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Contemplant la surface miroitante de la rivière d’où quelques brides de glace dévalent le courant, je reste là immobile saisi par les ailes de la brise un peu frisquette  cet après-midi. Le soleil peine à percer l’enveloppe laiteuse des nuages. Le temps est doux quand même .Sur l’onde des canards zigzaguent  entre les morceaux de glaçons récalcitrants. Je me demande s’ils n’ont pas froid ces ailés. Une bande de goélands batifolent et lancent des cris aigus tout en volant en cercle au dessus d’une pitance éphémère que leur lance des petits enfants accompagnés de leur parents. Le printemps se fait attendre; la chaleur aussi. Il y a des années comme celle là. Le beau temps reviendra surement. Après la pluie… et on connaît la suite .Égaré dans mon regard, je fixe un énorme segment de glace, tout comme un sous-marin, qui glisse doucement  dans le dandinement du va comme je te pousse du courant. On dirait un mini iceberg en perdition. Je le regarde dévaler vers l’est. Mon attention se cramponne vers la pelouse encore toute écrasée sous le poids de la neige fondue. À quelques mètres de moi, sans préavis, un couple d’outardes gambadent majestueusement.

Ils sont magnifiques ces oiseaux avec leur collier blanc. Des enfants les suivent allègrement en suivant la consigne d’une maman avisée chuchotant:
-Doucement les enfants, ne les effrayez pas!

Les petits s’arrêtent et de leurs courtes mains ils leur tendent des croutons  de pain. Les outardes, indépendantes, font fi de cette offrande. Elles continuent leur chemin et se dirigent vers moi. Je les salue bien poliment et me répondent par un couaquement  à peine perceptible. Elles descendent la berge et vont se loger sur des pierres au bord de l’eau. Silencieuses elles posent leur fragile tête sur leurs ailes et semblent dormir. La volée de goélands persévérants, eux, n’ont pas lâché prise. Ils suivent les enfants et en redemandent des croutons. J’entends jacasser les enfants à voix basse  pour ne pas déranger les outardes. Ils sont si mignons. Leur mère les suit de près. Les goélands virevoltent au dessus de nos têtes à présent et passent près de nous .Une ribambelle de canards amerrissent sur l’eau tout en faisant un splash révérencieux. Ils ont flairé la bonne affaire eux aussi et les outardes continuent à sommeiller.
Dans tout ce remue-ménage un vieux monsieur passe subtilement près de moi. Il s’immobilise et admire l’esclandre. Il se dit à voix  basse, je l’entends :
-Ils ne devraient pas nourrir ces oiseaux; ils deviendront trop dépendants des humains.
Il soupire et, d’un pas nonchalant, se dirige vers l’autre extrémité du petit parc.
Le sac de réserve de pains des enfants est maintenant vide; au grand déplaisir des bambins. La maman les somme de les suivre et c’est ce qu’ils font non sans amertume. Tous s’éloignent  à mon grand regret mais aussi à ma satisfaction. Quand je viens ici  j’aime le silence et le calme de la nature. Je savoure cet instant de sérénité et de tranquillité, on peut presqu’entendre le glissement de l’onde qui continuent à transporter les derniers vestiges de glace de l’hiver. Le temps passe tout comme cet affluent .Les outardes, encore toutes indifférentes, impassibles dorment de leur plus beau sommeil. À quoi peuvent –elles  bien rêver ?  Aux grandes falaises des pays du sud ? Aux longs et périlleux voyages qu’elles ont accomplis ? Je me questionne  et m’interroge .Introspection…réfraction !

Mes pensées m’amènent à plusieurs années antérieures. Dans des temps immémoriaux. Je me demande, après avoir arrêté de consommer de l’alcool et de m’être retrouvé dans un bas fond innommable, qu’est ce qui m’a le plus marqué ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile ? Remonter la pente ? Me réadapter à la vie ? Avoir faim ? Être seul ?Car pour moi ce fut comme un départ, une mort à soi-même. Vivre autrement, penser autrement et non seulement une question d’alcool, j’avais perdu cette soif insatiable, mais bien une question de changement de vie. Stopper de se poser les questions du pourquoi, pour qui, comment et par qui tout cela a bien pu arriver. Vivre. Le plus difficile a été de m’adapter aux autres, aux humains .Les accepter tels qu’ils ou elles sont. Leur pardonner ce qu’ils ont pu me faire et me faire pardonner ce que moi je leur ai fait. Et, aussi ce qui est important, me pardonner à moi-même. Sans me sentir coupable et de vivre en harmonie ; c’est et c’était tout un travail. Encore aujourd’hui j’y vaque. Voilà  ce qui a été difficile pendant toutes ces années. Nous cherchons, tout le monde cherche, nos buts, nos motivations et, bien souvent, le chemin est jonché d’embûches et d’obstacles. Mais ces affres nous sont très bénéfiques car elles nous font avancer dans cette vie terrestre. Nous menons un combat, une lutte, qui avec le temps nous aguerrit.  Cette lutte ponctuée d’avances et de reculs nous forge et nous amène en fin de compte vers la Lumière. Réapprendre à revivre, de replacer les valeurs à leurs vraies places. De ne pas s’attacher, s’enticher, de vivre de dépendances des autres  ou à quoi que ce soit.

