Le Monastère .

Le Monastère . dans Liens Saint-Benoit_IMG_1439

 

22 août 1980
(Monastère de Saint-Benoît du Lac)
(Enfant prodigue)

‘’ Ne rien préférer à l’Oeuvre de Dieu ‘’

Depuis bientôt deux heures  nous roulons en direction ouest sur l’autoroute 10 vers le Monastère de Saint-Benoît du Lac. Mes compagnons, des A.A. eux aussi, en sont des habitués. À chaque année ils vont faire leur séjour-retraite .Ils m’en parlent comme d’un endroit prodigieux et très spirituel. Je suis anxieux de voir. Débouchant sur le chemin principal qui nous mène à l’Abbaye, nous apercevons la grande Tour du Clocher trônant  de toute sa splendeur. L’architecture rappelle un château du moyen –âge .Je suis conquis par les lieux. Mes yeux n’arrêtent pas d’observer tous les moindres détails des pierres, des formes  et des briques. Nous entrons à la porterie et l’agencement des briquettes me fascine. Juvénal, le mari de Jacqueline, m’amène voir le cloître public. Oh  merveille ! Avec ses lucarnes et  ses fenêtres dégobillant une lumière éclatante mais aussi blafarde de fin d’après-midi d’août. Ma première impression en est celle de l’enfant prodigue qui revient à la maison de son père, et ce, depuis son départ précipité pour aller vaquer dans un monde de perdition.

Je dis à Juvénal en attendant notre inscription :
-C’est ce que je cherche depuis tant et tant d’années. Mes surprises iront de sauts en soubresauts. Je n’en finis pas d’être étonné.

On nous alloue nos chambres. Arrivé à la mienne  je m’empresse de lire les consignes écrites dans un document étalé sur mon petit bureau. À ma gauche, sur ce pupitre il y a la Bible et à droite une copie de la Règle de Saint-Benoît. J’y jette un coup d’œil et une phrase vient s’imprégner dans ma mémoire : ‘’ Ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu ‘’ je  désire en savoir plus .Je regarde, aussi, l’horaire des Offices. On commence, ici au Monastère, à prier à 05 :00 heures du matin; ma première réflexion est de me dire que c’est une heure très matinale, enfin on verra-me dis-je. L’heure du souper arrive et nous nous dirigeons tous vers le réfectoire des Moines qui se trouve à l’extérieur; dans le vieux Monastère. Nous passons sur une passerelle en bois et nous entrons dans un bâtiment qui n’a d’égal en âge. On nous dispose au beau milieu de la pièce et les Moines, eux, sont assis tout autours de cette pièce tout en nous encadrant. C’est…..impressionnant et à la fois sécurisant. Au signal, nous sommes déjà tous debout et attendons, les moines entrent et s’installent. Le Père Abbé commence le Bénédicité et les Moines répondent en chantant. Merveilleuse impression. Encore au signal nous nous assoyons et commençons le repas. Un Moine, isolé, commence la lecture de textes du jour. C’est le silence, personne ne parle, nous n’entendons que les cliquetis des ustensiles et le déplacement des plats sur les tables. C’est révérencieux et respectueux. Je jette un regard, par curiosité, de ces hommes adossés au mur et qui sont dans ce Monastère probablement depuis des années. Une pensée me vient à l’esprit :

-Comment font-ils ? Pourquoi sont-ils ici ? Qu’est ce qui les motive ? Nous sommes en 1980 n’ont –ils pas été ‘’victimes’, de la révolution sociale et religieuse des années ‘’60’’ au Québec. Je fixe un vieux Moine qui prend tout son temps à replacer sa serviette de table. Plus lent que ça …..Je vais avoir beaucoup de questions à poser je le sens .J’espère trouver mes réponses. Elles viendront ces réponses tout au long de cette fin de semaine. Après le repas nous rendons les Grâce toujours en chantant en grégorien : magnifique !

Dans la soirée, l’animateur de la fin de semaine nous explique le déroulement des prochains jours. Il nous invite à assister aux offices qui se tiennent dans la Chapelle Abbatiale. Il nous dit qu’à 19 :30 il y aura les Complies et nous explique un peu le sens de cet Office. Ensuite vers 08 :30 il y aura rencontre avec partage d’un membre A.A.

