Entre-deux.

Entre-deux. dans Liens pont_bras_de_la_plaine_010006

Entre-deux.

 

  

Les ailes de la brunante voguent vers l’astre rougeoyant à l’horizon. Quelques gentils ouatés gambadent à saute-mouton devant ce cercle de lumière éblouissant. Des outardes paradent  pompeusement et en harmonie sous les yeux épatés des promeneurs et des spectateurs. Le respect impose son silence. Le printemps tire à sa fin cédant sa place élégamment à la saison estivale. Une température généreusement clémente nous  enveloppe amoureusement .Il fait bon de s’étirer, tout en douceur, sous le grand saule du jardin. Ses longues branches, comme une douche matinale, nous couvrent de son ombre bienfaitrice. Les dernières hirondelles, fidèles à leur poste, s’excitent au moindre passage des gens .Dans le saule une grive roucoule au soleil couchant. Temps de sérénité, de sagesse et de beauté. Une marmotte, frondeuse, sors de son trou tel un coucou de son horloge et y retourne précipitamment sans demander son reste .Les outardes s’arrêtent et s’interrogent sur leur consensus .Par des signes d’ailes elles approuvent ou désapprouvent. Catherine et sa maman se sont installées sous le saule depuis quelques temps déjà. Un faible silence règne entre les deux ; une longueur d’onde significative. La grive donne le ton au concert qui se prépare dans la communauté  ailée. Les grillons aiguisent leur archet et les fourmis ,dans un  va et vient précipité, montent et descendent les écorces du saule en pleine floraison. Tout éclate de vie. Louise, la maman de Catherine, lui demande: 

-Es-tu confortable ma puce ? As-tu froid ? 

Catherine avec son regard complaisant et affectueux lui réponds: 

-Ça va bien maman, je suis tellement bien . J’apprécie beaucoup que tu m’aie sortie pour m’amener ici. Ça me manquait de contempler ce bout de paysage,depuis quelques mois . 

 

Affublée d’un foulard couvrant sa tête, l’enfant émerveillée, n’en finit plus de regarder à gauche et à droite pour signifier la présence de tous ses petits amis les animaux. 

Elle sourit à pleine dents lorsqu’elle aperçoit un écureuil hésitant pour s’approcher. Elle lui fait signe de la main de ne pas avoir peur et qu’elle ne lui veut pas du mal .Sa mère esquisse un sourire mi figue-mi raisin. Sentant à l’intérieur d’elle toute la douleur ; elle repousse l’idée pour le moment .Moment de joie. Catherine fixe ses grands yeux bleus dans le regard perturbé de sa mère et lui enjoint: 

 

-Maman, je serai toujours là tu sais. Oh! Regarde les outardes vont prendre leur envol. C’est magnifique. On dirait que le vent leur glisse sur le dos à profusion pour les soulever. Elles vont probablement aller se nicher pour la nuit. 

 

Louise, confuse et gênée en même temps, jette un regard furtif aux yeux de sa fille. Une famille de canards vient prendre la relève des outardes qui se sont enfuies sous le regard attendrissant du soleil couchant. Catherine est ravie et en fait part à sa mère : 

 

-Vois -tu nous sommes gâtées, les canards maintenant. Tous se sont donné la main pour venir nous saluer poliment. Que c’est beau la vie maman. Que c’est resplendissant et harmonieux. Si je voudrais, et ce n’est pas à moi de le faire, j’arrêterais la vie ici maintenant. 

 

Louise retient ses larmes ; elle les dissimule. Il y a cinq mois les médecins ont annoncé à Catherine qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre après un diagnostique de cancer généralisé. Depuis ce temps, elle et son époux, vivent un deuil; le deuil de leur fille de dix ans. Elle ne peut faire autrement que d’accepter les faits accomplis. Elle profite à plein de ces derniers instants de vie de son petit ange . Elle écoute avec passion les paroles de Catherine. 

 

-Tu sais maman, je sais que ma vie n’aura pas été bien longue, pour je suis contente de tout ce que j’ai vu et vécu. Depuis quelques semaines je savoure tout ce qui me tombe sur la main et sous mes yeux. J’admire à fond et me délecte goulûment de toute la Création de Dieu. Je déborde d’un amour incommensurable pour toutes les créatures et surtout pour les humains. Mon cœur chavire pour toute l’extrême beauté du monde, mais je sais que je m’en vais dans un monde encore plus beau. Ne te chagrine pas, maman, je serai toujours avec toi quand même. Profitons de cet entre-deux pour nous souvenir et nous soutenir  l’une de l’autre. 