Mon esprit arrête de tournoyer quand je vois les outardes grimper la berge pour  aller vers le gazon du parc  y rejoindre leurs consœurs fraîchement arrivées et qui glauquent  avec fracas. Une vingtaine environ et respectent leur formation comme en vol. Un concert –que dis-je- une symphonie champêtre. On dirait une rencontre au sommet des nations .Je suis partie prenante de tout ce charivari et j’en suis chaviré. Je me fais discret et ne dit mot entouré de tous ces gracieux oiseaux. Je me considère privilégié .Je refixe mes yeux sur l’horizon limité de la rivière et replonge dans mes pensées. Oui réapprendre à vivre sans folies, sans superficialités, sans effusions et sans  déséquilibres.

Oui vivre dans une sobriété et non seulement une abstinence. Car sobriété veut dire équilibre et équilibre en tout. Vivre, aussi, avec une solitude amie et non ennemie. Une solitude de solitaire. Une alliée.

Immobile parmi la foule d’outardes, silencieuses à présent, je les ressens, les pressens .Une sensation d’euphorie m’entoure comme elles je suis prêt à m’envoler avec elles. Je le fais en esprit.
Encore des interrogations me viennent à l’idée. Et quoi dire de rechercher la perfection ; personne n’est parfait tout se joue au moment présent. Et, aussi, que dire de la recherche de Dieu ? Oui parlons-en de cette recherche. Au tout début, lors des premières rencontres chez les A.A. j’ai entendu : ‘’ …Dieu tel que nous le concevons…’’.Quelle était pour moi cette conception ? Je me suis ramené, en quatrième vitesse, à mon enfance. Pour moi Jésus –Christ était, est et sera toujours mon Dieu. Sûr  il y en a eu d’autres; plusieurs autres ! Le Bouddhisme, le Taôisme, le Yi-King, la Kabbale, que je n’ai effleuré que superficiellement. Je cherchais. Le New-Age, la Méditation Transcendantale, et quoi  encore ?  Ces croyances étaient nécessaires pour m’amener  ou j’en suis aujourd’hui. Que de détours, que de bifurcations et d’éloignements. Rechercher l’impossible, l’inimaginable, l’incommensurable. Compulser  profondément dans le physique, le mental, l’intellect et même le spirituel. Assouvir cette faim et cette soif de connaissances et d’ignorances. Je me dis   tout bas :
-Pourquoi, pourquoi ?
Pourquoi se pousser, se défoncer, s’user et s’épuiser ? Une phrase des Écritures me revient à l’esprit :
‘’Je remplacerai votre cœur de pierre par un cœur de chair ‘’.
Je fixe mes amies outardes assoupies et je me dis en chuchotant :
-Mais c’est de l’Amour qu’il parle ! De l’Amour pur.
C’est ce que j’ai appris avec toutes ces années, et, Dieu sait que ce ne fût pas une mince tâche. Aimer sans conditions, sans rien demander en retour. Comme ces enfants, il y a quelques instants, qui donnaient du pain aux oiseaux. Donner sans espoir de retour. Redevenir enfant et jouir de la vie. Voir le beau, le positif dans tout; voir la Lumière partout! Ouvrir les yeux et l’Esprit.

Ouvrir notre cœur à la Vie. Et, chose importante qui en est, avoir la Charité envers les autres. La tolérance la compassion et l’Amour de l’autre.

