Boréales.

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Boréales 

 

Le feu de bois crépite dans son immolation condescendante .Les grandes axes, fixées au début, se consomment tout doucement. Une flamme bleue ciel rivalise ardemment avec le rouge des braises. Une lutte incessante  et fratricide démantibule les bûches se tordant sur les charbons ardents à la base. Le bois, dans quelques  antres de leurs entrailles, libère l’humidité en lui faisant faire des pertes de souffle crépitants. Le spectacle attire ; hypnotise. Tout autour la nature, habillée de sa robe noiraude, ne se laisse pas submergée par la lumières projetée par le brasier. Des grillons aventureux émettent un cliquetis de leurs ailes discrètement. Ils battent de la chamade donnant un rythme à la nuit .Le feu  s’est palissadé dans un cercle impénétrable .Son ronronnement veille comme les sentinelles dans leur tour de garde. Des coulis de flammes jaunâtres dansent un tango endiablé tout en s’entichant les ailes vertes de flammes  purificatrices s’échappant des rouleaux de bouleaux. Ce kaléidoscope s’unit en son apothéose orangé grimpant vers le firmament débordant d’étoiles. 

La lune, absente, glapit au fond de l’horizon et réclame sa place . Personne ne répond. Le frimas de la nuit jaillit pour emberlificoter tout ce qui dégage un semblant de chaleur. Ses bras s’allongent  et le feu lui résiste. Le hibou tenace , dans les bois silencieux, avertit quiconque osera récidiver . Un crépitement sec  et strident  fracture la nuit sombre .Une étoile filante trace dans la voûte céleste une traînée de poudre de craie. Les astres brillent d’un éclat éblouissant  à aveugler. Les flammes, maintenant, se dandinent paresseusement tout en s’acharna sur des restes de bûches qui se consomment allègrement. Des oiseaux nocturnes glissent peureusement de petits cris timides. Les criquets répondent à leurs congénères camouflés ici et là. La quiétude  triomphe sur ce monde quasi endormi. Le crépitement des flammes bat la mesure .Silence et sérénité. La lumière émise par le bûcher diminue mais non la chaleur. Les braises rouges écarlates semblent un gros insecte qui dévore les lambeaux de bois sans défense. Enfouis et emmitouflés dans leur couverture Zac et Lina  se confondent un dans l’autre. Zac est le premier à briser ce silence d’or: 

-Je vais rajouter d’autres bois, si tu le veux bien. 

Lina approuve d’un signe de tête. Zac  saisit de sa grande main une énorme  bûche et la dépose délicatement au milieu des braises. Un tollé d’étincelles tourbillonne  comme protestation à leurs droits de se consommer jusqu’au bout. Zac brasse le gros morceau de bois pour bien  le positionner dans le feu et l’empêcher de débouler. 

Il reprend sa place auprès de sa compagne et lui caresse le front d’un léger baiser. Le spectacle continue. Une autre étoile filante surgit de nulle part et tous les deux l’ont vu.Ils se sourient et se disent, en même temps : 

-Faisons un voeu ! 

D’un rire d’enfant ils s’esclaffent .Ils se rapprochent pour empêcher la froidure de  les séparer. Les flammes, en un rien de temps, ont repris du poil de la bête et travaillent très ardemment à la nouvelle tâche que Zac leur a amenée. On entend, à l’orée du bois, un bruissement de feuilles. Lina s’inquiète mais son compagnon la rassure en lui disant que le feu fait fuir les animaux sauvages la nuit. Le bruit s’estompe. Lina soupire et Zac respire .Des papillons de nuit aux couleurs multiformes s’épivardent vers les flammes. Sentant le danger ils déguerpissent  décrivant des courbes d’un graphique catastrophique. Le feu murmure aux amoureux la douce quiétude de son jeu. Les yeux à demi-clos les deux tourtereaux n’en finissent plus de détailler les jeux des flammes et d’essayer de déterminer la couleur  de fond de cet être  semi-vivant.Le brûlement  semble être une petite chute d’eau en sourdine. Zac soupire de contentement. À  voix  basse et doucereuse, pour ne pas perturber le climax il dit : 

