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        Obéissance
(Cadets, armée, écoles, travail)

OBÉIR DE BON COEUR

14 -Pour que cette façon d’agir soit agréable à Dieu et douce aux hommes, il faut faire ce qu’on ordonne sans peur, sans retard et sans mollesse, sans murmurer et sans refuser.
(Règle de Saint-Benoît, chap. 5)

N’étant pas un élève modèle, du moins c’est ce qu’on cherche à me faire savoir, je suis toujours en dessous de la moyenne ; le premier de la queue selon l’expression populaire. Pour moi les acquisitions de connaissances académiques ne sont pas de mes motivations de tout acabit. Le  primaire et aussi le secondaire seront jalonnés d’échecs en échecs. Je dois redoubler des années plusieurs fois  (5e et 7e) avant d’obtenir le ‘’ droit’’ d’aller au secondaire. Ils m’ont fait ‘’monter’’ par charité disaient-ils. Mais je ne m’en offusque pas trop momentanément. Je me plie aux volontés des directions d’école appuyées par mes parents. J’obéis. Mais cette obéissance recèle cette révolte, souvent bien enfantine, qui couve sous un amas de haine, de ressentiments et de vengeance.
Je suis un enfant très sensible et au moindre heurt je pleure. Je me construis une carapace qui ne me sert qu’à me rendre encore plus vulnérable aux autres.

Et que dire des expériences douloureuses subies pendant bien des années; j’en ai fait le bilan de tout cela mais non dans un sens d’apitoiement sur moi-même  mais dans le sens d’apprentissage. J’ai pardonné aux gens qui m’ont éduqué et qui m’ont fait subir ces affres.

Comme ce professeur de 5e qui me demandait de lui dire comment écrire  12 en chiffre romain. Il avait dans la main une verge (mètre), j’en avais une satanée peur de cette verge, je me suis trompé et je lui disais douze : 12. ‘’En chiffre romain -me disait –il- et je répétais 12 et non XII  alors il  me faisait claquer sa verge sur le bras gauche jusqu’à ce que j’en pleure à chaudes larmes. Et il continuait au grand rire de mes compagnons de classe. Beaucoup de gens vont dire – mais ça n’a pas de bon sens etc.….- moi je dis oui ça du bon sens!  Aujourd’hui je peux lire les chiffres romains dans toute leur splendeur. Combien d’expériences comme celle-là ai-je vécues ? Plusieurs. Mes émotions sont à fleur de peau et pour moi je prends très mal mes échecs …avec le temps.

J’aime le français, l’histoire, la géographie et la religion par contre les mathématiques sont un cauchemar. Je n’y comprends absolument rien .Combien d’heures ma  grande sœur  m’explique le phénomène des fractions et de la règle de trois(3)? Je ne vois pas et pour moi cela relève du chinois traduit en japonais .Je ne m’intéresse pas aux matières scolaires et j’ai hâte que les journées se terminent à l’école .En revenant à la maison je me plonge les yeux et l’esprit  dans les bandes dessinées (Tintin) à l’exagération. Je fuis dans ces albums illustrés.
Pour ma deuxième 5e année nous avons comme   professeur un homme très religieux et ça me plaît. Il nous parle souvent de Jésus, de la Bible et des Saints. Il me vient en mémoire la visite d’un frère Franciscain, un jour. Sa coule brune avec son cordon ainsi que ses sandales m’ont vivement impressionné, j’ai fait la demande d’aller m’inscrire à  leur monastère-école. Son discours sur saint François d’Assise et sur Jésus m’ont marqué; j’avais onze ans à l’époque mais j’avais un petit handicap je souffrais énurésie nocturne et ce problème me gênait au plus haut point (il me suivra jusqu’à l’âge de seize ans)

Et je vois dans cette lacune mon empêchement d’aller dans cette communauté; j’ai donc refusé. Il y avait la gêne, aussi, devant mes frères et sœurs qui en faisaeint mention à tout bout de champs.

J’ai vécu, aussi, un problème d’inceste avec mon père dans ces années fragiles. Je ne m’étalerai pas  sur ce sujet seulement que pour mentionner que je vivais de peur, de honte et de culpabilité. J’ai pardonné, non du bout des lèvres, mais du fond du cœur…..’’Père pardonnes leur car ils se savent pas ce qu’ils font.’’