Je n’hésite pas et à l’heure prévue je vais à la Chapelle. Les Moines sont installés dans la Nef dans leurs stalles désignées et l’Office commence. Je me sens transporté dans un autre monde. Un monde de Paix et de Prière. Le ton sobre des chants grégoriens est divin. Après chaque prière ils se lèvent et font une révérence et s’assoient à nouveau pour entreprendre le reste des psaumes.  À la fin c’est le Notre Père et la Bénédiction du Père Abbé. Ce monde me fascine, m’éblouit, m’emporte et c’est comme un nouveau baptême.

Après la réunion A.A. je me retire dans ma chambre et lit tout d’un trait la Règle de Saint Benoît. On le dit :
-Si une fois tu lis cette Règle elle te restera imprégné dans ton cerveau jusqu’au jour de tes derniers jours.
J’y crois .Ma soif insatiable de vouloir connaître m’a envahie. Je relis des passages de la Règle surtout sur le Chapitre qui parle d’humilité. Je sens que j’ai beaucoup de travail à faire sur ce point là. Une journée à la fois me dis-je .Je saisi la Bible et tombe sur la Parabole de l’Enfant prodigue. Je me dis :
-Mais tout cela, là et maintenant, s’applique à moi. Merci Seigneur !
Je suis venu, aussi, pour cette fin de semaine, pour une raison bien simple. On m’a suggéré de faire les Étapes 4 et 5 de la Méthode des A.A. : faire un inventaire moral et confier cet inventaire à Dieu, à nous –mêmes et à une autre être humain ; en fait  faire notre confession générale. Et quelle est le plus bel  endroit pour procéder à cette confession qu’avec un Moine dans ce Monastère  qui est lié par le secret. Le lendemain je ferai cette démarche. Dans l’après –midi j’ai effectivement rencontré un Moine pour en faire mon confident du moment. Quel soulagement !

Depuis toutes ces années que j’enfouissais dans ma tête toutes les maux qui s’étaient accaparés de moi. Depuis tout ces temps où je me laissais emporter par un comportement néfaste et destructeur. Des agissements de névrosé et névrotique qui n’avait aucun respect pour personne ni même moi-même. Affliger de la douleur à mes proches, mentir, voler, manipuler blasphémer, colère et haine ; sans Foi ni Loi. Je confie à ce Père Monastique tout mes désarrois, ma peine et mes regrets. Contrit je demande l’absolution et en larmes je me mets à genoux. Le bon Père m’absout et me suggère d’aller à la Chapelle réciter un Notre Père et de  remercier le Père  de m’avoir conduit jusqu’à Lui. C’est ce que je  fais à l’instant même.
J’entre dans la Chapelle et je suis seul. Je me mets à genoux et récite mon Notre Père, soulagé et plein de gratitude je ressens une Paix intérieure profonde et apaisante.  Je Lui demande :
-Seigneur c’est quoi la suite ?
Je me réponds :
-En temps et lieux !

Le lendemain, dimanche, j’assiste aux Laudes .Je saute les Vigiles pour cette fois. Installés dans la Chapelle les Moines entonnent les Psaumes en latin. Ils se répondent d’un côté à l’autre dans la Chapelle. Je ne saisi pas le sens de mots, des phrases mais suis imbriqué dans les Chants et la Prière. C’est comme au naturel, je vis une expérience veille de quinze cents ans. Leur prestance, leurs chants et leur charisme s’intensifie jusqu’à la fin de l’Office.  Après les dernières notes nous sortons de l’Église et allons méditer quelques instants dans nos chambres. J’ouvre une petite brochure qui nous parle des vœux que prononcent les Moines lors  de la prise de possession de l’Habit Monastique : Obéissance, Stabilité et Conversion des mœurs. Et surtout, surtout : Ne rien préférer à l’Amour du Christ.

Dans le vœu de Conversion des mœurs, la chasteté et la pauvreté y sont inclus .Ils ne possèdent rien en rien et en tout. Tout est communautaire ; tant qu’à la chasteté c’est un choix de vie. Ils sont sous les ordres  d’un Abbé  et des anciens du Monastère. Saint Benoît dans sa Règle en fait une très savante et simple description de tous ces principes. Ils ont tous leur rôle et leur travail.

Enfin, nous avons une dernière réunion A.A. et dans la fraîcheur de la matinée nous entendons la cloche qui appelle à l’Office de l’Eucharistie. Je me sens fébrile d’y assister. Je renoue ainsi avec une bonne vieille habitude de plusieurs années que j’avais délaissée : aller à la Messe et communier. Office plus grandiose du dimanche tout en chant grégorien vient toucher mon cœur d’enfant. Pour moi, et selon les Étapes A.A., le ‘’Dieu tel que je le conçois’’ est bien là et présent. C’est le Christ.

