Laudes

Laudes dans Liens 39356346

Laudes

(Long silence)

Au terme de longues et interminables minutes d’attente, enfin, le cercle lumineux ose pointer son premier arc d’un rouge vif et flamboyant. Depuis un bon moment les outardes, les mésanges et les autres ailés s’exaspèrent de sa prestance. Il se fait espérer mais le voilà enfin tout majestueux et pompeux à la fois. Le concert de notes des oiseaux éclate en apothéose. Ce matin le brouillard paresse au dessus du lac. Aux premiers rayons de l’astre il semble s’envoler vers ce seigneur du jour .Il tourbillonne en serpentins s’entichant aux faisceaux vermillon de lumière. Une envolée d’outardes darde et perce ce banc de brume en y  traçant un passage semi secret. Le fond de toile d’un rosé léger, à faire rougir une jeune fille timide, rend la scène d’une beauté prodigieuse. Du haut du parapet du monastère je me réjouis à chacune de mes respirations de  vivre et d’admirer cette éclosion de beautés de la création. Cette grâce de la nature envoûte. Les dernières étoiles se cachent derrière la lumière de plus en plus présente au zénith feignant la gêne.
Les pigeons extrapolent leur vols et  voltiges ainsi que les quiscales qui croassassent.  Les petits moineaux piaillent de joie. Je respire à plein poumons l’instant sublime, magnifique. Une bride de l’Ode à la Joie me vient à l’esprit  tout en méditant. Je songe  tout bas :

-Il y a longtemps que je n’ai pas écrit. Une éternité que je n’ai pas couché sur papier mes paraphrases et ma poésie; pourquoi ? Pourquoi ce long silence ? Et pourtant ce ne sont pas les idées qui manquent; au contraire tout bouillonne dans mon esprit tout, comme un volcan calme, s’habille du grand branle-bas de combat. Le syndrome de la page blanche n’est même pas une excuse. Un temps d’arrêt volontaire, une réflexion profonde ou une halte pour palper l’insondable ?
J’ignore.
Ce matin ce lever de soleil me presse d’étaler sur ma feuille blanche mes coups d’ailes des Ailes du  Temps.
Oh ! Il y a bien eu la lecture des Visions  d’Hildegarde Von Bigen qui m’ont induit la douceur de l’Amour (don de soi) et du sens concave de l’équilibre  mais il y a surtout la lecture des différences entre la Grâce et la  Nature qui m’ont imprégné un sens distinctif entre la chair et l’esprit ; entre le temporel et le spirituel. Les ténèbres ont laissé briller la Lumière et  ne l’ont pas arrêtée.
La Grâce donne, agit en toute simplicité et fuit la moindre apparence du mal .La Grâce est généreuse pour les autres, elle est simple et humble et aspire aux biens éternels. La Grâce pardonne facilement et ne possède aucune rancune d’aucune sorte ; elle donne sans espoir de retour et fuit toute complaisance. La Grâce sait pardonner et Aimer.

La nature, pour sa part, s’attache aux biens de ce monde et à toutes les vanités. Elle exige des autres, reçoit et s’attend de recevoir. Elle travaille pour son intérêt et ses honneurs. Elle recherche que le bien pour elle-même quitte à bousculer les autres. Elle convoite les biens du temps et s’irrite des injures des autres. Elle agit que pour le gain et ne fait rien gratuitement .Elle se glorifie de rangs élevés et d’honneurs. Elle sourit aux puissants et méprise les faibles.

Elle rapporte tout à elle et veut se monter et s’exhiber dans les louanges et admirations. Elle s’accroche au temporel avec une crainte inouïe des valeurs spirituelles.

L’envolée d’outardes me passe au dessus de la tête rt va faire un cent quatre vingt degrés quelques cents mètres plus loin. Leur ‘’V’’ reste parfait ; bien alignés. On peut presque entendre le froissement délicat de la brise sur leurs ailes. La brume lève quelque peu laissant apparaître, ici et là, des touffes d’arbres et arbustes au grand plaisir des grives. Le soleil, verge d’or à présent, siphonne des effluves de brouillards comme pour  se vêtir. Le jeu d’ombres et de lumières dessine un paysage paradisiaque digne d’une toile de Monet.

-Ombre et Lumière …Voilà – me dis-je, de quoi il s’agit !

