Beautés…!

Beautés...! dans Liens heure452

Beauté !

‘’Tel un brouillard qui se déchire 
Et laisse émerger une cime,
Ce jour nous découvre, indicible,
Un autre jour, que l’on devine.

Tout rayonnant d’une promesse,
Déjà ce matin nous entraîne,
Figure de l’aube éternelle,
Sur notre route quotidienne.

Vienne l’Esprit pour nous apprendre
À voir dans ce jour qui s’avance
L’espace où mûrit notre attente
Du jour de Dieu, notre espérance. ‘’
‘’Anonyme’’

 

Quel silence inaudible et indicible m’envoûte par cette fin de nuit. Après un festin de roi et, étant trop éloigné de chez moi, je suis resté à dormir chez une de mes amies. Comme à ma coutume, horloge biologique exige, je me suis mis debout presque en pleine nuit.  L’aube se pointe telle une sentinelle en changement de garde.

Prudemment et doucement la lumière glisse sur les ailes du firmament. Immobile je scrute l’horizon, à l’affût. Ce qui m’entoure reste muet,  aussi, secret .Des effluves florales s’élèvent en spirales  pour terminer leur course aux brumes matinales. Des goutteles de rosée s’entichent sur des feuilles verdâtres d’un érable à mes pieds. Elles enserrent amoureusement les brindilles d’herbes penchées sous leur poids. Les herbes se balancent en se torsadant lorsque le dégoulinement s’opère ; on dirait un concert de gestes en cadence. Le fond de l’air s’agite au contact d’une brisette de fin nocturne annonçant, finalement, la terminaison des émanations ténébreuses.

Au fin fond de l’ombre une chouette diffuse son cri langoureux et n’a que comme réponse le  houhou rauque d’un hibou triste de sa fin de nuit de veille .Les deux s’interpellent tout comme des satellites de communications sur des longueurs d’ondes différées.  Les contre-sens de leur conversation ajoutent aux frottements des ailes des grillons une aubade soyeuse mouillée de rosée. Les grenouilles trahissent la présence d’une surface d’eau invisible à l’œil revêtu du manteau sombre de la carence de lumière. Le soleil s’annonce, mais pas encore. L’aube, ce temps entre chiens et loups, ce temps entre l’arbre et l’écorce, ce temps de visions parallèles qui dans toutes les armées du monde est un temps propice pour les offensives. Les formes en sont difformes et surréalistes. Je contemple une futaie de roses blanches accompagnées d’un boqueteau d’orchidées noires; les coloris en sont vice-versa.
Au fur et à mesure que la lumière pointe, le naturel revient au triple galop. Le cri de la chouette déboule en écho annonçant l’aurore. L’heure de la passation des pouvoirs surgit. L’heure bleue du matin s’installe tout en satin et en soie; tout devient bleuâtre et indigo. Même les blanches roses déteignent en bleu royal. Les orchidées  se parent d’une teinte impériale. L’interpénétration du spectre des couleurs transforme les uns dans les autres pour retrouver leurs aspects contraires.

Le silence bienfaisant dans la beauté de la paix sillonne entre les branches porteuses de la rosée paresseuse. Tout comme une mélodie de méditation, les arômes  des pins et des sapins s’imprègnent à mes yeux  en fusion dans les partitions. Je me laisse bercer par ces notes anodines des brides de vent entre les aiguilles de pin .Ma contemplation franchit un summum. Logé près de ma présence, un geai bleu vient sautiller sur une branche d’un de ces pins géants. Il est à moins d’un mètre de mon regard. Il ne m’a pas vu et je ne bouge par d’un iota. Je l’observe retenant mon souffle d’admiration. Ses aigrettes  rayonnent  sur ce fond de vert tendre et argent de gouttes d’eau. Il n’a pas lancé son cri, pas encore! Peut-être attend-il l’aurore ? Cette dernière se fait attendre comme la jeune fille coquette qui veut surprendre son fiancé.

La nuit s’estompe, les étoiles s’éteignent une à une  et les dernières ramifications des ailes des ténèbres fuient dans les recoins les plus reculés de leurs repaires.

À l’horizon rose-bleu teinté d’un fugace mauve lilas, des oiseaux ombrés noirs, tergiversent de leur forme en ‘’v’’. Tout s’annonce si serein si délicat. Cette fresque exquise monte en escalade ascendante.

