d’à côté. Je ne l’aperçois pas immédiatement mais sens sa stature dans l’angle mort de mon œil. Je tourne la tête et la  vois ses yeux plongés dans le décor  tout comme les miens qui se remplissent à rebords de la beauté du paysage. Je respire à fond et exulte mon bien-être. La dame, toute menue, tient dans ses mains un papier ressemblant à une lettre. Ce morceau de papier lui arrache une partie de son âme ; c’est ce que j’en déduit. Immobile elle fixe l’horizon rougeâtre ou il y passe une envolée de canards devant le soleil agonisant. Je me demande comment engager une conversation avec  cette dame qui semble perturbée. Je la regarde mais détourne les yeux vers le rivage qui prend les teintes du coucher de soleil. Un canard frondeur vient à passer entre nos deux bancs et nos regards se croissent simultanément : 

- Hum ! N’a pas froid aux yeux ce monsieur là !  Dis-je pour faire craquer le silence. La dame secoue la tête en guise d’approbation et retourne vers l’horizon de ses confidences. Elle serre la lettre dans sa main tout comme on  serre un objet pour en soutirer un vœu d’impuissance. Elle porte la missive vers son cœur tout en expirant un léger soupir. Je l’entends subtilement et je prends les ailes du vent pour accompagner les outardes s’émoustillant sur l’eau. Ma curiosité me gagne et je jette un regard oblique vers la femme aux cheveux gris. Elle arbore à son doigt une jolie bague sertie d’émeraudes et a un autre doigt un jonc qui ne semble plus vouloir sortir. Je me risque à nouveau pour un brin de conversation: 

-Belle soirée n’est ce pas ?  Distraite elle me répond par  un oui timide et discret. Je poursuis prudent: 

-J’aime venir ici par les beaux soirs d’été comme celui-ci. Venir prendre un bon bol d’énergie et de ressourcement. De venir ressasser et secouer les petits problèmes de la vie et de les confier au Créateur. J’aime…  -Vous croyez en Dieu vous ?- Me dit-elle subitement et sèchement.- Je crois que j’ai perdu cette faculté depuis belle lurette me lance-t-elle aussitôt. Je crois que je ne crois plus du tout. 

Bouche bée je me ressaisi et  viens pour entamer  un monologue; mais me tait. Ma mère me disait de me tourner la langue sept fois dans la bouche  avant de parler et c’est ce que je fais .Je constate que mon interlocutrice n’a pas âme à entendre des phrases toutes faites d’avance  et qui auraient un vide de sens. Elle se campe en raidissant le dos sur son banc. Je reste coït quelques secondes ; le temps de l’éclair et reprends:  -Pour moi, madame, c’est un choix vital et nécessaire. Libre à tout à chacun de vivre son cheminement. 

La tête pensive, elle regarde la lettre qu’enserre sa main. Des mésanges caquassent au loin ajustant leur diapason aux notes des criquets du fond d’un bosquet. L’air  chaud monte suavement des herbes pour venir recouvrir tendrement quelques arbustes abritant des insectes cafouilleurs. Mon étrangère risque :  -Et vous monsieur que feriez-vous avec une nouvelle comme je viens de recevoir de ma fille vivant sur un autre continent et qui me laisse entendre, pour cause de malentendus, qu’elle ne me laissera jamais voir sa fille à elle ? Ma petite fille. Que feriez-vous à ma place ? Qu’ai-je donc pu faire au Bon Dieu pour que cela arrive ? Oui nous avons eu des prises de bec et des controverses mais est-ce une raison de me punir de la sorte ? Elle ne vient jamais me voir et lorsqu’elle écrit ce n’est que pour me demander des sous. Depuis que mon mari est décédé, il y a cinq ans, je l’ai vue, elle, que deux fois. Elle m’a annoncé, suite au décès de son père qu’elle quittait le pays et qu’elle était enceinte. Depuis je n’ai pas eu de nouvelles; sauf ce matin. 

Une larme, reflétant les derniers souffles du soleil, se fraye un chemin sur sa joue écarlate .Je demeure silencieux pour ne pas briser le mémento de son partage  et par respect. La nature se pare de ses atours de  la pénombre. Elle reprend:  -Toute ma vie, et surtout, lorsque j’ai eu ma fille  nous lui  avons, mon mari et moi, donné ce que nous pouvions .Et voilà les remerciements et la gratitude. Mais en plus – elle retient ses soupirs larmoyants- elle me refuse de voir ma petite fille. 

Je sens tout  le précipice de solitude gravir les escarpins de ses joues couvertes de larmes. Je pense que la dame en était au fond de son désespoir et c’est là qu’elle trouvera l’échelle de l’espoir. Je ne savais que lui dire et comment lui dire  mais :  -Vous savez, nos enfants ne nous appartiennent pas. Ce sont comme de petits oiseaux qui quittent le nid après un certain temps. Nous devons apprendre à nous détacher complètement et, chose inusitée, c’est là qu’ils nous reviennent. Apprendre à leur donner sans jamais s’attendre à recevoir en retour. Votre fille va sûrement vous revenir un jour et avec votre petite fille en plus. Soyez optimiste. Prenez cette lettre que vous tenez dans votre main comme un gage de retour  et il se transformera en retour de  vos enfants .Je comprends votre solitude et vos appréhensions et je vous remercie beaucoup de m’aider de la sorte. 

