Nénuphars

Nénuphars dans Liens medium_nenuphar

 

Nénuphars. 

 

À pas feutrés glissants dans les hautes herbes  enduites de rosée nous avançons timidement pour ne pas brusquer la nature en semi sommeil. Nos pieds, guidés par un instinct posé, suivent le tracé déjà établi par la faune locale .Sur nos jambes dégouline un tsunami de gouttes bleutées de la manne matinale de la rosée. Un silence respectueux se dresse entre nous, ma compagne  et moi. Les huards ne se sont pas encore aperçus de notre stratagème  d’envahissement de leur territoire. Je fraye le chemin jusqu’à la rive. La brume, gardienne des lieux, s’interpose entre nous et l’onde .Elle nous sert de paravent pour nous camoufler plus en profondeur dans l’antre du domaine du levant .Arrivés au bout du sentier battu nous nous immobilisons  pour prendre le pouls et se mettre au diapason du climax de ce doux moment. Les filets de brouillard, comme une pieuvre, s’entichent de nos jambes. Nous ne résistons pas  et tombons sous le charme des serpentins de ces minuscules nuages terrestres. Quelques bruits, en sourdine, s’immolent en guise d’avertissement comme des sentinelles aux aguets. Une grenouille bavarde nage entre deux eaux à la recherche d’un repas facile . 

En oblique,  avec des gestes pompeux et majestueux, un héron se découvre pudiquement. Trempant son bec entre les herbes, d’un vert foncé et pliant sous le poids des gouttes d’eau ;il ne nous  a pas vu à notre grande admiration. Les rayons blafards de lumière de l’aube commencent à poindre. Immobiles nous nous fondons dans le panorama, nous en sommes partie prenante .Nous sommes les spectateurs et en même temps le spectacle .À mesure que la lumière s’avance nous distinguons encore plus de traits, de courbes et de détails.
Le héron s’éloigne silencieusement à notre grand regret. Les arbres semblent d’énormes fantômes tirant leur révérence. Je jette un rapide coup d’œil à  ma camarade, elle me sourit de satisfaction d’être en ce moment à cet endroit précis, moi aussi d’ailleurs. 

Dans le coulis de frimas sur la rivière surgit le maître des lieux ; celui qui se charge de sonner le réveil du bataillon. Avec fière allure et son collier blanc cet oiseau magnifique, qu’est le huard, pratique ses gammes. 

 

 L’aurore prend une parure bleue royale. L’astre de la journée apparaîtra dans quelques instants, nous avons le temps de nous déplacer encore plus vers la bordure de la rivière. L’ailé des ondes lance son premier cri, nous stoppons net. Commence un fourmillement dans les hautes herbes. Une bande de canards a entendu l’appel et se dépêche de glisser sur la surface ombreuse  de l’eau. Dans les feuillus, à l’arrière de nous, un cacassement se fait  entendre .Et pour accompagner ce concert d’oiseaux, des grillons se mettent de la partie. Nous demeurons toujours stoïques pour ne rien manquer et ne pas être découverts. Une petite loutre vient fureter à nos pieds son poil semble si lisse. Elle  plonge dans l’eau pour en ressortir que quelques mètres plus loin. 

Je jette un regard attentionné  vers  des  hautes végétations sur le bord de l’eau et figure comment m’y rendre sans attirer l’attention des colonies préoccupées a préparer le lever du soleil. Je me glisse excessivement doucement vers ces quenouilles chambranlantes  sous le poids de la mouillure. Je fais signe à ma compagne de me suivre .Elle glisse subtilement ses pas vers mon regard. Je lui prends la main et lui chuchote à l’oreille : 

 

-Regarde ou sont les quenouilles ! 

 

Elle se penche vers l’avant et y voit, flottant sur l’eau, des nénuphars encore renfermés sur eux-mêmes. Les fleurs blanches, accroupies au dessus de leurs feuilles verdâtres, attentent patiemment les rayons dardant du levant .À minuscules petits pas nous arrivons à la hauteur de ces plantes aquatiques endormies. Le huard, maintenant, s’égosille à qui mieux mieux et à qui veut bien l’entendre que le soleil brillera de sa présence bientôt. À l’horizon qui s’émoustille de couleurs pastelles un arc de feu rougeâtre s’élève somptueusement .Les brumes toutes excitées amorcent une danse féerique vers le firmament encore jonché d’étoiles de la dernière nuit. 

 

 

Elles disparaissent une à une pour laisser la place à la lumière ascendante du prince du jour. Un vol d’outardes vient saluer cet exquis moment magique .De leurs ailes elles se glissent sur la brise entachée de gouttelettes  de brumes. 

 

 

Mes yeux viennent se fixer sur les nénuphars  sensibles aux rayons bienfaisants de la lumière. Les pétales, avec un léger frisson, commencent à s’entrouvrir au monde. Sur l’onde des minis vagues les font balancer et danser en rythmes ondulants. Lorsque la lumière atteint l’éclatante fleur blanche cette dernière s’épanouit tout en beauté. Une libellule vient se poser sur les ramures enchantées de la fleur. Flairant la sensibilité et les effluves, elles glissent sur  l’innocence et la candeur  de la fleur matinale. Ces gardiennes des marécages et des vases transcendent les ténèbres pour éclore dans  une magnifique beauté colossale et admirable. Le vert métallique de la libellule semble comme une broche d’émeraudes à la robe d’une châtelaine dans son royaume. 

 

Ma compagne s’approche de moi et me dit à l’oreille: 

 

- Sais-tu à quoi cette scène me fait songer ? 

 

Sans  attendre ma réponse  elle poursuit : 

 

-‘’Observez les lis des champs, comme ils poussent : ils ne peinent ni ne filent. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’eux. Nous dit Saint Mathieu. 

Recherchez toujours le Royaume des Cieux et le reste vous sera donné par surcroît et  en abondance selon vos besoins. 

 

Elle me regarde et me sourit, je lui rends la réciproque. La lumière vermillon du soleil se reflète dans ses yeux bleus clairs. Les nénuphars complètement épanouis nous sourient à pleines pétales blanches. L’astre rouge,  bouillant au fond de l’horizon, donne le ton à sa cour. Nous suivons de nos prunelles le vol des outardes sur les ailes du matin dans les tourbillons de rosée en folie. Instant sublime, instant de vie et d’amour. 

 

 

Notre quête figée goûte ces moments d’euphorie. Nous prions Dieu de nous avoir transmis sa Paix dans  sa Beauté. Nous poursuivons notre petit périple qui nous conduit vers la clairière envahie par la lumière solaire. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval 

15 mars 2011 

 

 


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