Je suis si proche du courant d’eau que mes pieds ressentent les vibrations du passage de l’écoulement du liquide. Mon ouïe vibre tout en douceur par le clapotis  des vaguettes sur la berge. Cette mélodie ensorcelante mêlée aux trémolos des grillons et des batraciens illumine comme une orgie de feux d’artifice par tous les chemins du ciel. Ce ciel, maintenant, se pare de couleurs franchement pastelles dignes des plus flamboyantes dentelles. Comme un maestro aguerri  le geai bleu, d’un long cri strident, lance le signal du grand concert matinal de la gente ailée. Je reste coït et stoïque. Je répète en murmurant un mantra bouddhique :
- Hari Om Tat Sat , Hari Om Tat Sat.
Mantra sur la communication des énergies masculines et féminines  pour n’en faire qu’une. Et nous, nous disons  Dieu, car Dieu  n’est qu’un.
La nuit devient jour, les ténèbres deviennent Lumière, l’aube devient aurore. À son tour l’aurore devient jour.

Les effusions de lumière douce et câline envahissent la contrée. Les orchidées d’un noir éclatant rivalisent tendrement à la blancheur des roses et des alizées. Quelques lys, jaloux, ouvrent leurs pétales en guise de balisage .Comme pour monter leur visage. Une brume semi transparente laisse présager l’immortalité d’une scène typiquement champêtre. Tout au fond de l’horizon la cime de la montagne se dévêt d’une couche de cet amas de nuages qui la recouvre. Dans toute cette effervescence ludique et lumineuse colorée des gouttes de rosée, le temps se fige.
Une escadre de papillons, des monarques, s’envolent comme dans une implosion de joies suprêmes. Leurs battements d’ailes joutent contre l’air humide du matin. Leur envolée ressemble à un agglutinement d’âmes qui s’élèvent vers les vastes cieux; profitant du moment de lucidité et de lumière :
- Hari Om Tat Sat , Hari Om Tat Sat.
Je fredonne tout doucement entre mes lèvres; sons de l’univers, de la conscience, de l’Amour et de la Vérité.

Furtivement mon oreille saisit des pas feutrés s’enligner à l’endroit où je suis immobile. Geneviève s’est sortie du lit bien au contraire à son habitude. Elle revient me rejoindre dans ce monde féérique. Ses yeux encore alourdis par le sommeil s’ouvrent sur les algarades matinales. Elle vient se blottir près de moi pour quérir un peu de chaleur. Je l’entoure de mon bras réceptif et lui fait signe d’un doigt sur la bouche  de garder  un silence profond; elle acquiesce parce qu’elle n’a pas le goût nécessairement de dialoguer  à cette instant si matinal. Son regard se pose sur deux hérons qui font la ronde au bord du lac. Majestueusement, par des gestes symboliquement diplomatiques, ils s’agitent par saccades suivant leurs pas inquisiteurs pour leur repas du début de jour. Geneviève détourne son regard et  fixe les bosquets de roses et d’orchidées et s’exclame en sourdine :
-Oh ! Magnifiques,  – elle me chuchote – as-tu remarqué  les minuscules stries blanches sur  les orchidées ?
Détournant mon regard, mon œil saisi ces fines filigranes sur les pétales des fleurs; la lumière fait bien son labeur. Des gouttes de rosées pendouillent aux pointes des pétales noirâtres. Sur le flanc  du bosquet une araignée a tissé sa toile en main de maître architecte. Les perles de rosée reflètent l’horizon bleuté étiolé d’un mince tendre rouge pâlot. L’aurore s’effiloche en coup de pinceaux. Les oiseaux fous comme des balais gazouillent à tous poumons et à tous azimuts. La vie éclate, la vie revit et vit.

Geneviève me demande :
-Et toi tu vois ça  tous les jours ? Mais quel spectacle, quel ressourcement!
Je la regarde et lui répond :
-À toutes les fois que je le peux, oui ! Surtout à l’aube ; fin de nuit, début de lumière. Un poète (Saint-Denis-Garneau) a dit :

‘’ …A-t-on le droit de faire la nuit,
Nuit sur le monde et sur notre cœur,
Pour une étincelle?
Luira-t-elle
Dans le ciel immense désert… ?’’
(Faction)

