Le silence des pierres tombales.

Le silence des pierres tombales. dans Liens oiseauu

Le  silence des pierres tombales.

 

 

‘’Quand tu t’es disputé avec un frère, retrouver la paix avec lui avant le coucher du soleil.’’
(Règle de Saint-Benoît, chap.4, 73)

 

 -Ou nous amènes-tu papy, cette fois –ci ? En bordure de la rivière ? Au petit parc  au bout de ta rue ? Ou bien tu nous réserve une belle surprise ? Dis-le nous papy  nous avons hâte de savoir ! 

Émilie et Dominique, son petit frère, trépignent de candeur et de joies seulement au fait de pouvoir sortir avec leur grand-père. À  toutes les fois,  lors d’une excursion de ce genre, ils en reviennent tout émoustillés et  en ont long à conter à leurs parents des expéditions rocambolesques qu’ils vivent. Pourtant tout est si simple : donner du pain aux canards, admirer le vol des goélands ou des outardes. Chercher une couleur différente aux flots de la rivière, du reflet des nuages gambadeurs ou de connaître le nom d’une plante trouvée au hasard des pas .Admirer le soleil qui se dandine sur la crête des minivagues  de l’onde. Répertorier la gente ailée et en faire un décompte ; que de beaux moments sublimes; tout devient un jeu. Insistant d’interrogations et de supplications des enfants  l’aïeul acquiesce a élucider le petit mystère qu’il entretient. 

-Je vais vous donner quelques indices et, si vous devinez, nous partons le plus vite possible. D’accord? 

Les enfants, curieux et les yeux expansifs s’écrient : 

-Oh! Des devinettes chouettes ! Vas-y grand-papa nous sommes prêts ! 

Papy d’un œil scrutateur les regarde tour à tour et fixe le petit Dominique et lui lance : 

-L’endroit où nous allons ce matin recèle beaucoup de pierres qui ne parlent pas mais qui sont debout  avec des écritures sur le devant. C’est…? 

L’enfant, songeur avec sa frimousse blonde risque : 

-La montagne ! 

Le grand-père s’esclaffe d’un rire franc et lui caresse les cheveux : 

-La montagne, c’est une bonne réponse mais sur la montagne il n’y a pas d’écriture sur les pierres mon petit Dominique. Et toi Émilie  tu connais cet endroit ? 

La petite fille se creuse les méninges mais ne trouve pas : 

- Non ! Je ne sais pas. Donne-nous un autre indice plus facile papy ! 

Réfléchissant le grand-père dit : 

-Bon d’accord. Où trouvons-nous au même endroit une fontaine, des jets d’eau, des cygnes, des canards et des grenouilles ? 

Cachant subtilement son sourire mi-moqueur, papy jubile. Les enfants se grattent le dessus de la tête et répondent en chœur : 

-Des cygnes  qu’est ce que c’est ? Des canards nous connaissons et bien d’autres oiseaux mais des cygnes ! Tu ne nous la rends pas facile cette réponse papy. As-tu un autre indice pour que nous sachions- disent- ils en duo avec un peu d’exaspération dans leur voix- et un peu impatients. 

L’aïeul se pince le front entre ses deux yeux et comme un penseur profond s’exclame : 

-Je sais ! Dans cet endroit il y a un chemin principal et des petits chemins secondaires qui conduisent aux pierres qui ne parlent pas  et tout au centre de ces chemins il y a cette fontaine magnifique .Avez-vous deviné ? 

Les enfants ébahis fixent leur papy : 

Non  papy  tu nous amène dis ? Tu nous amènes ? 

Et le signal est donné; tous dans la voiture. Direction inconnue. 

Arrivés aux abords d’un charmant et spacieux terrain, tout de vert vêtu, les enfants en ont les yeux écarquillés et ne cessent d’exprimer par des oh ! Et des ah ! , leur extase et leur étonnement. Une grille, en fer forgé, se dresse devant eux  comme une sentinelle et arbore de grandes lettres : ‘’ Qu’ils reposent en Paix ‘’. Émilie l’a lue  et demande à son papy la signification : 

- Où sommes-nous grand-papa ? Quel bel endroit ! Est-ce le paradis ? Que faisons-nous ici ce matin ? Je ne connaissais pas ce parc. 

-Venez les enfants et allons droit devant sur ce chemin. 