Après un dîner des plus copieux- nous mangeons très bien au Monastère- nous avons un peu de temps libre avant de retourner à Montréal. J’en profite pour magasiner à la boutique. J’achète une copie de la Règle de Saint-Benoît et une cassette audio avec  les chants grégoriens des Moines de  Saint-Benoît du Lac.
La Règle commence par :
‘’ Écoute, mon fils, l’enseignement du maître, ouvre l’oreille de ton cœur ! Accepte volontiers les conseils d’un père qui t’aime et fais vraiment tout ce qu’il te dit….

De retour chez moi, le lendemain, j’ai un emploi de magasinier  depuis quelques semaines dans une compagnie de tissage à Montréal. Debout avant l’aube j’écoute la cassette de chants tout en lisant la Règle; chapitre par chapitre à tous les jours. Ma compréhension s’aguerrit et la mise en pratique des conseils et suggestions de la Règle sont de mise.
Je m’arrête, un certain matin, sur le principe d’obéissance et en fait ma méditation du jour.je lis et relis les articles qui en parlent. Moi, esprit rebelle et révolté, j’ai quelques difficultés à saisir les principes de cette obéissance. Et si on me demandait des choses impossibles et difficiles que ferais-je ? J’avais à approfondir, à élucider et à comprendre .Il me fallait des exemples, des consignes et des directives.
À partir de ce moment je commence une quête qui me mènera loin dans des horizons insoupçonnés et qui occasionneront de magnifiques rencontres. Mais cette recherche me fera dévier, du moins je le pense de la Voie. Les chemins de la spiritualité sont souvent jonchés d’embûches et de déviations. Tel des joueurs de hockey nous avons à éviter des obstacles sur notre route mais est-ce bien les obstacles que nous croyons? Les difficultés, les souffrances sont là pour nous enseigner plus adéquatement.

Je me dois, avec le temps, d’approfondir mon cheminement dans ma vie .De m’auto- analyser sans en faire une question égoïste mais bien de prendre un recul et essayer d’y voir clair. Avec des conseillers, surtout d’âge mur, je creuse les diverses aspects de ma vie qui m’a conduit jusqu’ici.
Jacqueline me disait :
-Une bonne 4e  Étape ne se fait pas uniquement dans le rouge, c’est-à-dire négativement, de reproches ou de culpabilité. Nous avons fait des choses très viables, potables et positives dans notre vie. Nous avons bu et probablement nous n’aurions pas pu faire ces choses à jeun. Et, ce n’était pas toujours de mauvaises choses que nous avons crues .Bien souvent nous étions en apprentissage de la vie. Nous nous y prenions peut-être bien mal mais nous avons acquis des expériences très significatives à ce que nous sommes aujourd’hui. J’aimais énormément sa sagesse. C’est une femme qui a beaucoup souffert, elle aussi, pour en arriver à ces raisonnements. Je parle d’obéissance, comme elle était ma marraine dans les A.A., elle m’aurait dit de lécher le plancher je l’aurais fait je crois .Je voulais vivre et obtenir ce qu’elle avait; simplicité, spirituel et beaucoup d’amour  maternel. En plus d’avoir de la patience à revendre.

En septembre 1980 je décide de m’inscrire à l’Université de Montréal pour  y obtenir un certificat en toxicomanies; l’endroit idéal pour approfondir mes connaissances, et aussi, chercher un emploi pour pouvoir aider les autres à se sortir de ces marasmes de dépendances et d’alcool et de drogues.

Les cours ne commençaient qu’en janvier alors je pris le temps de poursuivre mon inventaire. Le premier  sujet qui me vient à l’idée c’est l’école et l’armée. N’est –ce pas là où j’ai appris à obéir en premier ? Et là une question me vient à l’esprit tout de  go :
-Mais est-ce voulu ? Est-ce volontaire ?
Je descends profondément dans mes souvenirs et remets sur la table les expériences de ces années. Quelques unes en sont douloureuses, d’autres exaltantes et là aussi j’ai fait des rencontres très significatives pour qui je suis aujourd’hui. Merci à eux et merci à Dieu qui m’a toujours protégé….