-Je ne fais pas la nuit mais je me lève en milieu de  nuit pour voir éclore cette étincelle; parcelle de la vie. Parcelle d’espoir du renouveau et du nouveau. À l’aube c’est la naissance de la vie. Chaque fois  il y a moult différences : les coloris, les teintes, les rayons de lumière, les chants d’oiseaux, la rosée, la pluie ou les nuages. Et que dire des levers de soleil ? Rien en ce monde ne peut me faire faire abstraction de ce spectacle inouï. J’y suis partie prenante et  imbriqué dans ce cadre naturel de ce monde. Mais il y a la transcendance, l’aspect spirituel des phénomènes, l’élévation de la pensée ; de l’esprit. La contemplation. Dieu.
Sur ce je me tais et laisse notre imagination silencieuse gambader vers le vol des outardes sur le surface miroitante du lac; à notre grand plaisir. Les exhalaisons  des fleurs nous enivrent tout comme l’humus des mousses. Un monarque vient se poser sur l’avant bras de Geneviève qui, elle, le salue amoureusement. Je lui dis :
-Tiens ! Un visiteur de l’aurore.
Elle lève son bras pour l’examiner de plus proche. Ce dernier se laisse contempler avec  fierté et s’envole furtivement  vers l’horizon porteur de l’arc de feu écarlate.

Tout comme une note longuement halée sur une corde de violon pincée, le soleil émerge derrière un filet de minces nuages lui servant de rideaux de scène. Le cercle s’extirpe comme un nouveau-né au vu et au su de tous et chacun. Geneviève et moi restons en silence et maintenons  notre souffle momentanément pour l’apparition finale et concluante de ce mirifique chef-d’œuvre de Dieu. Le jour est là, la nuit s’en va. Geneviève soupire doucement, me regarde et me dit :
-Et que dirais-tu si je t’offre un bienfaisant café pour fêter cet évènement ?

Je la regarde dans ses yeux bleus de mer et lui répond :
-Avec un grand plaisir et une joie immense .Je te remercie de m’avoir invité à rester chez toi cette nuit   et de pouvoir vivre cet instant présent dans ton jardin.
Remontant le minuscule sentier, tout à fait visible maintenant, je remarque les tales de fleurs soigneusement disposées épars ici et là. Des abeilles besogneuses entreprennent leur quart  de travail, la vie continue et de plus belle. Elles vont, transportant le pollen, remettre à cette nature son dû.

Main dans la main, Geneviève et moi saluons le geai bleu au faîte du grand pin.

Oui nous avons le droit de faire nuit pour cette étincelle si merveilleuse de la vie.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du  Temps

Laval, 2 juillet 2012 



Archive pour 2 juillet, 2012

Beautés…!

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Beauté !

‘’Tel un brouillard qui se déchire 
Et laisse émerger une cime,
Ce jour nous découvre, indicible,
Un autre jour, que l’on devine.

Tout rayonnant d’une promesse,
Déjà ce matin nous entraîne,
Figure de l’aube éternelle,
Sur notre route quotidienne.

Vienne l’Esprit pour nous apprendre
À voir dans ce jour qui s’avance
L’espace où mûrit notre attente
Du jour de Dieu, notre espérance. ‘’
‘’Anonyme’’

 

Quel silence inaudible et indicible m’envoûte par cette fin de nuit. Après un festin de roi et, étant trop éloigné de chez moi, je suis resté à dormir chez une de mes amies. Comme à ma coutume, horloge biologique exige, je me suis mis debout presque en pleine nuit.  L’aube se pointe telle une sentinelle en changement de garde.

Prudemment et doucement la lumière glisse sur les ailes du firmament. Immobile je scrute l’horizon, à l’affût. Ce qui m’entoure reste muet,  aussi, secret .Des effluves florales s’élèvent en spirales  pour terminer leur course aux brumes matinales. Des goutteles de rosée s’entichent sur des feuilles verdâtres d’un érable à mes pieds. Elles enserrent amoureusement les brindilles d’herbes penchées sous leur poids. Les herbes se balancent en se torsadant lorsque le dégoulinement s’opère ; on dirait un concert de gestes en cadence. Le fond de l’air s’agite au contact d’une brisette de fin nocturne annonçant, finalement, la terminaison des émanations ténébreuses.

