Le coffret dans le grenier…

 

Le coffret dans le grenier... dans Liens coffre2-300x300

Coffret dans le grenier…

 

‘’Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais…’’

 

La brise se dandine paresseusement sur les feuilles argentées des peupliers. La matinée en est encore à ses ailes du réveil. Le soleil frisonne de tous ses strions. Les oiseaux avalent goulument leur petit déjeuner affriolent et donnent la becquée à leurs rejetons. Des papillons multicolores et effrontés leur passent sous le nez; indifférents. La maison de mon père camouflée sous une myriade de conifères embaume le parfum des résineux. J’aime venir me promener ici, longer le petit sentier orné  de trembles comme des sentinelles aux aguets et abritant des gaies bleus aux cris de sifflet. Mon père me disait toujours :

 


-Vas-y doucement dans ce sentier, prends ton temps, examine, renifle et respire. Écoute la voix du vent et des brumes. Entends le chant des oiseaux, qui eux, n’ont pas d’agenda. Prends ton sablier  de calme et de respect. Mais, le plus important, prends ton instant présent petit à petit.
Il me répète encore et encore le même refrain qui virevolte dans mon esprit. Je marche à pas de tortue, selon son bon vouloir, je scrute les détails manquants de la dernière fois ; et il y en a. Les sapins ont de nouvelles pousses vertes tendres qui donnent aux branches matures une allure de dentelles friandes. Il faut savoir apprendre de nouveau; ce n’est jamais fini.

 

J’approche à pas feutrés et discrets  de renard vers la chaumière semi ombragée. Mon cœur s’envole à grandes enjambées. Immobile je pousse mon bilan des dernières semaines dans mes pensées. Mon père n’est plus, il nous a quitté pour l’autre monde après une lutte serrée contre une maladie virale.

 

Je me retrouve, seul, face à son univers à lui. Son univers terrestre de ses dernières années. Il y a eu quelques visites ici et là, avec le temps, mais jamais rien de concret ; de profond. Il était plutôt du genre taciturne et non loquace .Des grives viennent sautiller devant mes pas  comme pour m’avertir que le maître de la maison n’y est pas. Que le maître de la maison n’y est plus. Leur roucoulement  m’enchante. Je sors de ma poche de veston l’ultime clé qui ouvrira  l’antre mystérieux de mon paternel. Une brise vient  me caresser le visage et tout au long de son sillage elle s’arrête au reflet de mes yeux encore embués dans la vitre de la porte. J’essuie la larme qui coule le long de ma joue. Je connais l’endroit, je sais où sont toutes les choses  et je suis familier aux sons et bruits environnants mais  cette fois c’est différent. Il n’est plus .Ma main glisse la clé dans la serrure qui entrechoque les clapets. La porte s’ouvre  sur une pièce dans la demi-pénombre. J’entre subtilement et dépose la clé sur une table recroquevillée dans un minuscule coin. Je laisse le silence s’imprégner dans mes sens. Tout est en place, immobile. Je furète et je glande. Je reluque et appréhende. Sur la grande tablette du foyer  une photo illumine la pièce ; souvenir d’une partie de pêche miraculeuse et obsolète. Je souris.

 

Je vais à la cuisine et le rangement est quasi militaire. Mon père avait cette déformation; tout à sa place et chaque chose à sa place. Je me fais un café et  mon regard  se fige sur une liasse de paperasses laissée à la traîne ; au contraire des us et coutumes de mon père. Sur la première page griffonnée je peux lire les paroles d’une chanson de Claude Léveillé ; son auteur préféré. Une mélodie imprégnée de nostalgie, de tristesse mais tellement  belle et poétique.
‘’Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais…’’

 

Je me dis tout bas, intérieurement :
-Le rendez-vous !