Une allée bordée de grands peupliers majestueux convie à la marche. Le vent sifflote doucement entre les branches. Le soleil y performe un mignon jeu de cache-cache. Sur les abords de la chaussée se dressent des monuments et des pierres tombales usées par le vent et les pluies. On peut y lire des épitaphes de tous styles. Des bouquets de fleurs séchées jonchent le sol face à ces mystérieuses pierres.
 Les promeneurs s’emboîtent dans leurs pas  et le grand-père leur indique, tout au bout de cette promenade, un grand bassin d’eau  arborant une immense fontaine de jets d’eau multicolores aux rayons de l’astre du jour. Des canards  nonchalants et indépendants sillonnent l’onde. Des bancs, étalés tout autours du lac artificiel, invitent à la pause et à la réflexion. Une accalmie de sérénité règne dans l’endroit. Émilie et Dominique sont stoïques,  figés et bouche-bée devant toute ces splendeurs féériques. Ils s’avancent près de l’eau sous la prunelle aguerrie de leur aïeul leur recommandant de bien faire attention à leurs pas. Dom (surnom que lui donne sa mère)  lancent avec un petit rire sournois : 

-Des grenouilles grand-papa, tu avais raison ! Mais où sont les fameux cygnes dont  tu nous as parlé ? Nous ne les voyons pas ! 

Derrière les fontaines, qui exécutent une chorégraphie nautique, plusieurs cygnes s’y cachent : 

-Vous allez les voir soyez patients. Venez nous allons nous installer sur le banc  tout en haut de la petite colline. Nous pourrons contempler le spectacle  et il y a un peu d’ombre sous le saule. Une fois installés, les trois comparses, soupirent de plaisir et d’intensité. Un décor  enchanteur s’offre à leurs yeux. Les cygnes, discrets et duveteux voguent allégrement vers eux .Ils ont flairé une bonne occasion d’un petit gueuleton aux croûtons de pain. Pour ne pas rester en reste, les canards, s’octroient le droit de passage aussi. Tout compte fait, les enfants et leur papy sont entourés de dizaine d’oiseaux aussi affamés les uns que les autres. 

Le grand-père sort de sa poche de manteau un sac rempli de croûtons de pain, en donne aux enfants qui les distribuent aux coups de bec des ailés. De voir leurs sourires et leurs rires épanouis rend papy très heureux. À la fin du petit déjeuner les oiseaux, qui en redemandent encore, s’affaire tout autour des visiteurs maintenant les mains vides. 

Dominique leur déclare : 

-Messieurs et mesdames oiseaux nous n’avons plus de pain pour vous, vous pouvez retourner dans votre étang ! 

Émilie rie aux éclats. Papy  sourit. 

Il fait un temps céleste. Émilie  sors de son sac à dos un bloc-notes et un crayon. Elle commence à griffonner, sur une feuille vierge ,ses impressions. Dominique accoudé sur les genoux de son papy lui dit : 

-Pourquoi tu as amené ton calepin et ton crayon ? Tu n’en as pas besoin. 

La petite fille lui fait remarquer : 

- À partir d’aujourd’hui  je vais prendre des notes sur ce que je vois et lorsque  je vais retourner à l’école, bien je vais avoir des notes pour mes futures rédactions. 

Son grand-père lui admet qu’il trouve l’idée géniale. 

Émilie, songeuse avec le bout de son crayon  sur les bords de  sa lèvre, consigne dans son livret  ce qu’elle voit .Elle demande à son grand-père si elle et Dominique peuvent aller voir de plus près les pierres tombales : 

-Dis oui grand-papa ! Nous n’irons pas loin regarde à l’arrière de nous il y en a plusieurs et tu pourras nous voir et nous surveiller. Le papy accepte et pose ses conditions : 

-Lorsque je vous rappellerai vous venez tout de suite n’est ce pas ? 

-Oui, oui s’exclame en chœur les deux enfants. 

Ils descendent du banc et se dirigent  vers  une  multitude  de pierres tombales tout en rangées. Émilie, comme une chroniqueur experte, tiens dans sa main calepin et crayon et noircit  sa page. Les bambins s’arrêtent plus longuement  devant un immense  monument de marbre .Ils en font le tour et examinent  la structure de la construction. Émilie prends en note l’épitaphe. 

L’exploration continue sous le regard bienveillant de papy assis confortablement à l’ombre du saule pleureur .Au bout d’un moment les enfants reviennent vers leur grand-père : 

-Et qu’avez-vous trouvé  mes deux Christophe Colomb ? À qui appartient ce beau monument? 

Les cygnes continuent leur parade du dimanche. Leur silhouette déteigne sur l’herbe verte comme des taches blanches ouatées sur fond vert. Émilie prends la parole et  mentionne les notes de son calepin : 

 -Tout d’abord  c’est un monsieur qui vit là, et sur la pierre il y a d’écrit : 

‘’ ’Quand tu t’es disputé avec un frère, retrouver la paix avec lui avant le coucher du soleil, ou avant  d’être étendu  ici pour l’Éternité.’’ 

Qu’est que cela veut dire grand-papa ? 

