40 jours !

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Élémentaires…!
Quarante jours…! Sans cigarette.
(40)

Comme si le temps suspend momentanément son envol. Comme si le navire vient d’accoster sur un rivage totalement inconnu. Pas sauvage ni non-accueillant mais mystérieux et enivrant. Invitant, oui, mais prudemment. Mais où suis-je donc ? Mais qui suis-je donc ? Je prends ce recul nécessaire et revois les jalons. Ma mémoire me joue-t-elle dans les neurones à me mélanger et à m’indiquer une fausse route; je ne sais pas, je ne crois pas. Commençons par ce choc; physique en est-il mais oh! Combien commémoratif dans le souvenir. Depuis quelques jours je m’effondre par perte de connaissance; syncopes disent les médecins, Syncope sur syncope, cinq ou six je ne sais plus je ne compte plus. Je pourrais prendre note et aller directement à l’hôpital me faire soigner, je me dis : ‘’ non ! Ça va passer. Mais voilà  que ça ne passe pas. Ça ne passe jamais seules ces choses-là! À la  cinquième….

Mon fils appelle le ‘’911’’ et eux envoient une ambulance qui m’amène  à l’hôpital. Interventions promptes des soignants : médecins, infirmiers et infirmières. Des gens très compétents. Le temps de le dire et de le réaliser je me retrouve en salle d’opération entre leurs mains .Ils me posent un défibrillateur et me voilà rendu, par la suite, aux soins intensifs branchés de cinquante tuyaux et connecteurs pour les signes vitaux. Je suis abasourdi et encore sous le choc. Je sommeille à qui mieux mieux, mais suis conscient de mon état. Je sais  grandement et pertinemment ce qui m’a amené ici ; je savais  que ça m’amènerait ici en toute connaissance de cause. Et  c’est…. la  cigarette ! La maudite cigarette. Il y a des lunes et des lunes que je me le dis. Mais je ne m’écoute pas….ne m’aime pas ?

J’ai été et, à ce moment là, encore fumeur. J’ai commencé ma carrière de tireur de bouffées sur  ces petits rouleaux de tabac vers l’âge de sept(7) ou huit(8) ans. Je chipe des cigarettes dans les paquets de cigarettes de mon père, ma mère ou mes sœurs plus vieilles que moi. Tout le monde fume la clope chez nous et il est assez facile d’en trouver. Des cigarettes toutes faites ou bien des mégots trouvés dans les cendriers, peu importe en autant qu’on fume. Avant de partir pour l’école ; deux ou trois  petits mégots et on a notre petite dose de nicotine pour l’avant midi. À l’école, bien souvent, les plus vieux nous donnent des cigarettes et sur l’heure du midi nous retournons chez nous pour manger. Après le dîner encore une cigarette et nous avions  dix, onze ou douze ans. Nous étions vraiment innocents et sans conscience de ce que nous faisions. Mais pire…! Nous voulions fumer. Pour ma part j’aime la sensation que me procure la cigarette. Je recherche toujours cette euphorie du tabac. Mon cerveau n’en fait qu’à sa tête lorsque je peux  pomper sur ces petits tuyaux remplis de tabac. En fumant j’ai l’impression d’être quelqu’un. Avec les années je suis devenu accro;très accro et dépendant. Mais au diable je ne me priverais pas de ce petit plaisir, qui sans le savoir à ce là, m’amène vers les dédales du suicide et de la mort. Car fumer tue; mais combien de temps  cela nous a-t-il pris pour le comprendre ? Combien de temps cela nous a-t-il pris pour assimiler que fumer est l’ingestion de produits chimiques autant assassins les uns que les autres. Non !  Nous savourons  le produit qui nous donne de la satisfaction oh! Combien passagère. Une jouissance si éphémère.

Nous avons cru, longtemps que nous nous donnions du bonheur, du bon temps et des belles heures mais en fait nous ne prenions pas de bon temps justement  nous nous enlevions  du temps et ce n’était qu’une question de temps .Et c’est ce qui m’est arrivé. Fumeur, diabétique, artères bloquées et mauvaise condition physique  et arrive les arrêts du cœur et le séjour à l’hôpital.   