 

Je fredonne machinalement l’air et un sanglot vient l’étouffer. Je respire lentement  et paisiblement. Je tourne les pages furtivement à la recherche  de curiosités et d’autres indiscrétions, ma curiosité est aiguisée et brûle le lampion. Sur la même page, dans une marge fictive, il y est inscrit : ‘’ coffret’’.
-Coffret ?
Me dis-je intrigué :
-Coffret ? Encore des mini cachettes ; et je sais qu’il en avait quelques –unes. Mais il n’y a pas personne qui lui demandait des comptes ou bien ce qu’il faisait.  Cachotier  et parfois mystérieux.

 

J’explore la maison, je sens sa présence partout ou je passe.

 

Sur un des murs de sa  chambre une photo de ma mère, des enfants et des petits enfants  et c’est à peu près tout ce qu’il lui restait de cette vie. Il nous l’avouait à chacune de nos visites, ma sœur et moi, de l’amour qu’il avait et a pour cette femme. Sa muse et sa complice. Il vivait seul dans les derniers instants de sa vie car ma mère s’étant enfuie avec un amant de jeunesse. Il l’aimait ; il lui a pardonné, quand on aime il est plus facile de pardonner et de vouloir oublier. Mais je crois que la cicatrice ne s’est jamais refermée. Il s’est enfermé dans un mutisme à faire glacer les sangs. Je secoue la tête pour m’empêcher de retomber dans un amas de cœurs déchirés et de coups de griffes lacérées.  Je remarque sur une table de chevet une copie de la Règle de Saint-Benoît; interrogations. À l’extérieur j’entends les gaies qui piaillent, leurs sifflements me parviennent en sourdine. J’ouvre une fenêtre pour laisser pénétrer l’air vivifiant du matin. Sur un petit buffet qui sert à contenir la vaisselle des dimanches et des jours de fêtes, un autre amassis de feuilles de papier laissé  à l’abandon. J’y jette un coup d’œil et, encore dans une marge fictive, le mot ‘’coffre’’ revient .Je m’exclame :
-Encore  ce coffret…mais où est-il ce coffret ? Et qu’est ce que cela veut bien dire. Sur la page du début de la pile   j’y lis :
‘’ Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu…’’

 

Encore Léveillé et son Rendez-vous. Cela m’intrigue. Je me mets donc à la recherche du fameux coffre. Le père  a piqué d’aplomb ma curiosité. Je fais le tour des pièces. Rien. Je reviens au salon; rien. Je prends un siège dans la cuisine et réfléchis :
-Voyons, où toi, mettrais-tu un coffret pour en garder les secrets ?  Surement pas à la vue de tous les visiteurs ou les passants. Dans les garde-robes, non, mon père n’était pas aussi  camouflard que cela.
Je fronce les sourcils et une idée jaillit de mon esprit  je m’éclate de joie :
-Le grenier, mais oui le grenier. Il rangeait tous ses souvenirs dans cet espace restreint de sa maison. Ses vieilles décorations de Noel, ses uniformes de son service militaire, ses vieux bouquins et ses trophées de ses vies antérieures comme il aimait nous le dire.
Il va sans dire que mon paternel fut été un homme humble, pour lui ce qu’il avait fait : école, travail, armée, et autres expériences de tout acabit n’étaient rien pour lui .Il ne se vantait pas nullement de ses exploits, ne se gratifiait pas des ses décorations et de ses honneurs. Il disait, à qui voulait bien l’entendre, qu’il a été l’instrument de Dieu et que Dieu lui avait donné beaucoup de dons et de bonheurs sur cette terre. Ce qu’il avait fait  c’était pour aider les autres et les faire cheminer.
Ça je me suis souvenu de ça mais un temps immense a passé avant que je le comprenne profondément.

 

Je me dirige vers l’escalier qui m’amène à un deuxième pallier de la maison. Au plafond il y a une trappe qui, en l’ouvrant fait descendre un autre petit escalier pour monter au grenier.

