Temps doux.

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Temps doux. 

 

Les enfants, fébriles et excités ne cessent d’haranguer leur grand-mère de rouler plus vite avec la poussette déjà haletante. Les roues grincent au toucher de la petite pierre sur le chemin sinueux du fugace parc forestier.En milieu de semaine, calme et presque désert, le losange de verdure  invite. Seulement quelques mères avec leurs rejetons fourmillent autours des jeux  et du quadrilatère de sable. C’est Anne-Sophie qui se fait la plus insistante et  anxieuse d’arriver à bon port. Du haut de ses trois ans  elle commande à son aïeule d’être prudente, de surveiller l’escarpement et de freiner. Sa petite frimousse bordées de boucles d’or en ferait une Jeanne d’Arc des temps modernes.Elle se retourne et fixe  Sophia, sa grand-mère, et lui enjoint avec ses yeux d’ange de presser le pas afin d’arriver avant Olivier, qui lui, se sent comme un athlète au départ du cent mètres. Il s’accroche fermement  à la poignée du petit carrosse manié de main de maître par Sophia . À quelques pas de l’aire de jeux le signal est donné et Anne-Sophie défait la courroie qui la retient au mini véhicule. Elle y descend comme on descend d’un avion. 

Les deux bambins, se tiennent par la main et sautent à pieds joints dans le sable chauffant au soleil. La matinée, à peine entamée promet des heures de plaisir.Anne-Sophie dans sa petite salopette bleue claire s’installe sur un des coins du bac de sable et regarde son frère faire des excavations avec ses jouets minuscules de construction. Il y trace des routes et des remblais. La petite serre fort dans ses bras sa poupée de chiffon, sa compagne de ses rêves et de ses aventures fantastiques.Sophia, pour sa part, s’est installée sur un banc et ayant toujours à l’oeil ses deux petits enfants. Une maman grive sert à déjeuner à ses oisillons qui piaillent sans cesse pour avoir leur part. Un geais bleu claironne son chant  et des pics bois battent l’écorce des arbres en y cherchant leur pitance .Leurs pichochements semblent des coups frappés sur un tambourin et résonnent jusqu’au fond du sous bois. Anne -Sophie vient rejoindre sa grand-mère sur son banc et se colle à elle pour obtenir sa sécurité enfantine. Sophia lui caresse les cheveux et respire profondément et lentement et lui dit : 

-Ça va bien ma petite chouette ? Il fait bon d’être ici n’est ce pas ? 

La petite la regarde avec ses tendres yeux bleus et s’enfouit sous le bras de sa mamie.Elle lui demande: 

-Mamie, pourquoi, nous les filles, nous  préférons les poupées et les  garçons préfèrent les camions et les autos ? 

 

Sophia rit de bon coeur .Elle prends Anne-Sophie et la dépose sur ses genoux. Elle replace ses ptites bretelles de son vêtement : 

-Tu sais ma puce il n’y a rien qui empêche que tu puisse jouer avec des camions toi aussi. Et il n’y a rien qui empêche Olivier de jouer avec ses poupées à lui; remarques elles ne sont pas comme les tiennes  mais ce sont des poupées quand même. Ce sont des figures de super héros et des militaires. Et la petite de reprendre : 

-Ma poupée à moi n’est pas violente et ne veut pas faire de mal à personne. Sophia reprends: 

-Olivier ne fait pas de mal à personne, non plus  ma chouette, avec ses figurines;ce ne sont que des  jeux, des inventions. Et je sais que tu ne ferais pas de mal à personne toi non plus mon amour. 

Anne-Sophie satisfaite de la réponse relance sa grand-mère : 

-Tu ne veux pas que personne nous fasse du mal, hein!  Grand-maman ? 

Sophia la fixe dans les yeux et, tout comme une tempête émotionnelle vrombit  à l’intérieur d’elle, elle cajole sa petite fille tendrement. Une larme se faufile sous ses paupières mais reste cachée derrière ses lunettes de soleil. Elle sait que les parents des enfants vivent en ce moment des temps  très difficiles dans leur couple, Ce sont des professionels de la santé très occupés et préoccupés. Elle s’adresse à Anne -Sophie : 

-Non mon amour je ne laisserais personne, aucun humain, vous faire du mal, à toi et ton frère. Me crois-tu ? 