-J’aime ce temps, ce moment de feu de camp en forêt.Nous avons l’impression d’être dans un autre monde.Le feu consomme les secondes et les minutes d’un temps qui fuit à toute épouvante et en même temps le stoppe .Un temps de lutte entre la lumière et les ténèbres. Un temps de no man’s land et de recentration.Un temps de contradictions. Un moment de respect et de confiance. L’âtre nous bénéficie d’un léger soubresaut d’énergie salvatrice. Notre concentration pénètre les douces courbes des flammes qui s’envolent sur les ailes de couleurs jaunâtres. Tout comme un oiseau en plein vol ; nous sommes seul avec elle.Nous pouvons projeter dans la flamme nos joies, peines, récriminations, haine et plaisirs. Elle les transforme en une immortalité spirituelle; en Lumière. Tout comme le vieux sage chinois qui disait –‘’ il ne hait pas car la haine te lie à l’objet hai ‘’. Il aime .Il lève les yeux au ciel et dit à Lina: 

-Aimes-tu le spectacle, mon amour ? 

Elle lui répond  en lui serrant le bras et en caressant sa main. 

-Veux-tu voir un autre spectacle tout aussi féerique ? 

-Oh oui  Zac.- Dit-elle avec surprise.- Qu’est ce que tu m’as préparé ? 

Zac lui faisant signe de regarder vers le firmament  il lui montre la danse inouïe des aurores boréales  qui s’exhibent toutes en dentelle. Le ciel en est recouvert. 

Sur le moment  on croit naviguer sur un océan à l’envers. Les coloris sont magnifiques, fantasmagoriques. D’un vert tendre  ils virent au mauve lilas  sertis de blanc. Les ondulations vibrent de toute leur élasticité. La voûte s’est comme enduite de draps de satin blanc. Les ramures des rayons semblent un aigle intangible qui fonce droit vers l’orgue de la lumière et  fera éclater, en grandiose, la finale de  la symphonie. Les couleurs se mélangent, se juxtaposent et s’entremêlent. Abasourdis, Lina et Zac, restent bouche bée devant ce chef-d’oeuvre d’un maître sage et connaissant son art. Les ondes virent au rosé arborant une multitude de couches superposées les unes aux autres en s’entrecroisant. 

Les grillons cessent  leur cacophonie momentanément, le feu crépite respectueusement et discrètement  tandis que le hibou s’incline avec déférence .Les yeux de Lina soudés au faîte du firmament ne cesse d’en redemander. 

Les oh! Et les ah ! Ponctuent  la cavalcade des myriades de minuscules courbes sinueuses des ondes translucides glissant sur la voûte céleste. Des vagues, toutes en cavales, balaient la grève des ailes de cette mer mirobolante. Zac déleste un peu le feu qui tend à sommeiller et y rajoute une bûche pour contrer le frimas qui se fait persistant. Les étincelles virevoltantes rejoignent en harmonie  le ballet verdâtre des courbes sinusoïdales à l’apogée du dôme noirâtre. Ce concert cacophonique se fait dans un grand silence abasourdissant. La musique dégage des notes de silence et enflamme. Lina est heureuse Zac se réjouit.  

Et, sans crier gare, comme dans un grand coup de vent  les lumières célestes ondulantes  stoppent. L’illusion a disparue pour retrouver la voûte céleste étoilée. Les petits points blancs lancent des clins d’oeil approbateurs.  Zac  soupire : 

-C’est fini mon amour  mais il y en aura d’autres demain soir .Et nous serons à la première loge comme ce soir ; si le temps le permet évidemment. 

Les criquets et les grillons reprennent leurs mélodies enchanteresses nocturnes. Le hibou, toujours fidèle à son poste, signale son temps. 

Pierre D.

Les Ailes du Temps

Laval, 26 mai 2011


Archive pour mai, 2011

Jour de pluie.

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Jour de pluie 

 

La tourterelle triste, par inconscience, bat la mesure. Son chant déglutine sur les goulettes d’eau accrochées en suspend dans l’air. Les nuages insèrent  dans leur griffes le corps de la nature .Il pleut depuis plusieurs jours. Ici et là  quelques effrontés d’ailés défient le temps maussade. Les feuillus habillés de leur vert tendre tremblotent par de légers frissons et, patiemment, attendent la venue de leur bienfaiteur de chaleur camouflé derrière cet épais duvet de vapeurs d’eau.La tourterelle continue d’appeler au loin.Ces ondée inondant de partout faire taire la terre.  Même, courbées et prosternées, les iris clignent de l’oeil sans leur imputer leur gracieuse beauté. Un rang de jacinthes forme  une garde d’honneur révérencieuse pour un personnage important. Le sentier désert, me menant aux abords de la rivière, patauge dans son bain. 