 

Je m’y aventure  résolument. Il fait sombre là  et il y fait frais.  Je tire sur une ficelle  blanche qui illumine dans la noirceur. Une lumière éblouissante se répand sur les choses qui elles  projettent des ombres sur les murs recouverts d’isolation. Une fenêtre, sur ma droite ne demande qu’à être découverte de son morceau de tissus. J’étire le bras et libère, enfin, la lumière du soleil qui vient inonder la pièce. Des objets, tous aussi hétéroclites les uns que les autres, signalent leur présence. Au fond une grande armoire trône au milieu du mur; j’y reviendrai plus tard – me dis-je- .
Sur ma gauche un capharnaüm de volumes, de revues et d’articles écrasent un support maladroitement posé là.  Je regarde avec minutie et je me dis :
-Mais c’est lui  le coffret ! Le fameux coffret.
Je m’avance vers  ce caisson d’une assez bonne dimension quand même. Fait de bois et orné de moulures anciennes Je scrute les environs et me demande où vais –je poser ces livres pour pouvoir ouvrir le coffret. Je décide donc de les déposer par terre sur la gauche et sur la droite. Le coffret a une serrure encastrée mais n’est pas barrée. J’ouvre le couvercle et, la greule béante, ce coffret m’offre son contenu discret. Bien rangées, en rang d’oignons, une vingtaine d’agendas occupent une bonne partie du contenant. Je regarde les années et  ils remontent à vingt ans finissant l’an passé. Je chercher celle de l’année présente et ne la trouve pas :
-Aurait-il arrêté de les produire ?

 

Je fouille plus en profondeur le compartiment et y découvre cinq cahiers contenant plus de cent cinquante pages chaque. J’ouvre le premier et ce sont des textes que mon paternel a écrit tout au long de sa vie. Si je calcule bien, il y a plus de sept cents pages ; de quoi produire un bouquin digne des grands auteurs.
-Intéressant ! Je savais qu’il avait la bosse de l’écriture mais de là à produire autant ; il me faut lire.

 

J’envenime mon enquête et  trouve tout au fond  du coffre, sous la poussière, un livre blanc qu’il a  écrit lui-même. Les pages étaient vierges et il les a remplies comme un moine qui a calligraphié un manuscrit. À la main il a reproduit en tout et partout la Règle de Saint Benoît en lettres gothiques. L’ouvrage est magnifique. À la toute dernière page j’y lis : ‘’ À lire, relire et relire encore.’’ Et : ‘’ ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu.’’ J’examine, enfin le reste du contenu du coffret et il ne semble plus y avoir quelque chose d’intéressant. Je me promets de lire ses agendas que je redescends avec moi à la cuisine ainsi que son livre manuscrit.

 

J’ouvre au hasard un agenda et je vois que c’est celui  de l’année du départ de ma mère. Des notes griffonnées, ici et là, trahissent son chagrin  et  sur une feuille à part  en lettres manuscrites la chanson de Léveillé; le rendez vous.

 

Je vais à l’extérieur écouter le concert cacophonique des oiseaux que mon père aimait tant. La brise dans le faîte des sapins chantent une mélodie  enchantée.

Je reprends l’air du ‘’Rendez-vous’’.

 

 

 

Le rendez-vous :
Claude Léveillée

 

Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais
Les rendez-vous que l´on cesse d´attendre
Existent-ils dans quelqu´autre univers
Où vont aussi les mots qu´on n´a pas pris le temps d´entendre
Et l´amour inconnu que nul n´a découvert
Quand on court après la fortune
On risque de perdre l´amour
J´ai payé de mes clairs de lune
De vouloir allonger les jours
Augmenter le chiffre d´affaires
Pour gagner quoi quelques billets
Qui ne pourront jamais refaire
Le hasard que je gaspillais
Nos parts faisaient sauter la banque
C´était une question de temps
Mais un rendez-vous que l´on manque
Est mille fois plus important
Même quand c´est un inconnu
Qui fait les cent pas quelque part

 

Car je sais que vous êtes venu
Mais je suis arrivée trop tard
Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu
Par ma chanson ce soir je vous le donne
Et désormais j´attendrai votre pas
Tout le long de mes jours
Puisque je sais mieux que personne
Que vous n´existez pas

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Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

Laval, 31 janvier 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Archive pour 31 janvier, 2013

Le coffret dans le grenier…

 

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Coffret dans le grenier…

 

‘’Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais…’’

 