-Mais ce n’est pas moi qui vous aide monsieur, c’est bien vous qui m’écoutez !Merci.  -Non madame, vous m’aidez beaucoup en ce moment par votre douleur et vos souffrances  et le soulagement que je puisse y apporter moindrement .Et, c’est là, que j’y vois le Créateur. C’est la ma Croyance en Dieu. Si je peux aider une personne aujourd’hui je le ferai. 

-Je vais faire comme vous, monsieur, et en aider d’autres qui en ont bien besoin.  Les dernières lueurs tirant au mauve s’écoulent lentement à la surface de l’onde. Seulement les insectes nocturnes, maintenant, s’agitent. Les réverbères scintillent dans les prémisses de la noirceur. La lune fait son lit douillet entre quelques nuages encore un peu rosés. Un canard retardataire se dépêche vers son nid pour ne pas être surpris par  la noirceur. Les humains ne sont pas pressés d’entrer dans leur logis; il fait bien et beau ce soir. 

J’entrevois la noble dame s’éloigner  d’un pas alerte. La fraîcheur de la soirée vient calmer les dernières ardeurs du jour  chaleureux. 

Pierre D.  Les Ailes du  Temps 02-02-2011 

 


Archive pour 2 février, 2011

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Missive. dans Liens ange-234025

Missive. 

La boule  rouge feu s’agrippe à sa pente descendante inexorablement vers le couchant  lorsque j’établis mes quartiers dans le petit parc attenant à la rivière. Le chevaucheur  des ombres brille par son absence. Les mammifères et les ailés se délectent de joie des rayons kaléidoscopiques de l’astre du jour. Une joyeuse bande de pigeons arpentent les sentiers en quête de miettes de pain, laissées par les voyageurs temporels éphémères. Campé sur mon banc qui me sert de perchoir je m’amuse à reluquer les minuscules vagues que font les outardes lors de leur passage en défilé. Le soleil semble dévaler les vaguelettes comme on fait du ski. On entend les grillons qui amorcent leur concert nocturne tout en effilant leurs ailes rugueuses. 

Les cigales lancent, encore, quelques S.O.S. à leurs congénères enfouis  dans le feuillage verdâtre des arbres. La soirée sera chaude et perspicace. Rien ne peut venir ébranler cet équilibre qui caresse le silence .Un pigeon s’aventure près de mon banc mais me laisse seul dans mes réflexions  et je le remercie tout bonnement. Un couple d’amoureux, ou de grands amis, piétinent sur place tout en se caressant les mains. Ils passent devant moi tout en étant dans leur monde .Je souris et leur envoie des saluts fraternels.  Sur l’onde les outardes s’ébattent des ailes en exécutant un ballet aquatique digne de grand nom. Moment de quiétude et de sérénité L’air doucereux exalte les effluves des fleurs sauvages et l’ombre de son souffle m’effleure doucement  le visage. Une grive sifflote son chant mélodieux. En immersion dans le fin fond de mes pensées, une vieille dame vient s’installer sur le banc d’à côté. Je ne l’aperçois pas immédiatement mais sens sa stature dans l’angle mort de mon œil. Je tourne la tête et la  vois ses yeux plongés dans le décor  tout comme les miens qui se remplissent à rebords de la beauté du paysage. Je respire à fond et exulte mon bien-être. La dame, toute menue, tient dans ses mains un papier ressemblant à une lettre. Ce morceau de papier lui arrache une partie de son âme ; c’est ce que j’en déduit. Immobile elle fixe l’horizon rougeâtre ou il y passe une envolée de canards devant le soleil agonisant. Je me demande comment engager une conversation avec  cette dame qui semble perturbée. Je la regarde mais détourne les yeux vers le rivage qui prend les teintes du coucher de soleil. Un canard frondeur vient à passer entre nos deux bancs et nos regards se croissent simultanément : 

- Hum ! N’a pas froid aux yeux ce monsieur là !  Dis-je pour faire craquer le silence. La dame secoue la tête en guise d’approbation et retourne vers l’horizon de ses confidences. Elle serre la lettre dans sa main tout comme on  serre un objet pour en soutirer un vœu d’impuissance. Elle porte la missive vers son cœur tout en expirant un léger soupir. Je l’entends subtilement et je prends les ailes du vent pour accompagner les outardes s’émoustillant sur l’eau. Ma curiosité me gagne et je jette un regard oblique vers la femme aux cheveux gris. Elle arbore à son doigt une jolie bague sertie d’émeraudes et a un autre doigt un jonc qui ne semble plus vouloir sortir. Je me risque à nouveau pour un brin de conversation: 

-Belle soirée n’est ce pas ?  Distraite elle me répond par  un oui timide et discret. Je poursuis prudent: 

-J’aime venir ici par les beaux soirs d’été comme celui-ci. Venir prendre un bon bol d’énergie et de ressourcement. De venir ressasser et secouer les petits problèmes de la vie et de les confier au Créateur. J’aime…  -Vous croyez en Dieu vous ?- Me dit-elle subitement et sèchement.- Je crois que j’ai perdu cette faculté depuis belle lurette me lance-t-elle aussitôt. Je crois que je ne crois plus du tout. 