La petite déjà absorbée par un écureuil qui sautille sur le petit chemin répond distraitement à sa grand-mère : 

-Oui, oui je le sais  mamie. Regarde l’écureuil  il est tout noir .Tout noir je te dis ! 

Elle descend du banc et se dirige vers le rongeur qui prend ses pattes à son cou. Au grand dam d’Anne-Sophie et sous les rires moqueurs de son frère qui en est à la construction d’un grand boulevard qui traverse tout le carré de sable. Il se prend très au sérieux. Le soleil vient rajouter son grain de sable en étayant ses rayons sur des arbustes frissonnant dans le sous bois. Les dernières gouttes de rosée s’étiolent pour disparaître laissant les feuilles, vert tendre, reprendre leur souffle. Il y fait, ce matin, dans ce parc une atmosphère à la fête;la fête de la chaleur et du réconfort. Sophia pense à elle-même : 

 

 

-Non sûrement je ne laisserais pas qui que ce soit faire du mal à mes deux petits anges. Ce sont de beaux enfants innocents, plein d’amour. 

Ses yeux se tournent vers deux pigeons qui viennent de se poser  près d’un autre banc. L’un est blanc et l’autre d’un gris foncé. Ils roucoulent à qui mieux mieux. Sophia a comme impression qu’ils semblent lui dire quelque chose. Son regard hypnotisé  par les ailés, elle oublie momentanément les deux enfants. Elle revient à sa réalité avec une vigilance inquiete inspecte son horizon. Les deux  bambins, installés dans le quadrangle de sable , creusent un trou sous la direction d’ingénierie d’ Olivier fier de ses cinq ans. Ils s’en donnent à coeur joie. La grand-mère les perçoit en projection  dans plusieurs années. Anne-Sophie avec son regard intelligent fera sûrement comme son père  une médecin-chirurgien et Olivier un ingénieur-architecte.Elle les voit dans ses pensées avec une famille et quelques enfants; heureux. Rien dans sa vie ne peut ébranler sa quiétude et son bonheur. 

 Les enfants viennent à elle car ils ont soif. Elle leur sert un verre de jus d’orange  qu’ils engloutissent goulûment. Ils repartent en lançant un : merci mamie ! Amoureusement. En regrimpant dans le bac de sable, Anne-Sophie trébuche et tombe sur ses genoux. Olivier l’ aide à se relever,et, voyant qu’elle pleure il l’amène à Sophia pour la consoler. Elle secoue les pattes de pantalons de la petite et lui affirme qu’elle n’a pas de blessure. Olivier retourne au carré de sable et Anne-Sophie vient se blottir dans les bras de sa mamie adorée. Sophia essuie les minuscules larmes du visage de son petit chérubin et lui prodigue un léger baiser sur ses joues rougies par l’air frais . De ses yeux une lumière brille au fond de son âme. La petite s’installe près de sa grand-mère et lui demande: 

-Mamie,  c’est quand que nous savons que nous sommes vieux ?  Comme toi tu es vieille alors c’est quand on sait que nous sommes des mamies et des papys ? 

Sophia, surprise  par  la question, réfléchit un instant et regarde Anne-Sophie, réponds tout en souriant: 

-Il n’en tient qu’à nous mon trésor de se sentir jeune dans nos coeurs. Quand tu es capable de voir toute la beauté qu’il y a dans le monde tu te sens jeune tout le temps. 

La petite semble réfléchir à la réponse. Subitement l’écureuil noir réapparaît comme un guignol sorti d’une boîte à surprise. Il s’arrête net devant elles et feint l’idignation. Sophia dit à Anne-Sophie : 

-Regarde bien, je vais lui jouer un tour. 

