Interlude.

Interlude. dans Liens intermede3

Interlude.


Il y a, parfois ou fréquemment, des souvenances résurgents à l’esprit comme un éclair par une nuit torride et chaude d’été. Tout comme ce zig-zag bleuté-rose,  silencieux, dans l’obscurité, un rappel merveilleux m’est revenu à l’idée. Cette réminiscence glisse comme la goutte d’eau sur les herbes hautes vertes  champêtres. Un moment sublime s’immobilisant devant nos yeux émerveillés et se frayant un passage discret à l’oreille de nos cœurs. La toile de fond s’imprègne délicatement et doucement pour emprisonner l’instant climax de la scène tout comme, occasionnellement, on voit passer des nuages multiformes personnifiant de semblances  figures  imaginaires.

À l’apogée du soleil couchant qui incarne son déclin, au kaléidoscope de coloris s’interpose un horizon fardé de bleu et coulant dans l’eau d’un calme abasourdissant. Un voilier tergiverse cherchant des vents qui ont rabattu leurs ailes pour se soumettre à la  maîtresse exigeante de la brunante. D’un immaculé blanc le petit navire patine sur la surface miroitante de l’onde. Un effluve de lilas embrase l’air chatoyant déjà empli d’un tantinet soupçon de muguet. Quelques papillons volages virevoltent tout autour des bouquets de magnolias et d’impatiences.

Des cumulus s’agglutinent devant  l’astre déclinant et en cache quelque peu des rayons qui s’éclatent comme frappant un mur. L’effet surpasse le fantastique et le romantique par cette myriade de traits aussi bigarrés les uns que les autres.

Déambulant à allure lente, vitesse presque zéro, nous sentons la brise légère du soir nous envahir autant que la palette de couleur de la scène finale de fin de journée. La douce caresse des ailes des vents nous transporte une mélodie qui vient du  lointain  dans une enveloppe de soie. Les notes flottent dans les airs telles des feuilles de marguerites effeuillées .Nous croyons déceler l’Hymne au Printemps de Vivaldi. Nous marchons en direction de ce phare son-lumière. Les grives, chardonnerets et les pigeons dansent magiquement aux octaves. Plus nous approchons, plus la romance nous encercle et nous hypnotise. Bien campé près d’un bosquet de pommiers en fleurs blanches et roses, un quatuor à cordes s’exécute tout en harmonies. Le coup d’œil éblouit. Le soleil s’est mis de la partie pour offrir un éclairage digne de grands ensembles.

Ma compagne et moi, ébahis et ravis, nous nous installons sur un banc de bois à l’orée de cette salle de concerts improvisée. L’ilot compact dégage une apothéose des cordes qui vibrent aux centuples. Vivaldi en serait  heureux tout  autant que nous qui goûtons  à ce charme débordant de charismes. Avec les portées musicales nous pouvons entrevoir tout l’étal de fleurs printanières en notre imagination. Des hirondelles, tels des funambules, sur des câbles invisibles sillonnent les espaces vermillons de l’horizon. Les notes nous envahissent, nous harcèlent lorsqu’elles s’immiscent à notre ouïe. Un groupe de pigeons se dandinent aux sons aigus  des violons printaniers. Les archets torsadent les si et les fa comme une cascade dégringolant d’une roche pure et éblouissante. Nous en sentons la fraîcheur et les arômes qui se mêlent aux parfums des fleurs virginales de pommier.

La musique envahit toute l’espace et attire de plus en plus de personnes. Je regarde sur le fleuve, le voilier s’est enfin tiré de son mauvais pas d’immobilité. Il file à une certaine allure profitant des vents qui se sont accrochés dans sa panure. L’astre du jour  nous donne un répit, lui aussi, en exécutant des pas de danse sur les flots apprivoisés par la coque du minuscule navire. Des goélands fanfarons  et frondeurs volent, comme figés, dans les airs. Ils escaladent les marches, escaliers de l’air ambiant. À la fin de la romance, le quatuor termine en beauté ; aux applaudissements chaleureux des nombres spectateurs. Ma compagne et moi nous nous jetons un mince regard de tendresse. Un maître de cérémonie nous entraîne dans un petit laïus de circonstance :

-Merci mesdames et messieurs; merci. Nous allons faire une petite pause, un interlude, mais en attendant voici un autre quatuor que vous apprécierez j’en suis sûr. Ce sont des artistes tout à fait hors du commun, merci et nous revenons dans un instant.

