Paix de nuit !

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Paix de nuit !

‘’Le sacrifice qui plaît à Dieu
c’est un esprit brisé;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu,
un cœur brisé et broyé.
Psaume 50,19 (Laudes du samedi).’’

Les flocons neigeux tombent lourdement, doucement. Ils flottent sur un océan  invisible et lactescent. Ils sillonnent en zigzaguant l’air un tantinet humide et frisquet. Leur ballet agrémente les rayons lumineux des lampadaires tout de blanc vêtus. Les sapins illuminés et les guirlandes lumineuses éclaboussent de minuscules éclats de lumière multicolores. Quel magnifique temps de veille de Noel ! Tout y est, lumières, neige, décorations, et gens radieux mais pressés. Les rues sont de plus en plus désertiques et inondées d’un plumet blanc et  moelleux de  neige fraîchement tombée. On voit quasiment le faîte d’une vague en écume. Les autos, telles des vaisseaux ivres, tergiversent ça et là dans les chemins de patinoires. L’éclat de leurs phares éblouit de leurs feux se dandinant de flocon  en flocon.

 Le temps se radoucit avec  cette giboulée blanchâtre. Tout semble immobile à présent. Le kaléidoscope des points étincelants des ornements semblent souffleter sous ce tapis suave.

Une ombre furtive se glisse sur le bas-côté  de la venelle en cul-de sac. Elle s’avance  à pas de loup, comme un chevreuil guettant un prédateur. La tête emmitouflée sous un épais capuchon de fourrure le marcheur jette de rapides coups d’œil  derrière lui pour voir s’il est  le seul sur cette voie. D’un pas lent et rassuré il s’oriente vers l’ultime maisonnette embellie d’élégants sapins ornés d’ampoules bleues. Il s’approche en réfrénant le pas. Son cœur palpite  et ses tempes bourdonnent. Sa respiration devient profonde pendant que sa mémoire lui ramène les dernières bribes des mots blessants et dépassant les pensées. Il s’arrête net, croyant avoir vu une silhouette à la fenêtre garnie d’une lumière incandescente et ornée d’un ange du temps de Noel.  Fausse alarme ; rien! Hésitant, il fait les cent pas sur un petit deux mètres carrés devant la maison. Oh! Qu’il se sent donc ridicule et se dit :
-Pourquoi est-ce arriver ? Pourquoi cette prise de becs, cette chicane insensée ? Qu’est ce que nous avions tant à vouloir nous tenir tête et à nous détester ?

Il stoppe brusquement ses déblatérations émotionnelles et tend l’oreille vers le firmament. Il croit entendre des notes d’un chant de Noel. Effectivement, au loin en quelque part, quelqu’un fait jouer Sainte Nuit. La mélodie doucereuse lui  glisse vers ses tympans. Il se découvre de son capuchon pour mieux entendre :
-C’était exactement la même mélodie qui jouait lors de la dispute ce  Noel, il y a de ça cinq ans.

Une série de clichés, de suite d’images, lui viennent à l’esprit. Des images pénibles et troublantes surtout lorsque son père lui demanda de quitter la maison paternelle pour de bon. Sans demander son reste, et sans le sou, il se précipita, qu’avec un sac à dos, dans cette même rue et se promit de ne jamais y revenir. Mais aujourd’hui il y est, encore sans le sou sauf que quelques dollars en poche .Après ces années de déboires, de durs labeurs et de misères il réentend cette même chanson qui lui chavire le cœur. Des larmes coulent sur son visage ravagé par la fatigue. Il se murmure :
-J’y vais ? Je n’y vais pas ? Que vais-je lui dire ? Va-t-il m’accueillir ?
Est-il toujours dans les mêmes dispositions ?

Et moi, comment vais-je réagir ? Qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’est ce que j’ai vu avec tout ce temps? Qu’aurait fait mon grand ami Ludovic ? Toujours bercé par ses cent pas il sanglote. Il lui semble d’avoir le Mont Everest à escalader. Il a mal, il a mal de son intérieur.

Et la musique lui parle. La neige tombe en minuscules flocons se mêlant à ses larmes. Il remet son capuchon et fait demi -tour. Il amorce quelques pas et s’immobilise :
-Non !- se dit-il – je vais y aller! Je vais prendre mon courage à deux mains et foncer. Il hésite encore. Se tenant droit comme un piquet, les deux mains dans les poches, ses pensées lui remémorent un fait anodin qu’il a vécu, dans sa jeunesse, avec son paternel. Oh! Combien ils étaient heureux ensembles et avaient de bons moments de joyeux plaisirs. Paul souffle :
-Si ce temps pourrait revenir, oublier toute cette situation. Est-ce possible ?

