Laisser une lanterne allumée

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Laisser une lanterne allumée.

 Ce soir je réalise mon activité favorite par ce temps de l’année qui fait revivre intensément la nostalgie et les beaux souvenirs tous enfouis dans la mémoire. Le  moment, on peut plus idéal, est agrémenté d’une fine pluie verglaçante tombée dans l’après-midi. Une mignonne brisette  vient sceller la peau de glace sur les arbres et les lampadaires. Je débouche sur une rue bordée de myriades de lumières de Noel multicolores toutes aussi chatoyantes les unes que les autres. J’aime, comme un enfant curieux, surpris et éberlué, me faufiler dans ce serpentin magique. Tout un assortiment  de formes, de couleurs, d’imagination s’offrent à mes yeux. Au-delà de l’esprit des fêtes mercantiliste, de gros bonhomme rouge et de  configurations sorties directement des antres du néant, la lumière me fascine et m’envoûte. J’admire  le jeu kaléidoscopique de cette forêt enchantée et éblouissante. Tantôt du bleu, tantôt du vert et du jaune. Plus loin du blanc et de l’oranger. Les étoiles, toutes aux faîtes des conifères de service brillent comme les étincelles de la commémoration. J’avance à pas d’escargot pour ne rien manquer ; pour contempler. Les arbres, évidemment dénués de leur feuillage, exhibent leurs bras nus aux lampadaires. Leurs ramifications menues semblent des fils de toiles d’araignées  sur le fond du spectre du lampadaire. Miroitantes  les branches se laissent bercer au gré du vent et aux caresses des éclats blanchâtres de la luminosité des éclairages de rue. Le silence bien assis sur la place ajoute à la scène une voix de virtuose de douceur. 

On peut entendre, ici et là, des brides de voix d’humains qui fêtent à cœur joie. Des strophes de musique s’entremêlent dans les filets de vent pourtant si discret;  tout s’estompe. La neige et la glace sous mes pieds craquent et appellent à la prudence. Mes pas se font rassurants et minuscules. Le ciel se couvre d’un manteau d’argent fondu dans l’obscurité. J’arrête devant un énorme sapin tout de bleu vêtu. Sa prestance est imposable mais son allure bleutée le rend si simple et humble et pourtant il en est des plus gigantesques de toute la rue. Il m’inspire un soupir d’admiration. J’imagine des petits enfants, agenouillés, et demandant au petit Jésus de bénir leurs parents. L’image s’imprègne dans ma pensée. Je me dis tout haut :

 -Pourtant le but de tout cela c’est bien ça la naissance de  Jésus. Nous semblons l’avoir oublié et dilué tout au fond  de notre mémoire collective et enseveli sous des tonnes de futiles aberrations matérielles.   

Je progresse vers l’autre extrémité de la rue, en fait je suis au centre. Planté là, les deux mains dans les poches, je laisse mes yeux tergiverser d’un côté comme de l’autre les remplissant de toute cette illumination magnifique. Mon regard fixe inopinément  un rayon blafard de lumière caché derrière des sapins multicolores. Je suis curieux  .Je m’avance un tantinet et y aperçois une lanterne. Une bonne vieille lanterne du bon vieux temps. Elle brûle de tout son éclat. Aucune décoration, sapin ou bons hommes l’entourent. Elle est toute fin seule montée sur un trépied d’occasion. Je dirige mes pas vers ce phare de la nuit, dans cette mer  aux multiples variations étincelantes d’ampoules. Je stoppe devant la maison qui couvre cet objet et n’y vois aucune présence. La lampe consomme une mèche  de toile trempée dans l’huile. La luminosité se découpe en ombres sur la porte et les fenêtres de la chaumière. Je reste coït devant ce si beau souvenir  d’antan. La mince glace  qui la recouvre semble lui donner une âme fragile. La lanterne se dandine au gré des ailes du vent. Sa candeur se reflète sur le sol blanchit des derniers flocons. J’évoque  une lumière cambrée sur le mât d’un grand voilier investiguant la noirceur en vue d’une terre promise. Égaré dans mes inspirations je ne remarque pas qu’il y a quelqu’un qui vient d’allumer une veilleuse au dessus du portique de la maison. Mes yeux s’y attachent après quelques secondes. Un homme en sort et descends son escalier. Il s’immobile face à sa lampe et y tourne le bouton qui allonge la mèche. Je le regarde et lui me fixe. Nous échangeons un salut poli  et nos vœux de Joyeux Noel. Les ailes du silence s’agitent et je dis : 

-Magnifique votre lanterne ; elle est d’époque ? 