Le fleuve est maintenant désert et le soleil en profite pour nous donner le tempo.

Sortis, de on ne sait où, quatre personnes en chaise roulante s’installent  devant nous. Ma compagne et moi, intrigués, nous reluquons la scène avec beaucoup d’interrogations dans nos yeux. Des aidants  fixent les violons des  paraplégiques en leur demandant s’ils sont confortables. Les spectateurs étonnés, autant que nous, attendent la suite. Une fois leurs instruments bien en place un chef d’orchestre leur fait signe que les premières mesures vont débouler. D’un signe de tête les musiciens se disent prêts. Et en avant la musique! Sur les premiers accords le groupe interprète l’Été de Vivaldi, presto. Magnifique ! Deux d’entre-eux utilisent leur bouche pour soutenir leur archet et les deux autres ; un bras et le dernier ses pieds. Tout à fait spécial mais, OH quelle performance ! L’hymne s’agrippe aux ailes des lueurs du théâtre de cette soirée de fin de printemps. Un vol d’outarde en ‘’V’’ passe à la surface du fleuve toujours aussi loquacement taciturne mais en toute splendeur. Je songe à Verlaine :

Les sanglots longs des violons de l’automne
blessent mon cœur d’une langueur monotone.
 »

Mais je n’y vois aucune tristesse bien au contraire une joie immense. Une joie imperturbable de voir et de contempler ces quatre musiciens dans leur corps difformes nous exhiber leurs talents si sublimes. Le temps s’est stoppé net et nous entraîne dans sa spirale sinusoïdale. Les parfums des fleurs environnantes viennent se fondre dans le jeu vertueux des artistes aux jambes rondes de métal. Pour des musiciens handicapés ils jouent si bien que la musique coule fébrilement de leurs instruments. La tension est palpable tellement que c’est  de toute beauté. Les hirondelles se fusionnent aux notes  des  ludiques. Terminant en toute splendeur leur pièce, les exécutants sobres saluent la foule de clignement  de la tête et affichent un ample sourire qui contient toutes les merveilles du monde. Nous, les spectateurs nous applaudissons à tout rompre. Les ‘’bravos’’ et les ‘’fameux’’ éclatent en nos bouches. Nous nous levons de nos sièges et nous ovationnons le quatuor prodige.

Sur le long fleuve tranquille, un immense navire de croisière arrive de l’est. Sa silhouette sensiblement blanchâtre longe la côte vaillamment.
Accompagné du cercle rougeâtre, seul dans le ciel  maintenant les nuages s’étant enfuis, la scène s’apprête à recevoir les futures intonations des quatre musiciens toujours prêts à exécuter une autre aubade. Et, après le signe de leur chef de pupitre, ils entament la chanson thème du film Titanic : ‘’My heart will go on’’. Le temps se cristallise, encore une fois, comme un peintre qui immortalise sur sa toile un plant de cœurs saignants en effervescence.

Les notes claires émergent des coffrets en bois reluisants aux rayons bourgognes du soleil.

Je regarde à ma droite et vois deux personnes âgées, main dans la main, essuyant une larme passagère sur leur joue. Le bateau scintille de ses feux d’apparat et de  fête déteignant sur la lumière condescendante du coucher de soleil. Le dernier solo de l’alto étire une note tel un chant d’archange dans le paradis. L’écho de sa note emplit l’air  débordant de silence respectueux de toute la galerie. Son archet glisse doucement et tendrement sur la corde et la note s’éteint en Lumière. Combien de secondes avons-nous attendus pour applaudir ? Cinq ? Dix… mais lorsque ce laps de temps s’est évanoui, spontanément tous nous nous sommes levés en guise de respect et d’admiration. De leurs amples et chaleureux sourires les virtuoses nous saluent tout heureux de nous avoir fait plaisir et, réciproquement, de s’être fait  plaisir. Lorsque les derniers claquements de mains se sont tus, le premier quatuor reprend sa place devant nous.

Le violoniste principal nous lance :

-je voulais vous offrir, mesdames et  messieurs, ce petit intermède musical pour votre bon plaisir. N’est ce pas qu’ils sont merveilleux?

