Les ailes de la lumière

 

Les ailes de la lumière  dans Liens vignette-produits-94

Les ailes de la lumière. 

-Grand-papa ! Mais tu arrives de bonne heure. Tu nous avais laissé entendre que tu viendrais que cet après-midi. 

- Quoi, vous n’êtes pas contents de me voir ? 

-Bien oui papy  nous sommes heureux de te voir; nous le sommes toujours. 

Les enfants accourent se jeter dans les bras de l’aïeul qui les recouvre tendrement. Sa visite impromptue dans le temps a un but bien précis ce matin. De leurs yeux enjoués et moqueurs  ils interrogent ce vieux sage sur ses intentions. Lui, couvrant son regard de la lamelle de son chapeau, il feint de se cacher. D’une voix caverneuse il s’exclame : 

-Qui d’entre vous veulent vivre une expérience, disons, lumineuse ? Qui est prêt à cela ? Toi  petite Agnès  ou bien toi, non moins petit, Joël ? Qui ? Hum ? 

Les enfants, excités, se dandinent en encerclant leur bon vieux papy. 

-Oui nous sommes prêts grand-papa. C’est quoi ton expérience limineuse – renchérit Agnès avec sa minuscule voix  d’ange – où allons-nous ce matin ? 

-Lumineuse ma chérie, lumineuse. Venez et vous verrez bien ce que je vous réserve cette fois ci; vous m’en donnerez des nouvelles. 

Tous  bien emmitouflés, ils sortent de la maison et se dirigent vers l’auto du grand-père .Ils les fait monter à l’arrière et démarre. La balade ne sera pas bien longue car ils se dirigent sur le chemin  à l’arrière de leur maison à l’orée du bois. Joël demande : 

-Mais papy nous sommes à  l’arrière de notre maison. Pourquoi venons-nous ici ? 

Cet endroit ne semble pas sécuriser les enfants et leur papy les rassure. Il s’arrête juste en face  d’un beau sapin émérite  avec, comme arrière plan, des érables décharnus. La fin novembre n’a pas réussi à obtenir son doux duvet blanc. Il fait encore un  temps merveilleusement exquis. Le sol s’entiche de sa couche humide de feuilles étalées en carpette. Un temps entre chiens et loups s’annonce. Le ciel  commence à s’habiller de boules duveteuses annonciatrices de grandes chamboulées de neige. Le soleil, bien accommodant, lance ici et là des rayons furtifs de chaleur automnale. Les enfants se tiennent debout face au conifère d’un vert si pur. Joël demande à son grand-père : 

-Et alors grand-papa  qu’allons nous faire ? Il est magnifique ce sapin. Je le vois de la fenêtre de ma chambre. 

Papy  se dirige vers l’auto et en ouvre le coffre. Il y sort deux énormes boîtes qui renferment le secret du jour. Il y extrait  aussi un escabeau pliant. Les enfants, curieux, se mettent à fureter  vers les boîtes encore fermées. Ils se regardent et d’un ton inquisiteur fixent leur grand-père tout souriant d’une oreille à l’autre. Un petit nordet souffle gentiment sur les joues rosées des bambins. Alors le grand-papa s’exclame : 

-Voulez-vous m’aider ? 

-Oui, oui  grand-père que devons nous faire ? Vite dis-le nous. 

Ouvrant une des boîtes, et, sous le regard ébloui des enfants  il leur montre le trésor tout recroquevillé  en boule des jeux de lumière de  Noel. Le peloton de fils semble être très entremêlé et il sera difficile de tout remettre en place –pense Joël la mine un peu découragée- et  d’un rapide coup d’œil il fixe la boîte de lumières et le sapin et d’un éclair de génie il s’exclame : 

-Oh! Grand-papa, ça  c’est une bonne idée. Décorer le sapin pour la Fête de Noel. 

-Tu as tout compris mon grand. Maintenant nous allons étendre toutes ces extensions de lumières; tu vas voir que ce n’est pas si ardu que ça en a l’air. Il suffit de prendre notre temps et d’y aller doucement car elles sont toutes enroulées  les unes aux autres. 

