Servir.

Servir. dans Liens oiseauu1

Servir
(Travail, AA, etc.)

 

Le début des années quatre-vingt(80) annonce une nouvelle vie. Une nouvelle épopée dans mon cheminement. Maintenant que je ne consomme plus ni alcool ni drogues, tout est à refaire, à rebâtir et recommencer mais pas avec les mêmes valeurs intrinsèques d’avant ma chute. Plus question de vouloir obtenir à tout prix le summum dans tout et d’aller au-delà des limites. Donner au temps de prendre son temps me disait Jacqueline  dans nos conversations. Se donner le temps de réfléchir, de penser et de méditer. Et avec mes quelques visites au Monastère : se donner le temps de contempler.
Se donner, aussi, le temps d’apprécier le beau et la beauté. Ne plus chercher le mal partout mais bien rechercher la Lumière partout et en tout. Car la laideur n’existe pas ce n’est que la beauté qui existe sous toutes ses formes. Et, de plus est, aider les autres à dépasser leurs peurs et leurs limites émotives. Écouter les autres; leurs doléances et chagrins.

J’ai bien quelques emplois ici et là et comme le dit le dicton populaire : cinquante-six métiers, cinquante-six misères (laveur de vaisselle, peintre en bâtiment, aide-ménager, commis, etc…) mais c’est la vie. Il y a toujours de belles rencontres éclairantes.

À la suite d’études à l’Université de Montréal, en toxicomanies, j’obtiens un emploi de thérapeute dans un centre de réhabilitation pour alcooliques et toxicomanes. Là le Seigneur m’a fait voir de toutes les couleurs pour me montrer quels ravages l’alcool, les  drogues et les médicaments font sur les êtres humains.
Un  certain soir un homme arrive et veut faire une thérapie. Il se sent pris d’angoisses profondes; il est dans un état très dépressif. Nous lui donnons une chambre et lui conseillons de se coucher et de dormir. Pendant la nuit  il profite qu’il n’y a pas  de surveillance et s’enfuit. Aux petites heures du matin nous recevons un  appel de la police de Montréal et ils  nous disent qu’ils ont trouvé notre homme et sur lui il avait une facture venant de notre centre. Nous leur disons que ce monsieur s’est bien inscrit, la veille, pour une thérapie mais qu’il avait quitté le centre en pleine nuit .Les policiers, alors, nous affirment qu’il s’est suicidé dans une chambre de motel aux petites heures ce matin-là. Tout un choc !

Combien d’autres cas comme celui-là m’ont marqué ? Un grand nombre. Des  mutilés, des suicidaires, des gens complètement défaits, des gens en manque; manque d’amour, d’alcool, de drogues, de médicaments, de Dieu, etc…) Le désespoir de ces  gens est palpable. Nous voudrions tous les sauver et leur dire qu’il est bénéfique de se libérer  de ces fléaux…mais nous ne sommes pas des sauveurs et si nous essayons de jouer au sauveur c’est nous –mêmes qui allons nous couler.
Cet emploi n’a pas été de longue durée (10 mois); par veine, car j’en étais rendu à l’épuisement professionnel .Mes émotions avaient pris le dessus et je me sentais en danger. Toujours protégé par le Père, j’ai quitté ce poste juste à temps. Je ne pouvais plus continuer car la rechute dans l’alcool se faisait sentir. Ma mission à cet endroit était terminée. Je me sens comme un soldat blessé après d’âpres combats. Un repos m’est nécessaire pour entreprendre d’autres batailles contre le mal et les ténèbres.

J’ai une nouvelle compagne et nous filons le soi-disant parfait amour. Comme bénévole je vais faire de l’écoute téléphonique pour les A.A. à Montréal une après-midi par semaine, quatre heures à toutes les fois. J’ai entendu là des cas désespérés. Ce que j’appréciais c’est l’anonymat. Nous ne savions pas à qui nous nous adressions et ces gens, de leur côté, ne savaient pas à qui ils parlaient .Pour moi ces voix c’étaient des voix célestes, celle  du Christ , qui nous criait sa souffrance .Fallait écouter. Je me disais : ‘’ je viens chercher mes réponses ici ‘’. 

Nous avons à écouter et parler le moins possible car ce sont eux qui ont besoin de nous mais oh combien ! Nous avons besoin d’eux. C’est à cette époque, aussi, que je m’adonne à la photo. Prendre des photos et en faire le développement en chambre noire .Pour moi c’est de la création; allier connaissances et théorie tout en exécutant des œuvres d’art. J’aimais travailler le noir et le blanc, les jeux d’ombre et de lumière.

