Ininterrompue…..

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Ininterrompue !

 

Les ailes de l’aube gravissent  imperceptiblement et furtivement les brumes sèches de la canicule installée depuis plusieurs jours. La chaleur torride, écrasante, sillonne les effluves remplies de sel marin et des aromes des fleurs sauvages  éparpillés ici et là; le long de la berge. Les roches et les pierres suintant la rosée  matinales ressemblent à des émeraudes et des saphirs chatoyant de tous leurs éclats au lever de l’astre vermillon sortant de sa cachette téméraire. Les goélands, en bande, performent des vrilles et des acrobaties aériennes magistrales tout de blanc ornés. L’horizon ne trahit pas son aire vide. Seule la palette de couleurs s’entiche de sa présence. La mer d’un calme si doux et serein vient inlassablement s’évanouir sur le sable fin et disparaître d’entre les grains solidaires. Des engoulevents aux aguets font l’aller et retour de l’onde roulante prospectant de futures victuailles pour leur estomac.

La grève, aussi, est déserte  d’un extrême à l’autre, son sable rose impose. Le silence se laisse bercer par le roulis des vagues. Un dessinateur amateur a laissé ses traces, probablement la veille, sur ce sable encore tout chaud. Son chef-d’œuvre, effacé  quelque peu, laisse entrevoir un  énorme cœur renfermant des initiales liées entre elles; gage d’amour?  Un tantinet plus loin des enfants, ou peut-être des adultes, ont érigé un château  s’effritant au vent. Le soleil, d’un rouge écarlate, présage d’un autre jour de moments embrasés  ou il fera bon de s’immiscer dans l’onde rafraîchissante.

Les oiseaux se pressent de terminer leurs routines avant les prémices de temps attisés. Les brumes matinales fuient tout en candeur en emportant avec elles la rosée prisonnière.

Tout au fond de l’horizon surgit un navire qui vient briser la ligne. Reflétant le soleil en ascendance il envoie comme un signal  de salut. Le soleil, à présent, grimpe lentement l’échelle de sa course. Sur la plage une silhouette guette les tergiversations des ailes de la nouvelle journée. Déambulant, pieds nus,  à petits pas sûrs dans les vagues cassantes, Fannie est seule dans sa bienfaisante solitude. Elle s’arrête, un  instant fugace, face à un mignon coquillage rejeté par les flots. Les stries roses et blanches décrivent la spirale interne, machinalement elle le met dans la poche de son vêtement et continue son périple. Elle respire à plein poumon l’air du large .Des goélands viennent la frôler tout comme les anges  caressent de leurs ailes les âmes. Sa longue chevelure noire flotte dans les minuscules et imperceptibles bourrasques de vent de l’étendue salée. Ses yeux, bleus de mer, fixent le navire au loin  pendant que les vagues lui enserrent les chevilles. Les grains de sable lui coulent entre les orteils; quelle agréable sensation! Un minuscule crabe, toutes pinces tendues, vient stopper devant elle. Fannie lui sourit mais l’autre, insécure, déguerpit sans demander son reste voyant qu’il a affaire à un géant. Elle sourit de ses magnifiques dents d’ivoire :

-Qu’il fait bon d’être ici ce matin – se dit-elle tout haut- merci mon Dieu pour la vie!

Elle continue sa randonnée d’un pas lent, très lent pour se fusionner avec le silence et la beauté de la nature :
-Un peu de pluie ferait sensation, il me semble – se dit-elle tout bas; mais nous nous contentons de ces belles journées de vacances débordant de soleil. Elle avance dans la mer jusqu’aux genoux, trempant ses mains dans l’eau salée elle s’asperge généreusement et attend que le soleil levant vienne lui sécher son épiderme. Les gouttes salines dégoulinent sur son visage tout comme des larmes de joie. Elle pose les mains sur son ventre car elle a sentie un petit tressaillement de l’enfant qu’elle porte :
-Ma petite Noémie j’ai assez hâte de te voir et de te toucher des mes baisers. Nous allons avoir du très bon temps ensembles, ton père, moi et toi. Nous viendrons ici chaque année pour les vacances et tu pourras faire tes châteaux de sable comme celui que nous avons vu tout-à l’heure. Je vais te procurer un petit chapeau blanc pour protéger ta peau du soleil.

Tout en parlant avec son bébé en gestation, Fannie, sort de l’eau et poursuit ses pas sur le rivage en direction de son conjoint, qui lui, est penché sur le sable en examinant les reflets bigarrés du lever de soleil qui pirouettent du rouge au rose et au violet et encore au rouge . Tellement concentré il ne voit pas Fannie s’approcher de lui. Elle se met en petit bonhomme et le regarde amoureusement.