Il ne prie pas habituellement, mais cette fois il s’adresse à Jésus :

Je sais que c’est la commémoration de ta naissance ce soir et demain. Je sais que je ne te prie pas si souvent. Peux-tu m’aider à accomplir ce que je voudrais, veux, faire ce soir ? Rencontrer mon père et lui dire que je l’aime et que je m’excuse des paroles blessantes que j’ai pu lui dire et aussi lui dire que je lui pardonne les siennes. De me pardonner de ne pas lui avoir donné de mes nouvelles depuis tout ce temps .Aides moi Jésus, s’il te plaît je ne me sens pas la force de marcher vers cette porte et lui faire face.

Les larmes coulent à flot maintenant. Une boule d’émotions lui noue la gorge. Il se calme et calme ses sanglots ; reprends de bonnes inspirations et expirations et tout de go se dirige vers la maison aux sapins bleus.
Sortie de nulle part une vieille femme mal vêtue s’approche de lui et lui demande :
-Monsieur c’est la veille de Noel auriez-vous un peu de monnaie pour un café et un petit gâteau s’il vous plaît ?
Elle le regarde avec des yeux hagards et fatiguées.

Paul fouille dans sa poche et lui tend tout ce qu’il lui reste de menue monnaie, ses derniers deniers. Elle lui dit’’ merci – Dieu vous le rendra au centuple-‘’ et elle s’éloigne; Paul la comprend donc car il a vécu  les mêmes situations pénibles ces dernières années.

 Il monte l’escalier de marches en pierres recouvertes de neige  et s’immobilise face à l’entrée. Il dirige sa main vers le bouton de la  sonnette mais hésite encore.

Il se dit à lui-même :
-Tu n’en as pas assez mon ti-Paul ? Tu en veux encore ? Retournes d’où tu viens et oublies tout cela. Ou bien presse ce bouton et  advienne que pourra, par la Grâce de Dieu.

La neige se remet à tomber encore en  énormes  flocons. Paul en est tout recouvert comme un bonhomme de neige vagabond. Il refait encore demi-tour mais une force irrésistible le pousse à se retourner et poser son doigt sur ce fameux bouton. La tête lui tourne et il  tremble de tout son corps.

Ses muscles et son cerveau disent non mais son cœur dit oui. Et, comme par magie, la neige cesse. Les nuages se dissipent pour laisser place à un firmament d’encre noire étoilé d’argent.
Paul se dit :
-Une vraie nuit de Noel, il y a bien longtemps que j’en ai vu une comme celle-là. Les étoiles brillent des ailes de leur luminosité. Un quartier de lune vient rajouter au décor enchanteur; une touche d’un grand chef. La table est mise. De l’intérieur de la maison on peut entendre de la musique d’orgue, Paul soupire :

-Bach, la préférée de papa. 

Posant son doigt sur le bouton, enfin, Paul l’enfonce et entend le carillon à l’intérieur. Son cœur bat la chamade. À la fenêtre de l’ange, le rideau s’entrouvre et Paul y voit son père qui ne le reconnaît pas immédiatement. Ce dernier dirige ses pas vers la porte d’entrée, l’entrebâille et dit :
-Qui êtes-vous … que voulez-vous ?

Paul, coït lui répond :
-Papa!  C’est moi Paul.
Un instant s’écoule et le père ouvre la porte, il regarde son fils et dit en pleurant :
-Paul, mon gars, Paul tu es revenu enfin ! Paul vient dans mes  bras mon garçon.

Il le tire par son manteau et le fait entrer dans sa maison cossue et bien chaude. Il tient dans ses bras son fils et sanglote :
-Paul, mon petit Paul je suis si heureux de te voir.

Paul en larmes balbutie :

Papa, papa  je m’excuse ; je suis si désolé. Si navré de t’avoir fait de la peine. D’être parti sans te donner de nouvelles, je m’en veux tellement.

Les deux hommes, debout, se serrent la main en guise de réconciliation. Le père rajoute :

-Je n’aurais pas dû te dire ce que je t’ai dit, tu m’as manqué tellement mon fils .Je suis si fière, qu’en cette veille de Noel, tu reviennes; le retour de l’enfant prodigue! Il faut fêter ça  mon gars – dit-il -tout en sourires en en rires.

Paul tout ému enlève son manteau et fouille dans une de ses poches et y sort un petit paquet qu’il remet à son père :
-C’est pour toi, papa. C’est du Bach.
Son père, bouleversé lui dit :
-Tu te souviens, je suis si content.  Merci beaucoup mon fils ! Viens, viens me conter ce que tu as fait. Mais avant, poses ton manteau et suis moi.