 

Louise, cette fois, n’en peux plus et laisse aller quelques larmes dévaler sur ses joues . Elle prend la main de Catherine et la serre pour sentir le contact de ses émotions. Catherine continue: 

 

-Regarde, même avec ce foulard j’ai l’impression d’être une pirate;me manque que le bandeau sur l’œil. Rigolo ne trouves-tu pas ?  Tu sais que les traitements de chimiothérapie me distançaient de ce monde réel ;et ça n’a pas donné les résultats escomptés. Nous avons essayé de maintenir la vie; mais la vie, cette vie a perdue. Je me dirige dans l’autre vie tout comme les outardes qui se sont envolées il y a un instant .Je veux me sentir comme ces oiseaux qui prennent les ailes de l’aurore pour m’envoler loin au creux de l’horizon tout au fond des mers. 

 

-Le soleil transperce les coulis de branches du saule tout en donnant un effet d’un jeu d’ombre .La grive a repris son chant mélodieux et enchanteur. Sur les abords de la rivière quelques plantes ont élu domicile avec les arbustes sauvages, Monet en serait ravi. Les canards viennent se dandiner  en face des deux complices enjouées. Pour un moment la réalité n’est que fiction. Pour un moment ils unissent leur énergie d’amour sur la même longueur d’onde. Le temps n’existe plus, il n’y a que la vie .Il n’y a que l’Amour .Le silence s’est à nouveau couché entre les  deux enfants de Dieu. Le soleil, à son point le plus bas, tire sa révérence. Les oiseaux se sont tus et la pénombre gagne le petit parc. Louise voudrait étirer cet instant sublime mais elle sent que Catherine se sent prise de sommeil. 

Elle lui demande : 

 

-Veux-tu que nous retournions à ta chambre ma chouette ? Il commence à faire sombre et l’air devient un peu froid. 

 

Catherine, par un signe de tête approuve .Louise se lève de son banc et s’installe à l’arrière du fauteuil roulant .La fillette  semble faire ses adieux à tous ses amis, ailés, insectes et plantes. Sur le chemin du retour quelques patients lui envoient la main, elle répond faiblement .Louise la seconde plus promptement .La grive vient se poster, malgré l’heure tardive, dans un buisson près de l’entrée de l’hôpital et y va d’un chant rempli de trémolos; au grand plaisir de Catherine .Les deux s’engouffrent dans le corridor blanchi de lumière artificielle de l’hôpital. 

 

La lune  occupe maintenant une place prédominante à l’horizon comme une sentinelle fidèle  à son poste .Des nuages s’infiltrent doucement  face à sa blanchâtre  en lui donnant un cachet de jeune fille réservée. Les ailés-insectes de la nuit fredonnent discrètement tout en laissant aller la lumière se reposer. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

26 février2011 

 

 

 


Archive pour 26 février, 2011

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Les ailes de la brunante voguent vers l’astre rougeoyant à l’horizon. Quelques gentils ouatés gambadent à saute-mouton devant ce cercle de lumière éblouissant. Des outardes paradent  pompeusement et en harmonie sous les yeux épatés des promeneurs et des spectateurs. Le respect impose son silence. Le printemps tire à sa fin cédant sa place élégamment à la saison estivale. Une température généreusement clémente nous  enveloppe amoureusement .Il fait bon de s’étirer, tout en douceur, sous le grand saule du jardin. Ses longues branches, comme une douche matinale, nous couvrent de son ombre bienfaitrice. Les dernières hirondelles, fidèles à leur poste, s’excitent au moindre passage des gens .Dans le saule une grive roucoule au soleil couchant. Temps de sérénité, de sagesse et de beauté. Une marmotte, frondeuse, sors de son trou tel un coucou de son horloge et y retourne précipitamment sans demander son reste .Les outardes s’arrêtent et s’interrogent sur leur consensus .Par des signes d’ailes elles approuvent ou désapprouvent. Catherine et sa maman se sont installées sous le saule depuis quelques temps déjà. Un faible silence règne entre les deux ; une longueur d’onde significative. La grive donne le ton au concert qui se prépare dans la communauté  ailée. Les grillons aiguisent leur archet et les fourmis ,dans un  va et vient précipité, montent et descendent les écorces du saule en pleine floraison. Tout éclate de vie. Louise, la maman de Catherine, lui demande: 

-Es-tu confortable ma puce ? As-tu froid ? 

Catherine avec son regard complaisant et affectueux lui réponds: 

-Ça va bien maman, je suis tellement bien . J’apprécie beaucoup que tu m’aie sortie pour m’amener ici. Ça me manquait de contempler ce bout de paysage,depuis quelques mois . 

 

Affublée d’un foulard couvrant sa tête, l’enfant émerveillée, n’en finit plus de regarder à gauche et à droite pour signifier la présence de tous ses petits amis les animaux. 

Elle sourit à pleine dents lorsqu’elle aperçoit un écureuil hésitant pour s’approcher. Elle lui fait signe de la main de ne pas avoir peur et qu’elle ne lui veut pas du mal .Sa mère esquisse un sourire mi figue-mi raisin. Sentant à l’intérieur d’elle toute la douleur ; elle repousse l’idée pour le moment .Moment de joie. Catherine fixe ses grands yeux bleus dans le regard perturbé de sa mère et lui enjoint: 

 

-Maman, je serai toujours là tu sais. Oh! Regarde les outardes vont prendre leur envol. C’est magnifique. On dirait que le vent leur glisse sur le dos à profusion pour les soulever. Elles vont probablement aller se nicher pour la nuit. 