Un sage disait :’’ Ne juges pas les autres car tu ne sais pas dans quel combat ils sont engagés, tout comme toi .Aides les plutôt au lieu de leur nuire ‘’. Les aider par ce quoi tu sais faire; par quoi ce que Dieu t’a donné. Tu es un sensible prédicateur, fais des sermons. Tu es un généreux professeur, enseigne. Tu écris bien, écris. Tu aimes aider les gens en souffrance ou mourants, aides. Tu aimes faire du bénévolat, accompagnes. Et quoi encore  selon nos talents, nos forces et qualités; bien le faire. S’appliquer tout comme notre Créateur s’est bien appliqué dans son Œuvre. Et dis-toi toujours, par humilité, tout te viens du Seigneur ; tu n’es qu’un instrument. Refuse  la gloire, la gloriole, les éloges et la gratification. Accepte les blâmes et les remarques de bon cœur. Si un combat, une lutte contre le mal, s’avère trop risqué ou périlleux ; retires-toi  et évite d’envenimer les choses. Prends sur toi la défaite. Comme le dit Winston Churchill :
-‘’Dans la défaite, parlez peu, dans la victoire, parlez encore moins ! ‘’
Rester humble jusque là mais continuer et avancer. Transmettre la Lumière. Et si tu crois que tu as tout perdu; dis-toi que tu as tout gagné.

Temps d’arrêt. Je promène mes yeux sur mes compagnes outardes qui semblent s’agiter quelque peu. Leur chef vient de glousser un tantinet, Seraient-elles prêtes pour l’envol ? Je ne sais pas je ne comprends pas le langage. Mais on voit que quelque chose se prépare. Le soleil se met de la partie et nous envoie, enfin, quelques éraflons bienfaisants. La rivière dégouline à son temps. Des effluves de plantes embaument l’air ambiant. Du peloton d’oiseaux un léger murmure s’élève et toutes en cœur croassent comme pour donner une approbation. Par groupes de trois ou quatre elles exécutent une danse, comme un rituel. Leur leader s’élance  vers la rivière suivi de trios ou de quatuors. C’est le moment de reprendre la route .Oh! Comme j’aimerais les accompagner, les suivre. L’outarde de tête s’envole à coups d’ailes retenus pour donner la chance aux autres de la rejoindre .Mon cœur s’enflamme  dans mes adieux :
-Au revoir mes sœurs.
Je reste seul sur la berge et je contemple une dernière fois le ‘’V’’ qui s’éloigne vers le nord-est tout en caquassant de joie. Je soupire doucement mais suis heureux. Je retrouve cette solitude qui m’est si chère. Les berges sont vides à présent  mais mon esprit déborde de Lumière.

Pierre Dulude

12 avril 2013 (67 ans)

Laval.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Archive pour avril, 2013

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Contemplant la surface miroitante de la rivière d’où quelques brides de glace dévalent le courant, je reste là immobile saisi par les ailes de la brise un peu frisquette  cet après-midi. Le soleil peine à percer l’enveloppe laiteuse des nuages. Le temps est doux quand même .Sur l’onde des canards zigzaguent  entre les morceaux de glaçons récalcitrants. Je me demande s’ils n’ont pas froid ces ailés. Une bande de goélands batifolent et lancent des cris aigus tout en volant en cercle au dessus d’une pitance éphémère que leur lance des petits enfants accompagnés de leur parents. Le printemps se fait attendre; la chaleur aussi. Il y a des années comme celle là. Le beau temps reviendra surement. Après la pluie… et on connaît la suite .Égaré dans mon regard, je fixe un énorme segment de glace, tout comme un sous-marin, qui glisse doucement  dans le dandinement du va comme je te pousse du courant. On dirait un mini iceberg en perdition. Je le regarde dévaler vers l’est. Mon attention se cramponne vers la pelouse encore toute écrasée sous le poids de la neige fondue. À quelques mètres de moi, sans préavis, un couple d’outardes gambadent majestueusement.

Ils sont magnifiques ces oiseaux avec leur collier blanc. Des enfants les suivent allègrement en suivant la consigne d’une maman avisée chuchotant:
-Doucement les enfants, ne les effrayez pas!