Les deux hommes se dirigent vers la chambre qu’occupait Paul avant son départ. Le père ouvre la porte et montre à son fils l’endroit. Paul s’exclame :
-Mais rien n’a changé ! Tu as gardé toutes mes affaires et mes souvenirs. Le père rajoute :
Dès le lendemain de ton départ, que j’ai amèrement regretté, j’ai fermé ta porte et je l’entrouvrais fréquemment pour voir si tu n’y serais pas .Comme j’ai pensé à toi mon gars. Oh! Comme j’ai souhaité un soir comme celui-ci mon Paul. Et, tu es là; Merci mon Dieu, merci. J’ai même conservé le présent que je voulais te faire ce soir là; regardes il est là avec cinq autres que je rajoute chaque année et même celui de cette année.

Il serre son fils dans ses bras :
-Joyeux Noel Paul.
Paul lui rend la pareille et dit :
-Je ne repartirai pas papa, je vais rester avec toi. Joyeux Noel  mon papy.
Le père entraîne son fils vers le salon et lui montre la crèche qu’il installe chaque Noel :
-Tu sais, cette crèche je ne la rangeais pas de toute l’année depuis ton départ. Je priais tous les jours pour ton retour. Et ce soir tu es là ! Et maintenant prenons un bon verre de vin pour célébrer.
Paul dit :
-Tu pourras la serrer maintenant papa  sauf le petit mouton avec lequel je dormais quand j’étais petit. Et les deux rient aux éclats.

Avant d’aller à la cuisine le père fait tourner un disque sur son phono : Sainte Nuit.

La neige s’est remise à virevolter à l’extérieur, Paul regarde par la fenêtre et y voit la vieille dame qui lui a demandé quelques pièces d’argent lui sourire de toutes ses dents pour ensuite disparaître dans la bourrasque.

Le père entoure les épaules de son fils  et réciproquement Paul fait de même et les deux se dirigent vers l’antre des fourneaux.

 

‘’ Oh ! Nuit de Paix,
Oh ! Sainte nuit …..

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Saint-Benoît du Lac

16 décembre 2012

 

 

 

 

 

 


Archive pour 17 décembre, 2012

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Paix de nuit !

‘’Le sacrifice qui plaît à Dieu
c’est un esprit brisé;
tu ne repousses pas, ô mon Dieu,
un cœur brisé et broyé.
Psaume 50,19 (Laudes du samedi).’’

Les flocons neigeux tombent lourdement, doucement. Ils flottent sur un océan  invisible et lactescent. Ils sillonnent en zigzaguant l’air un tantinet humide et frisquet. Leur ballet agrémente les rayons lumineux des lampadaires tout de blanc vêtus. Les sapins illuminés et les guirlandes lumineuses éclaboussent de minuscules éclats de lumière multicolores. Quel magnifique temps de veille de Noel ! Tout y est, lumières, neige, décorations, et gens radieux mais pressés. Les rues sont de plus en plus désertiques et inondées d’un plumet blanc et  moelleux de  neige fraîchement tombée. On voit quasiment le faîte d’une vague en écume. Les autos, telles des vaisseaux ivres, tergiversent ça et là dans les chemins de patinoires. L’éclat de leurs phares éblouit de leurs feux se dandinant de flocon  en flocon.

 Le temps se radoucit avec  cette giboulée blanchâtre. Tout semble immobile à présent. Le kaléidoscope des points étincelants des ornements semblent souffleter sous ce tapis suave.

Une ombre furtive se glisse sur le bas-côté  de la venelle en cul-de sac. Elle s’avance  à pas de loup, comme un chevreuil guettant un prédateur. La tête emmitouflée sous un épais capuchon de fourrure le marcheur jette de rapides coups d’œil  derrière lui pour voir s’il est  le seul sur cette voie. D’un pas lent et rassuré il s’oriente vers l’ultime maisonnette embellie d’élégants sapins ornés d’ampoules bleues. Il s’approche en réfrénant le pas. Son cœur palpite  et ses tempes bourdonnent. Sa respiration devient profonde pendant que sa mémoire lui ramène les dernières bribes des mots blessants et dépassant les pensées. Il s’arrête net, croyant avoir vu une silhouette à la fenêtre garnie d’une lumière incandescente et ornée d’un ange du temps de Noel.  Fausse alarme ; rien! Hésitant, il fait les cent pas sur un petit deux mètres carrés devant la maison. Oh! Qu’il se sent donc ridicule et se dit :
-Pourquoi est-ce arriver ? Pourquoi cette prise de becs, cette chicane insensée ? Qu’est ce que nous avions tant à vouloir nous tenir tête et à nous détester ?