D’une voix douce et simple il me dit : 

 -Oui elle est d’époque. Mais elle brille toute l’année. Ma curiosité quelque peu pincée je m’approche et lui enjoint de m’expliquer : 

-Toute l’année ? Attendez-vous quelqu’un?    

Il baisse les yeux et m’avoue : 

-Oui, déjà cinq ans  que j’attends. Et la lanterne, comme un veilleur surveille. 

Un peu mal à l’aise je n’insiste pas. Il essaie d’enlever le quelque peu de glace sur le montant métallique de la lampe et rajoute :  -Vous  savez, il y a cinq ans, mon frère et moi avons eu une dispute qui s’est terminée par  une altercation verbale  aigre-douce. Il est parti d’ici en rogne et, pour ma part, ce fut la réciproque. Nous nous sommes quittés en nous disant que nous nous reverrions jamais .C’était dans le temps des fêtes comme aujourd’hui. Pour ma part, le lendemain, j’ai essayé de l’appeler au téléphone  mais il ne répondait plus à ses messages J’ai laissé tomber et dans les jours qui suivirent j’ai installé cette lanterne. Pour moi mon frère a été et est encore mon meilleur ami; je lui dis de cette façon. Hiver comme été la flamme vacille  de tous ses feux. Tous les soirs je l’allume avec tout l’espoir qui m’habite. -Voilà vous savez maintenant. 

Une larme vient se percher sur sa joue ridée. Je ne sais que dire que de lui souhaiter la réconciliation d’avec son frangin.  Je me prépare à reprendre ma marche. Le ciel probablement exaspéré de retenir tous les flocons de neige devenus turbulents, les envoie jouer au ras du sol. Un tourbillon effréné de ouate blanche s’entiche aux arbres, sapins et aussi la lanterne.  La nuit est merveilleuse; Oh ! Sainte Nuit. Le paysage ressemble à  ces boules de verres que l’on brasse  pour donner l’impression qu’il neige, mais cette fois  c’est réel. Je souhaite encore une fois un Noel Joyeux au monsieur qui est sur le point de remonter son escalier, j’entame mon pas de départ. Je marche encore allègrement en lenteur.

Une voiture passe furtivement à mes côtés ; le chauffeur semble chercher une adresse .Il s’immobilise face à la maison de la lanterne. Un homme y descend en prudence et lance : 

- Depuis quand tu as une lanterne  toi ? 

Je suis encore assez rapproché pour entendre les voix, l’homme à la lanterne dit : 

-Depuis que je t’attends mon frère ! 

Les deux hommes se regardent et se jettent dans les bras de l’un et de l’autre tout en se tapotant le dos .La neige rend la scène sublime .Leurs ombres, issues de la lumière de la lanterne, immortalisent leur fraternité encore frêle : 

-Je m’excuse mes paroles ont dépassées mes pensées .Viens dans la maison nous allons fêter cela avec un bon verre de vin. Son frère lui dit : 

- C’est moi qui s’excuse j’avais tort. Et ta lanterne tu ne l’éteins pas? Je suis là maintenant et pour longtemps. 

-Non ! je la laisse faire son travail; elle y réussit bien, ne trouves-tu pas? Oublions tout cela et recommençons . 

Ils se dirigent, bras dessus dessous vers l’escalier de la demeure. Mon esprit encore figé sur leur réconciliation rejoint mes pas  qui me guident vers la rue transversale. La lumière de la  lampe brille avec ses plus beaux atours. Je jette un dernier coup d’œil et me glisse furtivement au travers des flocons blancs et immaculés. 

-Quelle belle soirée. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. 

Pierre Dulude 

Les Ailes du Temps

 28 novembre 2011


Archive pour novembre, 2011

Les ailes de la lumière

 

Les ailes de la lumière  dans Liens vignette-produits-94

Les ailes de la lumière. 

-Grand-papa ! Mais tu arrives de bonne heure. Tu nous avais laissé entendre que tu viendrais que cet après-midi. 