-Mais grand-papa j’ai une question. Nous aurons besoin d’électricité pour faire fonctionner ces lumières ; as-tu pensé à cela ? Ou vas –tu prendre le courant pour illuminer ce sapin ? 

Le grand-père arborant un semblant d’expression abasourdi répond : 

-Mais tu as raison qu’allons nous faire ? 

La petite Agnès lance tout innocemment : 

-Bien nous n’avons qu’à prononcer la formule magique de la lumière et ça va marcher. 

Joël et papy la regarde en esquissant un sourire approbateur, papy ajoute : 

-Nous verrons cela dans quelques instants lorsque nous ferons les tests. En attendant allons-y pour étirer ces jolis serpentins. 

Tous les trois, comme de joyeux drilles, se mettent à la tâche. Et, en un rien de temps, les jeux de lumière se retrouvent étirés de tout leur long face au monde. 

L’aïeul connecte toutes les extensions les unes aux autres et, du temps que les enfants sont à l’autre extrémité, il en profite pour connecter un fil d’extension que lui et son fils ont installée la veille tout en le dissimulant sous les feuilles mortes. Ils ont convenu d’un signal que le grand-père ferait lorsqu’il sera prêt. Il appelle vers lui les enfants qui n’ont vu que du feu : 

-Et  alors ma petite  magicienne peux-tu  dire ta formule magique pour  amener la lumière ? 

-Oui grand-père  je suis prête. 

Papy se retourne vers la maison  et vérifie que son fils les a vus. Agnès  commence : 

-Oh lumière, s’il te plaît vient t’installer dans nos fils électriques et allumer nos lumignons… 

Le grand-père lève les bras au ciel (c’est le signal) et prononce la même phrase. Tout d’un coup les petites lumières scintillent dans la lumière du jour. Toutes les couleurs y sont représentées. 

-Magnifique Agnès, comment as-tu fais. Tu as des dons! 

S’écrie Joël surpris. Dans le tapis de feuille et d’herbe elles n’ont aucune apparence très respectueuse mais ce n’est que partie remise. Les enfants sautent de joie. Alors le papy donne ses directives à ses petits lutins : 

-Nous allons les installer à partir du haut et les faire descendre en cascades vers le bas. Je vais grimper sur mon escabeau et vous tiendrez les extensions  tout en les empêchant de s’accrocher aux feuilles et à d’autres obstacles. Bien d’accord? 

-Oui papy nous avons compris  allons-y – lance Joël trépignant d’excitation. 

Le grand-père tire sur les premières rallonges et monte sur les marches de son escabeau et fixe la première petite lumière au faîte du sapin. Sa technique aguerrie d’installateur de lumières d’arbre de Noel ; le fait maître.  En deux temps, trois mouvements les lumières habillent le conifère grelottant. 

 

Comme il se recule en enlevant son petit escabeau, sur le devant du sapin,  quelques lignes de lampes s’éteignent au grand dam des enfants. Un mignon découragement s’empare d’eux. 

Papy en a vu d’autres : 

-Tiens ! Nous allons vérifier ce qui ne va pas. Il rapproche son escabeau et vérifie une à une les petites ampoules. Il commence en haut  en vissant chaque lampe. Arrivé à la minuscule ampoule fautive il s’exclame : 

-Ha! Ah! Voici la coupable. 

Il sort de sa poche une ampoule de rechange et l’installe. Et, comme par magie toutes les lumières scintillent en même temps. Les enfants se trémoussent de joie. Papy reprends un recul et  danse, lui aussi, avec les enfants : 

-Bon maintenant nous allons solidifier notre construction et s’assurer qu’elle tiendra le coup si le vent s’élève. Tous s’affairent, les enfants en bas et le papy en haut .Une fois le travail fini  Joël demande à son grand-père : 

-Papy pourquoi qu’une petite ampoule empêche toute une ligne de fonctionner ? 