À la suite d’un court séjour; deux jours en soins intensifs à la suite de cette opération et  en cardiologie pour  cinq jours, on me donne mon congé avec toutes les recommandations d’usage : rendez-vous prochains et rencontres avec les médecins. Me voilà  t’y pas  sur le chemin du retour à la maison.  Fatigué et même exténué, car le sommeil est très léger ou absent à l’hôpital, j’ai les larmes faciles je pleure souvent. Mon premier geste, lorsque je suis seul, je retrouve dans une armoire de cuisine, un paquet de cigarettes que mon fils n’a surement pas vu ou remarqué. Je l’ouvre et prends une clope que j’allume fébrilement et tire les bouffées comme un siphon assoiffé d’air pollué. Évidemment je suis tout étourdi; ça fait une semaine que je ne fume pas. Je ne fume que la moitié de la cigarette mais oh! Combien, semble-t-elle, bienfaisante .Après cette clope je vais m’assoir dans ma chaise  de mon bureau et je pleure. C’est plus fort que moi; plus puissant que moi je ne peux m’arrêter, je ne peux jeter ces bouts de papier contenant du tabac aux ordures et je me donne un horaire et des restrictions. Je fume en cachette de mon fils  surtout lorsqu’il n’est pas là. Mais, avec le temps, le nombre de cigarettes augmente et augmente vite. Toutes les raisons sont bonnes pour tirer  une bouffée. Et je me donne cinquante-six bonnes raisons d’en fumer une  ou une moitié d’une. En fin de compte au bout de  dix ou douze jours je refume plus de  vingt-cinq cigarettes par jour ; autant qu’avant ma chute; je n’ai rien compris ! Mon fils déconcerté me fait tout un sermon et avec raison. Mais je continue indifféremment et nonchalamment. Je fume et c’est comme si je cherche à mourir. Je suis, en tous cas,  sur le bon chemin ! J’ai des idées suicidaires et très négatives. Je broie du noir et j’en déguste à outrance. Les gens me souhaitent prompt rétablissement  mais moi je sais que je joue un jeu non-franc .Je me demande jusqu’où cela va-t-il m’amener ? Je me laisse vivre et diriger.

Par un beau dimanche matin du mois d’août, le dix-huit en fait, je me retrouve aux abords de la rivière ; mon lieu de prédilection. J’ai fait une halte au garage et me suis acheté un café. Il va de soi que j’ai mon paquet de cigarettes ; mon éternel paquet de cigarettes. La veille, mon fils et moi avons eu un argument sérieux. Il me disait que ça ne faisait pas sérieux mon affaire. Je venais de passer une semaine à l’hôpital et voilà que je refumais  autant qu’avant il me dit :’’ Tu veux encore retomber ? Bien si c’est ça  arranges-toi seul pour la prochaine fois ! ‘’ Et il a raison. Mais ce n’est pas ce qui m’a décidé à poser mon prochain geste.

Je suis là sur le bord de l’onde et j’admire le lever de soleil. J’y suis depuis environ  sept ou huit minutes et je m’aperçois que j viens d’allumer ma deuxième cigarette. Alors je me dis :

- Pierre ça ne fait même pas dix minutes que tu es ici et tu allumes ta deuxième cigarette. Es-tu devenu fou ou quoi ? Tu fumes autant qu’avant ton insuffisance cardiaque. Tu pompes autant qu’avant ton séjour à l’hôpital. Tu ne t’étais jamais dit, un jour, quand ça va m’arriver je vais arrêter de fumer ?

Je me suis souvenu de cela et j’ai regardé ma cigarette et me suis dit :

-Toi c’est la dernière que je fume !

Et je la lance dans les grandes herbes. Je me lève  et marche un peu nerveusement. La décision est prise; la décision finale. Je ne fais ni un ni deux et me dirige vers la maison. Il est environ  six heures et quarante-cinq du matin. J ’arrive à la maison et, tout de suite, vais dans le tiroir de mon bureau et y sort un paquet plein de clopes. J’attends  à sept heures pile et ouvre le paquet de cigarette que j’avais sur le bord de l’eau, y prend les cigarettes et les déchiquètent en mille miettes, les jette à la poubelle ainsi que mon briquet. Je prends l’autre paquet plein, l’ouvre et déchiquète toutes les cigarettes et les jette, elles aussi, en milles miettes dans la poubelle. Je me fais un café et jette mon vieux filtre à café par-dessus les cigarettes écrabouillées. Comme ça  je suis sûr que je n’ouvrirai pas la poubelle pour rechercher de quoi fumer ! Il est exactement  sept heures  et je me dis tout haut :

-Aujourd’hui, dix-huit août 2013,sept heures du matin, j’arrête de fumer ….so Help me God.