Il stoppe brusquement ses déblatérations émotionnelles et tend l’oreille vers le firmament. Il croit entendre des notes d’un chant de Noel. Effectivement, au loin en quelque part, quelqu’un fait jouer Sainte Nuit. La mélodie doucereuse lui  glisse vers ses tympans. Il se découvre de son capuchon pour mieux entendre :
-C’était exactement la même mélodie qui jouait lors de la dispute ce  Noel, il y a de ça cinq ans.

Une série de clichés, de suite d’images, lui viennent à l’esprit. Des images pénibles et troublantes surtout lorsque son père lui demanda de quitter la maison paternelle pour de bon. Sans demander son reste, et sans le sou, il se précipita, qu’avec un sac à dos, dans cette même rue et se promit de ne jamais y revenir. Mais aujourd’hui il y est, encore sans le sou sauf que quelques dollars en poche .Après ces années de déboires, de durs labeurs et de misères il réentend cette même chanson qui lui chavire le cœur. Des larmes coulent sur son visage ravagé par la fatigue. Il se murmure :
-J’y vais ? Je n’y vais pas ? Que vais-je lui dire ? Va-t-il m’accueillir ?
Est-il toujours dans les mêmes dispositions ?

Et moi, comment vais-je réagir ? Qu’est-ce que j’ai appris ? Qu’est ce que j’ai vu avec tout ce temps? Qu’aurait fait mon grand ami Ludovic ? Toujours bercé par ses cent pas il sanglote. Il lui semble d’avoir le Mont Everest à escalader. Il a mal, il a mal de son intérieur.

Et la musique lui parle. La neige tombe en minuscules flocons se mêlant à ses larmes. Il remet son capuchon et fait demi -tour. Il amorce quelques pas et s’immobilise :
-Non !- se dit-il – je vais y aller! Je vais prendre mon courage à deux mains et foncer. Il hésite encore. Se tenant droit comme un piquet, les deux mains dans les poches, ses pensées lui remémorent un fait anodin qu’il a vécu, dans sa jeunesse, avec son paternel. Oh! Combien ils étaient heureux ensembles et avaient de bons moments de joyeux plaisirs. Paul souffle :
-Si ce temps pourrait revenir, oublier toute cette situation. Est-ce possible ?

Il ne prie pas habituellement, mais cette fois il s’adresse à Jésus :

Je sais que c’est la commémoration de ta naissance ce soir et demain. Je sais que je ne te prie pas si souvent. Peux-tu m’aider à accomplir ce que je voudrais, veux, faire ce soir ? Rencontrer mon père et lui dire que je l’aime et que je m’excuse des paroles blessantes que j’ai pu lui dire et aussi lui dire que je lui pardonne les siennes. De me pardonner de ne pas lui avoir donné de mes nouvelles depuis tout ce temps .Aides moi Jésus, s’il te plaît je ne me sens pas la force de marcher vers cette porte et lui faire face.

Les larmes coulent à flot maintenant. Une boule d’émotions lui noue la gorge. Il se calme et calme ses sanglots ; reprends de bonnes inspirations et expirations et tout de go se dirige vers la maison aux sapins bleus.
Sortie de nulle part une vieille femme mal vêtue s’approche de lui et lui demande :
-Monsieur c’est la veille de Noel auriez-vous un peu de monnaie pour un café et un petit gâteau s’il vous plaît ?
Elle le regarde avec des yeux hagards et fatiguées.

Paul fouille dans sa poche et lui tend tout ce qu’il lui reste de menue monnaie, ses derniers deniers. Elle lui dit’’ merci – Dieu vous le rendra au centuple-‘’ et elle s’éloigne; Paul la comprend donc car il a vécu  les mêmes situations pénibles ces dernières années.

 Il monte l’escalier de marches en pierres recouvertes de neige  et s’immobilise face à l’entrée. Il dirige sa main vers le bouton de la  sonnette mais hésite encore.

Il se dit à lui-même :
-Tu n’en as pas assez mon ti-Paul ? Tu en veux encore ? Retournes d’où tu viens et oublies tout cela. Ou bien presse ce bouton et  advienne que pourra, par la Grâce de Dieu.

La neige se remet à tomber encore en  énormes  flocons. Paul en est tout recouvert comme un bonhomme de neige vagabond. Il refait encore demi-tour mais une force irrésistible le pousse à se retourner et poser son doigt sur ce fameux bouton. La tête lui tourne et il  tremble de tout son corps.

