L’homme propose…Dieu dispose.

L'homme propose...Dieu dispose. dans Liens lis-blanc.

 

L’homme propose …Dieu dispose. 

Les premiers éclats bleutés de l’aurore surgissent de la voûte céleste donnant le ton à la journée qui s’annonce .Pas un seul nuage  recouvre ou  se dandine dans le ciel. Tout est finement prêt à accueillir l’astre du jour solennellement. Michèle, encore vêtue de sa robe de chambre veille à ce que tous ses amis les oiseaux aient leur pain et grains  quotidiens. Elle remplit à rebords les fraises-mangeoires à jus pour les oiseaux-mouches. Elle distribue ça et là des friandises gourmandes pour les écureuils et les petits tamias. De sa véranda, surplombant sa cour, elle contemple son jardin d’Eden; son petit paradis .D’un tour de doigt elle met en marche sa fontaine de désaltération des ailés. Le doux murmure de la petite cascade invite les premiers  balbutiements du levant .Campée  entre ses vivaces et ses plantes de maison, elle observe la faune et la flore de son jardin. Elle sourit  avec les ailes du silence . 

Michèle reluque son chevalet d’artiste supportant une toile blanche  vide  qu’elle a abandonné depuis le décès de sa fille .Ses tubes de couleurs ainsi que ses piceaux lui crient leur solitude.Son attention dévie vers la fontaine qui accueille un gaie bleu .Il s’y émoustille en toute plénitude.Le bleu de ses ailes reluit magnifiquement aux lueurs de l’aurore. L’éveil est en cours. Michèle fait un quart de tour et fixe ses instruments de peintre. Faisant quelques pas elle saisi un pinceau  dans sa main gauche et en le posant sur la toile elle y trace quelques traits imaginaires. Sa pensée lui fait dessiner les contours du visage de sa petite fille .Elle s’arrête comme pour analyser ses coups de pinceau invisibles.Une larme vient dégouliner sur sa joue.Elle sent, encore, ce manque d’énergie  qui la gagne .D’un effort subliminale elle repose encore une fois le poilu sur la toile immensément inoccupée  et trace d’autres lignes. La voûte céleste s’emplit à déborder d’un teint rosé lilas. Immobile, Michèle, contemple son chef-d’œuvre imaginaire. Le bain d’oiseau déborde d’une foule piailleuse  de volatiles de toutes  sortes  à présent. Les oiseaux viennent s’agglutiner aux différentes mangeoires de toutes les formes. Michèle pose son pinceau, examine ses outils de peintre, replace son chevalet  et fermement  se dit : 

-Je recommence à peindre aujourd’hui ! 

Comme elle  passe la porte de sa véranda elle entend un léger bourdonnement lui chatouiller les oreilles. Elle se retourne et voit un colibri se gaver goulûment de nectar sucré d’une des fraises- mangeoires attirantes. Il a accepté son invitation sans demander son reste. Le vert émeraude de ses ailes chantonne avec les battements. Le soleil, pour sa part se transporte sur les ailes de la lumière .Ses premiers rayons englobent tout sur son passage. 

 

 Les chants mélodieux de concert embaument le jardin. Une paix et une sérénité planent sur les fleurs en éclosion. Leurs parfums transcendent, avec leurs effluves, l’harmonie de la nature .D’un pas décidé, Michèle, entre chez elle pour revêtir ses habits d’artiste  et ressort avec une tisane de menthe fraîche qu’elle pose sur sa table près de son chevalet. Elle ouvre son coffret de tubes de couleurs et prépare ses pinceaux et sa palette  de travail. Elle ferme les yeux et ,au fond de son coeur, elle prie . Elle demande à Dieu de guider sa main pour faire comme Lui et créer. En ouvrant ses paupières un spectacle inoui s’offre à son regard ; sept colibris se sont invités à déjeuner. L’artiste saisit le moment comme une photographe la fixerait sur sa pellicule. Un sentiment de bien-être domine maintenant  dans l’esprit de Michèle. 