Je m’accote sur mon comptoir de cuisine et j’éclate en sanglots tout en serrant les dents et je me dis dans ma rage :

-Cette fois  c’est la bonne ! Tout ce que tu as à faire c’est de ne pas aller au dépanneur te chercher ces maudites cigarettes là. Pas de cigarette; pas de fumage. Pas de briquet; pas de fumage non plus. Et le ‘’ne pas aller au dépanneur’’ pour les prochaines semaines deviendra obsessionnel ! Les premières journées n’ont pas été si ardues, d’accord il y a eu perturbation au niveau sommeil, appétit et quelques envies de fumer mais je me répétais :

-Pas de dépanneur, surtout pas de dépanneur. Et je prends de bonnes respirations, comme le recommande un site internet sur l’arrêt  du tabac. La journée la plus contraignante fut le vendredi; donc  la sixième journée. En me levant le matin des envies inexorables de fumer me poursuivent et, ce, toute la journée. Mais je n’ai pas flanché. J’en parle à mon entourage et sur le fameux site d’arrêt du tabac. En fin de compte lorsque je me couche le soir ; de bonne heure, je suis si content que j’en ris et en pleure ne même temps. Comme je le disais mon sommeil est perturbé quelque peu. Je dors  deux ou trois heures et me réveille et ne m’endors plus. Je sais ce que c’est maintenant de compter des moutons. Le temps s’écoule tout en douceur au fil et au gré des jours de mon abstinence de tabac. Je tiens bon. Dix jours, douze jours et on continue. Le plus gros du sevrage est passé ; physiquement je parle. Psychologiquement c’est une toute autre paire de manches. D’une façon insidieuse, hypocrite et lâche  les envies de fumer reviennent me hanter. Mais ceci se fait dans un genre de marchandage éhonté. Sous le couvert d’une négociation à un seul gagnant, mes idées s’embrouillent mais je reste calme et je ne vais pas m’acheter des cigarettes. Un jour difficile m’est tombé dessus come la grêle en plein été. J’ai un rendez-vous à l’hôpital, en oncologie, c’est les cancéreux ça! Alors le matin je me présente là et l’attente est longue ; très longue. Je vois arriver là des gens avec de foulards sur la tête et des gens qui ont subi récemment la chimiothérapie et là mon cerveau s’emballe; je me dis :

-Mais qu’est ce que je fais ici moi ? Routine que m’a dit le docteur. Mais ai-je le cancer? J’en ai pour combien de temps à vivre ? Quelles sont mes chances ? Et ainsi de suite  .Et là j’avoue que j’aurais tué pour fumer une cigarette. J’aurais fait n’importe quoi. À la suite d’avoir rencontré le médecin qui m’avoue que tout est normal je respire profondément en disant – ‘’ merci mon Dieu ‘’. Je sors sur la rue et vais prendre le bus. En descendant la rue je respire à plein poumons et je lève les bras dans les airs pour mieux faire entrer  l’air dans mes  poumons…..les gens ont dû me prendre pour un détraqué ! Mais j’avoue j’ai eu peur; très peur. Et c’est ce qui m’a fait voir  jusqu’où la cigarette pouvait et peux jouer des rôles dans la vie. Je me dis :

-Mon cerveau a macéré dans la boucane, dans la nicotine et dans les produits chimiques nocifs pendant toutes ces années. Je ne sais pas du tout, moi, c’est quoi vivre sans fumer. J’ai  fumé pendant  soixante ans Je prends conscience que je m’attaque à un gros très gros morceau ! Je fume depuis ma tendre enfance; je n’étais qu’un enfant tout innocent.