J’ai pris mes précautions en enfilant mes bottes et mon imperméable. Les écorces des arbres suintent la pluie. Les feuilles, encore au stade de l’enfance, résistent aux assauts incessants des averses. L’humus forestier embaume l’air d’un parfum douceâtre. Une petite loutre a établi sa cache sous un arbre baignant dans l’onde. Cet arbre lui sert de repère à son repaire. La surface de la rivière, toute brouillée par le dégoulinement de l’averse, émet une cacophonie d’un concert d’ondes de chutes d’eau. Mon esprit en devient  partie prenante tout en s’imbriquant dans ce calme et cette sérénité. Je me tiens là, immobile, à écouter cette mélodie fulgurante d’une journée de pluie. Quelle joie et quel bonheur. Quelques outardes glissent sur la surface éraillée de la rivière et arrivent dans ma direction, à ma hauteur. Je les salue bien bas. Sous le tintamarre pluvieux j’entends encore la tourterelle lancer ses Hou ! Hou ! Hou! Comme pour encourager l’entourage que la pluie cessera bientôt. Et, en effet, la chute d’eau diminue en intensité pour finalement arrêter de couler. 

Nous respirons enfin. Les arbres secouent les dernières gouttelettes de leurs branches et des nuages noircis prennent la poudre d’escampette. Une légère brise vient caresser tendrement les hautes herbes recouvertes du duvet printanier de l’ondée. Le miroir de la rivière reflète un ciel gris sombre orné de sphères ouatées d’une blancheur immaculée. Une famille de canards vient s’émoustiller en face de moi. Une grive lance le cri de ralliement aux autres oiseaux ; cri de rassemblement. Et l’atmosphère regorge de chants d’ailés  aussi disparates les uns que les autres. Mais ce n’est que partie remise car l’horizon couve, encore, bien des surprises avec un amoncellement, à son zénith, de boules d’eau concentrées. 

Je déambule, à petits pas, le long du sentier près du bord de l’eau. La brume cachottière s’entiche aux arbustes. Arrivé à l’extrémité, je fais demi-tour et reprend  mon minuscule périple vers le repère de la loutre  affairée à plonger sous la surface et ramener des brindilles d’algues. Elle passe au milieu des canards  qui n’en font  aucun cas. Je regarde le manège et me sourit à moi-même. Je fixe ce qui semble être l’autre rive imbriquée dans cette gouache pluviesque. Mon esprit vague et divague. Mes idées voguent. Un geai bleu vient me tirer de ma rêvasserie;j’entends des pas se rapprocher dans le silence courbaturé des derniers débordements de filets d’eau dégoulinant des feuillus. 

Une jeune femme marche nonchalamment, les deux mains dans les poches de sa vareuse, sur le sentier. À la dernière minute elle me voit. Nous échangeons un timide sourire d’étrangers. Elle continue son parcours, indifférente. Je retourne à ma méditation dans les brumes matinales. Comme un iceberg solitaire, les arbres de la foret sur l’autre rive surgissent des coulis de brume envahissants. Des goélands, décidés à ne pas s’en laisser imposer, exécutent un ballet aérien superbe. Tout en cambrant leurs ailes, ils foncent à la surface de l’eau en rase-motte  et remontent aussitôt au firmament pour dégourdir leurs capacités à voler. J’admire leurs prouesses et acrobaties de saltimbanques. Je les suis des yeux dans leurs virvoltages amoureux des zestes de vent.Ils glissent sur les ailes des brumes câlineuses. À nouveau je sens les pas de l’étrangère se rapprocher de mon cercle de contemplation. Effectivement elle revient sur ses pas, tout comme moi, je l’ai fait avant elle. 

Elle stoppe à ma hauteur pour me dire : 

-Quels aviateurs compétents n’est-ce pas ? Le vol n’a aucun secret pour eux . 

Je me retourne et  regarde dans ses yeux vert émeraude: 

-Oui nous pouvons dire qu’ils sont de vrais experts. Des manipulateurs de vents et d’équilibre. 