- Quoi, vous n’êtes pas contents de me voir ? 

-Bien oui papy  nous sommes heureux de te voir; nous le sommes toujours. 

Les enfants accourent se jeter dans les bras de l’aïeul qui les recouvre tendrement. Sa visite impromptue dans le temps a un but bien précis ce matin. De leurs yeux enjoués et moqueurs  ils interrogent ce vieux sage sur ses intentions. Lui, couvrant son regard de la lamelle de son chapeau, il feint de se cacher. D’une voix caverneuse il s’exclame : 

-Qui d’entre vous veulent vivre une expérience, disons, lumineuse ? Qui est prêt à cela ? Toi  petite Agnès  ou bien toi, non moins petit, Joël ? Qui ? Hum ? 

Les enfants, excités, se dandinent en encerclant leur bon vieux papy. 

-Oui nous sommes prêts grand-papa. C’est quoi ton expérience limineuse – renchérit Agnès avec sa minuscule voix  d’ange – où allons-nous ce matin ? 

-Lumineuse ma chérie, lumineuse. Venez et vous verrez bien ce que je vous réserve cette fois ci; vous m’en donnerez des nouvelles. 

Tous  bien emmitouflés, ils sortent de la maison et se dirigent vers l’auto du grand-père .Ils les fait monter à l’arrière et démarre. La balade ne sera pas bien longue car ils se dirigent sur le chemin  à l’arrière de leur maison à l’orée du bois. Joël demande : 

-Mais papy nous sommes à  l’arrière de notre maison. Pourquoi venons-nous ici ? 

Cet endroit ne semble pas sécuriser les enfants et leur papy les rassure. Il s’arrête juste en face  d’un beau sapin émérite  avec, comme arrière plan, des érables décharnus. La fin novembre n’a pas réussi à obtenir son doux duvet blanc. Il fait encore un  temps merveilleusement exquis. Le sol s’entiche de sa couche humide de feuilles étalées en carpette. Un temps entre chiens et loups s’annonce. Le ciel  commence à s’habiller de boules duveteuses annonciatrices de grandes chamboulées de neige. Le soleil, bien accommodant, lance ici et là des rayons furtifs de chaleur automnale. Les enfants se tiennent debout face au conifère d’un vert si pur. Joël demande à son grand-père : 

-Et alors grand-papa  qu’allons nous faire ? Il est magnifique ce sapin. Je le vois de la fenêtre de ma chambre. 

Papy  se dirige vers l’auto et en ouvre le coffre. Il y sort deux énormes boîtes qui renferment le secret du jour. Il y extrait  aussi un escabeau pliant. Les enfants, curieux, se mettent à fureter  vers les boîtes encore fermées. Ils se regardent et d’un ton inquisiteur fixent leur grand-père tout souriant d’une oreille à l’autre. Un petit nordet souffle gentiment sur les joues rosées des bambins. Alors le grand-papa s’exclame : 

-Voulez-vous m’aider ? 

-Oui, oui  grand-père que devons nous faire ? Vite dis-le nous. 

Ouvrant une des boîtes, et, sous le regard ébloui des enfants  il leur montre le trésor tout recroquevillé  en boule des jeux de lumière de  Noel. Le peloton de fils semble être très entremêlé et il sera difficile de tout remettre en place –pense Joël la mine un peu découragée- et  d’un rapide coup d’œil il fixe la boîte de lumières et le sapin et d’un éclair de génie il s’exclame : 

-Oh! Grand-papa, ça  c’est une bonne idée. Décorer le sapin pour la Fête de Noel. 

-Tu as tout compris mon grand. Maintenant nous allons étendre toutes ces extensions de lumières; tu vas voir que ce n’est pas si ardu que ça en a l’air. Il suffit de prendre notre temps et d’y aller doucement car elles sont toutes enroulées  les unes aux autres. 

-Mais grand-papa j’ai une question. Nous aurons besoin d’électricité pour faire fonctionner ces lumières ; as-tu pensé à cela ? Ou vas –tu prendre le courant pour illuminer ce sapin ? 

Le grand-père arborant un semblant d’expression abasourdi répond : 

-Mais tu as raison qu’allons nous faire ? 

La petite Agnès lance tout innocemment : 

-Bien nous n’avons qu’à prononcer la formule magique de la lumière et ça va marcher. 