Toute ma vie ; que ce soit mes actions, évolution de ma vie,, émotions, sentiments, expériences sont trempés dans cette boucane du diable ! Que ce soit dans les mauvais moments ou les bons moments la cigarette devient prépondérante. Elle était la maîtresse de ma vie, la maîtresse de la maison ! Suffisait de savoir que j’en manquerais dans les prochaines heures que la panique s’installait et  très vive ! J’ai arrêté de consommer de l’alcool en fin de 1979 et jamais ce ne fût aussi difficile que la cigarette. Je ne veux pas décourager qui que ce soit qui veut arrêter. Mais la réalité est il faut ce qu’il faut ! Il y a les groupes d’entraide, les sites internet (aujourd’hui c’est bien plus facile) il y a les CLSC ici au Québec et la famille et les amis(es).

Fumer tue  voici quelques produits chimiques que nous gobons :

40 jours ! dans Liens zigouille51-212x300


Et ce n’est qu’une partie.

Sur les derniers temps je  n’ai presque pas eu d’envies de fumer. Si j’en ai eu c’est venu mais disparu aussitôt. Le jugement logique a pris le dessus. Comme on  dit :
-Tu trouves beaucoup de raisons pour en fumer une; tu peux trouver beaucoup de raisons pour ne pas la fumer cette  clope ! Alors je m’en suis trouvé des raisons pour ne pas fumer et……….ça  marche ! 

Fumer est contraire à la vie. La nature, les oiseaux ne fument pas. Beaucoup d’humains ne fument pas ou plus. Come and join us ! Viens nous rejoindre si tu as le goût de vivre !

Oui ça fait maintenant quarante jours francs que je ne fume plus .Quarante jours à respirer en profondeur, à goûter mes aliments, à vivre. J’ai maintenant des buts et je veux vivre. Je n’ai plus de pensées suicidaires ou de pensées négatives. Et je ne veux plus fumer. La vie est encore plus belle. Et il est inimaginable que le temps passe aussi vite qu’avant. Quand on fume on a peur de manquer de temps d’ailleurs tout est en fonction de temps de fumer une clope. Vais-je avoir le temps ? Vais-je avoir assez de temps ? Le temps…le temps….et le temps !  Mais il passe quand même ce temps.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

(Abbaye Saint-Benoît du Lac)

26 septembre 2013


Archive pour septembre, 2013

40 jours !

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Élémentaires…!
Quarante jours…! Sans cigarette.
(40)

Comme si le temps suspend momentanément son envol. Comme si le navire vient d’accoster sur un rivage totalement inconnu. Pas sauvage ni non-accueillant mais mystérieux et enivrant. Invitant, oui, mais prudemment. Mais où suis-je donc ? Mais qui suis-je donc ? Je prends ce recul nécessaire et revois les jalons. Ma mémoire me joue-t-elle dans les neurones à me mélanger et à m’indiquer une fausse route; je ne sais pas, je ne crois pas. Commençons par ce choc; physique en est-il mais oh! Combien commémoratif dans le souvenir. Depuis quelques jours je m’effondre par perte de connaissance; syncopes disent les médecins, Syncope sur syncope, cinq ou six je ne sais plus je ne compte plus. Je pourrais prendre note et aller directement à l’hôpital me faire soigner, je me dis : ‘’ non ! Ça va passer. Mais voilà  que ça ne passe pas. Ça ne passe jamais seules ces choses-là! À la  cinquième….

Mon fils appelle le ‘’911’’ et eux envoient une ambulance qui m’amène  à l’hôpital. Interventions promptes des soignants : médecins, infirmiers et infirmières. Des gens très compétents. Le temps de le dire et de le réaliser je me retrouve en salle d’opération entre leurs mains .Ils me posent un défibrillateur et me voilà rendu, par la suite, aux soins intensifs branchés de cinquante tuyaux et connecteurs pour les signes vitaux. Je suis abasourdi et encore sous le choc. Je sommeille à qui mieux mieux, mais suis conscient de mon état. Je sais  grandement et pertinemment ce qui m’a amené ici ; je savais  que ça m’amènerait ici en toute connaissance de cause. Et  c’est…. la  cigarette ! La maudite cigarette. Il y a des lunes et des lunes que je me le dis. Mais je ne m’écoute pas….ne m’aime pas ?