Elle sort de son sac une enveloppe bourrées d’arachides. Elle en lance une près du rongeur qui vient la renifler, la saisit et commence à enlever l’écorce .Anne-Sophie trépigne sur le banc car elle veut lui en donner une aussi. Sophia lui  tends une arachide que la petite tends à son tour au noiraud. Sentant la bonne affaire il s’approche délicatement et prudemment vers la main de la petite  qui  lui offre la friandise. Olivier, comme une sentinelle, s’approche tout doucement pour ne pas effrayer leur nouvel ami. Il demande à Sophia, lui aussi, une arachide pour son tour. L’écureuil s’approche tout en frétillant de la queue saisit l’arachide  et se campe près des pieds de Sophia pour la déguster .Les enfants sont fous de joie. Olivier, accroupi, tends  à son tour au petit rongeur son arachide qu’il prends volontiers entre ses pattes avant pour en décortiquer l’enveloppe .Sophia offre au noiraud encore quelques fruits qu’il emmagasine dans ses joues et, tout comme il est arrivé, disparaît  dans le sous -bois. Les enfants, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, se collent sur leur mamie. Sophia imprime dans sa mémoire ce doux instant. Les pigeons, témoins de la scène roucoulent d’approbation. Anne-Sophie, avec un sourire câlin dit à Sophia : 

-Je t’aime Mamie, j’aime maman et j’aime mon papa même s’il sont impatients avec nous quelques fois et, toi aussi, Olivier je t’aime. Ah oui ! J’aime papy aussi, fort,  fort. 

-Moi aussi je t’aime ma petite Anne-Sophie. 

Sophia serre les deux enfants tout contre elle et voudrait que cet instant dure éternellement. Olivier se redirige vers son oeuvre suivi d’Anne -Sophie. Sophia décide, elle aussi, d’être partie prenante aux travaux de l’ingénieur-chef  Olivier. Il lui demande de tracer d’autres voies dans le sable  pour laisser passer son camion de transport. les trois s’amusent comme des petits fous. Sophia ne s’est jamais sentie aussi jeune ; aussi enfant que présentement. Un buisson de roses sauvages embaume l’air et Sophia en décèle les effluves. Elle regarde près du banc ou sont postés les pigeons  qui se dandinent comme pour faire une chorégraphie de joie . Un passant s’approche et les oiseaux s’envolent. Anne-Sophie les regarde avec tristesse mais sourit au monsieur qui déambule vers le chemin du petit boisé. Olivier presse les deux filles de terminer l’ouvrage commencé. Sophia rit aux éclats. Elle regarde sa montre et dit: 

 

 

-Bon monsieur l’ingénieur et vous madame la travailleuse il est temps de rentrer pour le dîner. Ramassons nos choses et partons. 

Les deux enfants écoutent leur grand-maman et lui aide à ranger les jouets. Anne-Sophie s’installe dans la poussette et Olivier, comme à son habitude suit en se soudant à la poignée du  petit véhicule. Sophia chante : 

-‘’À la claire fontaine m’en allant promener, j’ai trouvé l’eau si belle que je m’y suis baignée…il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai.’’ 

Traversant le petit bois ils voient l’écureuil noir déguster ses derniers arachides, il les salut de quelques mouvements de queue. Les enfants lui envoient la main et lui disent: 

- À prochain monsieur le petit noir. 

 

Quelques mois plus tard, dans un moment  d’extrême tension et de folie, le père a enlevé la vie à ses deux enfants. 

 

Sophia, installée sur le  banc des pigeons cette fois, pleure : 

-‘’Il y a longtemps que je vous aime, jamais je ne vous oublierai…..’’ 

-Je vous aime mes petits anges et je t’aime mon fils. 

 

Pierre D, 

Les Ailes du Temps 

20 avril 2011 

 


Archive pour avril, 2011

L’homme propose…Dieu dispose.

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L’homme propose …Dieu dispose. 

Les premiers éclats bleutés de l’aurore surgissent de la voûte céleste donnant le ton à la journée qui s’annonce .Pas un seul nuage  recouvre ou  se dandine dans le ciel. Tout est finement prêt à accueillir l’astre du jour solennellement. Michèle, encore vêtue de sa robe de chambre veille à ce que tous ses amis les oiseaux aient leur pain et grains  quotidiens. Elle remplit à rebords les fraises-mangeoires à jus pour les oiseaux-mouches. Elle distribue ça et là des friandises gourmandes pour les écureuils et les petits tamias. De sa véranda, surplombant sa cour, elle contemple son jardin d’Eden; son petit paradis .D’un tour de doigt elle met en marche sa fontaine de désaltération des ailés. Le doux murmure de la petite cascade invite les premiers  balbutiements du levant .Campée  entre ses vivaces et ses plantes de maison, elle observe la faune et la flore de son jardin. Elle sourit  avec les ailes du silence . 