Nous applaudissons encore et encore. Nous voyons les quatre  personnes en chaises roulantes s’installer dans un petit coin bien à eux; toute ouïe et toutes oreilles ouvertes.
Le quatuor se prépare à exécuter une autre pièce de leur répertoire. Nous attendons avec hâte, encore une fois. La pénombre s’installe confortablement nous camouflant certains détails visibles à la lumière. Les réverbères prennent leur tour de garde et les oiseaux se sont enfouis dans leur chaumière .Le navire, sur le fleuve, continue sa trajectoire vers la grande ville .On le voit, tel un fantôme, s’éloigner  dans la cascade de couche d’obscurité. La lune vient de grimper à son zénith; elle s’est parée de sa robe d’argent sertie de perles jaunâtres. Le premier violon  bat la mesure et le quatuor entame Claire de Lune de Debussy. Ma compagne et moi en profitons pour nous rapprocher encore plus. Pure coïncidence ? Hasard ? Le ciel s’est habillé d’une mante étoilée tous azimuts.  Les notes gambadent entre les constellations; nous écoutons religieusement. Un nuage passe devant la sentinelle de nuit et il ressemble à un ange qui flottille entre deux espaces. Sur le dernier crescendo je regarde l’astre de nuit nous sourire à pleins cratères.

Le concert terminé nous quittons, tous enchantés, la salle de récital improvisée. Nous croisons les gens en chaise roulante et je m’adresse à leur responsable :

– Bonsoir et merci  pour ce bel intermède. Pouvons –nous faire quelque chose : un don peut-être ?

Il me serre la main et me réponds :
-Merci, non .Nous nous disons que nous avons reçu gratuitement; nous donnons gratuitement.
Je serre la main à tous les membres du quatuor qui sont d’emblée très heureux d’avoir des admirateurs.

Dans mon esprit j’enferme ce moment et l’utiliserai à escient dans des temps opportuns dans ma vie. Nous déambulons, maintenant ma compagne et moi, main dans la main vers notre destinée et notre futur. Nous rappelant le quatuor des paraplégiques. Ils exercent leurs talents à leurs capacités; pourquoi ne ferions-nous pas de même ?

Pierre Dulude
Les Ailes du  Temps,

Laval

17 juin 2012.


Archive pour 17 juin, 2012

Interlude.

Interlude. dans Liens intermede3

Interlude.


Il y a, parfois ou fréquemment, des souvenances résurgents à l’esprit comme un éclair par une nuit torride et chaude d’été. Tout comme ce zig-zag bleuté-rose,  silencieux, dans l’obscurité, un rappel merveilleux m’est revenu à l’idée. Cette réminiscence glisse comme la goutte d’eau sur les herbes hautes vertes  champêtres. Un moment sublime s’immobilisant devant nos yeux émerveillés et se frayant un passage discret à l’oreille de nos cœurs. La toile de fond s’imprègne délicatement et doucement pour emprisonner l’instant climax de la scène tout comme, occasionnellement, on voit passer des nuages multiformes personnifiant de semblances  figures  imaginaires.

À l’apogée du soleil couchant qui incarne son déclin, au kaléidoscope de coloris s’interpose un horizon fardé de bleu et coulant dans l’eau d’un calme abasourdissant. Un voilier tergiverse cherchant des vents qui ont rabattu leurs ailes pour se soumettre à la  maîtresse exigeante de la brunante. D’un immaculé blanc le petit navire patine sur la surface miroitante de l’onde. Un effluve de lilas embrase l’air chatoyant déjà empli d’un tantinet soupçon de muguet. Quelques papillons volages virevoltent tout autour des bouquets de magnolias et d’impatiences.

Des cumulus s’agglutinent devant  l’astre déclinant et en cache quelque peu des rayons qui s’éclatent comme frappant un mur. L’effet surpasse le fantastique et le romantique par cette myriade de traits aussi bigarrés les uns que les autres.

Déambulant à allure lente, vitesse presque zéro, nous sentons la brise légère du soir nous envahir autant que la palette de couleur de la scène finale de fin de journée. La douce caresse des ailes des vents nous transporte une mélodie qui vient du  lointain  dans une enveloppe de soie. Les notes flottent dans les airs telles des feuilles de marguerites effeuillées .Nous croyons déceler l’Hymne au Printemps de Vivaldi. Nous marchons en direction de ce phare son-lumière. Les grives, chardonnerets et les pigeons dansent magiquement aux octaves. Plus nous approchons, plus la romance nous encercle et nous hypnotise. Bien campé près d’un bosquet de pommiers en fleurs blanches et roses, un quatuor à cordes s’exécute tout en harmonies. Le coup d’œil éblouit. Le soleil s’est mis de la partie pour offrir un éclairage digne de grands ensembles.