Le grand-père réfléchit un peu et lui dit : 

-Bien vois-tu les gens qui ont construit ces ensembles de lumières les ont imaginés de la sorte. Lorsque j’étais jeune, il y a bien longtemps, nous en avions de ces ensembles et lorsqu’une petite lumière brulait bien elle n’empêchait pas les autres de continuer à scintiller. Probablement par soucis d’économie et de fabrication. Dans un sens c’est peut-être mieux. 

Joël, curieux, lui demande : 

-Que veux-tu dire ? 

-Bien vois-tu c’est comme nous les humains. Nous sommes tous soudés les uns aux autres, nous sommes tous sur la même ligne ; une façon de parler. Et lorsqu’un d’entre nous faiblit ou s’éteint-nous en sommes tous affectés. Quelque fois ce n’est qu’une question de vouloir paraître plus fort ou plus fin que les autres. Si quelqu’un agit de la sorte, bien, il dérange toute la lignée ; il ne garde pas sa place comme on dit .Tu sais si, comme une petite lumière, tu es une deux watts  mais que tu veux devenir une cent watts bien tu te brûleras et tu empêcheras d’autres de briller selon ses capacités. Et dans ton arbre de vie il y aura d’immenses trous à combler. Il y a des gens qui sont, en effet, des cent, cinq cents et mille watts. Ils brillent selon leurs capacités, leur force et leurs dons. Ils s’acceptent tels qu’ils sont et nous devons les accepter selon leur capacités comme nous devons, nous-mêmes, nous accepter tels que nous sommes. Sur notre arbre présentement ce sont toutes des petites deux watts qui vont faire un effet du tonnerre ce soir lorsque nous illuminerons notre sapin. As-tu saisi  mon petit Joël ? 

L’enfant fait signe que oui de la tête. Agnès s’approche de son grand-père et le tire par le bras en lui chuchotant à l’oreille : 

-Et moi papy  est-ce que je suis une petite watt ou une grosse watt ? 

Son papy la prend dans ses bras  tout en lui collant un tendre baiser sur sa joue tiède : 

-Toi tu es la plus belle ouate que je n’ai jamais vue. Et maintenant retournons à la maison mais avant tu vas prononcer la formule magique pour éteindre notre arbre parce qu’il fait encore jour. Ce soir tu prononceras la formule pour l’allumer à nouveau tu veux bien ? 

-Oh! Lumière fermes toi maintenant. 

Papy lève encore les bras dans les airs et les lumières s’éteignent  toutes ensembles tout simplement .Les enfants le regarde avec quelques doutes dans leurs beaux yeux. Ils n’en font pas de cas. Arrivés à la maison ils racontent à papa et à maman leurs péripéties .Tous rient de bon cœur au récit d’Agnès encore imbue de sa magie. 

Sur la fin de l’après-midi, le vent s’est levé et on peut sentir la neige approcher. Le soleil caché derrière une épaisse couche de nuage n’est plus qu’un souvenir éphémère du jour. Les enfants surexcités demandent qu’on prononce la formule magique pour illuminer le sapin. Grand-papa leur explique qu’il faut attendre un peu encore car il y a une surprise de taille qui les attend. La neige tombe à grandes cuvées maintenant. Après le repas du soir  Agnès et Joël se sont installés, le nez collé à la fenêtre, et surveillent de très près la situation du sapin : 

-Alors les enfants, est-il toujours là ? 

-Oui papy  rien à signaler mais nous avons de la difficulté à le voir. 

Sur l’entrefaite la neige diminue d’intensité et laisse l’obscurité se faire envahir d’une couche de luminosité neigeuse. Un calme reposant s’est installé. Les ailes du silence planent finement. Les nuages se dissipent en rang serrés pour laisser la lune projeter ses rayons sur les formes difformes de la  forêt. Les enfants s’écrient : 

Papy, maman, papa  venez voir! Notre sapin est recouvert de belle neige fraîche. 

De ses branches le sapin, recouvert d’amas blanchâtres, résiste au poids. Papy suggère : 

-Allons le voir de plus près si notre installation a résistée ? Qu’en pensez-vous ? 