Qu’elle  aime donc cet homme autant pour lui qui lui rend réciproquement. Ils ont ensembles un point en commun très spécial. Levant les yeux, Léo voit sa compagne accroupie devant lui avec ce sourire qu’il lui connaît. Ce sourire de tendresse et aimant. Il lui répond affectueusement par un sourire et se rapproche d’elle doucement pour lui caresser les lèvres des siennes. Ils s’entrelacent et roulent sur le sable dans les bras de un et l’autre. Ils s’installent, côte à côte, face à l’océan. Leurs mains sont jointes comme en prière. Fannie s’exclame en chuchotant :
-Et alors monsieur l’ingénieur qu’as-tu découvert ? Un autre sujet de thèse ?
Elle se met à rire car elle sait que Léo est très curieux de nature ce dernier répond :
-Non madame la chirurgienne je n’ai pas découvert le pot aux roses mais bien la candeur de la rosée, et, que pour toi !

Lui est ingénieur mécanique et elle médecin chirurgien spécialiste dans son domaine, ils sont mariés depuis près de trois ans maintenant. Fannie, malgré sa carrière et ses occupations désirait ardemment cet enfant qu’elle porte, Léo aussi ; il dit :
-Tu sais que dans quelques mois nous serons trois et après quelques années nous serons plusieurs ! Combien d’enfants aurons-nous Fannie ?
Réfléchissant, Fannie, lui lance tout de go :
-Mais, des douzaines mon amour, une myriade.
Léo lui enserre les épaules et elle pose sa tête sur son épaule ; lui, met son visage dans sa chevelure imprégnée d’eau de mer. Un goéland frondeur et effronté s’avance près d’eux et les fixe impoliment. Les deux lui sourit et l’ailé ne voyant pas  de gain s’envole à grands coups d’ailes. Fannie reprend :
-Nous sommes privilégiés de vivre ce que nous vivons n’est-ce pas ? Et nous connaîtrons les joies de vivre la paternité et la maternité. Tu imagines-tu  que tout cela nous avons failli ne pas le voir, le sentir et le vivre ? Que c’est beau la vie ! Que ce soit magnifique de vivre et d’aimer .Je t’aime Léo.
-Je t’aime Fannie et je voudrais que cet instant s’arrête éternellement  et à jamais. As-tu remarqué le soleil sort de l’océan tout comme un enfant sort du sein de sa mère. Oui il fait bon vivre. Les deux, étendus sur la grève, accotés sur leurs coudes ferment les yeux et se font balancer  au  gré des vagues. Fannie brise doucement le silence par un long et léger soupir :
-Par chance que nos mères se sont ravisées et de ne pas prendre la décision d’opter pour des avortements, Léo. Quelle bénédiction ne trouves-tu pas ? Nous n’aurions pu admirer ces créations de Dieu et notre enfant, lui aussi ne serait pas partie intégrante de ce monde avec toi et moi.

Pourquoi les gens décident d’interrompre la grossesse d’une femme enceinte ? Pourquoi se soucient–t-elles tellement de leur propre  corps et que le corps du bébé en gestation ne les préoccupent pas ? Ils décident à leur place.

Ils décident de tuer la vie, ils décident d’annihiler la vie. Ils ne savent pas que sera cet enfant et quel sera sa mission. Je suis médecin et selon moi, j’essaie de soulager les gens des maladies et des afflictions. J’essaie de sauver des vies.
-Et tu y parviens ma chérie, tu y parviens amplement.
Repris Léo tout en écoutant sa compagne.
-Oui comme tu dis si nos parents auraient mis à exécution cette décision nous ne serions pas là, ce matin à discuter, à parler et à s’aimer devant ce lever de soleil admirable.

Le silence s’impose de soi-même en accompagnant l’astre du jour dans son ascension .Une énorme boule rouge-feu domine l’horizon en effervescence  du jour. Le cri des oiseaux l’accueille promptement. Léo rapplique :

-Et si on allait se baigner dans cette eau bleutée qui nous appelle ? Es-tu prête ?

 Ayant enlevé leur survêtement ils s’élancent tous les deux dans les vagues vrombissantes de la marée montante. Ils s’amusent comme des enfants découvrant  pour la première fois le bain de mer.

À l’horizon des nuages furtifs s’amoncèlent qui amèneront une pluie tant désirée depuis un laps de temps. Fannie et Léo  sortent de l’onde, ramassent leur vêtement et se dirigent vers leur hôtel pour un copieux petit déjeuner. Des éclairs bariolent  le faîte de l’horizon au loin. L’orage ne tardera pas  et Fannie soupire :
-Même avec cet orage notre amour ne sera pas ininterrompue ; ma grossesse non plus. Elle se blottit contre Léo pour ne faire qu’un avec lui.

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 17 juillet 2012.

 


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