Joël et papy la regarde en esquissant un sourire approbateur, papy ajoute : 

-Nous verrons cela dans quelques instants lorsque nous ferons les tests. En attendant allons-y pour étirer ces jolis serpentins. 

Tous les trois, comme de joyeux drilles, se mettent à la tâche. Et, en un rien de temps, les jeux de lumière se retrouvent étirés de tout leur long face au monde. 

L’aïeul connecte toutes les extensions les unes aux autres et, du temps que les enfants sont à l’autre extrémité, il en profite pour connecter un fil d’extension que lui et son fils ont installée la veille tout en le dissimulant sous les feuilles mortes. Ils ont convenu d’un signal que le grand-père ferait lorsqu’il sera prêt. Il appelle vers lui les enfants qui n’ont vu que du feu : 

-Et  alors ma petite  magicienne peux-tu  dire ta formule magique pour  amener la lumière ? 

-Oui grand-père  je suis prête. 

Papy se retourne vers la maison  et vérifie que son fils les a vus. Agnès  commence : 

-Oh lumière, s’il te plaît vient t’installer dans nos fils électriques et allumer nos lumignons… 

Le grand-père lève les bras au ciel (c’est le signal) et prononce la même phrase. Tout d’un coup les petites lumières scintillent dans la lumière du jour. Toutes les couleurs y sont représentées. 

-Magnifique Agnès, comment as-tu fais. Tu as des dons! 

S’écrie Joël surpris. Dans le tapis de feuille et d’herbe elles n’ont aucune apparence très respectueuse mais ce n’est que partie remise. Les enfants sautent de joie. Alors le papy donne ses directives à ses petits lutins : 

-Nous allons les installer à partir du haut et les faire descendre en cascades vers le bas. Je vais grimper sur mon escabeau et vous tiendrez les extensions  tout en les empêchant de s’accrocher aux feuilles et à d’autres obstacles. Bien d’accord? 

-Oui papy nous avons compris  allons-y – lance Joël trépignant d’excitation. 

Le grand-père tire sur les premières rallonges et monte sur les marches de son escabeau et fixe la première petite lumière au faîte du sapin. Sa technique aguerrie d’installateur de lumières d’arbre de Noel ; le fait maître.  En deux temps, trois mouvements les lumières habillent le conifère grelottant. 

 

Comme il se recule en enlevant son petit escabeau, sur le devant du sapin,  quelques lignes de lampes s’éteignent au grand dam des enfants. Un mignon découragement s’empare d’eux. 

Papy en a vu d’autres : 

-Tiens ! Nous allons vérifier ce qui ne va pas. Il rapproche son escabeau et vérifie une à une les petites ampoules. Il commence en haut  en vissant chaque lampe. Arrivé à la minuscule ampoule fautive il s’exclame : 

-Ha! Ah! Voici la coupable. 

Il sort de sa poche une ampoule de rechange et l’installe. Et, comme par magie toutes les lumières scintillent en même temps. Les enfants se trémoussent de joie. Papy reprends un recul et  danse, lui aussi, avec les enfants : 

-Bon maintenant nous allons solidifier notre construction et s’assurer qu’elle tiendra le coup si le vent s’élève. Tous s’affairent, les enfants en bas et le papy en haut .Une fois le travail fini  Joël demande à son grand-père : 

-Papy pourquoi qu’une petite ampoule empêche toute une ligne de fonctionner ? 

Le grand-père réfléchit un peu et lui dit : 

-Bien vois-tu les gens qui ont construit ces ensembles de lumières les ont imaginés de la sorte. Lorsque j’étais jeune, il y a bien longtemps, nous en avions de ces ensembles et lorsqu’une petite lumière brulait bien elle n’empêchait pas les autres de continuer à scintiller. Probablement par soucis d’économie et de fabrication. Dans un sens c’est peut-être mieux. 

Joël, curieux, lui demande : 

-Que veux-tu dire ? 