Papy sourit à l’expression d’Émilie d’un ‘’monsieur qui vit ici ‘’ et cherche, dans ses mots l’explication de l’énoncé : 

-Tu sais Émilie, et toi aussi Dominique ,quelques fois nous avons entre nous des petites disputes, des chicanes ou des prises de bec. Souvent cela arrive pour des peccadilles et des cent fois rien. Si  avant d’aller se coucher nous ne nous excusons pas pour les paroles dites ou des gestes posés sans y avoir réfléchis ; nous avons peut-être blessé quelqu’un ou quelqu’un nous a fait du mal , on ne sait pas, bien la phrase dit  de faire la Paix avec cette personne avant que le soleil se couche  et cette phrase va plus loin avant d’être étendu ici dans le cimetière pour l’Éternité. Si nous avons gardé et entretenu de l’animosité, de la haine ou du ressentiment envers un  autre humain ; bien c’est de s’excuser et de faire la Paix. Car voyez-vous les pierres tombales ne répondent pas si on vient s’excuser; il est trop tard .Comprenez-vous ? Il est plus sage de faire la Paix  avant que la personne décède ou s’endorme. Quelques fois ça nous demande un effort d’humilité mais oh! Combien de soulagement .Et si une personne décède avant de faire cette Paix sur terre avec les autres ; Dieu sait ce qui en résulte. 

Les enfants écoutent religieusement leur papy. Et  sans crier gare Émilie prends son petit frère dans ses bras et lui  dit : 

-Je fais la Paix avec toi Dominique ! Je t’aime mon petit frère. 

Papy essuie du revers de sa main une minuscule larme et regarde les cygnes exécuter un cercle tout autours des fontaines. Belle journée radieuse. 

Pierre Dulude 

Les Ailes du Temps 

Laval, 21 octobre 2011


Archive pour octobre, 2011

Évocations.

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Évocations

 ‘’Ah ! Comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! Comme la neige a neigé !’’ 

Soir d’hiver(1902) (Émile  Nelligan (1879-1941))

 Magog, lundi 30 novembre 1914. 

Ma très chère sœur Annabelle, Comment vas-tu ? Comment va notre mère  et nos frères? La guerre vous est  elle pénible là-bas ? Nous  n’avons plus aucune nouvelle depuis la fin de l’été. J’ignore totalement si tu recevras cette missive écrite en toute simplicité sur le coin d’une table de notre minuscule réfectoire .En cette fin de journée , la plus pénible que nous ayons eu à vivre ici dans notre petite maison monastique , je me laisse aller à mes états d’âme et je sais que tu m’écouteras comme tu l’as toujours si bien fait lorsque nous étions en présence l’un et l’autre. Le soleil  s’apprête à se retirer en sa toute condescendance  colorée. Le frère Fraudeau vient d’alimenter notre salamandre qui émet de fugaces grognements bienfaisants  de chaleur. Le silence ponctué des battements du balancier de l’horloge maintient sa mesure. Le temps semble suspendu aux lèvres des évènements. Dehors la neige scintille de son manteau étiolé sur nos champs; l’hiver s’impose déjà. Le Père Brun et le Père Alix discutent, en sourdine, dans la pièce attenante à notre cuisinette. Je me sens le vague à l’âme ce  soir. Des paroles de la Bible me viennent à l’esprit :
 ‘’ Le Seigneur a donné, le Seigneur a ôté’’ disait Job lorsqu’il fût dépouillé de tout ce qu’il avait. Nous remercions pour les bienfaits, pourquoi ne pas remercier pour nos malheurs? Ce sont nos malheurs  nos meilleurs professeurs. Je t’écris ces lignes et je ne peux empêcher les larmes de gicler sur mes joues. Ce matin une tragédie s’est produite ici  et nous affecte grandement moi et mes compagnons.
Notre très cher et bien-aimé Père  Vannier s’est noyé dans le lac Memphémagog ainsi que Charles Collot, notre avoué .Nous avons reçu le téléphone des autorités de  Magog nous annonçant la triste nouvelle. Je n’ai pas à te dire que cette information nous a foudroyés. Déjà les difficultés s’amoncelaient : situation financière précaire, travail ardu et épuisant, la guerre qui nous coupe les ponts d’avec l’abbaye-mère, l’hiver à nos portes et maintenant  cette catastrophe si inattendue et inouïe. Dom Vannier, bâtisseur-né, avait toujours le bon mot pour nous encourager et maintenir le cap. Maintenant il n’est plus. Notre dévoué Charles Collot ; aussi disparu. Nous nous demandons ce que nous allons faire et que va-t-il advenir de nous .Nous prions le Seigneur pour qu’il nous fasse connaître  Sa Volonté. Rester? Partir? Nous ne savons pas. Tout cela est si spontané si vite arrivé. Le silence, que nous connaissons si bien en tant que moines, devient un allié sûr pour refréner nos peines. 
Je regarde au travers de la petite fenêtre et j’entrevois l’astre du jour s’amenuiser dans un châle rouge violacé.