-Nous avons en nous ces deux aspects de la Grâce et de la Nature, de la chair et de l’esprit et du temporel et l’intemporel. Une lutte se fait à tous les instants de notre existence pour en arriver à la Lumière. Tout est gradué d’avances et de reculs, de chutes et de relèvements de bas et de hauts. Et toujours dans la même entité. Les humains manquent de patience tellement qu’ils s’étourdissent de valeurs si obsolètes et incongrues. Ils fuient dans leur espace et temps à vive allure. Ils sont en fuite en avant  à toute allure de leur vide ; que ce vide les encercle et les rejoigne plus vite que leur fuite. Ils accumulent des biens terrestres qu’ils ne pourront amener dans leur tombeau : manque de place .Ils croient qu’avec l’accumulation de possessions cela les rendront heureux ou qu’en s’occupant de leur corps ils acquerront le bonheur total, final et éternel. Le matériel, le temporel; la  nature se corrompt, rouille et  se désagrège. L’Esprit demeure. La Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.

Tout  d’un coup, sans crier gare, les oiseaux se taisent et reviennent à la sauvette à leurs nids et repaires. Je scrute l’horizon et y décèlent une petite buse qui rôde en sourdine au dessus de la forêt  engloutie dans les brumes blanchâtres à la recherche de sa pitance.

Elle décrit des cercles descendants et remonte par saccades et finit par disparaître dans le lointain. Les outardes sont les premières à sonner la fin d’alerte et le concert reprend fermement avec tous les autres adjoints des ailés.

-Ou en étais-je donc ? Ah oui ! La Grâce et la Nature. Quel bel exemple que je viens de contempler. La Grâce sait se saisir de ces moments éminents qui renferment toute la beauté de l’extase. Toute la magnificence de cet instant présent. Elle sait  distinguer le magnifique dans la laideur et la Paix dans la guerre .La Grâce sublimise l’aspect contraire du négatif. Tout comme la nuit n’est qu’une absence de lumière du jour. La Grâce dynamise et ne stagne pas. La Grâce discerne la mort comme une nouvelle vie.

Un pigeon frondeur vient se poser sur les rebords du parapet me fixe et m’enligne. Je le salue et il me répond par un roucoulement douceâtre. Il se dandine et prends son envol, pique tout droit vers le sol. Le soleil gagne en hauteur tandis que les brumes s’étiolent en langueur. Aujourd’hui, encore, il fera chaud. Printemps magnifique et tout renouvelé de vie .Les outardes se sont camouflées dans les bancs de brume au sol. On entend leur cacassements comme si elles étaient en conférence. Et, tout de go, elles prennent leur envol  gracieusement tout en croisant le soleil tout en or.

Pierre Dulude

Les Ailes du  Temps

Laval, 24 mars 2012


Archive pour mars, 2012

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(Long silence)

Au terme de longues et interminables minutes d’attente, enfin, le cercle lumineux ose pointer son premier arc d’un rouge vif et flamboyant. Depuis un bon moment les outardes, les mésanges et les autres ailés s’exaspèrent de sa prestance. Il se fait espérer mais le voilà enfin tout majestueux et pompeux à la fois. Le concert de notes des oiseaux éclate en apothéose. Ce matin le brouillard paresse au dessus du lac. Aux premiers rayons de l’astre il semble s’envoler vers ce seigneur du jour .Il tourbillonne en serpentins s’entichant aux faisceaux vermillon de lumière. Une envolée d’outardes darde et perce ce banc de brume en y  traçant un passage semi secret. Le fond de toile d’un rosé léger, à faire rougir une jeune fille timide, rend la scène d’une beauté prodigieuse. Du haut du parapet du monastère je me réjouis à chacune de mes respirations de  vivre et d’admirer cette éclosion de beautés de la création. Cette grâce de la nature envoûte. Les dernières étoiles se cachent derrière la lumière de plus en plus présente au zénith feignant la gêne.
Les pigeons extrapolent leur vols et  voltiges ainsi que les quiscales qui croassassent.  Les petits moineaux piaillent de joie. Je respire à plein poumons l’instant sublime, magnifique. Une bride de l’Ode à la Joie me vient à l’esprit  tout en méditant. Je songe  tout bas :

-Il y a longtemps que je n’ai pas écrit. Une éternité que je n’ai pas couché sur papier mes paraphrases et ma poésie; pourquoi ? Pourquoi ce long silence ? Et pourtant ce ne sont pas les idées qui manquent; au contraire tout bouillonne dans mon esprit tout, comme un volcan calme, s’habille du grand branle-bas de combat. Le syndrome de la page blanche n’est même pas une excuse. Un temps d’arrêt volontaire, une réflexion profonde ou une halte pour palper l’insondable ?
J’ignore.
Ce matin ce lever de soleil me presse d’étaler sur ma feuille blanche mes coups d’ailes des Ailes du  Temps.
Oh ! Il y a bien eu la lecture des Visions  d’Hildegarde Von Bigen qui m’ont induit la douceur de l’Amour (don de soi) et du sens concave de l’équilibre  mais il y a surtout la lecture des différences entre la Grâce et la  Nature qui m’ont imprégné un sens distinctif entre la chair et l’esprit ; entre le temporel et le spirituel. Les ténèbres ont laissé briller la Lumière et  ne l’ont pas arrêtée.
La Grâce donne, agit en toute simplicité et fuit la moindre apparence du mal .La Grâce est généreuse pour les autres, elle est simple et humble et aspire aux biens éternels. La Grâce pardonne facilement et ne possède aucune rancune d’aucune sorte ; elle donne sans espoir de retour et fuit toute complaisance. La Grâce sait pardonner et Aimer.