-Bien vois-tu c’est comme nous les humains. Nous sommes tous soudés les uns aux autres, nous sommes tous sur la même ligne ; une façon de parler. Et lorsqu’un d’entre nous faiblit ou s’éteint-nous en sommes tous affectés. Quelque fois ce n’est qu’une question de vouloir paraître plus fort ou plus fin que les autres. Si quelqu’un agit de la sorte, bien, il dérange toute la lignée ; il ne garde pas sa place comme on dit .Tu sais si, comme une petite lumière, tu es une deux watts  mais que tu veux devenir une cent watts bien tu te brûleras et tu empêcheras d’autres de briller selon ses capacités. Et dans ton arbre de vie il y aura d’immenses trous à combler. Il y a des gens qui sont, en effet, des cent, cinq cents et mille watts. Ils brillent selon leurs capacités, leur force et leurs dons. Ils s’acceptent tels qu’ils sont et nous devons les accepter selon leur capacités comme nous devons, nous-mêmes, nous accepter tels que nous sommes. Sur notre arbre présentement ce sont toutes des petites deux watts qui vont faire un effet du tonnerre ce soir lorsque nous illuminerons notre sapin. As-tu saisi  mon petit Joël ? 

L’enfant fait signe que oui de la tête. Agnès s’approche de son grand-père et le tire par le bras en lui chuchotant à l’oreille : 

-Et moi papy  est-ce que je suis une petite watt ou une grosse watt ? 

Son papy la prend dans ses bras  tout en lui collant un tendre baiser sur sa joue tiède : 

-Toi tu es la plus belle ouate que je n’ai jamais vue. Et maintenant retournons à la maison mais avant tu vas prononcer la formule magique pour éteindre notre arbre parce qu’il fait encore jour. Ce soir tu prononceras la formule pour l’allumer à nouveau tu veux bien ? 

-Oh! Lumière fermes toi maintenant. 

Papy lève encore les bras dans les airs et les lumières s’éteignent  toutes ensembles tout simplement .Les enfants le regarde avec quelques doutes dans leurs beaux yeux. Ils n’en font pas de cas. Arrivés à la maison ils racontent à papa et à maman leurs péripéties .Tous rient de bon cœur au récit d’Agnès encore imbue de sa magie. 

Sur la fin de l’après-midi, le vent s’est levé et on peut sentir la neige approcher. Le soleil caché derrière une épaisse couche de nuage n’est plus qu’un souvenir éphémère du jour. Les enfants surexcités demandent qu’on prononce la formule magique pour illuminer le sapin. Grand-papa leur explique qu’il faut attendre un peu encore car il y a une surprise de taille qui les attend. La neige tombe à grandes cuvées maintenant. Après le repas du soir  Agnès et Joël se sont installés, le nez collé à la fenêtre, et surveillent de très près la situation du sapin : 

-Alors les enfants, est-il toujours là ? 

-Oui papy  rien à signaler mais nous avons de la difficulté à le voir. 

Sur l’entrefaite la neige diminue d’intensité et laisse l’obscurité se faire envahir d’une couche de luminosité neigeuse. Un calme reposant s’est installé. Les ailes du silence planent finement. Les nuages se dissipent en rang serrés pour laisser la lune projeter ses rayons sur les formes difformes de la  forêt. Les enfants s’écrient : 

Papy, maman, papa  venez voir! Notre sapin est recouvert de belle neige fraîche. 

De ses branches le sapin, recouvert d’amas blanchâtres, résiste au poids. Papy suggère : 

-Allons le voir de plus près si notre installation a résistée ? Qu’en pensez-vous ? 

Tout en faisant un clin d’œil à son  fils il aide la maman à habiller les enfants. Il dit à son fils : 

-Tu viens nous rejoindre après avoir fait ce que tu as à faire n’est-ce pas ? 

Son fils répond : 

-Ne t’inquiète pas papa  je vais être avec vous. 

Les enfants intrigués sont trop fébriles pour poser des questions. Et tous sortent  en rang d’oignon suivant l’aïeul qui ouvre la marche en traçant un chemin dans la neige. La lumière lunaire les guide et le vent se fait discret dans les branches d’arbres. Arrivés face au sapin vêtu de ses beaux atours papy dit à Agnès : 

-Alors mon ange peux-tu prononcer ta formule magique encore une fois ? 

La petite s’exécute, prenant son rôle très au sérieux : 

-Oh lumières allumez-vous pour nous ! 

Papy, encore une fois, les bras dans les airs répète avec Joël et la maman la formule magique d’Agnès. Un court temps s’écoule et d’une seconde interminable le sapin s’illumine de tous ses feux. Un large sourire trône sur les lèvres de tous et chacun. Le grand-père dit : 

-Voilà qui va illuminer nos nuits. Les ailes de la lumières frétillent. 