La brise se dandine paresseusement sur les feuilles argentées des peupliers. La matinée en est encore à ses ailes du réveil. Le soleil frisonne de tous ses strions. Les oiseaux avalent goulument leur petit déjeuner affriolent et donnent la becquée à leurs rejetons. Des papillons multicolores et effrontés leur passent sous le nez; indifférents. La maison de mon père camouflée sous une myriade de conifères embaume le parfum des résineux. J’aime venir me promener ici, longer le petit sentier orné  de trembles comme des sentinelles aux aguets et abritant des gaies bleus aux cris de sifflet. Mon père me disait toujours :

 


-Vas-y doucement dans ce sentier, prends ton temps, examine, renifle et respire. Écoute la voix du vent et des brumes. Entends le chant des oiseaux, qui eux, n’ont pas d’agenda. Prends ton sablier  de calme et de respect. Mais, le plus important, prends ton instant présent petit à petit.
Il me répète encore et encore le même refrain qui virevolte dans mon esprit. Je marche à pas de tortue, selon son bon vouloir, je scrute les détails manquants de la dernière fois ; et il y en a. Les sapins ont de nouvelles pousses vertes tendres qui donnent aux branches matures une allure de dentelles friandes. Il faut savoir apprendre de nouveau; ce n’est jamais fini.

 

J’approche à pas feutrés et discrets  de renard vers la chaumière semi ombragée. Mon cœur s’envole à grandes enjambées. Immobile je pousse mon bilan des dernières semaines dans mes pensées. Mon père n’est plus, il nous a quitté pour l’autre monde après une lutte serrée contre une maladie virale.

 

Je me retrouve, seul, face à son univers à lui. Son univers terrestre de ses dernières années. Il y a eu quelques visites ici et là, avec le temps, mais jamais rien de concret ; de profond. Il était plutôt du genre taciturne et non loquace .Des grives viennent sautiller devant mes pas  comme pour m’avertir que le maître de la maison n’y est pas. Que le maître de la maison n’y est plus. Leur roucoulement  m’enchante. Je sors de ma poche de veston l’ultime clé qui ouvrira  l’antre mystérieux de mon paternel. Une brise vient  me caresser le visage et tout au long de son sillage elle s’arrête au reflet de mes yeux encore embués dans la vitre de la porte. J’essuie la larme qui coule le long de ma joue. Je connais l’endroit, je sais où sont toutes les choses  et je suis familier aux sons et bruits environnants mais  cette fois c’est différent. Il n’est plus .Ma main glisse la clé dans la serrure qui entrechoque les clapets. La porte s’ouvre  sur une pièce dans la demi-pénombre. J’entre subtilement et dépose la clé sur une table recroquevillée dans un minuscule coin. Je laisse le silence s’imprégner dans mes sens. Tout est en place, immobile. Je furète et je glande. Je reluque et appréhende. Sur la grande tablette du foyer  une photo illumine la pièce ; souvenir d’une partie de pêche miraculeuse et obsolète. Je souris.

 

Je vais à la cuisine et le rangement est quasi militaire. Mon père avait cette déformation; tout à sa place et chaque chose à sa place. Je me fais un café et  mon regard  se fige sur une liasse de paperasses laissée à la traîne ; au contraire des us et coutumes de mon père. Sur la première page griffonnée je peux lire les paroles d’une chanson de Claude Léveillé ; son auteur préféré. Une mélodie imprégnée de nostalgie, de tristesse mais tellement  belle et poétique.
‘’Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais…’’

 

Je me dis tout bas, intérieurement :
-Le rendez-vous !

 

Je fredonne machinalement l’air et un sanglot vient l’étouffer. Je respire lentement  et paisiblement. Je tourne les pages furtivement à la recherche  de curiosités et d’autres indiscrétions, ma curiosité est aiguisée et brûle le lampion. Sur la même page, dans une marge fictive, il y est inscrit : ‘’ coffret’’.
-Coffret ?
Me dis-je intrigué :
-Coffret ? Encore des mini cachettes ; et je sais qu’il en avait quelques –unes. Mais il n’y a pas personne qui lui demandait des comptes ou bien ce qu’il faisait.  Cachotier  et parfois mystérieux.