Michèle reluque son chevalet d’artiste supportant une toile blanche  vide  qu’elle a abandonné depuis le décès de sa fille .Ses tubes de couleurs ainsi que ses piceaux lui crient leur solitude.Son attention dévie vers la fontaine qui accueille un gaie bleu .Il s’y émoustille en toute plénitude.Le bleu de ses ailes reluit magnifiquement aux lueurs de l’aurore. L’éveil est en cours. Michèle fait un quart de tour et fixe ses instruments de peintre. Faisant quelques pas elle saisi un pinceau  dans sa main gauche et en le posant sur la toile elle y trace quelques traits imaginaires. Sa pensée lui fait dessiner les contours du visage de sa petite fille .Elle s’arrête comme pour analyser ses coups de pinceau invisibles.Une larme vient dégouliner sur sa joue.Elle sent, encore, ce manque d’énergie  qui la gagne .D’un effort subliminale elle repose encore une fois le poilu sur la toile immensément inoccupée  et trace d’autres lignes. La voûte céleste s’emplit à déborder d’un teint rosé lilas. Immobile, Michèle, contemple son chef-d’œuvre imaginaire. Le bain d’oiseau déborde d’une foule piailleuse  de volatiles de toutes  sortes  à présent. Les oiseaux viennent s’agglutiner aux différentes mangeoires de toutes les formes. Michèle pose son pinceau, examine ses outils de peintre, replace son chevalet  et fermement  se dit : 

-Je recommence à peindre aujourd’hui ! 

Comme elle  passe la porte de sa véranda elle entend un léger bourdonnement lui chatouiller les oreilles. Elle se retourne et voit un colibri se gaver goulûment de nectar sucré d’une des fraises- mangeoires attirantes. Il a accepté son invitation sans demander son reste. Le vert émeraude de ses ailes chantonne avec les battements. Le soleil, pour sa part se transporte sur les ailes de la lumière .Ses premiers rayons englobent tout sur son passage. 

 

 Les chants mélodieux de concert embaument le jardin. Une paix et une sérénité planent sur les fleurs en éclosion. Leurs parfums transcendent, avec leurs effluves, l’harmonie de la nature .D’un pas décidé, Michèle, entre chez elle pour revêtir ses habits d’artiste  et ressort avec une tisane de menthe fraîche qu’elle pose sur sa table près de son chevalet. Elle ouvre son coffret de tubes de couleurs et prépare ses pinceaux et sa palette  de travail. Elle ferme les yeux et ,au fond de son coeur, elle prie . Elle demande à Dieu de guider sa main pour faire comme Lui et créer. En ouvrant ses paupières un spectacle inoui s’offre à son regard ; sept colibris se sont invités à déjeuner. L’artiste saisit le moment comme une photographe la fixerait sur sa pellicule. Un sentiment de bien-être domine maintenant  dans l’esprit de Michèle. 

Elle prends une profonde respiration et commence à peindre le fond de sa toile d’un beau bleu royal. L’inspiration s’étiole sur sa toile. Elle a une idée claire, nette et précise de son sujet de tableau. Une grive frondeuse vient sautiller sur les rebords du parapet. Elle stoppe net lorsqu’elle voit Michèle installée à son chevalet. Les deux se dévisagent avec respect. Le merle entonne un chant de louanges. Michèle acquisse. La grive s’envole. Le soleil dans son uniforme rouge écarlate bombarde de partout de douces particules bienfaisantes. L’artiste peintre étale sur sa palette différentes couleurs de ses tubes;elle se sent prête. Une image claire du visage de sa fille s’imprègne dans son esprit  et sa main garnie de son pinceau choisit le verge-d’or pour débuter son travail.Avant de poser son pinceau sur sa toile elle regarde attentivement, côté jardin, les batifoliments des oiseaux sur la pelouse.Leurs jeux sont enfantins et joyeux. Machinalement sa main trace des traits sur sa toile et une forme nait. Tout en peignant, Michèle repasse dans sa tête ce qu’elle a pu vivre sur les derniers temps de sa vie .Elle se remémore les souvenirs douloureux de la perte de sa fille et d’en avoir voulu à Dieu de lui avoir enlever cet être cher. Elle s’est ravisée et s’est remise à la prière depuis quelques mois. Elle se demande pourquoi Dieu ne lui répondait pas immédiatement lors de ses incantations pour lui donner la paix intérieure et lui donner immédiatement. Elle s’est finalement rendue compte que le temps du Père n »est pas le temps des hommes.Elle avait à vivre sa douleur pour enfin revenir au Père. 