Ma compagne et moi, ébahis et ravis, nous nous installons sur un banc de bois à l’orée de cette salle de concerts improvisée. L’ilot compact dégage une apothéose des cordes qui vibrent aux centuples. Vivaldi en serait  heureux tout  autant que nous qui goûtons  à ce charme débordant de charismes. Avec les portées musicales nous pouvons entrevoir tout l’étal de fleurs printanières en notre imagination. Des hirondelles, tels des funambules, sur des câbles invisibles sillonnent les espaces vermillons de l’horizon. Les notes nous envahissent, nous harcèlent lorsqu’elles s’immiscent à notre ouïe. Un groupe de pigeons se dandinent aux sons aigus  des violons printaniers. Les archets torsadent les si et les fa comme une cascade dégringolant d’une roche pure et éblouissante. Nous en sentons la fraîcheur et les arômes qui se mêlent aux parfums des fleurs virginales de pommier.

La musique envahit toute l’espace et attire de plus en plus de personnes. Je regarde sur le fleuve, le voilier s’est enfin tiré de son mauvais pas d’immobilité. Il file à une certaine allure profitant des vents qui se sont accrochés dans sa panure. L’astre du jour  nous donne un répit, lui aussi, en exécutant des pas de danse sur les flots apprivoisés par la coque du minuscule navire. Des goélands fanfarons  et frondeurs volent, comme figés, dans les airs. Ils escaladent les marches, escaliers de l’air ambiant. À la fin de la romance, le quatuor termine en beauté ; aux applaudissements chaleureux des nombres spectateurs. Ma compagne et moi nous nous jetons un mince regard de tendresse. Un maître de cérémonie nous entraîne dans un petit laïus de circonstance :

-Merci mesdames et messieurs; merci. Nous allons faire une petite pause, un interlude, mais en attendant voici un autre quatuor que vous apprécierez j’en suis sûr. Ce sont des artistes tout à fait hors du commun, merci et nous revenons dans un instant.

Le fleuve est maintenant désert et le soleil en profite pour nous donner le tempo.

Sortis, de on ne sait où, quatre personnes en chaise roulante s’installent  devant nous. Ma compagne et moi, intrigués, nous reluquons la scène avec beaucoup d’interrogations dans nos yeux. Des aidants  fixent les violons des  paraplégiques en leur demandant s’ils sont confortables. Les spectateurs étonnés, autant que nous, attendent la suite. Une fois leurs instruments bien en place un chef d’orchestre leur fait signe que les premières mesures vont débouler. D’un signe de tête les musiciens se disent prêts. Et en avant la musique! Sur les premiers accords le groupe interprète l’Été de Vivaldi, presto. Magnifique ! Deux d’entre-eux utilisent leur bouche pour soutenir leur archet et les deux autres ; un bras et le dernier ses pieds. Tout à fait spécial mais, OH quelle performance ! L’hymne s’agrippe aux ailes des lueurs du théâtre de cette soirée de fin de printemps. Un vol d’outarde en ‘’V’’ passe à la surface du fleuve toujours aussi loquacement taciturne mais en toute splendeur. Je songe à Verlaine :

Les sanglots longs des violons de l’automne
blessent mon cœur d’une langueur monotone.
 »

Mais je n’y vois aucune tristesse bien au contraire une joie immense. Une joie imperturbable de voir et de contempler ces quatre musiciens dans leur corps difformes nous exhiber leurs talents si sublimes. Le temps s’est stoppé net et nous entraîne dans sa spirale sinusoïdale. Les parfums des fleurs environnantes viennent se fondre dans le jeu vertueux des artistes aux jambes rondes de métal. Pour des musiciens handicapés ils jouent si bien que la musique coule fébrilement de leurs instruments. La tension est palpable tellement que c’est  de toute beauté. Les hirondelles se fusionnent aux notes  des  ludiques. Terminant en toute splendeur leur pièce, les exécutants sobres saluent la foule de clignement  de la tête et affichent un ample sourire qui contient toutes les merveilles du monde. Nous, les spectateurs nous applaudissons à tout rompre. Les ‘’bravos’’ et les ‘’fameux’’ éclatent en nos bouches. Nous nous levons de nos sièges et nous ovationnons le quatuor prodige.