Bouche bée je me ressaisi et  viens pour entamer  un monologue; mais me tait. Ma mère me disait de me tourner la langue sept fois dans la bouche  avant de parler et c’est ce que je fais .Je constate que mon interlocutrice n’a pas âme à entendre des phrases toutes faites d’avance  et qui auraient un vide de sens. Elle se campe en raidissant le dos sur son banc. Je reste coït quelques secondes ; le temps de l’éclair et reprends:  -Pour moi, madame, c’est un choix vital et nécessaire. Libre à tout à chacun de vivre son cheminement. 

La tête pensive, elle regarde la lettre qu’enserre sa main. Des mésanges caquassent au loin ajustant leur diapason aux notes des criquets du fond d’un bosquet. L’air  chaud monte suavement des herbes pour venir recouvrir tendrement quelques arbustes abritant des insectes cafouilleurs. Mon étrangère risque :  -Et vous monsieur que feriez-vous avec une nouvelle comme je viens de recevoir de ma fille vivant sur un autre continent et qui me laisse entendre, pour cause de malentendus, qu’elle ne me laissera jamais voir sa fille à elle ? Ma petite fille. Que feriez-vous à ma place ? Qu’ai-je donc pu faire au Bon Dieu pour que cela arrive ? Oui nous avons eu des prises de bec et des controverses mais est-ce une raison de me punir de la sorte ? Elle ne vient jamais me voir et lorsqu’elle écrit ce n’est que pour me demander des sous. Depuis que mon mari est décédé, il y a cinq ans, je l’ai vue, elle, que deux fois. Elle m’a annoncé, suite au décès de son père qu’elle quittait le pays et qu’elle était enceinte. Depuis je n’ai pas eu de nouvelles; sauf ce matin. 

Une larme, reflétant les derniers souffles du soleil, se fraye un chemin sur sa joue écarlate .Je demeure silencieux pour ne pas briser le mémento de son partage  et par respect. La nature se pare de ses atours de  la pénombre. Elle reprend:  -Toute ma vie, et surtout, lorsque j’ai eu ma fille  nous lui  avons, mon mari et moi, donné ce que nous pouvions .Et voilà les remerciements et la gratitude. Mais en plus – elle retient ses soupirs larmoyants- elle me refuse de voir ma petite fille. 

Je sens tout  le précipice de solitude gravir les escarpins de ses joues couvertes de larmes. Je pense que la dame en était au fond de son désespoir et c’est là qu’elle trouvera l’échelle de l’espoir. Je ne savais que lui dire et comment lui dire  mais :  -Vous savez, nos enfants ne nous appartiennent pas. Ce sont comme de petits oiseaux qui quittent le nid après un certain temps. Nous devons apprendre à nous détacher complètement et, chose inusitée, c’est là qu’ils nous reviennent. Apprendre à leur donner sans jamais s’attendre à recevoir en retour. Votre fille va sûrement vous revenir un jour et avec votre petite fille en plus. Soyez optimiste. Prenez cette lettre que vous tenez dans votre main comme un gage de retour  et il se transformera en retour de  vos enfants .Je comprends votre solitude et vos appréhensions et je vous remercie beaucoup de m’aider de la sorte. 

-Mais ce n’est pas moi qui vous aide monsieur, c’est bien vous qui m’écoutez !Merci.  -Non madame, vous m’aidez beaucoup en ce moment par votre douleur et vos souffrances  et le soulagement que je puisse y apporter moindrement .Et, c’est là, que j’y vois le Créateur. C’est la ma Croyance en Dieu. Si je peux aider une personne aujourd’hui je le ferai. 

-Je vais faire comme vous, monsieur, et en aider d’autres qui en ont bien besoin.  Les dernières lueurs tirant au mauve s’écoulent lentement à la surface de l’onde. Seulement les insectes nocturnes, maintenant, s’agitent. Les réverbères scintillent dans les prémisses de la noirceur. La lune fait son lit douillet entre quelques nuages encore un peu rosés. Un canard retardataire se dépêche vers son nid pour ne pas être surpris par  la noirceur. Les humains ne sont pas pressés d’entrer dans leur logis; il fait bien et beau ce soir. 

J’entrevois la noble dame s’éloigner  d’un pas alerte. La fraîcheur de la soirée vient calmer les dernières ardeurs du jour  chaleureux. 

Pierre D.  Les Ailes du  Temps 02-02-2011 

 

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