Arrivé au secondaire, toujours non intéressé par les études que nous bâclions vitement, je m’inscris au Corps de Cadets. Je trouverai là des motivations et des raisons d’apprendre, à vivre et à me valoriser moi qui me déprécie tant. Avec le temps j’ai déchanté mais j’aime l’uniforme, les enseignements et la discipline. Il y avait toujours de la place pour les humiliations mais qui forgent le caractère. Nous apprenions à obéir et à exécuter les ordres. Nous apprenions aussi  à nous  débrouiller avec ce que nous avions sans trop récriminer. Les étés nous allions au camp militaire à Farnham(en Montérégie).

Sept semaines d’entraînement, sept semaines à vivre dans la discipline et en compagnie de jeunes de mon âge. Apprendre à obéir  dans l’immédiat. Il fallait savoir écouter. Les cours donnés sont un trésor d’apprentissage. Il est vrai que je me sentais chez moi et j’étais très intransigeant. Mais surtout, surtout, éloigné de la maison paternelle pendant tous ces jours. Car nous ne vivions pas une très grande sérénité dans le foyer familial. L’armée m’a donné une certaine forme de famille malgré les déboires de certains et certaines. Avec les quelques années que j’y ai passé là je suis devenu le commandant de mon corps de cadets et été décoré. Ma saga s’est terminée sur une très mauvaise note mais qui m’a servi de leçon le reste de mes jours. On m’avait promis, comme à tous les commandants de corps de cadets, l’ultime récompense : le voyage à  Banff en Alberta. Je n’y suis jamais allé sous prétexte que j’avais plus de dix-huit ans (c’est ce qu’on me dit).Injustice et mensonge. Cet affront m’est resté dans la gorge bien des années et recouvert de rancune. Ce n’est que quelques années plus tard que j’ai compris le sens de cet épisode. Mes effronteries m’ont amené à ma récolte : tu récolteras ce que tu as semé. Qui sème le vent récolte la tempête. Belle leçon de vie.

Et les belles années du secondaire ont fondues comme neige au soleil, il était maintenant temps de s’introduire dans le marché du travail. Cette phase ne s’est pas faite sans heurt et désagrément. Après un emploi gris et terne de fonctionnaire d’une durée de  quelques mois je me suis engagé comme pompier à Ville de Laval. Là, je devrais combattre un ennemi terrible : le feu. De soldat de l’armée je passe donc à soldat du feu. Tout en se forgeant le caractère, là aussi, nous apprenons à lutter contre ce fléau dangereux. Il fallait toujours être sur nos gardes et être prévoyant tout en pensant à nos compagnons et travailler en équipe. J’ai été blessé  quelques fois, des choses mineures. Je n’aime pas l’atmosphère des casernes de pompiers, je suis un solitaire et, pour moi, j’aime mieux travailler en silence et dans le calme. Je suis resté à l’emploi de Ville de Laval  cinq (5 ans).

En 1972  je m’inscris à un cours d’officier (lieutenant) dans la réserve de l’armée Canadienne qui se déroule  à Farnham et ensuite Valcartier (Québec) pendant  tout l’été. J’ai laissé mon emploi de pompier et j’ai entrepris ce cours. J’y ai vécu à ces endroits une aventure fantastique. Diriger des hommes n’est pas une sinécure. Au départ il faut les aimer et les considérer car c’est avec eux, s’il y avait combats ou luttes, que nous irions. La confiance doit régner et le respect ne s’achète pas ; il se gagne. Les qualités humaines et humanitaires doivent être prépondérantes. Comme l’expression le dit si bien : j’aimais tellement cela que j’en mangeais ! Nous avons vécu pendant ces huit semaines un esprit de fraternité hors limite.