Tout en faisant un clin d’œil à son  fils il aide la maman à habiller les enfants. Il dit à son fils : 

-Tu viens nous rejoindre après avoir fait ce que tu as à faire n’est-ce pas ? 

Son fils répond : 

-Ne t’inquiète pas papa  je vais être avec vous. 

Les enfants intrigués sont trop fébriles pour poser des questions. Et tous sortent  en rang d’oignon suivant l’aïeul qui ouvre la marche en traçant un chemin dans la neige. La lumière lunaire les guide et le vent se fait discret dans les branches d’arbres. Arrivés face au sapin vêtu de ses beaux atours papy dit à Agnès : 

-Alors mon ange peux-tu prononcer ta formule magique encore une fois ? 

La petite s’exécute, prenant son rôle très au sérieux : 

-Oh lumières allumez-vous pour nous ! 

Papy, encore une fois, les bras dans les airs répète avec Joël et la maman la formule magique d’Agnès. Un court temps s’écoule et d’une seconde interminable le sapin s’illumine de tous ses feux. Un large sourire trône sur les lèvres de tous et chacun. Le grand-père dit : 

-Voilà qui va illuminer nos nuits. Les ailes de la lumières frétillent. 

Sous les amas de neige agglutinés aux branches du conifère, les lumières multicolores donnent un ton kaléidoscopique  au spectacle. De voir cet arbre, seul parmi les feuillus defeuillés,  tout en lumière  transportent les spectateurs dans un monde de fééries et d’éclats. Le papa  vient rejoindre la petite famille. Joël lui dit : 

-Tu as bien fait ça  papa; juste à temps. 

Le père lui lance un sourire et regarde son père à lui et leur rire fuse. Agnès, dans les bras de sa mère n’en finit plus de remercier son grand-père pour ce beau cadeau. De retour à la maison le coucher ne se fait pas retardataire. Joël de sa fenêtre regarde le petit chef-d’œuvre de la forêt. Noel s’en vient à grand pas. Le sapin ,tel une sentinelle , veille sur les rêves des enfants . 

 

Pierre Dulude 

Les Ailes du temps 

Laval, 16 novembre 2011


Archive pour 16 novembre, 2011

Les ailes de la lumière

 

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Les ailes de la lumière. 

-Grand-papa ! Mais tu arrives de bonne heure. Tu nous avais laissé entendre que tu viendrais que cet après-midi. 

- Quoi, vous n’êtes pas contents de me voir ? 

-Bien oui papy  nous sommes heureux de te voir; nous le sommes toujours. 

Les enfants accourent se jeter dans les bras de l’aïeul qui les recouvre tendrement. Sa visite impromptue dans le temps a un but bien précis ce matin. De leurs yeux enjoués et moqueurs  ils interrogent ce vieux sage sur ses intentions. Lui, couvrant son regard de la lamelle de son chapeau, il feint de se cacher. D’une voix caverneuse il s’exclame : 

-Qui d’entre vous veulent vivre une expérience, disons, lumineuse ? Qui est prêt à cela ? Toi  petite Agnès  ou bien toi, non moins petit, Joël ? Qui ? Hum ? 

Les enfants, excités, se dandinent en encerclant leur bon vieux papy. 

-Oui nous sommes prêts grand-papa. C’est quoi ton expérience limineuse – renchérit Agnès avec sa minuscule voix  d’ange – où allons-nous ce matin ? 

-Lumineuse ma chérie, lumineuse. Venez et vous verrez bien ce que je vous réserve cette fois ci; vous m’en donnerez des nouvelles. 

Tous  bien emmitouflés, ils sortent de la maison et se dirigent vers l’auto du grand-père .Ils les fait monter à l’arrière et démarre. La balade ne sera pas bien longue car ils se dirigent sur le chemin  à l’arrière de leur maison à l’orée du bois. Joël demande : 

-Mais papy nous sommes à  l’arrière de notre maison. Pourquoi venons-nous ici ? 