 

 

 

 


Archive pour 11 juin, 2012

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22 août 1980
(Monastère de Saint-Benoît du Lac)
(Enfant prodigue)

‘’ Ne rien préférer à l’Oeuvre de Dieu ‘’

Depuis bientôt deux heures  nous roulons en direction ouest sur l’autoroute 10 vers le Monastère de Saint-Benoît du Lac. Mes compagnons, des A.A. eux aussi, en sont des habitués. À chaque année ils vont faire leur séjour-retraite .Ils m’en parlent comme d’un endroit prodigieux et très spirituel. Je suis anxieux de voir. Débouchant sur le chemin principal qui nous mène à l’Abbaye, nous apercevons la grande Tour du Clocher trônant  de toute sa splendeur. L’architecture rappelle un château du moyen –âge .Je suis conquis par les lieux. Mes yeux n’arrêtent pas d’observer tous les moindres détails des pierres, des formes  et des briques. Nous entrons à la porterie et l’agencement des briquettes me fascine. Juvénal, le mari de Jacqueline, m’amène voir le cloître public. Oh  merveille ! Avec ses lucarnes et  ses fenêtres dégobillant une lumière éclatante mais aussi blafarde de fin d’après-midi d’août. Ma première impression en est celle de l’enfant prodigue qui revient à la maison de son père, et ce, depuis son départ précipité pour aller vaquer dans un monde de perdition.

Je dis à Juvénal en attendant notre inscription :
-C’est ce que je cherche depuis tant et tant d’années. Mes surprises iront de sauts en soubresauts. Je n’en finis pas d’être étonné.

On nous alloue nos chambres. Arrivé à la mienne  je m’empresse de lire les consignes écrites dans un document étalé sur mon petit bureau. À ma gauche, sur ce pupitre il y a la Bible et à droite une copie de la Règle de Saint-Benoît. J’y jette un coup d’œil et une phrase vient s’imprégner dans ma mémoire : ‘’ Ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu ‘’ je  désire en savoir plus .Je regarde, aussi, l’horaire des Offices. On commence, ici au Monastère, à prier à 05 :00 heures du matin; ma première réflexion est de me dire que c’est une heure très matinale, enfin on verra-me dis-je. L’heure du souper arrive et nous nous dirigeons tous vers le réfectoire des Moines qui se trouve à l’extérieur; dans le vieux Monastère. Nous passons sur une passerelle en bois et nous entrons dans un bâtiment qui n’a d’égal en âge. On nous dispose au beau milieu de la pièce et les Moines, eux, sont assis tout autours de cette pièce tout en nous encadrant. C’est…..impressionnant et à la fois sécurisant. Au signal, nous sommes déjà tous debout et attendons, les moines entrent et s’installent. Le Père Abbé commence le Bénédicité et les Moines répondent en chantant. Merveilleuse impression. Encore au signal nous nous assoyons et commençons le repas. Un Moine, isolé, commence la lecture de textes du jour. C’est le silence, personne ne parle, nous n’entendons que les cliquetis des ustensiles et le déplacement des plats sur les tables. C’est révérencieux et respectueux. Je jette un regard, par curiosité, de ces hommes adossés au mur et qui sont dans ce Monastère probablement depuis des années. Une pensée me vient à l’esprit :

-Comment font-ils ? Pourquoi sont-ils ici ? Qu’est ce qui les motive ? Nous sommes en 1980 n’ont –ils pas été ‘’victimes’, de la révolution sociale et religieuse des années ‘’60’’ au Québec. Je fixe un vieux Moine qui prend tout son temps à replacer sa serviette de table. Plus lent que ça …..Je vais avoir beaucoup de questions à poser je le sens .J’espère trouver mes réponses. Elles viendront ces réponses tout au long de cette fin de semaine. Après le repas nous rendons les Grâce toujours en chantant en grégorien : magnifique !

Dans la soirée, l’animateur de la fin de semaine nous explique le déroulement des prochains jours. Il nous invite à assister aux offices qui se tiennent dans la Chapelle Abbatiale. Il nous dit qu’à 19 :30 il y aura les Complies et nous explique un peu le sens de cet Office. Ensuite vers 08 :30 il y aura rencontre avec partage d’un membre A.A.