Nous sommes là, tous les deux, à admirer les vrilles, demi-cercles, montées, descentes des goélands argentés. Et, comme par magie, une cloison de nuages cède sous la pression du bon sens  et laisse s’infiltrer des rayons blafards du soleil. Le geai bleu lance des cris de joie à tout rompre. Les outardes accroupis sur le gazon se lèvent, d’un bond, et glapissent de hautes joies. Je me tourne vers la jeune femme et lui demande: 

-Vous êtes matinale ! Il est rare de voir de jeunes gens venir marcher ici  à si bonne heure. 

Elle prend quelques courts instants pour me répondre : 

 

-Ce matin c’est spécial.Je suis en période de réflexion au sujet de ma carrière et je cherche des réponses. Voilà pourquoi je suis ici si de bonne heure . 

Sur ce, elle se tait et fixe la surface de l’eau. Je fais de même ne voulant pas être indiscret. Et, tout de go, elle reprend: 

-Nous avons des choix à faire et c’est ce qui m’arrive. À mon travail ils m’ont proposé un nouveau poste et j’hésite à accepter. Je vois ce boulot comme une routine à n’en plus finir. J’ai comme impression que je serai enfouie sous une tonne de paperasses et entourée d’une myriade de filières contenant des connaissances acquises depuis belle lurette. Je n’y vois pas d’un bon oeil l’émergence d’avancement et  d’acquisition de nouvelles choses. Il me semble que je sais tout cela et c’est ce qui me fait réfléchir. 

Et pourtant les  avantages pécuniaires sont alléchants et il y a une possibilité d’apprendre ; mais apprendre quoi ? 

Elle garde un silence précieux pour elle. Les rayons de soleil se dandinent sur les vaguelettes  émises lors du passage des canards. Les nuages envahisseurs de l’horizon menacent. Mais ce n’est pas pour l’immédiat. Voyant mon interlocutrice  en pleine réflexion et pensive ; j’ose: 

-Vous avez entendu l’histoire du Maître Zen qui reçoit un nouvel élève ? 

Elle me regarde et me fait signe non de la tête. Alors je reprends: 

-Tout confiant le nouvel élève, voulant prouver au Maître qu’il en savait des choses, commence à lui énumérer tous les cours, stages avec d’autres Maîtres, formations, études et diplômes obtenus dans sa jeune carrière de contemplatif. Il n’en finit plus d’énumérer  au Bonze ses acquis. Le Maître, patient et d’un calme à toute épreuve écoute sa nouvelle recrue avec délectation. Le Maître lui offre  de prendre le thé. La nouvelle recrue accepte avec plaisir. Le vieux sage s’exécute dans la Cérémonie du Thé. Lorsque le breuvage est prêt il approche la tasse du nouveau et y verse le précieux liquide. Il verse, verse  et verse et  la tasse déborde mais le Maître continue de verser jusqu’à ce que sa recrue lui dise : 

-Maître  la tasse déborde ! Maître que faites-vous ? 

Alors regardant son nouvel élève il lui dit tout en douceur : 

 

 

-Tu vois  tu es comme cette tasse elle déborde de liquide. Tu me dis que tu as appris ceci et cela, qu’est ce que je pourrais te montrer  de plus? Tu sais tout cela et tu débordes. Il te faudra faire le vide si tu veux recevoir  de mes enseignements. Il te faudra te détacher de toutes les connaissances acquises, ne pas t’en débarrasser, mais t’en détacher. Vider ton contenu pour être apte à recevoir du nouveau. Avoir l’humilité que tu ne sais rien. 

Le jeune apprenti a compris la leçon. 

Je regarde la jeune femme et un rayon de lumière enflamme ses yeux. Nous ne parlons plus. Les goélands se sont posés sur la rivière et les ballottent au gré des vagues que le vent à soulevées.Le ciel se recouvre d’un épais tapis de ouatés. Les oiseaux sentant la menace s’enfouissent au creux des arbres en attendant que l’orage passe. La  femme me quitte en me disant un  salut fraternel. Je lui rends la pareille. Je la regarde s’éloigner d’un pas lèger. Je cale, moi aussi, mes mains dans mes poches et me dirige vers l’entrée du parc  pour me rendre chez moi. Le tonnerre gronde encore une fois pour annoncer un déversement de bienfaits sur la nature. 

Après la pluie….le beau temps ;me dis-je en souriant . 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval, 21 mai 2011. 

 

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