Au fin fond de l’ombre une chouette diffuse son cri langoureux et n’a que comme réponse le  houhou rauque d’un hibou triste de sa fin de nuit de veille .Les deux s’interpellent tout comme des satellites de communications sur des longueurs d’ondes différées.  Les contre-sens de leur conversation ajoutent aux frottements des ailes des grillons une aubade soyeuse mouillée de rosée. Les grenouilles trahissent la présence d’une surface d’eau invisible à l’œil revêtu du manteau sombre de la carence de lumière. Le soleil s’annonce, mais pas encore. L’aube, ce temps entre chiens et loups, ce temps entre l’arbre et l’écorce, ce temps de visions parallèles qui dans toutes les armées du monde est un temps propice pour les offensives. Les formes en sont difformes et surréalistes. Je contemple une futaie de roses blanches accompagnées d’un boqueteau d’orchidées noires; les coloris en sont vice-versa.
Au fur et à mesure que la lumière pointe, le naturel revient au triple galop. Le cri de la chouette déboule en écho annonçant l’aurore. L’heure de la passation des pouvoirs surgit. L’heure bleue du matin s’installe tout en satin et en soie; tout devient bleuâtre et indigo. Même les blanches roses déteignent en bleu royal. Les orchidées  se parent d’une teinte impériale. L’interpénétration du spectre des couleurs transforme les uns dans les autres pour retrouver leurs aspects contraires.

Le silence bienfaisant dans la beauté de la paix sillonne entre les branches porteuses de la rosée paresseuse. Tout comme une mélodie de méditation, les arômes  des pins et des sapins s’imprègnent à mes yeux  en fusion dans les partitions. Je me laisse bercer par ces notes anodines des brides de vent entre les aiguilles de pin .Ma contemplation franchit un summum. Logé près de ma présence, un geai bleu vient sautiller sur une branche d’un de ces pins géants. Il est à moins d’un mètre de mon regard. Il ne m’a pas vu et je ne bouge par d’un iota. Je l’observe retenant mon souffle d’admiration. Ses aigrettes  rayonnent  sur ce fond de vert tendre et argent de gouttes d’eau. Il n’a pas lancé son cri, pas encore! Peut-être attend-il l’aurore ? Cette dernière se fait attendre comme la jeune fille coquette qui veut surprendre son fiancé.

La nuit s’estompe, les étoiles s’éteignent une à une  et les dernières ramifications des ailes des ténèbres fuient dans les recoins les plus reculés de leurs repaires.

À l’horizon rose-bleu teinté d’un fugace mauve lilas, des oiseaux ombrés noirs, tergiversent de leur forme en ‘’v’’. Tout s’annonce si serein si délicat. Cette fresque exquise monte en escalade ascendante.

Je suis si proche du courant d’eau que mes pieds ressentent les vibrations du passage de l’écoulement du liquide. Mon ouïe vibre tout en douceur par le clapotis  des vaguettes sur la berge. Cette mélodie ensorcelante mêlée aux trémolos des grillons et des batraciens illumine comme une orgie de feux d’artifice par tous les chemins du ciel. Ce ciel, maintenant, se pare de couleurs franchement pastelles dignes des plus flamboyantes dentelles. Comme un maestro aguerri  le geai bleu, d’un long cri strident, lance le signal du grand concert matinal de la gente ailée. Je reste coït et stoïque. Je répète en murmurant un mantra bouddhique :
- Hari Om Tat Sat , Hari Om Tat Sat.
Mantra sur la communication des énergies masculines et féminines  pour n’en faire qu’une. Et nous, nous disons  Dieu, car Dieu  n’est qu’un.
La nuit devient jour, les ténèbres deviennent Lumière, l’aube devient aurore. À son tour l’aurore devient jour.

Les effusions de lumière douce et câline envahissent la contrée. Les orchidées d’un noir éclatant rivalisent tendrement à la blancheur des roses et des alizées. Quelques lys, jaloux, ouvrent leurs pétales en guise de balisage .Comme pour monter leur visage. Une brume semi transparente laisse présager l’immortalité d’une scène typiquement champêtre. Tout au fond de l’horizon la cime de la montagne se dévêt d’une couche de cet amas de nuages qui la recouvre. Dans toute cette effervescence ludique et lumineuse colorée des gouttes de rosée, le temps se fige.
Une escadre de papillons, des monarques, s’envolent comme dans une implosion de joies suprêmes. Leurs battements d’ailes joutent contre l’air humide du matin. Leur envolée ressemble à un agglutinement d’âmes qui s’élèvent vers les vastes cieux; profitant du moment de lucidité et de lumière :
- Hari Om Tat Sat , Hari Om Tat Sat.
Je fredonne tout doucement entre mes lèvres; sons de l’univers, de la conscience, de l’Amour et de la Vérité.