Les petits s’arrêtent et de leurs courtes mains ils leur tendent des croutons  de pain. Les outardes, indépendantes, font fi de cette offrande. Elles continuent leur chemin et se dirigent vers moi. Je les salue bien poliment et me répondent par un couaquement  à peine perceptible. Elles descendent la berge et vont se loger sur des pierres au bord de l’eau. Silencieuses elles posent leur fragile tête sur leurs ailes et semblent dormir. La volée de goélands persévérants, eux, n’ont pas lâché prise. Ils suivent les enfants et en redemandent des croutons. J’entends jacasser les enfants à voix basse  pour ne pas déranger les outardes. Ils sont si mignons. Leur mère les suit de près. Les goélands virevoltent au dessus de nos têtes à présent et passent près de nous .Une ribambelle de canards amerrissent sur l’eau tout en faisant un splash révérencieux. Ils ont flairé la bonne affaire eux aussi et les outardes continuent à sommeiller.
Dans tout ce remue-ménage un vieux monsieur passe subtilement près de moi. Il s’immobilise et admire l’esclandre. Il se dit à voix  basse, je l’entends :
-Ils ne devraient pas nourrir ces oiseaux; ils deviendront trop dépendants des humains.
Il soupire et, d’un pas nonchalant, se dirige vers l’autre extrémité du petit parc.
Le sac de réserve de pains des enfants est maintenant vide; au grand déplaisir des bambins. La maman les somme de les suivre et c’est ce qu’ils font non sans amertume. Tous s’éloignent  à mon grand regret mais aussi à ma satisfaction. Quand je viens ici  j’aime le silence et le calme de la nature. Je savoure cet instant de sérénité et de tranquillité, on peut presqu’entendre le glissement de l’onde qui continuent à transporter les derniers vestiges de glace de l’hiver. Le temps passe tout comme cet affluent .Les outardes, encore toutes indifférentes, impassibles dorment de leur plus beau sommeil. À quoi peuvent –elles  bien rêver ?  Aux grandes falaises des pays du sud ? Aux longs et périlleux voyages qu’elles ont accomplis ? Je me questionne  et m’interroge .Introspection…réfraction !

Mes pensées m’amènent à plusieurs années antérieures. Dans des temps immémoriaux. Je me demande, après avoir arrêté de consommer de l’alcool et de m’être retrouvé dans un bas fond innommable, qu’est ce qui m’a le plus marqué ? Qu’est-ce qui a été le plus difficile ? Remonter la pente ? Me réadapter à la vie ? Avoir faim ? Être seul ?Car pour moi ce fut comme un départ, une mort à soi-même. Vivre autrement, penser autrement et non seulement une question d’alcool, j’avais perdu cette soif insatiable, mais bien une question de changement de vie. Stopper de se poser les questions du pourquoi, pour qui, comment et par qui tout cela a bien pu arriver. Vivre. Le plus difficile a été de m’adapter aux autres, aux humains .Les accepter tels qu’ils ou elles sont. Leur pardonner ce qu’ils ont pu me faire et me faire pardonner ce que moi je leur ai fait. Et, aussi ce qui est important, me pardonner à moi-même. Sans me sentir coupable et de vivre en harmonie ; c’est et c’était tout un travail. Encore aujourd’hui j’y vaque. Voilà  ce qui a été difficile pendant toutes ces années. Nous cherchons, tout le monde cherche, nos buts, nos motivations et, bien souvent, le chemin est jonché d’embûches et d’obstacles. Mais ces affres nous sont très bénéfiques car elles nous font avancer dans cette vie terrestre. Nous menons un combat, une lutte, qui avec le temps nous aguerrit.  Cette lutte ponctuée d’avances et de reculs nous forge et nous amène en fin de compte vers la Lumière. Réapprendre à revivre, de replacer les valeurs à leurs vraies places. De ne pas s’attacher, s’enticher, de vivre de dépendances des autres  ou à quoi que ce soit.

Mon esprit arrête de tournoyer quand je vois les outardes grimper la berge pour  aller vers le gazon du parc  y rejoindre leurs consœurs fraîchement arrivées et qui glauquent  avec fracas. Une vingtaine environ et respectent leur formation comme en vol. Un concert –que dis-je- une symphonie champêtre. On dirait une rencontre au sommet des nations .Je suis partie prenante de tout ce charivari et j’en suis chaviré. Je me fais discret et ne dit mot entouré de tous ces gracieux oiseaux. Je me considère privilégié .Je refixe mes yeux sur l’horizon limité de la rivière et replonge dans mes pensées. Oui réapprendre à vivre sans folies, sans superficialités, sans effusions et sans  déséquilibres.

Oui vivre dans une sobriété et non seulement une abstinence. Car sobriété veut dire équilibre et équilibre en tout. Vivre, aussi, avec une solitude amie et non ennemie. Une solitude de solitaire. Une alliée.