Cet endroit ne semble pas sécuriser les enfants et leur papy les rassure. Il s’arrête juste en face  d’un beau sapin émérite  avec, comme arrière plan, des érables décharnus. La fin novembre n’a pas réussi à obtenir son doux duvet blanc. Il fait encore un  temps merveilleusement exquis. Le sol s’entiche de sa couche humide de feuilles étalées en carpette. Un temps entre chiens et loups s’annonce. Le ciel  commence à s’habiller de boules duveteuses annonciatrices de grandes chamboulées de neige. Le soleil, bien accommodant, lance ici et là des rayons furtifs de chaleur automnale. Les enfants se tiennent debout face au conifère d’un vert si pur. Joël demande à son grand-père : 

-Et alors grand-papa  qu’allons nous faire ? Il est magnifique ce sapin. Je le vois de la fenêtre de ma chambre. 

Papy  se dirige vers l’auto et en ouvre le coffre. Il y sort deux énormes boîtes qui renferment le secret du jour. Il y extrait  aussi un escabeau pliant. Les enfants, curieux, se mettent à fureter  vers les boîtes encore fermées. Ils se regardent et d’un ton inquisiteur fixent leur grand-père tout souriant d’une oreille à l’autre. Un petit nordet souffle gentiment sur les joues rosées des bambins. Alors le grand-papa s’exclame : 

-Voulez-vous m’aider ? 

-Oui, oui  grand-père que devons nous faire ? Vite dis-le nous. 

Ouvrant une des boîtes, et, sous le regard ébloui des enfants  il leur montre le trésor tout recroquevillé  en boule des jeux de lumière de  Noel. Le peloton de fils semble être très entremêlé et il sera difficile de tout remettre en place –pense Joël la mine un peu découragée- et  d’un rapide coup d’œil il fixe la boîte de lumières et le sapin et d’un éclair de génie il s’exclame : 

-Oh! Grand-papa, ça  c’est une bonne idée. Décorer le sapin pour la Fête de Noel. 

-Tu as tout compris mon grand. Maintenant nous allons étendre toutes ces extensions de lumières; tu vas voir que ce n’est pas si ardu que ça en a l’air. Il suffit de prendre notre temps et d’y aller doucement car elles sont toutes enroulées  les unes aux autres. 

-Mais grand-papa j’ai une question. Nous aurons besoin d’électricité pour faire fonctionner ces lumières ; as-tu pensé à cela ? Ou vas –tu prendre le courant pour illuminer ce sapin ? 

Le grand-père arborant un semblant d’expression abasourdi répond : 

-Mais tu as raison qu’allons nous faire ? 

La petite Agnès lance tout innocemment : 

-Bien nous n’avons qu’à prononcer la formule magique de la lumière et ça va marcher. 

Joël et papy la regarde en esquissant un sourire approbateur, papy ajoute : 

-Nous verrons cela dans quelques instants lorsque nous ferons les tests. En attendant allons-y pour étirer ces jolis serpentins. 

Tous les trois, comme de joyeux drilles, se mettent à la tâche. Et, en un rien de temps, les jeux de lumière se retrouvent étirés de tout leur long face au monde. 

L’aïeul connecte toutes les extensions les unes aux autres et, du temps que les enfants sont à l’autre extrémité, il en profite pour connecter un fil d’extension que lui et son fils ont installée la veille tout en le dissimulant sous les feuilles mortes. Ils ont convenu d’un signal que le grand-père ferait lorsqu’il sera prêt. Il appelle vers lui les enfants qui n’ont vu que du feu : 

-Et  alors ma petite  magicienne peux-tu  dire ta formule magique pour  amener la lumière ? 

-Oui grand-père  je suis prête. 

Papy se retourne vers la maison  et vérifie que son fils les a vus. Agnès  commence : 

-Oh lumière, s’il te plaît vient t’installer dans nos fils électriques et allumer nos lumignons… 

Le grand-père lève les bras au ciel (c’est le signal) et prononce la même phrase. Tout d’un coup les petites lumières scintillent dans la lumière du jour. Toutes les couleurs y sont représentées. 

-Magnifique Agnès, comment as-tu fais. Tu as des dons! 