J’ai été et, à ce moment là, encore fumeur. J’ai commencé ma carrière de tireur de bouffées sur  ces petits rouleaux de tabac vers l’âge de sept(7) ou huit(8) ans. Je chipe des cigarettes dans les paquets de cigarettes de mon père, ma mère ou mes sœurs plus vieilles que moi. Tout le monde fume la clope chez nous et il est assez facile d’en trouver. Des cigarettes toutes faites ou bien des mégots trouvés dans les cendriers, peu importe en autant qu’on fume. Avant de partir pour l’école ; deux ou trois  petits mégots et on a notre petite dose de nicotine pour l’avant midi. À l’école, bien souvent, les plus vieux nous donnent des cigarettes et sur l’heure du midi nous retournons chez nous pour manger. Après le dîner encore une cigarette et nous avions  dix, onze ou douze ans. Nous étions vraiment innocents et sans conscience de ce que nous faisions. Mais pire…! Nous voulions fumer. Pour ma part j’aime la sensation que me procure la cigarette. Je recherche toujours cette euphorie du tabac. Mon cerveau n’en fait qu’à sa tête lorsque je peux  pomper sur ces petits tuyaux remplis de tabac. En fumant j’ai l’impression d’être quelqu’un. Avec les années je suis devenu accro;très accro et dépendant. Mais au diable je ne me priverais pas de ce petit plaisir, qui sans le savoir à ce là, m’amène vers les dédales du suicide et de la mort. Car fumer tue; mais combien de temps  cela nous a-t-il pris pour le comprendre ? Combien de temps cela nous a-t-il pris pour assimiler que fumer est l’ingestion de produits chimiques autant assassins les uns que les autres. Non !  Nous savourons  le produit qui nous donne de la satisfaction oh! Combien passagère. Une jouissance si éphémère.

Nous avons cru, longtemps que nous nous donnions du bonheur, du bon temps et des belles heures mais en fait nous ne prenions pas de bon temps justement  nous nous enlevions  du temps et ce n’était qu’une question de temps .Et c’est ce qui m’est arrivé. Fumeur, diabétique, artères bloquées et mauvaise condition physique  et arrive les arrêts du cœur et le séjour à l’hôpital.   

À la suite d’un court séjour; deux jours en soins intensifs à la suite de cette opération et  en cardiologie pour  cinq jours, on me donne mon congé avec toutes les recommandations d’usage : rendez-vous prochains et rencontres avec les médecins. Me voilà  t’y pas  sur le chemin du retour à la maison.  Fatigué et même exténué, car le sommeil est très léger ou absent à l’hôpital, j’ai les larmes faciles je pleure souvent. Mon premier geste, lorsque je suis seul, je retrouve dans une armoire de cuisine, un paquet de cigarettes que mon fils n’a surement pas vu ou remarqué. Je l’ouvre et prends une clope que j’allume fébrilement et tire les bouffées comme un siphon assoiffé d’air pollué. Évidemment je suis tout étourdi; ça fait une semaine que je ne fume pas. Je ne fume que la moitié de la cigarette mais oh! Combien, semble-t-elle, bienfaisante .Après cette clope je vais m’assoir dans ma chaise  de mon bureau et je pleure. C’est plus fort que moi; plus puissant que moi je ne peux m’arrêter, je ne peux jeter ces bouts de papier contenant du tabac aux ordures et je me donne un horaire et des restrictions. Je fume en cachette de mon fils  surtout lorsqu’il n’est pas là. Mais, avec le temps, le nombre de cigarettes augmente et augmente vite. Toutes les raisons sont bonnes pour tirer  une bouffée. Et je me donne cinquante-six bonnes raisons d’en fumer une  ou une moitié d’une. En fin de compte au bout de  dix ou douze jours je refume plus de  vingt-cinq cigarettes par jour ; autant qu’avant ma chute; je n’ai rien compris ! Mon fils déconcerté me fait tout un sermon et avec raison. Mais je continue indifféremment et nonchalamment. Je fume et c’est comme si je cherche à mourir. Je suis, en tous cas,  sur le bon chemin ! J’ai des idées suicidaires et très négatives. Je broie du noir et j’en déguste à outrance. Les gens me souhaitent prompt rétablissement  mais moi je sais que je joue un jeu non-franc .Je me demande jusqu’où cela va-t-il m’amener ? Je me laisse vivre et diriger.