 

J’explore la maison, je sens sa présence partout ou je passe.

 

Sur un des murs de sa  chambre une photo de ma mère, des enfants et des petits enfants  et c’est à peu près tout ce qu’il lui restait de cette vie. Il nous l’avouait à chacune de nos visites, ma sœur et moi, de l’amour qu’il avait et a pour cette femme. Sa muse et sa complice. Il vivait seul dans les derniers instants de sa vie car ma mère s’étant enfuie avec un amant de jeunesse. Il l’aimait ; il lui a pardonné, quand on aime il est plus facile de pardonner et de vouloir oublier. Mais je crois que la cicatrice ne s’est jamais refermée. Il s’est enfermé dans un mutisme à faire glacer les sangs. Je secoue la tête pour m’empêcher de retomber dans un amas de cœurs déchirés et de coups de griffes lacérées.  Je remarque sur une table de chevet une copie de la Règle de Saint-Benoît; interrogations. À l’extérieur j’entends les gaies qui piaillent, leurs sifflements me parviennent en sourdine. J’ouvre une fenêtre pour laisser pénétrer l’air vivifiant du matin. Sur un petit buffet qui sert à contenir la vaisselle des dimanches et des jours de fêtes, un autre amassis de feuilles de papier laissé  à l’abandon. J’y jette un coup d’œil et, encore dans une marge fictive, le mot ‘’coffre’’ revient .Je m’exclame :
-Encore  ce coffret…mais où est-il ce coffret ? Et qu’est ce que cela veut bien dire. Sur la page du début de la pile   j’y lis :
‘’ Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu…’’

 

Encore Léveillé et son Rendez-vous. Cela m’intrigue. Je me mets donc à la recherche du fameux coffre. Le père  a piqué d’aplomb ma curiosité. Je fais le tour des pièces. Rien. Je reviens au salon; rien. Je prends un siège dans la cuisine et réfléchis :
-Voyons, où toi, mettrais-tu un coffret pour en garder les secrets ?  Surement pas à la vue de tous les visiteurs ou les passants. Dans les garde-robes, non, mon père n’était pas aussi  camouflard que cela.
Je fronce les sourcils et une idée jaillit de mon esprit  je m’éclate de joie :
-Le grenier, mais oui le grenier. Il rangeait tous ses souvenirs dans cet espace restreint de sa maison. Ses vieilles décorations de Noel, ses uniformes de son service militaire, ses vieux bouquins et ses trophées de ses vies antérieures comme il aimait nous le dire.
Il va sans dire que mon paternel fut été un homme humble, pour lui ce qu’il avait fait : école, travail, armée, et autres expériences de tout acabit n’étaient rien pour lui .Il ne se vantait pas nullement de ses exploits, ne se gratifiait pas des ses décorations et de ses honneurs. Il disait, à qui voulait bien l’entendre, qu’il a été l’instrument de Dieu et que Dieu lui avait donné beaucoup de dons et de bonheurs sur cette terre. Ce qu’il avait fait  c’était pour aider les autres et les faire cheminer.
Ça je me suis souvenu de ça mais un temps immense a passé avant que je le comprenne profondément.

 

Je me dirige vers l’escalier qui m’amène à un deuxième pallier de la maison. Au plafond il y a une trappe qui, en l’ouvrant fait descendre un autre petit escalier pour monter au grenier.

