Méditation

Méditation dans Liens seagull_flying

 

Méditation

Et ce goéland tournoyant virtueusement  sous ce soleil blanc de l’immensité. Cet oiseau magistral comme un ange vient me couvrir l’âme. Et ces boules de coton agglutinées les unes aux autres rajoutent le fin duvet  de la finalité du début de la douceur. Ce silence si respectueux, si flegmatique encastre les bornes jalonnées des minutes écoulées en sourdine. Rien ne bouge, tout bat. Le métronome de mon cœur s’agite à son plus bas battement. L’esprit vit au plus simple ralenti. Une image, une idée, une pensée me submerge. J’arrête mon choix sur ce qui vient me coller à la rétine .Une chenille d’un vert fluo éclatant trace son petit bonhomme de chemin vers un arbuste en bordure d’allée . Je la regarde filer avec sa démarche pressée. Ses anneaux, imbriquées les unes aux autres, se contractent vivement aux mouvements saccadés de ses pattes. Arrivée aux pieds de son colosse elle l’enjambe et y grimpe comme un escaladeur Evrestique et plein de courage. Lorsqu’elle a trouvé le bon endroit du bon moment elle commence à y tisser son cocon. Patiemment elle enroule son fils ténu autours de la croisée de deux branches en jonction et commence en s’enfourner elle-même des ses cordages. Elle s’enferme dans sa cellule pour y mourir à elle-même et  renaître sous une forme des plus resplendissantes.   

Une forme nouvelle et ailée. Car, oui, elle volera au plus profond de l’azur vers le zénith de son monde. 

Ne sommes nous pas de la même trempe lorsqu’il s’agit de passer d’un stade à un autre de notre vie .Ne nous enfermons nous pas sur notre intérieur pour transcender nos changements et nos évolutions ? Ne mourrons nous pas à nous –mêmes pour  évoluer et revivre à nouveau ? En fait la mort n’existe pas ; ce qui existe c’est la vie sous tous ses aspects et  toutes ses formes. Si quelqu’un  dit qu’après la mort  de notre corps il n’existe rien, donc  la vie, leur vie, n’aura été qu’un grand trou béant; le néant. Effrayant de vivre et de sentir ce vide immense sans possibilité de le combler et le fermer. 

La chenille, pour sa part et d’instinct, ne se pose même pas la question de savoir si après sa réclusion il y aura autre chose. Elle tisse  son habitacle et s’y enferme pour sa période de gestation. Mais nous, humains sensément intelligents, nous nous stoppons par les peurs, les craintes, les insécurités et les vanités de dire que rien ne se produira et tellement que nous avons les craintes, nous nous efforçons de nous croire sur parole. Ou bien de se faire confirmer par des charlatans nos pensées et nos mythes. Du fin fond de la nuit une Lumière éblouit on ne peut pas en dire autant des ténèbres qui éblouissent au fin fond de la Lumière. Parfois le dilemme semble si profond et étrangle .Parfois la seule manière  de pouvoir mourir à soi-même exige d’aller au fond du désespoir car l’échelle de l’espoir s’y trouve ; suffit d’y aller. Les peurs sont des faux dieux que l’esprit se fabrique pour ne pas voir le Vrai. On se soule de vacarmes, de bruits étranges et de légendes inimaginables et imaginaires. Pourquoi ? Encore pour rien, pour le néant qui s’accroche à nos fringues désuètes. 

Et ce goéland blanchâtre qui n’en finit plus de tournoyer en tire-bouchon d’arabesques. Tout comme le Phoenix mais sans se brûler les ailes. Il renaîtra, lui aussi, des ses cendres. Et ce soleil qui inonde les pentes des sapins verdoyants. La chenille ferme à double tour sa maisonnette et le temps de patience commence. Il y prendra le temps qu’il faut. Suffit d’attendre à la fenêtre de son cœur. 

 

Je devance le temps, écoule les  secondes du futur et entrevois la métamorphose perçant cette enveloppe de fin tissus pour commencer à y émerger en être tout à fait nouveau. Au départ seulement deux petits yeux se risquent le nez dehors pour contempler ce nouveau monde. À force d’efforts et de spasmes la tête surgit. De grandes antennes effilées,  pour capter les cris des autres congénères, se faufilent hors du corps du cocon. À coup répétés de gonflements de son nouveau corps, notre amie s’immisce de sa camisole de force. Elle y parvient tout en douceur  avec patience, prudence et détermination. Un papillon éblouissant aux couleurs multiformes et magnifiques se fait sécher les ailes paresseusement aux suaves rayons du soleil. Maintenant la chenille est  devenue  papillon. La une devient le un. Les antennes dressées, lisses et à l’écoute. Des balbutiements de battements d’ailes rétorquent à l’exquise brise. Le temps coule, le temps file. Se sentant mature à pleine capacité, le lépidoptère agite ses ailes pour les affermir et les contrôler. Le voici un agent ailé; du rampant qu’il était  il vole maintenant. La métamorphose, cette nouvelle naissance, a grandement amené son lot de récompenses. La nouvelle vie éclate et fleurit. 

Et ce goéland inlassablement, inlassablement glisse tendrement sur les ailes  de la brise fraîche matinale. Son vol enchante, submerge  et envoûte. Tout en cercle, tout en cambrures comme si l’air n’existe pas. Le silence de son manège étourdit, sublime. Les yeux s’agrippent, racolent les péripéties de ce virtuose   des portées d’ailes. Tout comme une musique hypnotique son vol nous imbrique dans son mouvement. Les notes dégoulinantes  gambadent sur les hauts et les bas des octaves des coups d’ailes. Une symphonie s’inscrit tout au long du périple pour finir en  crescendo et  en apothéose. Heureux ce goéland lance son cri de joie à son hymne  et il remonte dans les sphères tourbillonnantes de son vol. 

Les Ailes du temps tergiversent sur les flots douceâtres de cette méditation. 

Pierre D. 

Les Ailes du Temps 

Laval, 14 septembre 2011. 

 

 


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