Par un beau dimanche matin du mois d’août, le dix-huit en fait, je me retrouve aux abords de la rivière ; mon lieu de prédilection. J’ai fait une halte au garage et me suis acheté un café. Il va de soi que j’ai mon paquet de cigarettes ; mon éternel paquet de cigarettes. La veille, mon fils et moi avons eu un argument sérieux. Il me disait que ça ne faisait pas sérieux mon affaire. Je venais de passer une semaine à l’hôpital et voilà que je refumais  autant qu’avant il me dit :’’ Tu veux encore retomber ? Bien si c’est ça  arranges-toi seul pour la prochaine fois ! ‘’ Et il a raison. Mais ce n’est pas ce qui m’a décidé à poser mon prochain geste.

Je suis là sur le bord de l’onde et j’admire le lever de soleil. J’y suis depuis environ  sept ou huit minutes et je m’aperçois que j viens d’allumer ma deuxième cigarette. Alors je me dis :

- Pierre ça ne fait même pas dix minutes que tu es ici et tu allumes ta deuxième cigarette. Es-tu devenu fou ou quoi ? Tu fumes autant qu’avant ton insuffisance cardiaque. Tu pompes autant qu’avant ton séjour à l’hôpital. Tu ne t’étais jamais dit, un jour, quand ça va m’arriver je vais arrêter de fumer ?

Je me suis souvenu de cela et j’ai regardé ma cigarette et me suis dit :

-Toi c’est la dernière que je fume !

Et je la lance dans les grandes herbes. Je me lève  et marche un peu nerveusement. La décision est prise; la décision finale. Je ne fais ni un ni deux et me dirige vers la maison. Il est environ  six heures et quarante-cinq du matin. J ’arrive à la maison et, tout de suite, vais dans le tiroir de mon bureau et y sort un paquet plein de clopes. J’attends  à sept heures pile et ouvre le paquet de cigarette que j’avais sur le bord de l’eau, y prend les cigarettes et les déchiquètent en mille miettes, les jette à la poubelle ainsi que mon briquet. Je prends l’autre paquet plein, l’ouvre et déchiquète toutes les cigarettes et les jette, elles aussi, en milles miettes dans la poubelle. Je me fais un café et jette mon vieux filtre à café par-dessus les cigarettes écrabouillées. Comme ça  je suis sûr que je n’ouvrirai pas la poubelle pour rechercher de quoi fumer ! Il est exactement  sept heures  et je me dis tout haut :

-Aujourd’hui, dix-huit août 2013,sept heures du matin, j’arrête de fumer ….so Help me God.

Je m’accote sur mon comptoir de cuisine et j’éclate en sanglots tout en serrant les dents et je me dis dans ma rage :

-Cette fois  c’est la bonne ! Tout ce que tu as à faire c’est de ne pas aller au dépanneur te chercher ces maudites cigarettes là. Pas de cigarette; pas de fumage. Pas de briquet; pas de fumage non plus. Et le ‘’ne pas aller au dépanneur’’ pour les prochaines semaines deviendra obsessionnel ! Les premières journées n’ont pas été si ardues, d’accord il y a eu perturbation au niveau sommeil, appétit et quelques envies de fumer mais je me répétais :

-Pas de dépanneur, surtout pas de dépanneur. Et je prends de bonnes respirations, comme le recommande un site internet sur l’arrêt  du tabac. La journée la plus contraignante fut le vendredi; donc  la sixième journée. En me levant le matin des envies inexorables de fumer me poursuivent et, ce, toute la journée. Mais je n’ai pas flanché. J’en parle à mon entourage et sur le fameux site d’arrêt du tabac. En fin de compte lorsque je me couche le soir ; de bonne heure, je suis si content que j’en ris et en pleure ne même temps. Comme je le disais mon sommeil est perturbé quelque peu. Je dors  deux ou trois heures et me réveille et ne m’endors plus. Je sais ce que c’est maintenant de compter des moutons. Le temps s’écoule tout en douceur au fil et au gré des jours de mon abstinence de tabac. Je tiens bon. Dix jours, douze jours et on continue. Le plus gros du sevrage est passé ; physiquement je parle. Psychologiquement c’est une toute autre paire de manches. D’une façon insidieuse, hypocrite et lâche  les envies de fumer reviennent me hanter. Mais ceci se fait dans un genre de marchandage éhonté. Sous le couvert d’une négociation à un seul gagnant, mes idées s’embrouillent mais je reste calme et je ne vais pas m’acheter des cigarettes. Un jour difficile m’est tombé dessus come la grêle en plein été. J’ai un rendez-vous à l’hôpital, en oncologie, c’est les cancéreux ça! Alors le matin je me présente là et l’attente est longue ; très longue. Je vois arriver là des gens avec de foulards sur la tête et des gens qui ont subi récemment la chimiothérapie et là mon cerveau s’emballe; je me dis :