 

Je m’y aventure  résolument. Il fait sombre là  et il y fait frais.  Je tire sur une ficelle  blanche qui illumine dans la noirceur. Une lumière éblouissante se répand sur les choses qui elles  projettent des ombres sur les murs recouverts d’isolation. Une fenêtre, sur ma droite ne demande qu’à être découverte de son morceau de tissus. J’étire le bras et libère, enfin, la lumière du soleil qui vient inonder la pièce. Des objets, tous aussi hétéroclites les uns que les autres, signalent leur présence. Au fond une grande armoire trône au milieu du mur; j’y reviendrai plus tard – me dis-je- .
Sur ma gauche un capharnaüm de volumes, de revues et d’articles écrasent un support maladroitement posé là.  Je regarde avec minutie et je me dis :
-Mais c’est lui  le coffret ! Le fameux coffret.
Je m’avance vers  ce caisson d’une assez bonne dimension quand même. Fait de bois et orné de moulures anciennes Je scrute les environs et me demande où vais –je poser ces livres pour pouvoir ouvrir le coffret. Je décide donc de les déposer par terre sur la gauche et sur la droite. Le coffret a une serrure encastrée mais n’est pas barrée. J’ouvre le couvercle et, la greule béante, ce coffret m’offre son contenu discret. Bien rangées, en rang d’oignons, une vingtaine d’agendas occupent une bonne partie du contenant. Je regarde les années et  ils remontent à vingt ans finissant l’an passé. Je chercher celle de l’année présente et ne la trouve pas :
-Aurait-il arrêté de les produire ?

 

Je fouille plus en profondeur le compartiment et y découvre cinq cahiers contenant plus de cent cinquante pages chaque. J’ouvre le premier et ce sont des textes que mon paternel a écrit tout au long de sa vie. Si je calcule bien, il y a plus de sept cents pages ; de quoi produire un bouquin digne des grands auteurs.
-Intéressant ! Je savais qu’il avait la bosse de l’écriture mais de là à produire autant ; il me faut lire.

 

J’envenime mon enquête et  trouve tout au fond  du coffre, sous la poussière, un livre blanc qu’il a  écrit lui-même. Les pages étaient vierges et il les a remplies comme un moine qui a calligraphié un manuscrit. À la main il a reproduit en tout et partout la Règle de Saint Benoît en lettres gothiques. L’ouvrage est magnifique. À la toute dernière page j’y lis : ‘’ À lire, relire et relire encore.’’ Et : ‘’ ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu.’’ J’examine, enfin le reste du contenu du coffret et il ne semble plus y avoir quelque chose d’intéressant. Je me promets de lire ses agendas que je redescends avec moi à la cuisine ainsi que son livre manuscrit.

 

J’ouvre au hasard un agenda et je vois que c’est celui  de l’année du départ de ma mère. Des notes griffonnées, ici et là, trahissent son chagrin  et  sur une feuille à part  en lettres manuscrites la chanson de Léveillé; le rendez vous.

 

Je vais à l’extérieur écouter le concert cacophonique des oiseaux que mon père aimait tant. La brise dans le faîte des sapins chantent une mélodie  enchantée.

Je reprends l’air du ‘’Rendez-vous’’.

 

 

 

Le rendez-vous :
Claude Léveillée

 

Garderez-vous parmi vos souvenirs
Ce rendez-vous où je n´ai pu venir
Jamais, jamais vous ne saurez jamais
Si ce n´était qu´un jeu ou si je vous aimais
Les rendez-vous que l´on cesse d´attendre
Existent-ils dans quelqu´autre univers
Où vont aussi les mots qu´on n´a pas pris le temps d´entendre
Et l´amour inconnu que nul n´a découvert
Quand on court après la fortune
On risque de perdre l´amour
J´ai payé de mes clairs de lune
De vouloir allonger les jours
Augmenter le chiffre d´affaires
Pour gagner quoi quelques billets
Qui ne pourront jamais refaire
Le hasard que je gaspillais
Nos parts faisaient sauter la banque
C´était une question de temps
Mais un rendez-vous que l´on manque
Est mille fois plus important
Même quand c´est un inconnu
Qui fait les cent pas quelque part

 

Car je sais que vous êtes venu
Mais je suis arrivée trop tard
Reviendrez-vous par un soir de printemps
Au rendez-vous quelque part dans le temps
Ce rendez-vous que nous avons perdu
Si vous voulez encore peut vous être rendu
Par ma chanson ce soir je vous le donne
Et désormais j´attendrai votre pas
Tout le long de mes jours
Puisque je sais mieux que personne
Que vous n´existez pas

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Laval, 31 janvier 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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