Nous déménageons, ma compagne et moi,  dans les Laurentides pour goûter la Paix, la sérénité et le calme nécessaire pour  me remettre d’aplomb et repartir vers d’autres missions.

Dans les décors enchanteurs et sublimes campagnards d’Arundel (non loin de Mont-Tremblant) la santé se refait. Nous avons, ma compagne et moi, deux fils. Et j’applique pour  un emploi dans un centre d’accueil pour jeunes délinquants (13-18) que j’occuperai pendant près de trois(3) ans. Là, encore, il m’est difficile ne pas permettre à mes émotions et à mon attachement de ne pas prendre le dessus .Ces enfants ont un besoin insatiable d’amour. J’en ai à revendre. Leur comportement déteint sur eux comme la pluie au passage du soleil. Ils sont beaux, ils sont jeunes et prometteurs malgré les affres de leur passé. Il n’est pas trop tard pour leur montrer le chemin et les diriger tout en semant des valeurs positives si souvent absentes dans leur petite vie déréglée.

Endroit de prédilection pour le semeur de Lumière  et les résultats ne nous appartiennent pas .J’ai fait mon boulot; mon tour de garde est fini. 

Je laisse cet emploi et me retrouve pour quelques mois au chômage; encore, mais ce n’est que temporaire. Il y a toujours à entrer en ligne de compte les réunions A.A. mais je ne suis pas régulier .Il y a les gens à écouter et à consoler par saccades.

En 1988 je déniche un emploi de concierge à Ville de Laval, je reviens à mes anciennes amours : Laval. J’ai à m’occuper d’un immeuble à logements (115 appartements) (complexe de trois(3) immeubles) de quinze étages qui prennent réellement tout mon temps.

Je ne suis plus en relation d’aide pour changer .Le mot d’ordre est : servir. Servir des locataires en nettoyant et en donnant un service quasiment jour et nuit car nous étions dérangés souvent pendant la période nocturne. Des problèmes surgissaient à toute heure du jour, aussi, qu’il fallait régler. J’ai fait quelques séjours à la Trappe d’Oka. A.A. ; j’avais délaissé mais en 1991 nous avons mis sur pied un groupe d’aide : Le Gîte : meeting A.A. pour alcooliques.

Combien de personnes ont eu la vie sauve avec ce groupe ? Dieu seul le sait et ce groupe ne m’appartenait pas .De plus en plus dans ma vie je vis le détachement du matériel et des possessions autant que des personnes.

Un troisième fils vient au monde. Je garde cet emploi pendant huit(8) ans.des gens m’ont déjà demandé comment j’ai fait pour tenir si longtemps et je répondais :- les enfants d’abord les parents et leurs rêves ensuite.
Apprendre à servir et souvent, sans récriminer. Toujours recommencer les mêmes travaux, les mêmes gestes du matin jusqu’au soir. Je lis encore et encore la Règle de Saint-Benoît qui me suit  toujours. En 95, lassé et découragé, par un beau matin de décembre je fais comme un renouvellement de ma Foi. Je me dis :
-Aujourd’hui je vais faire mes travaux comme si je recevais le Christ en personne. Je me suis mis à astiquer, frotter, laver, polir, et  décrasser  comme pour recevoir un personnage très important.

Et la première personne qui est entrée dans l’édifice, ce matin là,  a été une enfant d’une douzaine d’années qui m’a fait la remarque de la propreté des lieux ; j’ai compris le message.
Suite à quelques mésententes avec mes employeurs j’ai été congédié mais ce fut une bénédiction du ciel. Il y a eu procès  au tribunal du travail, compensation monétaire et départ. Je ne voulais pas retourner travailler à cet endroit .Mission terminée là aussi .Les enfants grandissaient .Je me devais de retrouver un emploi. Je suis retourné aux études ;en informatique. Après l’obtention d’un certificat en gestion de réseaux je me suis mis à la recherche d’emploi. Vu mon âge avancée (51 ans) il y a eu des difficultés à me replacer sur le marché du travail. J’ai commencé à donner de la formation, à enseigner à des gens de tous les âges l’informatique et la bureautique. J’aimais enseigner, car lorsqu’on enseigne on peut se permettre, aussi, de faire passer des valeurs positives et de Lumière. L’occasion se présentait à toutes les fois  et en même temps je servais ces gens par mes connaissances. J’ai fait  ce travail pendant plus de dix ans.