La nature, pour sa part, s’attache aux biens de ce monde et à toutes les vanités. Elle exige des autres, reçoit et s’attend de recevoir. Elle travaille pour son intérêt et ses honneurs. Elle recherche que le bien pour elle-même quitte à bousculer les autres. Elle convoite les biens du temps et s’irrite des injures des autres. Elle agit que pour le gain et ne fait rien gratuitement .Elle se glorifie de rangs élevés et d’honneurs. Elle sourit aux puissants et méprise les faibles.

Elle rapporte tout à elle et veut se monter et s’exhiber dans les louanges et admirations. Elle s’accroche au temporel avec une crainte inouïe des valeurs spirituelles.

L’envolée d’outardes me passe au dessus de la tête rt va faire un cent quatre vingt degrés quelques cents mètres plus loin. Leur ‘’V’’ reste parfait ; bien alignés. On peut presque entendre le froissement délicat de la brise sur leurs ailes. La brume lève quelque peu laissant apparaître, ici et là, des touffes d’arbres et arbustes au grand plaisir des grives. Le soleil, verge d’or à présent, siphonne des effluves de brouillards comme pour  se vêtir. Le jeu d’ombres et de lumières dessine un paysage paradisiaque digne d’une toile de Monet.

-Ombre et Lumière …Voilà – me dis-je, de quoi il s’agit !

-Nous avons en nous ces deux aspects de la Grâce et de la Nature, de la chair et de l’esprit et du temporel et l’intemporel. Une lutte se fait à tous les instants de notre existence pour en arriver à la Lumière. Tout est gradué d’avances et de reculs, de chutes et de relèvements de bas et de hauts. Et toujours dans la même entité. Les humains manquent de patience tellement qu’ils s’étourdissent de valeurs si obsolètes et incongrues. Ils fuient dans leur espace et temps à vive allure. Ils sont en fuite en avant  à toute allure de leur vide ; que ce vide les encercle et les rejoigne plus vite que leur fuite. Ils accumulent des biens terrestres qu’ils ne pourront amener dans leur tombeau : manque de place .Ils croient qu’avec l’accumulation de possessions cela les rendront heureux ou qu’en s’occupant de leur corps ils acquerront le bonheur total, final et éternel. Le matériel, le temporel; la  nature se corrompt, rouille et  se désagrège. L’Esprit demeure. La Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée.

Tout  d’un coup, sans crier gare, les oiseaux se taisent et reviennent à la sauvette à leurs nids et repaires. Je scrute l’horizon et y décèlent une petite buse qui rôde en sourdine au dessus de la forêt  engloutie dans les brumes blanchâtres à la recherche de sa pitance.

Elle décrit des cercles descendants et remonte par saccades et finit par disparaître dans le lointain. Les outardes sont les premières à sonner la fin d’alerte et le concert reprend fermement avec tous les autres adjoints des ailés.

-Ou en étais-je donc ? Ah oui ! La Grâce et la Nature. Quel bel exemple que je viens de contempler. La Grâce sait se saisir de ces moments éminents qui renferment toute la beauté de l’extase. Toute la magnificence de cet instant présent. Elle sait  distinguer le magnifique dans la laideur et la Paix dans la guerre .La Grâce sublimise l’aspect contraire du négatif. Tout comme la nuit n’est qu’une absence de lumière du jour. La Grâce dynamise et ne stagne pas. La Grâce discerne la mort comme une nouvelle vie.

Un pigeon frondeur vient se poser sur les rebords du parapet me fixe et m’enligne. Je le salue et il me répond par un roucoulement douceâtre. Il se dandine et prends son envol, pique tout droit vers le sol. Le soleil gagne en hauteur tandis que les brumes s’étiolent en langueur. Aujourd’hui, encore, il fera chaud. Printemps magnifique et tout renouvelé de vie .Les outardes se sont camouflées dans les bancs de brume au sol. On entend leur cacassements comme si elles étaient en conférence. Et, tout de go, elles prennent leur envol  gracieusement tout en croisant le soleil tout en or.

Pierre Dulude

Les Ailes du  Temps

Laval, 24 mars 2012

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