S’écrie Joël surpris. Dans le tapis de feuille et d’herbe elles n’ont aucune apparence très respectueuse mais ce n’est que partie remise. Les enfants sautent de joie. Alors le papy donne ses directives à ses petits lutins : 

-Nous allons les installer à partir du haut et les faire descendre en cascades vers le bas. Je vais grimper sur mon escabeau et vous tiendrez les extensions  tout en les empêchant de s’accrocher aux feuilles et à d’autres obstacles. Bien d’accord? 

-Oui papy nous avons compris  allons-y – lance Joël trépignant d’excitation. 

Le grand-père tire sur les premières rallonges et monte sur les marches de son escabeau et fixe la première petite lumière au faîte du sapin. Sa technique aguerrie d’installateur de lumières d’arbre de Noel ; le fait maître.  En deux temps, trois mouvements les lumières habillent le conifère grelottant. 

 

Comme il se recule en enlevant son petit escabeau, sur le devant du sapin,  quelques lignes de lampes s’éteignent au grand dam des enfants. Un mignon découragement s’empare d’eux. 

Papy en a vu d’autres : 

-Tiens ! Nous allons vérifier ce qui ne va pas. Il rapproche son escabeau et vérifie une à une les petites ampoules. Il commence en haut  en vissant chaque lampe. Arrivé à la minuscule ampoule fautive il s’exclame : 

-Ha! Ah! Voici la coupable. 

Il sort de sa poche une ampoule de rechange et l’installe. Et, comme par magie toutes les lumières scintillent en même temps. Les enfants se trémoussent de joie. Papy reprends un recul et  danse, lui aussi, avec les enfants : 

-Bon maintenant nous allons solidifier notre construction et s’assurer qu’elle tiendra le coup si le vent s’élève. Tous s’affairent, les enfants en bas et le papy en haut .Une fois le travail fini  Joël demande à son grand-père : 

-Papy pourquoi qu’une petite ampoule empêche toute une ligne de fonctionner ? 

Le grand-père réfléchit un peu et lui dit : 

-Bien vois-tu les gens qui ont construit ces ensembles de lumières les ont imaginés de la sorte. Lorsque j’étais jeune, il y a bien longtemps, nous en avions de ces ensembles et lorsqu’une petite lumière brulait bien elle n’empêchait pas les autres de continuer à scintiller. Probablement par soucis d’économie et de fabrication. Dans un sens c’est peut-être mieux. 

Joël, curieux, lui demande : 

-Que veux-tu dire ? 

-Bien vois-tu c’est comme nous les humains. Nous sommes tous soudés les uns aux autres, nous sommes tous sur la même ligne ; une façon de parler. Et lorsqu’un d’entre nous faiblit ou s’éteint-nous en sommes tous affectés. Quelque fois ce n’est qu’une question de vouloir paraître plus fort ou plus fin que les autres. Si quelqu’un agit de la sorte, bien, il dérange toute la lignée ; il ne garde pas sa place comme on dit .Tu sais si, comme une petite lumière, tu es une deux watts  mais que tu veux devenir une cent watts bien tu te brûleras et tu empêcheras d’autres de briller selon ses capacités. Et dans ton arbre de vie il y aura d’immenses trous à combler. Il y a des gens qui sont, en effet, des cent, cinq cents et mille watts. Ils brillent selon leurs capacités, leur force et leurs dons. Ils s’acceptent tels qu’ils sont et nous devons les accepter selon leur capacités comme nous devons, nous-mêmes, nous accepter tels que nous sommes. Sur notre arbre présentement ce sont toutes des petites deux watts qui vont faire un effet du tonnerre ce soir lorsque nous illuminerons notre sapin. As-tu saisi  mon petit Joël ? 

L’enfant fait signe que oui de la tête. Agnès s’approche de son grand-père et le tire par le bras en lui chuchotant à l’oreille : 

-Et moi papy  est-ce que je suis une petite watt ou une grosse watt ? 