Avoir l’esprit de commander est un art qui s’apprend et se pratique. Mais un bon commandant doit savoir obéir s’il veut bien se faire obéir à son tour et c’est par l’exemple qu’il doit le faire. Il doit savoir écouter s’il veut se faire écouter. De retour à la vie civile, en septembre, je m’inscris pour obtenir mon diplôme de secondaire cinq (V) ensuite une année plus tard aux études collégiales et, enfin, à l’université; en sciences-politiques. Là j’y découvre un autre monde : le monde. Je sent que dans  mon parcours académique j’accuse un retard immense et je me dois de le combler. Je lis, lis et relis des centaines de livres, volumes, bouquins, brochures, textes sur tout et sur rien. J’écris, et réécris. Je vais à l’extrême de mes capacités et m’épuise. Mes résultats académiques ne s’améliorent pas. C’est de moindre importance.

Je suis à ces études sur le tard. La majorité des étudiants sont dans le début de la  vingtaine et j’en ai vingt-six. En fait c’est à cette période ou je consomme drogue et alcool à outrance. L’été j’ai des emplois d’étudiant avec l’armée (réserve) (enquête sur la pollution par le bruit (qui a donné les murs qui longent l’autoroute 15 à Montréal), commandant de peloton avec des jeunes étudiants) et le reste de l’année des cours à l’université.

Mon côté rebelle prends le dessus et je milite dans les organisations étudiantes. Après deux ans j’abandonne l’université et va rejoindre les rangs des militants dans les organisations populaires et communautaires à Montréal. Nous combattons, du moins nous essayons de combattre, les injustices sociales. Chômage, aide-sociale, petits travailleurs, défavorisés, etc. Nous apprenons la misère humaine et comment la soulager. Après quelques années de ce manège, et surtout en surconsommation d’alcool et de drogues je me retrouve en plein centre des luttes dures ouvrières au Québec dans une centrale syndicale très connue. Je suis directeur de grève et je me demande sérieusement ce que je fais dans ce marasme social, politique et épuisant. J’hérite du dossier d’une compagnie (Cadbury (1978) qui ferme ses portes et laisse à la rue plus de 500 travailleurs et travailleuses .Le désespoir est notre lot au quotidien. Encourager, lutter, essayer de convaincre, négocier, mobiliser; rien n’y fait la direction de la compagnie ferme les portes en novembre de 78.

Au bout de six mois de ce train d’enfer : grèves, piquetage, débrayage, négociations je perds mon emploi (n’ayant pas de permanence) et me retrouve encore une fois  au chômage. Nous sommes en 1978. Ma descente aux enfers, commencée depuis quelques années va aller en crescendo et tout au haut de la pente pour en redescendre avidement et abruptement dans une course effrénée vers le bas.

Découragé, battu : je me sépare de mon épouse après sept ans de mariage, j’ai accumulé des dettes immenses, je ne paie plus mon loyer ni mes créanciers. Je ne possède plus mon jugement logique et rationnel. Je n’ai plus d’emploi et je ‘’végète’’ comme une âme perdue et en peine .Je déménage, je ne sais plus combien de fois, partout et nulle part. J’avais besoin d’aide mais me refusais à tout secours. L’alcool m’a vaincu.

Quelques fois je me demande comment se fait-il que je sois encore en vie. Pour moins que tout cela quelqu’un se serait enlever la vie .Je devais vivre ! Pendant toute l’année 1979 – après un déménagement catastrophe à Sainte-Lucie des Laurentides – seul et isolé avec mon mal et mes récriminations je panse mes plaies et mes blessures, intellectuelles, mentale et spirituelles.   Je redéménage à Montréal et je  vis comme un itinérant mais avec  un certain ‘’luxe’’. J’ai toujours un toit sur la tête mais ne mange pas à ma faim. J’ai connu la faim.la soif le froid, l’insécurité, les peurs, la solitude et l’abandon; autant que le rejet.
Je quêtais dans les bars et les brasseries mes bières et mes cigarettes, je ramassais des mégots de cigarettes sur la rue. Le bel officier et l’universitaire est devenu un  itinérant et je n’avais qu’un pas à faire pour me retrouver sur un banc de parc; j’y ai songé souvent. Le Seigneur avait d’autres plans pour moi. Par chance !


Le Seigneur a donné……le Seigneur a enlevé.( Voir Chapitre : 16 décembre 1979)

…suite les années  »80 »

 


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