Aujourd’hui devant sa toile accompagnée de ses amis les oiseaux et ses plantes elle respire le bonheur. Elle sait que sa fille l’accompagne dans sa création. Pour Michèle, Valérie sa fille, se retrouve dans toute cette beauté qui l’entoure. 

Les écureuils et les suisses, voyant les oiseaux se gaver, viennent participer au festin matinal. Ils s’approchent subtilement sur le gazon pour chiper des graines tombées des mangeoires. Les oiseaux voient le stratagème et poussent des cris de désapprobation tout en volant en rase-motte pour les chasser. Les petits rongeurs, la queue dressée,  se faufilent en toute vitesse pour commettre leur larcins. Dans tout ce remue-ménage un petit  tamia aventureux essaie de grimper au poteau d’une mangeoire. Un gaie bleu le talonne de près et le fait déguerpir .Le petit suisse démontre au gaie qu’il a plus d’un tour dans son sac. Il attend que l’ailé bleu remonte à la mangeoire et se dissimule dans l’herbe. Il réessaie d’escalader la tige de bois pour en être, encore une fois, délogé par un autre oiseau jaloux de sa pitance .Un rassemblement de volatiles fait lever la tête à Michelle absorbée par son oeuvre. Elle se lève de sa chaise et va enquêter l’attroupement. Une colonne de fourmis, sortie de terre, déménage. Les oiseaux se régalent. Le soleil maintenant dans sa fulgureuse montée asperge la nature de ses rayons doucereux. Dans le bain d’oiseaux des moineaux font leurs ablutions matinales avec leur progéniture.Les petits piaillent de joie sous le regard attentif des parents. Ils se secouent énergiquement pour  sécher. Un   papillon jaunâtre vient s’ébattre au milieu de la cohue en plein centre du jardin. Plusieurs ailés l’ont aperçu et c’est d’un commun accord qu’ils se ruent à ses trousses. Comme des avions de combat ils s’abattent sur le pauvre papillon sans défense contre ces prédateurs affamés. Un quiscale s’en empare et savoure ce met de choix de connaisseur .Michèle s’est réinstallée  face à sa toile qui prend de plus en plus forme. 

Au bout de quelques heures  Michèle pose son pinceau et  sa palette. Elle soupire profondément et ferme les yeux ; comme si la réalité lui demandait de revenir à elle. Elle réouvre ses paupières en regardant vers le jardin. Le calme  et la tranquillité sont de retour. le soleil brille de mille feux à son zénith. Quelques oiseaux, éparses ici et là, voltigent de branches en mangeoires pour nourrir leur progéniture. L’artiste se lève de sa chaise et se dirige vers la maison. Elle en ressort avec une bouteille d’eau fraîche. Elle s’avance vers le parapet de sa véranda et constate que ses fleurs ont été quelque peu négligées. Michèle se promet de le faire dans quelques instants. Ses roses, glaïeuls et tulipes se dandinent à la brise  légère   des ailes du vent. Le chant des oiseaux s’encastre dans l’harmonie picturale. Prenant un recul de quelques pas Michèle regarde sa toile et y voit  une dimension qu’elle ne percevait pas en étant à proximité. Les détails à présent sautent aux yeux. 

Elle a peint un lys des champs blanc serti de feuilles verge d’or ayant  comme bijoux d’apparat  un papillon aux ailes noires. Son coeur chavire et des larmes lui coulent sur les joues. Elle s’exclame: 

-Oh ! Comme c’est beau. 

S’accotant sur le parapet, sa bouteille d’eau à la main,  elle admire sa toile .Elle se dit à elle-même : 

-Je n’ai jamais peint une toile aussi belle et brillante que celle-çi. Merci Seigneur. 

La grive de l’aurore revient près d’elle et lui roucoule un chant  d’approbation. 

Michèle signe sa toile et va donner de l’eau à ses fleurs. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval,11 avril 2011 

 

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