Son papy la prend dans ses bras  tout en lui collant un tendre baiser sur sa joue tiède : 

-Toi tu es la plus belle ouate que je n’ai jamais vue. Et maintenant retournons à la maison mais avant tu vas prononcer la formule magique pour éteindre notre arbre parce qu’il fait encore jour. Ce soir tu prononceras la formule pour l’allumer à nouveau tu veux bien ? 

-Oh! Lumière fermes toi maintenant. 

Papy lève encore les bras dans les airs et les lumières s’éteignent  toutes ensembles tout simplement .Les enfants le regarde avec quelques doutes dans leurs beaux yeux. Ils n’en font pas de cas. Arrivés à la maison ils racontent à papa et à maman leurs péripéties .Tous rient de bon cœur au récit d’Agnès encore imbue de sa magie. 

Sur la fin de l’après-midi, le vent s’est levé et on peut sentir la neige approcher. Le soleil caché derrière une épaisse couche de nuage n’est plus qu’un souvenir éphémère du jour. Les enfants surexcités demandent qu’on prononce la formule magique pour illuminer le sapin. Grand-papa leur explique qu’il faut attendre un peu encore car il y a une surprise de taille qui les attend. La neige tombe à grandes cuvées maintenant. Après le repas du soir  Agnès et Joël se sont installés, le nez collé à la fenêtre, et surveillent de très près la situation du sapin : 

-Alors les enfants, est-il toujours là ? 

-Oui papy  rien à signaler mais nous avons de la difficulté à le voir. 

Sur l’entrefaite la neige diminue d’intensité et laisse l’obscurité se faire envahir d’une couche de luminosité neigeuse. Un calme reposant s’est installé. Les ailes du silence planent finement. Les nuages se dissipent en rang serrés pour laisser la lune projeter ses rayons sur les formes difformes de la  forêt. Les enfants s’écrient : 

Papy, maman, papa  venez voir! Notre sapin est recouvert de belle neige fraîche. 

De ses branches le sapin, recouvert d’amas blanchâtres, résiste au poids. Papy suggère : 

-Allons le voir de plus près si notre installation a résistée ? Qu’en pensez-vous ? 

Tout en faisant un clin d’œil à son  fils il aide la maman à habiller les enfants. Il dit à son fils : 

-Tu viens nous rejoindre après avoir fait ce que tu as à faire n’est-ce pas ? 

Son fils répond : 

-Ne t’inquiète pas papa  je vais être avec vous. 

Les enfants intrigués sont trop fébriles pour poser des questions. Et tous sortent  en rang d’oignon suivant l’aïeul qui ouvre la marche en traçant un chemin dans la neige. La lumière lunaire les guide et le vent se fait discret dans les branches d’arbres. Arrivés face au sapin vêtu de ses beaux atours papy dit à Agnès : 

-Alors mon ange peux-tu prononcer ta formule magique encore une fois ? 

La petite s’exécute, prenant son rôle très au sérieux : 

-Oh lumières allumez-vous pour nous ! 

Papy, encore une fois, les bras dans les airs répète avec Joël et la maman la formule magique d’Agnès. Un court temps s’écoule et d’une seconde interminable le sapin s’illumine de tous ses feux. Un large sourire trône sur les lèvres de tous et chacun. Le grand-père dit : 

-Voilà qui va illuminer nos nuits. Les ailes de la lumières frétillent. 

Sous les amas de neige agglutinés aux branches du conifère, les lumières multicolores donnent un ton kaléidoscopique  au spectacle. De voir cet arbre, seul parmi les feuillus defeuillés,  tout en lumière  transportent les spectateurs dans un monde de fééries et d’éclats. Le papa  vient rejoindre la petite famille. Joël lui dit : 

-Tu as bien fait ça  papa; juste à temps. 

Le père lui lance un sourire et regarde son père à lui et leur rire fuse. Agnès, dans les bras de sa mère n’en finit plus de remercier son grand-père pour ce beau cadeau. De retour à la maison le coucher ne se fait pas retardataire. Joël de sa fenêtre regarde le petit chef-d’œuvre de la forêt. Noel s’en vient à grand pas. Le sapin ,tel une sentinelle , veille sur les rêves des enfants . 

 

Pierre Dulude 

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