-Mais qu’est ce que je fais ici moi ? Routine que m’a dit le docteur. Mais ai-je le cancer? J’en ai pour combien de temps à vivre ? Quelles sont mes chances ? Et ainsi de suite  .Et là j’avoue que j’aurais tué pour fumer une cigarette. J’aurais fait n’importe quoi. À la suite d’avoir rencontré le médecin qui m’avoue que tout est normal je respire profondément en disant – ‘’ merci mon Dieu ‘’. Je sors sur la rue et vais prendre le bus. En descendant la rue je respire à plein poumons et je lève les bras dans les airs pour mieux faire entrer  l’air dans mes  poumons…..les gens ont dû me prendre pour un détraqué ! Mais j’avoue j’ai eu peur; très peur. Et c’est ce qui m’a fait voir  jusqu’où la cigarette pouvait et peux jouer des rôles dans la vie. Je me dis :

-Mon cerveau a macéré dans la boucane, dans la nicotine et dans les produits chimiques nocifs pendant toutes ces années. Je ne sais pas du tout, moi, c’est quoi vivre sans fumer. J’ai  fumé pendant  soixante ans Je prends conscience que je m’attaque à un gros très gros morceau ! Je fume depuis ma tendre enfance; je n’étais qu’un enfant tout innocent.

Toute ma vie ; que ce soit mes actions, évolution de ma vie,, émotions, sentiments, expériences sont trempés dans cette boucane du diable ! Que ce soit dans les mauvais moments ou les bons moments la cigarette devient prépondérante. Elle était la maîtresse de ma vie, la maîtresse de la maison ! Suffisait de savoir que j’en manquerais dans les prochaines heures que la panique s’installait et  très vive ! J’ai arrêté de consommer de l’alcool en fin de 1979 et jamais ce ne fût aussi difficile que la cigarette. Je ne veux pas décourager qui que ce soit qui veut arrêter. Mais la réalité est il faut ce qu’il faut ! Il y a les groupes d’entraide, les sites internet (aujourd’hui c’est bien plus facile) il y a les CLSC ici au Québec et la famille et les amis(es).

Fumer tue  voici quelques produits chimiques que nous gobons :

40 jours ! dans Liens zigouille51-212x300


Et ce n’est qu’une partie.

Sur les derniers temps je  n’ai presque pas eu d’envies de fumer. Si j’en ai eu c’est venu mais disparu aussitôt. Le jugement logique a pris le dessus. Comme on  dit :
-Tu trouves beaucoup de raisons pour en fumer une; tu peux trouver beaucoup de raisons pour ne pas la fumer cette  clope ! Alors je m’en suis trouvé des raisons pour ne pas fumer et……….ça  marche ! 

Fumer est contraire à la vie. La nature, les oiseaux ne fument pas. Beaucoup d’humains ne fument pas ou plus. Come and join us ! Viens nous rejoindre si tu as le goût de vivre !

Oui ça fait maintenant quarante jours francs que je ne fume plus .Quarante jours à respirer en profondeur, à goûter mes aliments, à vivre. J’ai maintenant des buts et je veux vivre. Je n’ai plus de pensées suicidaires ou de pensées négatives. Et je ne veux plus fumer. La vie est encore plus belle. Et il est inimaginable que le temps passe aussi vite qu’avant. Quand on fume on a peur de manquer de temps d’ailleurs tout est en fonction de temps de fumer une clope. Vais-je avoir le temps ? Vais-je avoir assez de temps ? Le temps…le temps….et le temps !  Mais il passe quand même ce temps.

Pierre Dulude

Les Ailes du Temps

(Abbaye Saint-Benoît du Lac)

26 septembre 2013

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