Le murmure de l’orage.

Le murmure de l'orage. dans Liens un-orage-s-abat-sur-une-plage-de-l-ohio-aux-etats-unis

 

Le murmure de l’orage.

 

 Matinée de brumasse incertaine; matin d’août de crécelles des grillons. Les ailés volent en rase-motte tout en virevoltant en spirales d’une talle d’arbustes à une autre glanant ici et là une maigre pitance.  Le temps se déguise en orage d’été assombrissant les cœurs et les esprits autant que le firmament et l’horizon. Les feuilles des peupliers tournent à l’argent en se tortillant sur elles-mêmes. Elles exécutent une danse endiablées comme pour se débattre d’un mal qui les fait se contorsionner de douleurs  imaginaires.  Les oiseaux les fuient. Les ailes de la brise se faufilent en cachette entre les branches et jouent à colin-maillard avec les coulées de chaleur accrochées aux creux des cavernes des branchettes. Une famille canard, sur les directives de la mère suspicieuse du mauvais temps, patauge d’une patte légère et directe sur l’onde qui ondule nonchalamment à cette braisette d’été. La sécurité est de mise et à l’ordre du jour. Des rouleaux noirâtres de cumulus inondent le faîte du ciel. Les enclumes, bourrés de pluie, fourbissent leurs armes et s’étiolent scrupuleusement sur leur territoire. Le soleil tente de stopper ces intrus mais peine perdue. 

Pourtant elle s’annonçait idéale cette journée de repas familial champêtre. L’occasion de pouvoir se rencontrer, se parler, se jaser et  aplanir de vieux différents renfrognés depuis des années voire des  décennies. Tout comme l’orage qui se prépare le tonnerre gronde chez les humains. Les non-dits et les arrière-pensées flottent dans l’atmosphère tout comme ces gouttelettes de pluie qui viennent de on ne sait d’où. Pourtant, et pourtant,  le soleil brille de tous ses feux. La brise maintenant se fait arrogante et  brusque. La petite dernière de la famille, la douce, jette un regard circulaire sur ses frères et sœurs, attablés, prêts à étendre sur place leurs doléances. Deux gais bleus viennent interrompre le manège ambulatoire des récriminations de sourdine. Les  oh! Et les ah! Surgissent en chœur. Les deux oiseaux, vêtus de leurs plus beaux atours bleutés, s’échangent des vœux de bonheur et de gaité au grand plaisir de tous. Le sourire revient sur les lèvres fermées ou mi-closes.  La dernière des enfants dit alors : 

-Pourquoi ne pas nous souhaiter à nous aussi du bonheur et de la joie ?
Pourquoi ne pas tout recommencer à neuf ? 

Tel un murmure, un chuchotement, dans cet orage qui se prépare et qui tombera d’ici quelque peu, la voix toute menue de ce membre de famille résonne comme un coup de semonce dans les entrailles de la mésentente. Tel un feu éclatant dans l’âtre des âmes à la dérive, perdue et sans boussole. Tout comme une lumière de phare sur la côte illuminant le chemin du voyageur  et qui ne peut être dissimulé détonne sur les cris de la tempête.
Aux gais bleus se joignent d’autres ailés. Les nuages  croupissent de joie entre eux. La nappe de  table se soulève en guise d’avertissement. Les  enfants  en maturité se regardent les uns et les autres. Tout comme  on efface un tableau noir la craie y laisse des marques. La pluie lavera les cicatrices. La plus vieille des enfants suggère de commencer à serrer les choses et de déguerpir avant que l’ondée ne s’abatte à la grande déception de certains et la désapprobation de d’autres. Il y a des comptes à régler et c’est le moment .L’orage se fait menaçant et imminent. Le plus jeune des frères se risque et dit : 

-Pourquoi ramener tous ces souvenirs d’enfants parce que nous  étions enfants. Pourquoi ne pas tout simplement se donner le bénéfice du doute et se pardonner ? Que va-t-il en ressortir aujourd’hui de cette rencontre ? 

Le tonnerre gronde à l’horizon et dans le groupe. Les éclairs fusent des couches de nuages et des yeux. Les ouatés déboulent les uns sur les autres quelques éclairs sillonnent la dense gouache nuagesque. Un coup de vent et le calme renchérit. Qui n’a pas envie de dire tout haut ce que plusieurs disent et pensent  tout bas ? Qui dit la vérité au risque de se faire rejeter par tous et se faire isoler le reste de ses jours ? Qui osera défier  l’opinion générale sans se faire écorcher et  sans demander son reste ?  Qui ? Des profondeurs de l’abîme d’un cri enfoui sous la couche épaisse des années, surgit ce murmure inaudible. Il explose au grand jour ; désordonné. Sans saveur et  sans couleur. Un  zigzag  rosé-mauve éteint le tumulte intérieur de certains. Tous les sept enfants se regardent avec de nouveaux yeux et un nouvel esprit comme si l’éclair vient de leur ouvrir un nouvel espace. Se succédant comme une vague d’assaut les éclairs et le bruit assourdissant du tonnerre donnent le ton au spectacle de dame nature.
Et soudain une pluie libératrice se déverse sur tous, immobiles. Se prenant tous par la main, en cercle, accueillent cette ondée comme des enfants  jouant sous la pluie, sans la surveillance des parents. Renaître de nouveau. Les uns et les autres entremêlent leurs larmes aux gouttes  de cette averse se faisant insistante. Soudainement la giboulée cesse. Tous dégoulinants de cet exutoire providentiel  s’engouffrent dans les bras des uns et des autres. L’orage passe avec son lot vrombissant de cris et de murmures. L’astre journalier reprend sa place et la petite dernière s’éclate en disant : 

-Après la pluie, le beau temps!

Pierre D 

Les Ailes du temps,

Laval,21 septembre 2011.

 


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