Sur le long fleuve tranquille, un immense navire de croisière arrive de l’est. Sa silhouette sensiblement blanchâtre longe la côte vaillamment.
Accompagné du cercle rougeâtre, seul dans le ciel  maintenant les nuages s’étant enfuis, la scène s’apprête à recevoir les futures intonations des quatre musiciens toujours prêts à exécuter une autre aubade. Et, après le signe de leur chef de pupitre, ils entament la chanson thème du film Titanic : ‘’My heart will go on’’. Le temps se cristallise, encore une fois, comme un peintre qui immortalise sur sa toile un plant de cœurs saignants en effervescence.

Les notes claires émergent des coffrets en bois reluisants aux rayons bourgognes du soleil.

Je regarde à ma droite et vois deux personnes âgées, main dans la main, essuyant une larme passagère sur leur joue. Le bateau scintille de ses feux d’apparat et de  fête déteignant sur la lumière condescendante du coucher de soleil. Le dernier solo de l’alto étire une note tel un chant d’archange dans le paradis. L’écho de sa note emplit l’air  débordant de silence respectueux de toute la galerie. Son archet glisse doucement et tendrement sur la corde et la note s’éteint en Lumière. Combien de secondes avons-nous attendus pour applaudir ? Cinq ? Dix… mais lorsque ce laps de temps s’est évanoui, spontanément tous nous nous sommes levés en guise de respect et d’admiration. De leurs amples et chaleureux sourires les virtuoses nous saluent tout heureux de nous avoir fait plaisir et, réciproquement, de s’être fait  plaisir. Lorsque les derniers claquements de mains se sont tus, le premier quatuor reprend sa place devant nous.

Le violoniste principal nous lance :

-je voulais vous offrir, mesdames et  messieurs, ce petit intermède musical pour votre bon plaisir. N’est ce pas qu’ils sont merveilleux?

Nous applaudissons encore et encore. Nous voyons les quatre  personnes en chaises roulantes s’installer dans un petit coin bien à eux; toute ouïe et toutes oreilles ouvertes.
Le quatuor se prépare à exécuter une autre pièce de leur répertoire. Nous attendons avec hâte, encore une fois. La pénombre s’installe confortablement nous camouflant certains détails visibles à la lumière. Les réverbères prennent leur tour de garde et les oiseaux se sont enfouis dans leur chaumière .Le navire, sur le fleuve, continue sa trajectoire vers la grande ville .On le voit, tel un fantôme, s’éloigner  dans la cascade de couche d’obscurité. La lune vient de grimper à son zénith; elle s’est parée de sa robe d’argent sertie de perles jaunâtres. Le premier violon  bat la mesure et le quatuor entame Claire de Lune de Debussy. Ma compagne et moi en profitons pour nous rapprocher encore plus. Pure coïncidence ? Hasard ? Le ciel s’est habillé d’une mante étoilée tous azimuts.  Les notes gambadent entre les constellations; nous écoutons religieusement. Un nuage passe devant la sentinelle de nuit et il ressemble à un ange qui flottille entre deux espaces. Sur le dernier crescendo je regarde l’astre de nuit nous sourire à pleins cratères.

Le concert terminé nous quittons, tous enchantés, la salle de récital improvisée. Nous croisons les gens en chaise roulante et je m’adresse à leur responsable :

– Bonsoir et merci  pour ce bel intermède. Pouvons –nous faire quelque chose : un don peut-être ?

Il me serre la main et me réponds :
-Merci, non .Nous nous disons que nous avons reçu gratuitement; nous donnons gratuitement.
Je serre la main à tous les membres du quatuor qui sont d’emblée très heureux d’avoir des admirateurs.

Dans mon esprit j’enferme ce moment et l’utiliserai à escient dans des temps opportuns dans ma vie. Nous déambulons, maintenant ma compagne et moi, main dans la main vers notre destinée et notre futur. Nous rappelant le quatuor des paraplégiques. Ils exercent leurs talents à leurs capacités; pourquoi ne ferions-nous pas de même ?

Pierre Dulude
Les Ailes du  Temps,

Laval

17 juin 2012.

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