Je n’hésite pas et à l’heure prévue je vais à la Chapelle. Les Moines sont installés dans la Nef dans leurs stalles désignées et l’Office commence. Je me sens transporté dans un autre monde. Un monde de Paix et de Prière. Le ton sobre des chants grégoriens est divin. Après chaque prière ils se lèvent et font une révérence et s’assoient à nouveau pour entreprendre le reste des psaumes.  À la fin c’est le Notre Père et la Bénédiction du Père Abbé. Ce monde me fascine, m’éblouit, m’emporte et c’est comme un nouveau baptême.

Après la réunion A.A. je me retire dans ma chambre et lit tout d’un trait la Règle de Saint Benoît. On le dit :
-Si une fois tu lis cette Règle elle te restera imprégné dans ton cerveau jusqu’au jour de tes derniers jours.
J’y crois .Ma soif insatiable de vouloir connaître m’a envahie. Je relis des passages de la Règle surtout sur le Chapitre qui parle d’humilité. Je sens que j’ai beaucoup de travail à faire sur ce point là. Une journée à la fois me dis-je .Je saisi la Bible et tombe sur la Parabole de l’Enfant prodigue. Je me dis :
-Mais tout cela, là et maintenant, s’applique à moi. Merci Seigneur !
Je suis venu, aussi, pour cette fin de semaine, pour une raison bien simple. On m’a suggéré de faire les Étapes 4 et 5 de la Méthode des A.A. : faire un inventaire moral et confier cet inventaire à Dieu, à nous –mêmes et à une autre être humain ; en fait  faire notre confession générale. Et quelle est le plus bel  endroit pour procéder à cette confession qu’avec un Moine dans ce Monastère  qui est lié par le secret. Le lendemain je ferai cette démarche. Dans l’après –midi j’ai effectivement rencontré un Moine pour en faire mon confident du moment. Quel soulagement !

Depuis toutes ces années que j’enfouissais dans ma tête toutes les maux qui s’étaient accaparés de moi. Depuis tout ces temps où je me laissais emporter par un comportement néfaste et destructeur. Des agissements de névrosé et névrotique qui n’avait aucun respect pour personne ni même moi-même. Affliger de la douleur à mes proches, mentir, voler, manipuler blasphémer, colère et haine ; sans Foi ni Loi. Je confie à ce Père Monastique tout mes désarrois, ma peine et mes regrets. Contrit je demande l’absolution et en larmes je me mets à genoux. Le bon Père m’absout et me suggère d’aller à la Chapelle réciter un Notre Père et de  remercier le Père  de m’avoir conduit jusqu’à Lui. C’est ce que je  fais à l’instant même.
J’entre dans la Chapelle et je suis seul. Je me mets à genoux et récite mon Notre Père, soulagé et plein de gratitude je ressens une Paix intérieure profonde et apaisante.  Je Lui demande :
-Seigneur c’est quoi la suite ?
Je me réponds :
-En temps et lieux !

Le lendemain, dimanche, j’assiste aux Laudes .Je saute les Vigiles pour cette fois. Installés dans la Chapelle les Moines entonnent les Psaumes en latin. Ils se répondent d’un côté à l’autre dans la Chapelle. Je ne saisi pas le sens de mots, des phrases mais suis imbriqué dans les Chants et la Prière. C’est comme au naturel, je vis une expérience veille de quinze cents ans. Leur prestance, leurs chants et leur charisme s’intensifie jusqu’à la fin de l’Office.  Après les dernières notes nous sortons de l’Église et allons méditer quelques instants dans nos chambres. J’ouvre une petite brochure qui nous parle des vœux que prononcent les Moines lors  de la prise de possession de l’Habit Monastique : Obéissance, Stabilité et Conversion des mœurs. Et surtout, surtout : Ne rien préférer à l’Amour du Christ.

Dans le vœu de Conversion des mœurs, la chasteté et la pauvreté y sont inclus .Ils ne possèdent rien en rien et en tout. Tout est communautaire ; tant qu’à la chasteté c’est un choix de vie. Ils sont sous les ordres  d’un Abbé  et des anciens du Monastère. Saint Benoît dans sa Règle en fait une très savante et simple description de tous ces principes. Ils ont tous leur rôle et leur travail.

Enfin, nous avons une dernière réunion A.A. et dans la fraîcheur de la matinée nous entendons la cloche qui appelle à l’Office de l’Eucharistie. Je me sens fébrile d’y assister. Je renoue ainsi avec une bonne vieille habitude de plusieurs années que j’avais délaissée : aller à la Messe et communier. Office plus grandiose du dimanche tout en chant grégorien vient toucher mon cœur d’enfant. Pour moi, et selon les Étapes A.A., le ‘’Dieu tel que je le conçois’’ est bien là et présent. C’est le Christ.