En 2006, tout s’écroule à nouveau – le Seigneur a donné, le Seigneur a enlevé- encore une fois .Je me retrouve sans emploi (je fais des ménages de cliniques médicales) et je perds mon dernier contrat. J’arrive à soixante ans et me retrouve, encore, une fois au chômage; dans la même situation d’y il a vingt sept ans. Je prends conscience que Dieu veut me faire voir qu’il  n’y a que Lui.

Quelques années auparavant, ma compagne de vingt-trois ans de vie et moi nous nous séparons; incompatibilité? Les enfants sont assez matures pour la séparation. Je continue de vivre avec deux de mes fils qui sont au secondaire. Et arrive 2006 : année de détachement de tout ce qui est temporel et terrestre. Je m’inscris à l’aide sociale et nous vivons qu’avec un minimum de matériel. Mes deux fils ont des emplois et paient leur part (minime).C’est un choix de vie et nous nous contentons de peu, de très peu. 

Pour ma part, en cette année 2006, je vis profondément une remise en question. Je songe souvent à aller au Monastère de Saint-Benoît du Lac mais ne m’y résout pas dans l’immédiat. Je recommence à faire de l’écoute téléphonique et à Laval et à Montréal. Je m’occupe, le vendredi soir, d’un groupe A.A. à Montréal et j’écris. J’ouvre un blog sur internet  et y envoie quelques textes par mois. Prose et poésie, tout en beauté et Lumière.

De fil en aiguille, de rencontres en rencontres, je retourne au Monastère en octobre 2007. Comme pour arriver à une certaine conclusion de ce que j’ai vécu pendant toutes ces années. Je reviens dans la Maison de Père qui m’accueille à bras ouverts. Je fais la rencontre d’un moine (Père Carette) qui m’écoute religieusement .Je lui parle d’humilité et de mon cheminement spirituel. À la fin de notre conversation, spontanément, il me prend dans ses bras et me dit : -‘’ Re-bienvenue mon fils; tu es chez toi ici’’. Je retrouve, après dix-neuf ans d’absence le Père, les chants grégoriens, les Offices et les frères moines et, aussi, la Règle de Saint-Benoît.


Lorsque je reviens à la maison je me mets à la recherche d’un conseiller spirituel proche et disponible. Je me souviens que dans mon adolescence je rencontrais à l’occasion un Père des Missions Étrangères qui venait régulièrement à l’école nous enseigner la Morale Religieuse. Je vais sur internet et cherche le numéro de téléphone des Missions Étrangères non loin de chez-moi. Je prends rendez-vous avec le Père Florent Vincent, prêtre et missionnaire qui a passé cinquante ans de sa vie au Japon. À notre première rencontre le contact s’est fait en Esprit et en concorde. Il m’a accueil dans la maison de Missions Étrangères comme un frère ; un des leurs. Le Père Vincent  qui arrive  à quatre-vingt ans est un sage .Il me parle, après lui avoir dit ce que je vivais, de la Parabole de l’enfant prodigue. Nous nous sommes mis d’accord sur des rencontres une fois par semaine pour un certain temps; par la suite nous verrons. Le dimanche je vais à la messe  aux Missions Étrangère et je renoue avec la liturgie simple et accueillante.
 

En 2008 je me demande si cela n’existe pas quelqu’un qui veut vivre sa spiritualité et qui pourrait être rattaché au Monastère de Saint-Benoît du Lac. Encore une fois je retourne sur internet et chercher sur le site web de l’Abbaye. J’y découvre : oblation. Il y a une adresse courriel et j’écris. C’est le Père Carette qui est responsable des Oblats. Sur l’instant je ne me doute pas que c’est lui qui m’a reçu en 2007. Il m’invite à une rencontre des Oblats qui aura lieu à Montréal en avril (2008) et je consens à y assister. Mais ce n’est qu’en 2009, après une très mûre réflexion car, j’y vois un geste important, que je fais officiellement ma demande de devenir Oblat Bénédictin rattaché au Monastère de Saint-Benoît du Lac. À cette époque je commence des séjours de plus en plus fréquents au Monastère. Une trentaine de jours en 2009, environ le même nombre de jours en 2010 et en 2011 plus de soixante jours. J’y donne de mon temps, énergie et appui à la communauté. Apprendre à servir dans la joie et reconnaître dans les hôtes le Christ. J’y travaille au réfectoire de l’Hôtellerie  et aide pour divers travaux tout en suivant à la lettre les Offices du matin jusqu’au soir ; je suis chez moi dans la Maison de Dieu. Apprendre à servir en toute humilité et abnégation.

 

Donner sans espoir de retour et recevoir sans espoir de pouvoir rendre la pareille

 

Suite….Le détachement….

 


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