Sous les amas de neige agglutinés aux branches du conifère, les lumières multicolores donnent un ton kaléidoscopique  au spectacle. De voir cet arbre, seul parmi les feuillus defeuillés,  tout en lumière  transportent les spectateurs dans un monde de fééries et d’éclats. Le papa  vient rejoindre la petite famille. Joël lui dit : 

-Tu as bien fait ça  papa; juste à temps. 

Le père lui lance un sourire et regarde son père à lui et leur rire fuse. Agnès, dans les bras de sa mère n’en finit plus de remercier son grand-père pour ce beau cadeau. De retour à la maison le coucher ne se fait pas retardataire. Joël de sa fenêtre regarde le petit chef-d’œuvre de la forêt. Noel s’en vient à grand pas. Le sapin ,tel une sentinelle , veille sur les rêves des enfants . 

 

Pierre Dulude 

Les Ailes du temps 

Laval, 16 novembre 2011

Vieillir inutilement ?

Vieillir inutilement ? dans Liens auomne-et-vieille-grange-211

Vieillir inutilement ? 

Octobre en son déclin révérencieux, les matinées laiteuses s’affichent sans pudeur. Les rayons blafards de l’astre lumineux percent comme des flèches épointées. Les feuilles écrasées au sol tapissent tout ce qu’elles sentent et voient. Le plancher des vaches  s’emberlificotent d’une mante rouge écarlate zébré de jaune épars ici et là. La rivière, paresseusement, glisse sur ses ailes d’eau claire. Sa surface miroitante ne laisse présager aucun répit du courant quand même actif. Un geai bleu sifflote son triste chant  tout de même coloré autant que les arbres dénudés. Le fond de l’air flotte doucement par brides chaleureuses. Je marche dans  cet amas bariolé vermillon et mes pieds semblent comme des pelles qui roulent ces feuilles  tout en émettant la clameur d’une chute d’eau dans la jungle désertique. Une sensation enfantine me saisit et j’ai une envie folle de me rouler dans cette carpette chamarrée étalée sous mes bottes. Je respire à fond  et à grandes secousse cet air si vivifiant. Je souris à la vie et  au petit écureuil noir qui vient de bondir  de tas en tas pour se figer et me fixer comme pour savoir si j’ai le goût de jouer avec lui. 

La bonhommie du  rongeur m’extirpe un rire soyeux. Tout comme il s’est montré, il disparaît aussi vite comme l’éclair. Pour ma part, avec ma boussole interne, je me pointe vers mon banc habituel près de l’onde. Il est libre et j’en suis bien ravi. Un certain frimas l’a recouvert de son duvet matinal. J’y passe un papier mouchoir pour étayer le plus  gros et le soleil fera le reste. J’attends  que la chaleur des radiations fasse évaporer les gouttelettes récalcitrantes. Au bout d’un court instant je m’installe et me soude au paysage. Les promeneurs sont une denrée rare  à cette heure de la matinée. Je profite du silence bienfaisant malgré le bruit de fond  de l’Ile de Montréal  de l’autre côté de la rive. Un  grondement sourd, agaçant quelques fois avec les sirènes d’autos de police ou de pompiers; on s’y fait. Avec le temps on habitue nos oreilles à filtrer  ces sons et à ne garder que les plus sereins .Je ferme les yeux  et essaie de distinguer les chants d’oiseaux, les bourdonnements d’insectes et les effleurements des coulées de vent  dans les branches d’arbres dévêtues. Mes paupières s’entrouvrent, un doux filet de lumière se glisse sur ma rétine et m’amène le vol d’un goéland en pleine voltige comme pour s’amuser, Ses ailes tergiversent au gré du minuscule courant d’air ascendant. Tel un athlète il descend en vrille  pour effleurer  la surface de la rivière et remonter aux arcades du plafond des nuages flottant ici et là. Je l’observe depuis un moment et me demande s’il est conscient de ses techniques de vol .Ses instincts  probablement. Une feuille rouge-sang encore accrochée à une branche d’érable solitaire tournoie sur elle-même avec des efforts  sublimes pour se détacher et aller rejoindre ses congénères au sol. Son ballet aéronautique lui donne figure de ballerine exécutant des entrechats endiablés. Le goéland, en rase-motte sur le miroir de l’eau, freine et se pose. Un calme stoïque prédomine. 