Furtivement mon oreille saisit des pas feutrés s’enligner à l’endroit où je suis immobile. Geneviève s’est sortie du lit bien au contraire à son habitude. Elle revient me rejoindre dans ce monde féérique. Ses yeux encore alourdis par le sommeil s’ouvrent sur les algarades matinales. Elle vient se blottir près de moi pour quérir un peu de chaleur. Je l’entoure de mon bras réceptif et lui fait signe d’un doigt sur la bouche  de garder  un silence profond; elle acquiesce parce qu’elle n’a pas le goût nécessairement de dialoguer  à cette instant si matinal. Son regard se pose sur deux hérons qui font la ronde au bord du lac. Majestueusement, par des gestes symboliquement diplomatiques, ils s’agitent par saccades suivant leurs pas inquisiteurs pour leur repas du début de jour. Geneviève détourne son regard et  fixe les bosquets de roses et d’orchidées et s’exclame en sourdine :
-Oh ! Magnifiques,  – elle me chuchote – as-tu remarqué  les minuscules stries blanches sur  les orchidées ?
Détournant mon regard, mon œil saisi ces fines filigranes sur les pétales des fleurs; la lumière fait bien son labeur. Des gouttes de rosées pendouillent aux pointes des pétales noirâtres. Sur le flanc  du bosquet une araignée a tissé sa toile en main de maître architecte. Les perles de rosée reflètent l’horizon bleuté étiolé d’un mince tendre rouge pâlot. L’aurore s’effiloche en coup de pinceaux. Les oiseaux fous comme des balais gazouillent à tous poumons et à tous azimuts. La vie éclate, la vie revit et vit.

Geneviève me demande :
-Et toi tu vois ça  tous les jours ? Mais quel spectacle, quel ressourcement!
Je la regarde et lui répond :
-À toutes les fois que je le peux, oui ! Surtout à l’aube ; fin de nuit, début de lumière. Un poète (Saint-Denis-Garneau) a dit :

‘’ …A-t-on le droit de faire la nuit,
Nuit sur le monde et sur notre cœur,
Pour une étincelle?
Luira-t-elle
Dans le ciel immense désert… ?’’
(Faction)

-Je ne fais pas la nuit mais je me lève en milieu de  nuit pour voir éclore cette étincelle; parcelle de la vie. Parcelle d’espoir du renouveau et du nouveau. À l’aube c’est la naissance de la vie. Chaque fois  il y a moult différences : les coloris, les teintes, les rayons de lumière, les chants d’oiseaux, la rosée, la pluie ou les nuages. Et que dire des levers de soleil ? Rien en ce monde ne peut me faire faire abstraction de ce spectacle inouï. J’y suis partie prenante et  imbriqué dans ce cadre naturel de ce monde. Mais il y a la transcendance, l’aspect spirituel des phénomènes, l’élévation de la pensée ; de l’esprit. La contemplation. Dieu.
Sur ce je me tais et laisse notre imagination silencieuse gambader vers le vol des outardes sur le surface miroitante du lac; à notre grand plaisir. Les exhalaisons  des fleurs nous enivrent tout comme l’humus des mousses. Un monarque vient se poser sur l’avant bras de Geneviève qui, elle, le salue amoureusement. Je lui dis :
-Tiens ! Un visiteur de l’aurore.
Elle lève son bras pour l’examiner de plus proche. Ce dernier se laisse contempler avec  fierté et s’envole furtivement  vers l’horizon porteur de l’arc de feu écarlate.

Tout comme une note longuement halée sur une corde de violon pincée, le soleil émerge derrière un filet de minces nuages lui servant de rideaux de scène. Le cercle s’extirpe comme un nouveau-né au vu et au su de tous et chacun. Geneviève et moi restons en silence et maintenons  notre souffle momentanément pour l’apparition finale et concluante de ce mirifique chef-d’œuvre de Dieu. Le jour est là, la nuit s’en va. Geneviève soupire doucement, me regarde et me dit :
-Et que dirais-tu si je t’offre un bienfaisant café pour fêter cet évènement ?

Je la regarde dans ses yeux bleus de mer et lui répond :
-Avec un grand plaisir et une joie immense .Je te remercie de m’avoir invité à rester chez toi cette nuit   et de pouvoir vivre cet instant présent dans ton jardin.
Remontant le minuscule sentier, tout à fait visible maintenant, je remarque les tales de fleurs soigneusement disposées épars ici et là. Des abeilles besogneuses entreprennent leur quart  de travail, la vie continue et de plus belle. Elles vont, transportant le pollen, remettre à cette nature son dû.

Main dans la main, Geneviève et moi saluons le geai bleu au faîte du grand pin.

Oui nous avons le droit de faire nuit pour cette étincelle si merveilleuse de la vie.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du  Temps

Laval, 2 juillet 2012 


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