 

Louise, confuse et gênée en même temps, jette un regard furtif aux yeux de sa fille. Une famille de canards vient prendre la relève des outardes qui se sont enfuies sous le regard attendrissant du soleil couchant. Catherine est ravie et en fait part à sa mère : 

 

-Vois -tu nous sommes gâtées, les canards maintenant. Tous se sont donné la main pour venir nous saluer poliment. Que c’est beau la vie maman. Que c’est resplendissant et harmonieux. Si je voudrais, et ce n’est pas à moi de le faire, j’arrêterais la vie ici maintenant. 

 

Louise retient ses larmes ; elle les dissimule. Il y a cinq mois les médecins ont annoncé à Catherine qu’il ne lui restait que quelques mois à vivre après un diagnostique de cancer généralisé. Depuis ce temps, elle et son époux, vivent un deuil; le deuil de leur fille de dix ans. Elle ne peut faire autrement que d’accepter les faits accomplis. Elle profite à plein de ces derniers instants de vie de son petit ange . Elle écoute avec passion les paroles de Catherine. 

 

-Tu sais maman, je sais que ma vie n’aura pas été bien longue, pour je suis contente de tout ce que j’ai vu et vécu. Depuis quelques semaines je savoure tout ce qui me tombe sur la main et sous mes yeux. J’admire à fond et me délecte goulûment de toute la Création de Dieu. Je déborde d’un amour incommensurable pour toutes les créatures et surtout pour les humains. Mon cœur chavire pour toute l’extrême beauté du monde, mais je sais que je m’en vais dans un monde encore plus beau. Ne te chagrine pas, maman, je serai toujours avec toi quand même. Profitons de cet entre-deux pour nous souvenir et nous soutenir  l’une de l’autre. 

 

Louise, cette fois, n’en peux plus et laisse aller quelques larmes dévaler sur ses joues . Elle prend la main de Catherine et la serre pour sentir le contact de ses émotions. Catherine continue: 

 

-Regarde, même avec ce foulard j’ai l’impression d’être une pirate;me manque que le bandeau sur l’œil. Rigolo ne trouves-tu pas ?  Tu sais que les traitements de chimiothérapie me distançaient de ce monde réel ;et ça n’a pas donné les résultats escomptés. Nous avons essayé de maintenir la vie; mais la vie, cette vie a perdue. Je me dirige dans l’autre vie tout comme les outardes qui se sont envolées il y a un instant .Je veux me sentir comme ces oiseaux qui prennent les ailes de l’aurore pour m’envoler loin au creux de l’horizon tout au fond des mers. 

 

-Le soleil transperce les coulis de branches du saule tout en donnant un effet d’un jeu d’ombre .La grive a repris son chant mélodieux et enchanteur. Sur les abords de la rivière quelques plantes ont élu domicile avec les arbustes sauvages, Monet en serait ravi. Les canards viennent se dandiner  en face des deux complices enjouées. Pour un moment la réalité n’est que fiction. Pour un moment ils unissent leur énergie d’amour sur la même longueur d’onde. Le temps n’existe plus, il n’y a que la vie .Il n’y a que l’Amour .Le silence s’est à nouveau couché entre les  deux enfants de Dieu. Le soleil, à son point le plus bas, tire sa révérence. Les oiseaux se sont tus et la pénombre gagne le petit parc. Louise voudrait étirer cet instant sublime mais elle sent que Catherine se sent prise de sommeil. 

Elle lui demande : 

 

-Veux-tu que nous retournions à ta chambre ma chouette ? Il commence à faire sombre et l’air devient un peu froid. 

 

Catherine, par un signe de tête approuve .Louise se lève de son banc et s’installe à l’arrière du fauteuil roulant .La fillette  semble faire ses adieux à tous ses amis, ailés, insectes et plantes. Sur le chemin du retour quelques patients lui envoient la main, elle répond faiblement .Louise la seconde plus promptement .La grive vient se poster, malgré l’heure tardive, dans un buisson près de l’entrée de l’hôpital et y va d’un chant rempli de trémolos; au grand plaisir de Catherine .Les deux s’engouffrent dans le corridor blanchi de lumière artificielle de l’hôpital. 

 

La lune  occupe maintenant une place prédominante à l’horizon comme une sentinelle fidèle  à son poste .Des nuages s’infiltrent doucement  face à sa blanchâtre  en lui donnant un cachet de jeune fille réservée. Les ailés-insectes de la nuit fredonnent discrètement tout en laissant aller la lumière se reposer. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

26 février2011 

 

 

 

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