Immobile parmi la foule d’outardes, silencieuses à présent, je les ressens, les pressens .Une sensation d’euphorie m’entoure comme elles je suis prêt à m’envoler avec elles. Je le fais en esprit.
Encore des interrogations me viennent à l’idée. Et quoi dire de rechercher la perfection ; personne n’est parfait tout se joue au moment présent. Et, aussi, que dire de la recherche de Dieu ? Oui parlons-en de cette recherche. Au tout début, lors des premières rencontres chez les A.A. j’ai entendu : ‘’ …Dieu tel que nous le concevons…’’.Quelle était pour moi cette conception ? Je me suis ramené, en quatrième vitesse, à mon enfance. Pour moi Jésus –Christ était, est et sera toujours mon Dieu. Sûr  il y en a eu d’autres; plusieurs autres ! Le Bouddhisme, le Taôisme, le Yi-King, la Kabbale, que je n’ai effleuré que superficiellement. Je cherchais. Le New-Age, la Méditation Transcendantale, et quoi  encore ?  Ces croyances étaient nécessaires pour m’amener  ou j’en suis aujourd’hui. Que de détours, que de bifurcations et d’éloignements. Rechercher l’impossible, l’inimaginable, l’incommensurable. Compulser  profondément dans le physique, le mental, l’intellect et même le spirituel. Assouvir cette faim et cette soif de connaissances et d’ignorances. Je me dis   tout bas :
-Pourquoi, pourquoi ?
Pourquoi se pousser, se défoncer, s’user et s’épuiser ? Une phrase des Écritures me revient à l’esprit :
‘’Je remplacerai votre cœur de pierre par un cœur de chair ‘’.
Je fixe mes amies outardes assoupies et je me dis en chuchotant :
-Mais c’est de l’Amour qu’il parle ! De l’Amour pur.
C’est ce que j’ai appris avec toutes ces années, et, Dieu sait que ce ne fût pas une mince tâche. Aimer sans conditions, sans rien demander en retour. Comme ces enfants, il y a quelques instants, qui donnaient du pain aux oiseaux. Donner sans espoir de retour. Redevenir enfant et jouir de la vie. Voir le beau, le positif dans tout; voir la Lumière partout! Ouvrir les yeux et l’Esprit.

Ouvrir notre cœur à la Vie. Et, chose importante qui en est, avoir la Charité envers les autres. La tolérance la compassion et l’Amour de l’autre.

Un sage disait :’’ Ne juges pas les autres car tu ne sais pas dans quel combat ils sont engagés, tout comme toi .Aides les plutôt au lieu de leur nuire ‘’. Les aider par ce quoi tu sais faire; par quoi ce que Dieu t’a donné. Tu es un sensible prédicateur, fais des sermons. Tu es un généreux professeur, enseigne. Tu écris bien, écris. Tu aimes aider les gens en souffrance ou mourants, aides. Tu aimes faire du bénévolat, accompagnes. Et quoi encore  selon nos talents, nos forces et qualités; bien le faire. S’appliquer tout comme notre Créateur s’est bien appliqué dans son Œuvre. Et dis-toi toujours, par humilité, tout te viens du Seigneur ; tu n’es qu’un instrument. Refuse  la gloire, la gloriole, les éloges et la gratification. Accepte les blâmes et les remarques de bon cœur. Si un combat, une lutte contre le mal, s’avère trop risqué ou périlleux ; retires-toi  et évite d’envenimer les choses. Prends sur toi la défaite. Comme le dit Winston Churchill :
-‘’Dans la défaite, parlez peu, dans la victoire, parlez encore moins ! ‘’
Rester humble jusque là mais continuer et avancer. Transmettre la Lumière. Et si tu crois que tu as tout perdu; dis-toi que tu as tout gagné.

Temps d’arrêt. Je promène mes yeux sur mes compagnes outardes qui semblent s’agiter quelque peu. Leur chef vient de glousser un tantinet, Seraient-elles prêtes pour l’envol ? Je ne sais pas je ne comprends pas le langage. Mais on voit que quelque chose se prépare. Le soleil se met de la partie et nous envoie, enfin, quelques éraflons bienfaisants. La rivière dégouline à son temps. Des effluves de plantes embaument l’air ambiant. Du peloton d’oiseaux un léger murmure s’élève et toutes en cœur croassent comme pour donner une approbation. Par groupes de trois ou quatre elles exécutent une danse, comme un rituel. Leur leader s’élance  vers la rivière suivi de trios ou de quatuors. C’est le moment de reprendre la route .Oh! Comme j’aimerais les accompagner, les suivre. L’outarde de tête s’envole à coups d’ailes retenus pour donner la chance aux autres de la rejoindre .Mon cœur s’enflamme  dans mes adieux :
-Au revoir mes sœurs.
Je reste seul sur la berge et je contemple une dernière fois le ‘’V’’ qui s’éloigne vers le nord-est tout en caquassant de joie. Je soupire doucement mais suis heureux. Je retrouve cette solitude qui m’est si chère. Les berges sont vides à présent  mais mon esprit déborde de Lumière.

Pierre Dulude

12 avril 2013 (67 ans)

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