Après un dîner des plus copieux- nous mangeons très bien au Monastère- nous avons un peu de temps libre avant de retourner à Montréal. J’en profite pour magasiner à la boutique. J’achète une copie de la Règle de Saint-Benoît et une cassette audio avec  les chants grégoriens des Moines de  Saint-Benoît du Lac.
La Règle commence par :
‘’ Écoute, mon fils, l’enseignement du maître, ouvre l’oreille de ton cœur ! Accepte volontiers les conseils d’un père qui t’aime et fais vraiment tout ce qu’il te dit….

De retour chez moi, le lendemain, j’ai un emploi de magasinier  depuis quelques semaines dans une compagnie de tissage à Montréal. Debout avant l’aube j’écoute la cassette de chants tout en lisant la Règle; chapitre par chapitre à tous les jours. Ma compréhension s’aguerrit et la mise en pratique des conseils et suggestions de la Règle sont de mise.
Je m’arrête, un certain matin, sur le principe d’obéissance et en fait ma méditation du jour.je lis et relis les articles qui en parlent. Moi, esprit rebelle et révolté, j’ai quelques difficultés à saisir les principes de cette obéissance. Et si on me demandait des choses impossibles et difficiles que ferais-je ? J’avais à approfondir, à élucider et à comprendre .Il me fallait des exemples, des consignes et des directives.
À partir de ce moment je commence une quête qui me mènera loin dans des horizons insoupçonnés et qui occasionneront de magnifiques rencontres. Mais cette recherche me fera dévier, du moins je le pense de la Voie. Les chemins de la spiritualité sont souvent jonchés d’embûches et de déviations. Tel des joueurs de hockey nous avons à éviter des obstacles sur notre route mais est-ce bien les obstacles que nous croyons? Les difficultés, les souffrances sont là pour nous enseigner plus adéquatement.

Je me dois, avec le temps, d’approfondir mon cheminement dans ma vie .De m’auto- analyser sans en faire une question égoïste mais bien de prendre un recul et essayer d’y voir clair. Avec des conseillers, surtout d’âge mur, je creuse les diverses aspects de ma vie qui m’a conduit jusqu’ici.
Jacqueline me disait :
-Une bonne 4e  Étape ne se fait pas uniquement dans le rouge, c’est-à-dire négativement, de reproches ou de culpabilité. Nous avons fait des choses très viables, potables et positives dans notre vie. Nous avons bu et probablement nous n’aurions pas pu faire ces choses à jeun. Et, ce n’était pas toujours de mauvaises choses que nous avons crues .Bien souvent nous étions en apprentissage de la vie. Nous nous y prenions peut-être bien mal mais nous avons acquis des expériences très significatives à ce que nous sommes aujourd’hui. J’aimais énormément sa sagesse. C’est une femme qui a beaucoup souffert, elle aussi, pour en arriver à ces raisonnements. Je parle d’obéissance, comme elle était ma marraine dans les A.A., elle m’aurait dit de lécher le plancher je l’aurais fait je crois .Je voulais vivre et obtenir ce qu’elle avait; simplicité, spirituel et beaucoup d’amour  maternel. En plus d’avoir de la patience à revendre.

En septembre 1980 je décide de m’inscrire à l’Université de Montréal pour  y obtenir un certificat en toxicomanies; l’endroit idéal pour approfondir mes connaissances, et aussi, chercher un emploi pour pouvoir aider les autres à se sortir de ces marasmes de dépendances et d’alcool et de drogues.

Les cours ne commençaient qu’en janvier alors je pris le temps de poursuivre mon inventaire. Le premier  sujet qui me vient à l’idée c’est l’école et l’armée. N’est –ce pas là où j’ai appris à obéir en premier ? Et là une question me vient à l’esprit tout de  go :
-Mais est-ce voulu ? Est-ce volontaire ?
Je descends profondément dans mes souvenirs et remets sur la table les expériences de ces années. Quelques unes en sont douloureuses, d’autres exaltantes et là aussi j’ai fait des rencontres très significatives pour qui je suis aujourd’hui. Merci à eux et merci à Dieu qui m’a toujours protégé….

 

 

 

 

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