Elle prends une profonde respiration et commence à peindre le fond de sa toile d’un beau bleu royal. L’inspiration s’étiole sur sa toile. Elle a une idée claire, nette et précise de son sujet de tableau. Une grive frondeuse vient sautiller sur les rebords du parapet. Elle stoppe net lorsqu’elle voit Michèle installée à son chevalet. Les deux se dévisagent avec respect. Le merle entonne un chant de louanges. Michèle acquisse. La grive s’envole. Le soleil dans son uniforme rouge écarlate bombarde de partout de douces particules bienfaisantes. L’artiste peintre étale sur sa palette différentes couleurs de ses tubes;elle se sent prête. Une image claire du visage de sa fille s’imprègne dans son esprit  et sa main garnie de son pinceau choisit le verge-d’or pour débuter son travail.Avant de poser son pinceau sur sa toile elle regarde attentivement, côté jardin, les batifoliments des oiseaux sur la pelouse.Leurs jeux sont enfantins et joyeux. Machinalement sa main trace des traits sur sa toile et une forme nait. Tout en peignant, Michèle repasse dans sa tête ce qu’elle a pu vivre sur les derniers temps de sa vie .Elle se remémore les souvenirs douloureux de la perte de sa fille et d’en avoir voulu à Dieu de lui avoir enlever cet être cher. Elle s’est ravisée et s’est remise à la prière depuis quelques mois. Elle se demande pourquoi Dieu ne lui répondait pas immédiatement lors de ses incantations pour lui donner la paix intérieure et lui donner immédiatement. Elle s’est finalement rendue compte que le temps du Père n »est pas le temps des hommes.Elle avait à vivre sa douleur pour enfin revenir au Père. 

Aujourd’hui devant sa toile accompagnée de ses amis les oiseaux et ses plantes elle respire le bonheur. Elle sait que sa fille l’accompagne dans sa création. Pour Michèle, Valérie sa fille, se retrouve dans toute cette beauté qui l’entoure. 

Les écureuils et les suisses, voyant les oiseaux se gaver, viennent participer au festin matinal. Ils s’approchent subtilement sur le gazon pour chiper des graines tombées des mangeoires. Les oiseaux voient le stratagème et poussent des cris de désapprobation tout en volant en rase-motte pour les chasser. Les petits rongeurs, la queue dressée,  se faufilent en toute vitesse pour commettre leur larcins. Dans tout ce remue-ménage un petit  tamia aventureux essaie de grimper au poteau d’une mangeoire. Un gaie bleu le talonne de près et le fait déguerpir .Le petit suisse démontre au gaie qu’il a plus d’un tour dans son sac. Il attend que l’ailé bleu remonte à la mangeoire et se dissimule dans l’herbe. Il réessaie d’escalader la tige de bois pour en être, encore une fois, délogé par un autre oiseau jaloux de sa pitance .Un rassemblement de volatiles fait lever la tête à Michelle absorbée par son oeuvre. Elle se lève de sa chaise et va enquêter l’attroupement. Une colonne de fourmis, sortie de terre, déménage. Les oiseaux se régalent. Le soleil maintenant dans sa fulgureuse montée asperge la nature de ses rayons doucereux. Dans le bain d’oiseaux des moineaux font leurs ablutions matinales avec leur progéniture.Les petits piaillent de joie sous le regard attentif des parents. Ils se secouent énergiquement pour  sécher. Un   papillon jaunâtre vient s’ébattre au milieu de la cohue en plein centre du jardin. Plusieurs ailés l’ont aperçu et c’est d’un commun accord qu’ils se ruent à ses trousses. Comme des avions de combat ils s’abattent sur le pauvre papillon sans défense contre ces prédateurs affamés. Un quiscale s’en empare et savoure ce met de choix de connaisseur .Michèle s’est réinstallée  face à sa toile qui prend de plus en plus forme. 

Au bout de quelques heures  Michèle pose son pinceau et  sa palette. Elle soupire profondément et ferme les yeux ; comme si la réalité lui demandait de revenir à elle. Elle réouvre ses paupières en regardant vers le jardin. Le calme  et la tranquillité sont de retour. le soleil brille de mille feux à son zénith. Quelques oiseaux, éparses ici et là, voltigent de branches en mangeoires pour nourrir leur progéniture. L’artiste se lève de sa chaise et se dirige vers la maison. Elle en ressort avec une bouteille d’eau fraîche. Elle s’avance vers le parapet de sa véranda et constate que ses fleurs ont été quelque peu négligées. Michèle se promet de le faire dans quelques instants. Ses roses, glaïeuls et tulipes se dandinent à la brise  légère   des ailes du vent. Le chant des oiseaux s’encastre dans l’harmonie picturale. Prenant un recul de quelques pas Michèle regarde sa toile et y voit  une dimension qu’elle ne percevait pas en étant à proximité. Les détails à présent sautent aux yeux. 

Elle a peint un lys des champs blanc serti de feuilles verge d’or ayant  comme bijoux d’apparat  un papillon aux ailes noires. Son coeur chavire et des larmes lui coulent sur les joues. Elle s’exclame: 

-Oh ! Comme c’est beau. 

S’accotant sur le parapet, sa bouteille d’eau à la main,  elle admire sa toile .Elle se dit à elle-même : 

-Je n’ai jamais peint une toile aussi belle et brillante que celle-çi. Merci Seigneur. 

La grive de l’aurore revient près d’elle et lui roucoule un chant  d’approbation. 

Michèle signe sa toile et va donner de l’eau à ses fleurs. 

 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval,11 avril 2011 

 

 


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