Les journées sont courtes en hiver. Il y a un instant  j’avais sous la main un petit pamphlet d’un poète d’ici ; Nelligan, qui fait l’éloge de la neige et des soirs d’hiver dans une nostalgie si profonde. J’y lis : ‘’ Ma vitre est un jardin de givre …’’ et justement la vitre d’où j’ai plongé mon regard est sillonnée de coups de givre. Dans les coulis de glace, entre les minces filets glaceux, se dessine un esquisse ressemblant, fort étrangement  au Monastère de  Saint-Wandrille ;tu sais la tour comme un immense crayon et les fenêtres en pignons. Avec le soleil qui vient y darder c’est magnifique.  Dom Vannier, ce  grand visionnaire nous parlait souvent à sa façon, comment il entrevoyait dans les années futures notre Monastère. Ce fusain dans le givre est-il un signe ? Il voyait grand et nous avions quelques difficultés à discerner son imagination à lui. Nous n’avions qu’à le voir travailler sans relâche pour nous motiver à continuer malgré les affres et fatigues de nos journées; et Dieu sait qu’il en est difficile d’être ici séparés de vous tous. Je puis dire que la détermination de Dom Vannier lui venait du Seigneur et de Saint-Benoît. Il avait même avoué, un jour, « Sachez bien que si l’œuvre réussit nous n’y serons pour rien. Les difficultés sont trop grandes pour être humainement surmontées sans l’aide divine. Il serait insensé de penser autrement. » Dom Guéranger, à son tour nous a laissé cette devise : Dans la Beauté de la Paix, et ce soir, malgré le froid et la neige, je peux y déceler cette magnifique formule. Je prie le Seigneur de venir nous envelopper de ses Lumières car nous en avons un besoin réel.

Le Père Alix et Brun se sont installés à la table de cuisine et commencent à préparer notre maigre souper que nous avons l’habitude de prendre sans plus de cérémonie. Ce soir  aux Vêpres nos intentions de prière s’adresseront à Notre Père Céleste pour qu’Il accueille dans son Paradis nos deux frères décédés ce matin. Je crois qu’en toute épreuve le Père veut  nous éprouver pour que nous nous tournions seulement vers Lui. Dieu seul. Et comme le mentionne notre bon Père Saint-Benoît dans la Règle : ‘’ Le sixième échelon de l’humilité pour un moine, c’est d’être content de la condition la plus ordinaire et la plus basse. Dans tout ce qu’on lui ordonne de faire, il pense qu’il est un ouvrier mauvais et incapable’’.Aujourd’hui cette partie de la Règle s’applique carrément à notre condition. L’accepter  nous libère totalement. Nous nous devons de continuer .

Mes yeux se perdent à nouveau dans l’esquisse de glace dans la fenêtre. Les faisceaux  du soleil couchant encerclent les contours tout duvetés des cristaux de glace. Mon imagination me transporte vers  le centenaire de la Communauté : en deux mille douze ; deux mille douze ! C’est loin. Je perçois un Monastère tout de pierres vêtu, avec un grand Chapitre, hôtellerie, Chapelle, jardin, vergers, ferme, champs ensemencés, vaches laitières, une fromagerie et beaucoup de moines et…beaucoup de visiteurs. Serons-nous toujours là ? Va-t-il y avoir, encore, une Communauté Bénédictine ? Si telle est la Volonté du Père, la Communauté existera. Nous ne sommes que ses travailleurs; ses exécutants. Je délaisse mes tergiversations de méditations et en revient à toi Annabelle. Prie pour nous. Priez pour nous et demandons au Seigneur de nous envoyer des travailleurs de la moisson. Dans quelques instants nous nous mettrons en prière. Le poêle ronronne et nous asperge de sa chaleur bienfaisante. Le soleil, sur son déclin, nous éclaire quelques peu, nous allumons nos lampes à l’huile pour pouvoir lire nos Psaumes des Vêpres. Le tic tac de l’horloge entrecoupe le silence lumineux. Nous percevons des craquements  entre les planches qui accueillent la gelée. Je termine cette lettre ma chère sœur Annabelle en te souhaitant tout l’Amour possible du Seigneur  et que vos souffrances, jointes à celles du Christ, vous fassent voir toute la Beauté de la Paix future en Europe. 

Salutations à toute la famille et à nos connaissances.  Union de prière. 

Ton frère Ernest. 

p/s : Je joins à cette lettre l’article du journal qui mentionne la noyade de nos frères. 

Pierre Dulude 

Les Ailes du Temps 

Laval, 1er Octobre 2011 

 

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