Ses muscles et son cerveau disent non mais son cœur dit oui. Et, comme par magie, la neige cesse. Les nuages se dissipent pour laisser place à un firmament d’encre noire étoilé d’argent.
Paul se dit :
-Une vraie nuit de Noel, il y a bien longtemps que j’en ai vu une comme celle-là. Les étoiles brillent des ailes de leur luminosité. Un quartier de lune vient rajouter au décor enchanteur; une touche d’un grand chef. La table est mise. De l’intérieur de la maison on peut entendre de la musique d’orgue, Paul soupire :

-Bach, la préférée de papa. 

Posant son doigt sur le bouton, enfin, Paul l’enfonce et entend le carillon à l’intérieur. Son cœur bat la chamade. À la fenêtre de l’ange, le rideau s’entrouvre et Paul y voit son père qui ne le reconnaît pas immédiatement. Ce dernier dirige ses pas vers la porte d’entrée, l’entrebâille et dit :
-Qui êtes-vous … que voulez-vous ?

Paul, coït lui répond :
-Papa!  C’est moi Paul.
Un instant s’écoule et le père ouvre la porte, il regarde son fils et dit en pleurant :
-Paul, mon gars, Paul tu es revenu enfin ! Paul vient dans mes  bras mon garçon.

Il le tire par son manteau et le fait entrer dans sa maison cossue et bien chaude. Il tient dans ses bras son fils et sanglote :
-Paul, mon petit Paul je suis si heureux de te voir.

Paul en larmes balbutie :

Papa, papa  je m’excuse ; je suis si désolé. Si navré de t’avoir fait de la peine. D’être parti sans te donner de nouvelles, je m’en veux tellement.

Les deux hommes, debout, se serrent la main en guise de réconciliation. Le père rajoute :

-Je n’aurais pas dû te dire ce que je t’ai dit, tu m’as manqué tellement mon fils .Je suis si fière, qu’en cette veille de Noel, tu reviennes; le retour de l’enfant prodigue! Il faut fêter ça  mon gars – dit-il -tout en sourires en en rires.

Paul tout ému enlève son manteau et fouille dans une de ses poches et y sort un petit paquet qu’il remet à son père :
-C’est pour toi, papa. C’est du Bach.
Son père, bouleversé lui dit :
-Tu te souviens, je suis si content.  Merci beaucoup mon fils ! Viens, viens me conter ce que tu as fait. Mais avant, poses ton manteau et suis moi.

Les deux hommes se dirigent vers la chambre qu’occupait Paul avant son départ. Le père ouvre la porte et montre à son fils l’endroit. Paul s’exclame :
-Mais rien n’a changé ! Tu as gardé toutes mes affaires et mes souvenirs. Le père rajoute :
Dès le lendemain de ton départ, que j’ai amèrement regretté, j’ai fermé ta porte et je l’entrouvrais fréquemment pour voir si tu n’y serais pas .Comme j’ai pensé à toi mon gars. Oh! Comme j’ai souhaité un soir comme celui-ci mon Paul. Et, tu es là; Merci mon Dieu, merci. J’ai même conservé le présent que je voulais te faire ce soir là; regardes il est là avec cinq autres que je rajoute chaque année et même celui de cette année.

Il serre son fils dans ses bras :
-Joyeux Noel Paul.
Paul lui rend la pareille et dit :
-Je ne repartirai pas papa, je vais rester avec toi. Joyeux Noel  mon papy.
Le père entraîne son fils vers le salon et lui montre la crèche qu’il installe chaque Noel :
-Tu sais, cette crèche je ne la rangeais pas de toute l’année depuis ton départ. Je priais tous les jours pour ton retour. Et ce soir tu es là ! Et maintenant prenons un bon verre de vin pour célébrer.
Paul dit :
-Tu pourras la serrer maintenant papa  sauf le petit mouton avec lequel je dormais quand j’étais petit. Et les deux rient aux éclats.

Avant d’aller à la cuisine le père fait tourner un disque sur son phono : Sainte Nuit.

La neige s’est remise à virevolter à l’extérieur, Paul regarde par la fenêtre et y voit la vieille dame qui lui a demandé quelques pièces d’argent lui sourire de toutes ses dents pour ensuite disparaître dans la bourrasque.

Le père entoure les épaules de son fils  et réciproquement Paul fait de même et les deux se dirigent vers l’antre des fourneaux.

 

‘’ Oh ! Nuit de Paix,
Oh ! Sainte nuit …..

 

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Saint-Benoît du Lac

16 décembre 2012

 

 

 

 

 

 

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