Sur  l’autre bordure de la rivière les clochers de l’église entament  un glas. Je me dis : 

-Tiens des funérailles ce matin. 

Les notes des cloches glissent paresseusement sur la surface  de l’eau et ajoutent à la scène  une symphonie majestueuse : 

-Que cette personne repose en  Paix ! 

Me dis-je tout bas  pour ne pas déranger le concert en cours. Les cris du geai bleu s’ajoutent aux notes tristounettes du glas respectueux.  Le théâtre semble figé dans l’espace temps. Égaré dans mes réflexions tout en admirant ce spectacle une promeneuse, habituée à l’endroit, se dirige vers moi. Je la connais tout en ne la connaissant pas. Je l’ai nommée la madame d’un certain âge avancé bien conservée. Elle me salue et continue sa promenade matinale. Je lui réponds par la réciproque et nous en restons là. Je retourne aux deux clochers  d’où s’éteignent gracieusement les dernières notes du glas.  Le silence fracturé reprend son espace  avec ses ailes somptueuses. Un grillon  à demi-congelé émet quelques froissements d’ailes. L’inconnue repasse le chemin mais cette fois elle s’arrête pour contempler la vue splendide de la rivière, elle me dit : 

-Est-ce que cela va vous manquer cet hiver mon cher monsieur ? La neige ne tardera pas. Toutes les feuilles sont tombées  et il ne manque plus que la couche de flocons pour compléter le tout. 

Je l’invite à venir me rejoindre sur le banc. Je passe mon papier mouchoir  pour enlever le duvet frimatique  de ce côté du banc. Elle s’assoit tout en soupirant : 

-Merci vous êtes bien gentil. Je marche moins vite et je fatigue plus. C’est cela vieillir  et …..C’est la vie. 

Je souris et lui dis : 

-Oui nous devenons moins alertes physiquement et nous n’avons plus l’énergie de nos trente ans  mais je crois, et c’est le plus important, c’est de l’accepter dans notre for intérieur .Le corps vieillit et nos facultés mentales aussi. 

Elle me fixe et  rajoute : 

-L’accepter et aussi se sentir utile. Pas pour une question de travail ou d’occupations, non ! Se sentir utile pour dire que nous aidons les autres à s’aider. Je suis plus vieille et j’ai besoin de plus en plus des autres. 

Je dois demander plus souvent, moi qui était une personne autonome et débrouillarde, divers services à un ou à l’autre. Mais je me dis que c’est tant mieux. J’aide les autres, de cette façon, à m’aider. 

En plus ils me rendent service et, pour eux, cela veut dire de rendre service. Même s’ils me critiquent ou me jugent c’est encore un bienfait car ils prennent conscience de leurs propres défauts et leurs propres manquements. Je me sens utile de cette façon; qu’en pensez-vous ? 

Réfléchissant à son dernier énoncé je lui dis : 

-Mais c’est génial ma chère dame de penser de cette façon. Si tous les gens penseraient comme vous  oh! Combien ne se sentiraient pas inutiles à la vie et ne sombreraient pas dans des dépressions à ne plus finir. Tout comme une vieille grange ou une vieille maison sur les abords des chemins. Elles ne servent peut-être plus mais elles rajoutent tellement de cachet aux décors champêtres. Tout comme, aussi, aux arbres dégarnis en automne ils embellissent le paysage d’une façon féérique tout en attendant le poids de la neige qui leur donnera un ton de fêtes. Vous avez raison. Sur ce le silence tombe d’approbation. 

Le goéland a déserté la surface immobile de la rivière  et on ne sait où il a pu se réfugier. La dame se lève et quitte  tout en me saluant de nouveau avec un sourire frondeur. Le soleil proche de son zénith se fait bienfaiteur et généreux de ses rayons blêmes mais combien satisfaisants. Mentalement je prends une photo de ce moment de summum et d’apogée. Je me lève à mon tour et me dit : 

-Nous nous reverrons au printemps, en attendant cherchons qui aider. 

Pierre Dulude 

Les Ailes du Temps 

1er novembre 2011. 

 

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